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[ Rose / Scorpius ]
PANNE DE REVEIL
Partie une
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8h28.
Il l'avait laissée dormir.
Ce n'était pas une dormeuse ; elle avait pour habitude de se lever aux aurores, d'être la première installée à la table du petit-déjeuner et de réveiller tout son dortoir bien avant l'heure nécessaire.
8h29.
Et là, dans son lit à lui pour la toute première fois, il s'était amouraché de son air si paisible, de ses paupières délicatement fermées, de son nez retroussé et de son léger sourire, comme si elle faisait un joli rêve. Sa respiration lente et douce avaient été l'indice qu'elle pouvait encore dormir longtemps, et il s'était dit qu'elle en avait probablement besoin. Rien qu'une fois.
8h30.
Alors il l'avait laissée dormir.
Le professeur McGonagall entra dans la salle de classe, aussi ponctuelle qu'elle l'avait été la veille et qu'elle le serait le lendemain. Elle pointa rapidement les présences et se rendit compte que la jeune fille habituellement postée au premier rang n'y était pas. A la place se tenait une chaise vide qui semblait déjà s'ennuyer.
8h31.
- Savez-vous où est Miss Weasley ?
Elle avait dirigé sa question sur les trois jeunes filles qui partageaient le dortoir de la rouquine, et toutes avaient secoué la tête.
- On ne l'a pas vue.
- Ni hier soir, ni ce matin, ajouta une brune près de la chaise solitaire.
- Elle a dû passer la nuit à la bibliothèque, ça lui arrive de temps en temps. On pensait qu'elle serait déjà ici quand on arriverait, termina la troisième.
Le professeur McGonagall arqua un sourcil, puis commença son cours comme si rien ne s'était passé.
8h32.
Scorpius, de son côté, savait précisément où se trouvait la jolie demoiselle. Et il venait de foutre en l'air toutes ses chances de se réveiller à nouveau à côté d'elle, enroulée dans ses draps. Jamais elle ne laisserait passer ça sans rien dire.
Il laissa échapper un soupir de frustration et n'eut pas le temps de se mettre à écrire qu'il se prenait déjà un coup sec dans les côtes. Il retint une plainte, mais ne cacha pas son air mauvais en se tournant vers son meilleur ami.
- Quoi ? dit-il entre ses dents.
- Tu sais où elle est.
- Et alors ?
- Et alors tu vas me dire où elle est, fit Albus en plantant un regard dur dans celui du petit-ami de sa cousine.
Scorpius plissa les yeux, mais son expression resta de marbre.
- Non, trancha-t-il sans ciller.
- Dis-le moi, ou je sors la carte, le menaça son ami.
L'impassibilité du blond vacilla, et il se pencha un peu plus vers Albus, par discrétion.
- Tu ne vas pas sortir la carte en plein cours de McGo ! fit-il dans un chuchotement apeuré.
Le sourire carnassier du jeune Potter mourut au bord de ses lèvres.
- Non, t'as raison. Trop risqué, marmonna-t-il sur le ton de la défaite.
8h36.
Ils restèrent silencieux quelques minutes, avant que le cours ne soit interrompu par la porte, qui s'ouvrit à la volée.
Bien vite, un déluge de rousseur dévalait l'allée entre deux rangées de tables, en direction de la chaise solitaire qui attendait sa propriétaire avec impatience. Elle était à bout de souffle – ce qui se comprenait, si elle venait de traverser le château en courant – et ses joues avaient pris une teinte cramoisie, mélangeant son effort physique à la honte qui lui piquait le visage.
Elle s'excusa platement auprès de leur professeur, tout en sortant ses affaires à la hâte.
- Que cela ne se reproduise pas, Miss Weasley, lui dit la vieille femme de l'air bienveillant qu'elle réservait à la jeune fille, mais assez sèchement pour lui faire comprendre qu'elle ne ferait pas d'écart simplement pour elle.
8h44.
Rose hocha la tête, submergée par l'humiliation. Jamais Rose Weasley n'était en retard. C'était sa règle d'or. Une de ses très nombreuses règles d'or. (Trop nombreuses, selon l'avis de certains.) Seulement, aujourd'hui, elle avait fait une entorse à la règle.
Une entorse que quelqu'un l'avait obligée à faire. Quelqu'un qui allait l'entendre à la sortie du cours. Elle s'empêcha de se tourner vers lui, ce qui fit naître la panique dans les entrailles de Scorpius. Il se mordit les lèvres, quelque chose qu'il ne faisait qu'en cas d'extrême appréhension.
Il avait fait ça pour son bien à elle ; il savait à quel point elle avait besoin de sommeil. Et puis son expression si apaisée, lorsqu'elle dormait, l'avait retenu de la secouer. Et ce n'était pas les quelques caresses qu'il lui avait offertes, sur son visage d'ange, qui l'avaient ramenée à la réalité. Finalement, il l'avait laissée finir sa nuit.
Mais il avait fait plus de mal que de bien. Pour elle comme pour lui.
9h02.
L'heure qui suivit fut à la fois une séance de torture psychologique et un calme total. Le calme avant la tempête.
10h00.
La cloche sonna, c'était l'heure.
A suivre.
NOTE
Myriam : Merci pour ta review pleine de compliments ! Je suis ravie que la chanson t'ait plu :)
