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[ Lily / James ]

LE PLACARD

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- Mais qui voilà ? cracha une voix dans son dos, accompagnée de plusieurs bruits de pas.

La jeune fille se retourna aussitôt et jaugea les visages affublés de rictus peu attrayants. Cinq Serpentard de sixième et septième année avançaient dans sa direction. S'ils n'avaient été que deux ou trois, leur démarche menaçante l'aurait fait sourire. Seulement, face à cinq mâles bourrés d'idées macabres et de testostérone, elle préféra garder son sérieux. Ils cherchaient clairement les ennuis, et ni ses talents en sortilèges ni son badge de préfète-en-chef n'allait les empêcher de mener à bout ce qu'ils avaient en tête.

- Mais c'est Lily Evans ! fit le garçon qui se tenait le plus à droite, répondant ironiquement à la question rhétorique de son camarade.

- Qu'est-ce que vous voulez ?

- Oh, mais rien du tout ! rétorqua celui du milieu, avec un sourire malsain. On veut juste s'amuser un peu, faire comprendre au reste du monde ce que méritent les gens comme toi.

Lily se retint de frissonner, mais le courant d'air glacé qui courut sur sa colonne vertébrale l'aurait fait mentir si elle avait clamé ne pas ressentir une seule once de peur.

- Quand tu dis "au reste du monde", tu veux dire au reste de Poudlard ? lui demanda-t-elle d'un ton posé. Vous vous rendez compte que tout le monde ici est déjà au courant de vos... croyances ?

Le type du milieu fit un pas de plus et dégaina sa baguette, ce que les autres s'empressèrent de faire également.

- En effet, c'est déjà le cas. Mais quoi de mieux que de continuer à montrer l'exemple ?

Elle ne perdit pas de temps à analyser la frayeur qui s'infiltra dans ses veines et sortit sa baguette, la pointant droit vers le plus grand d'entre eux, celui du milieu, à qui elle avait envoyé un sortilège de furonculose après qu'il l'ait envoyée valser à l'autre bout du couloir, une semaine plus tôt. Il était parti en courant, comme un chat effrayé... Et revenait à présent à l'attaque avec du soutien.

- Les furoncles ne t'ont pas suffi la dernière fois ? siffla-t-elle en regrettant amèrement d'être sortie si tard de la bibliothèque.

Le regard du garçon se fit plus dur, et la fureur sembla sortir de ses narines.

- Tu vas voir, sale Sang-de-Bourbe, ce que vous méritez, toi et ton traître de petit-ami.

Et il fit tourner sa baguette, propulsant durement Lily contre le mur le plus proche. Au lieu de crier comme le lui demandait la douleur qui se répandait dans son dos et à l'arrière de son crâne, elle répondit à l'assaut, et ses adversaires se retrouvèrent les fesses à terre, la force de leurs jambes ayant été balayée par un coup de vent. Elle s'éloigna le plus vite possible mais se fit trop vite rattraper par ses assaillants, qui, à coup de nombreux sortilèges qu'elle ne put pas tous contrer, la forcèrent à se coller à la porte d'un placard à balais.

Elle était piégée.

Quelques mouvements de baguettes en plus et elle était à l'intérieur du placard, son sang-froid vacillant quelque peu et la peur au ventre. Elle avait réussi à leur infliger quelques dégâts, bien plus que n'importe quelle jeune fille seule n'aurait pu en faire, mais pas assez pour les faire partir en courant...

En revanche, les bruits de pas qui s'approchaient les firent abaisser leur baguette. Elle eut à peine le temps de voir luire le venin dans leurs yeux qu'ils se carapatèrent à l'opposé de la personne qui arrivait.

Rusard, sans aucun doute.

Ne souhaitant pas avoir affaire au cracmol, elle referma silencieusement la porte du placard, fermant les yeux en implorant Merlin de lui offrir quelques minutes de répit.

L'homme passa sa route sans un regard vers le placard, et Lily s'autorisa à souffler.

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- Vous pensez qu'elle est encore à la bibliothèque ? demanda le jeune homme de sous sa tignasse indisciplinée.

- Probablement, répondit Remus, en esquissant un faible sourire.

- Laisse-la tranquille, Cornedrue, lui conseilla Sirius en s'allongeant plus confortablement sur le canapé de la salle commune. Ça ne fait que deux jours qu'elle a accepté de sortir avec toi et tes chaussettes puantes, alors évite de trop la coller.

- Mais s'il lui était arrivé quelque chose ? s'inquiéta le garçon, derrière ses lunettes rondes, la peau du front légèrement plissée.

- Qu'est-ce que tu veux qu'il lui arrive ? Qu'un livre l'attaque ? se moqua son ami, un sourcil ironique levé.

James haussa les épaules et reporta son regard vague sur le feu dansant de la cheminée. Le silence ne dura que quelques secondes, suite auxquelles il se leva d'un bond et passa une main dans ses cheveux noirs.

- Je vais chercher la carte. Juste... Juste au cas où.

- Il est désespérant, déclara Remus alors que James pouvait encore l'entendre.

Cependant, quand la carte se dessina et que la bibliothèque se révéla vide, ils se firent tous plus soucieux, James le premier. Il sauta à nouveau sur ses jambes et s'élança hors de la salle commune sans même y réfléchir à deux fois. Il n'en fallut pas plus aux autres pour le rejoindre. Penchés au-dessus du vieux morceau de parchemin, ils mirent plusieurs minutes à trouver le point d'encre auquel était associé le plus joli nom du monde, d'après James : Lily Evans. Et, à leur grande surprise, elle était...

- Qu'est-ce qu'elle fiche dans un placard à balais ?

- Aucune idée. Allons-y, s'empressa de dire Remus.

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Il lui avait fallu quelques minutes pour reprendre contenance. Elle surmontait facilement ses peurs, et ce jour-là ne fit pas exception à la règle. Sa raison prit rapidement les rênes de son corps tout entier, et ses légers tremblements ne durèrent pas. Ses yeux restèrent secs, et sa respiration saccadée se calma tandis qu'elle laissait la pierre froide lui glacer le dos.

Quand elle se sentit prête, elle poussa la porte du placard... et échoua à la faire basculer. Aucun sortilège ne fonctionnait, ni ses innombrables coups de pieds, et elle fut certaine qu'il suffisait à quelqu'un de tourner la poignée de l'extérieur pour que la fichue porte s'ouvre enfin.

Elle s'installa donc par terre, à même la poussière qui ne tarderait pas à lui brûler les narines, et attendit que les minutes passent. Lily savait que quelqu'un allait le trouver. Et par "quelqu'un", elle voulait dire James Potter, évidemment.

Mais en attendant, elle se mit à dessiner à l'aveuglette des vagues sur le sol. L'obscurité l'empêchait de voir quoi que ce soit, alors elle ferma les yeux, se plongeant dans le monde lumineux de ses pensées. Elle sourit, prit une teinte rouge vif, et soupira.

Elle avait été folle d'ignorer James pendant tant d'années, mais elle ne le regrettait pas. Il avait été exécrable ; incomparable à ce qu'il était devenu. Et puis les deux derniers jours de sa vie avaient été les plus heureux de son existence. Ça rattrapait bien six années de torture.

Des pas se firent entendre au loin, et elle ouvrit brusquement les yeux, à l'affût d'un indice quant à l'identité de la personne. Elle refusait de crier à l'aide si c'était Rusard qui repassait par là, et encore moins si c'était des Serpentard.

- On y est, fit une voix lointaine, camouflée par le bruit des chaussures de plusieurs personnes.

- Elle est là-dedans, tonna une deuxième voix masculine qu'elle reconnut aussitôt.

- Sirius ? appela la jeune fille. C'est Lily, je suis coincée.

- Lily ! s'étrangla une nouvelle voix, que l'inquiétude rendait étrangement aiguë. Lily, ne bouge pas, on...

La porte s'ouvrit alors, et elle poussa un soupir de soulagement. Sa main alla rejoindre l'encadrement en bois et elle se précipita à l'extérieur de sa prison, trébuchant sur James dans sa brusquerie. Il la rattrapa sans effort et la serra dans ses bras.

- James, laisse-la respirer, le réprimanda Sirius.

Quand elle sentit son petit-ami la relâcher avec hésitation, Lily leva les yeux au ciel.

- T'es pas toujours obligé de l'écouter, tu sais ? lui fit-elle remarquer en riant faiblement, les joues rose.

Il ne répondit pas, mais passa un doigt inquiet sur la tempe de la rouquine.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé ? Tu t'es cognée quelque part ?

Elle s'était doutée qu'il lui poserait des questions, mais elle n'avait pas prévu d'avoir des marques visibles. Dans le dos, probablement, mais pas sur le visage. Lentement, elle se passa une main sur la tempe, et fit la grimace en se rendant compte qu'une jolie bosse se sentait déjà. Elle ne pouvait qu'imaginer la couleur que sa peau avait dû prendre.

Magnifique.

- Des Serpentard m'ont rendu visite, répondit-elle honnêtement. Sauf qu'à cinq contre une, ce n'était pas facile. Pour faire court, je remercie Rusard d'être arrivé au bon moment ; ensuite je me suis cachée dans ce placard, continua-t-elle en désignant les balais qui pointaient leur nez par la porte en bois, et... Et je me suis retrouvée coincée.

Déjà, James pâlissait et enrageait comme chaque fois qu'il était question de Lily Evans. A côté de lui, ses amis affichaient le même air mi-inquiet, mi-dégoûté.

- Bon, on ne va pas rester là toute la nuit. On y va ?

Et, sans attendre leur réponse, elle entraîna James par la main.

- En tout cas, reprit-elle en se retournant pour s'adresser aussi aux trois autres, merci infiniment d'être venus. Ce n'était pas très confortable, là-dedans.

- Ça n'aurait pas été cool d'y passer la nuit, c'est sûr, acquiesça Sirius en jetant un coup d'œil à James pour vérifier qu'il allait bien.

Évidemment, ce n'était pas le cas.

. . .

Un peu plus tard, près du feu, James n'avait toujours pas ouvert la bouche. Les autres Maraudeurs étaient partis se coucher (ou était-ce une excuse pour les laisser seuls ?) et le silence n'avait pas été rompu depuis. Lily inspira profondément, puis se lança :

- Je sais ce que tu penses, mais on ne peut pas y faire grand chose. Je ferai plus attention la prochaine fois.

Il ne réagit pas, regardant fixement le feu crépiter devant eux.

- S'il te plaît, James, oublie ce qui s'est passé ce soir. Inquiète-toi juste quand je manque à l'appel, comme ce soir. Mais là, je vais bien, alors tu peux arrêter de faire la tête.

Toujours rien.

- D'ailleurs, tu me diras, un jour, comment tu fais pour toujours savoir où je suis ?

- Un jour, peut-être, répondit-il enfin, sans la regarder.

- Oh, peut-être qu'avec un peu de persuasion de ma part, ce jour arrivera plus tôt que prévu, sourit-elle en posant son menton sur l'épaule de son petit-ami.

- Quel genre de persuasion ? s'enquit-il en tournant la tête, rencontrant les yeux émeraude et les rougissements de Lily.

Elle lui offrit un regard pétillant quelque peu embarrassé, et rougit un peu plus encore.

- On verra, fut sa réponse. En attendant, souris. Ça te va bien mieux que de faire la tête.


NOTE

Voilà pour ce soir ! C'était la lecture "sortie de partiels" de notre LittlePlume nationale. Pas très joyeux, mais j'allais quand même pas laisser l'idée se carapater comme l'ont fait ces Serpentard... A bientôt !

DelfineNotPadfoot