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[ Rose / Scorpius ]

MAUVE

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L'idée lui était venue la veille, quand Albus était entré dans sa chambre, chez ses parents. Quand il avait vu la nouvelle chouette de Rose et qu'il s'était exclamé "Scorpius t'a déjà écrit une lettre ?". Elle avait tout de suite compris que son cousin était incapable de faire la différence entre les deux hiboux, simplement à cause de leur couleur blanche similaire.

Une semaine auparavant, à Poudlard, elle avait surpris Albus et Scorpius en grande conversation, et, dès qu'elle était apparue, ils s'étaient tus, comme pris en faute. Scorpius avait affiché un air moqueur, et Albus s'était tourné vers la fenêtre en rougissant, faisant semblant de s'intéresser au paysage enneigé. Le lendemain, à nouveau, elle les avait entendus discuter à voix basse, et elle était sûre d'avoir saisi les mots "Tu vois qui" sortir de la bouche du blond, et son cousin avait encore piqué un fard.

Alors, avec son esprit de déduction aiguisé et féminin, elle en avait conclu qu'Albus devait en pincer pour une de leurs camarades.

Jouer cartes sur table n'avait pas fonctionné, car lorsqu'elle lui avait demandé qui était l'heureuse élue, il avait pris un air aussi embarrassé que déterminé et avait répliqué "Mais de quoi tu parles ?". Elle avait eu beau insister, il n'avait pas lâché le morceau.

Par conséquent, maintenant, elle employait les grands moyens. Elle était une Weasley, et on ne lui refusait rien.

Le plus minutieusement possible, elle essaya d'imiter l'écriture de Scorpius à partir d'une lettre qu'elle avait reçue de lui l'été précédent, et elle se mit à rédiger sa lettre. Celle-ci devait être courte et inintéressante au possible ; ils s'étaient quittés à peine deux jours plus tôt pour les vacances de Noël et n'avaient, après tout, rien de spécial à se dire.

« Albus,

Je suis bien arrivé chez moi, j'ai retrouvé le confort de mon immense lit et la froideur des murs du manoir. Rien ne manque à l'appel, pas même les gâteaux que ma mère commande aux elfes par dizaines, de peur de me voir malheureux. Apparemment, elle veut également me voir grossir.

Et toi, tu as bien retrouvé ta famille de sauvages ? James n'est pas trop fatigué ? Je me souviens que l'année dernière il avait passé les deux premiers jours de vacances la nez sous sa couette, pour rattraper le sommeil qu'il avait perdu durant ses premiers mois de formation.

Bref, passe un bon réveillon de Noël. On se voit toujours le 29 ?

Scorpius. »

Évidemment, elle avait dû s'y reprendre plusieurs fois, car la calligraphie du jeune homme qu'elle essayait de copier était d'une propreté impeccable, alors que son écriture à elle était bien souvent désordonnée. Cependant, elle se rassura en se disant qu'Albus n'y verrait certainement que du feu. Tout ce dont elle avait besoin, c'était d'une réponse rapide, pour pouvoir passer à l'attaque dès la lettre suivante, tout en priant Merlin pour que Scorpius ne se manifeste pas avant un ou deux jours.

Elle fut vite rassurée, car pas plus d'une heure plus tard, sa nouvelle chouette, à qui elle avait appris que "Rapporte ça à Scorpius" voulait en fait dire "Retourne voir Rose", toquait à sa fenêtre avec son bec pointu. Lorsqu'elle lui ouvrit, la masse plumeuse comme la neige s'ébroua devant sa maîtresse et lui tendit sa patte, à laquelle était attachée un morceau de parchemin roulé.

« Tu en as mis du temps ! J'ai vu ton hibou chez Rose, hier, j'ai bien cru que m'avais oublié ! On va dire que je te pardonne. »

Rose leva les yeux au ciel en imaginant son cousin faire la grimace à leur meilleur ami.

« Ici tout le monde va bien, James est plus résistant qu'il y a un an. Je crois qu'il s'est trouvé une copine, mais il ne veut rien me dire. Pour le 29 décembre, on... »

La suite de la lettre était pleine de petits détails insignifiants. Le plus important, c'était ce qu'elle venait de lire. Sans même le savoir, il lui avait tendu une immense perche. Elle se précipita vers son bureau, ressortit la plume dont elle s'était servi dans la journée, ouvrit son réservoir d'encre, et y trempa le bout de sa longue plume verte.

« James, une copine ? Promets-moi de m'inviter le jour où il vous la présente. J'ai du mal à l'imaginer en amoureux transi. Ou peut-être que c'est une dure à cuire et que leurs caractères se ressemblent ?
En attendant, tu t'étonnes qu'il ne veuille rien te dire, mais tu ne dis rien à Rose non plus, en ce qui te concerne, alors que c'est une fille. Elle pourrait te filer quelques conseils à propos de Tu-vois-qui. James, lui, n'a pas besoin de conseils, à ce que j'ai compris. Tu ne t'es toujours pas décidé à aller la voir, à la rentrée, d'ailleurs ? »

Elle l'avouait, elle y allait un peu fort sur la fin. Il était possible que leurs conversations les aient déjà menés à d'autres conclusions, et sa remarque risquait peut-être de la percer à jour, mais il fallait qu'elle essaie d'avoir des réponses par le plus de moyens possible.

Sa jeune chouette s'envola à nouveau dans les airs, après s'être fait chouchouter un peu par la jeune fille, qui adorait la sensation de ses douces plumes sous ses doigts... Et revint plus tard dans l'après-midi, porteuse des nouvelles tant attendues.

« Tu es au courant que par lettres personne ne peut nous entendre, et que par conséquent tu as le droit de l'appeler par son prénom ? Et je t'ai déjà dit que je n'allais rien faire du tout. T'es malade ! "Salut Marion, moi, c'est Albus. Mais tu le savais déjà. Bref, euh, tu veux bien sortir avec moi ?" Ça va pas la tête ? Elle doit déjà me prendre pour un idiot, alors là ce serait le pompon ! »

Rose jubilait. Son cousin était tombé dans le panneau. Un peu trop facilement, fut-elle obligée de s'avouer, elle qui aurait voulu jouer un peu plus longtemps, mais elle n'était pas déçue pour un sou. Alors c'était de Marion Cook qu'Albus avait peur. Ou plutôt de sa réaction si elle apprenait qu'il nourrissait des sentiments pour elle. Rose leva les yeux au ciel. La moitié des filles de Poudlard serait à ses pieds, s'il n'avait pas montré un grand manque d'intérêt pour la gent féminine – la moitié seulement, parce que l'autre moitié était constamment aux pieds de leur ami, Scorpius (mais ça, Rose s'empêcha d'y penser, ne voulant pas être rongée par la jalousie).

Alors ainsi, il était amoureux d'une Serdaigle, de cette jolie brune qui parlait couramment français. Elle se mit à rire en pensant à l'enchantement de Fleur si un jour Albus invitait Marion à un repas de famille.

- Bon, inutile de lui répondre, dit-elle à voix haute. Plus qu'à aller lui secouer les puces.

Elle s'esclaffa encore, et reprit sa lecture, au cas où la lettre abriterait d'autres détails importants.

« Alors s'il te plaît, arrêtons d'en parler. Sinon, tu vas voir que je vais remettre le sujet de Rose sur le tapis, et là c'est toi qui ne vas pas apprécier. D'ailleurs, ça fait longtemps qu'on n'en a pas parlé. Tu ne t'es toujours pas décidé à suivre mon conseil et à être direct avec elle ? Si tu veux, le 29, je peux te laisser un moment seul avec elle... »

Sur le papier, à côté de cette dernière phrase, était dessinée une petite tête qui tirait peu élégamment la langue au lecteur de la missive.

Et Rose se figea.

Au même moment, de grands coups furent frappés à la porte de sa chambre.

- Rose ? appela la voix paniquée de son cousin de l'autre côté du battant en bois. Rose, c'est urgent ! Tu es là ? Je crois que quelqu'un s'est fait passer pour Scorpius.

La jeune fille, trop occupée à fixer la lettre des yeux, ne répondit pas. C'était quoi, cette histoire ? De l'autre côté de la porte, Albus s'acharnait.

- Je... J'ai confondu son hibou avec celui de cette personne. Et quand j'ai envoyé le mauvais hibou, et bien celui de Scorpius, le vrai, est arrivé. Au même moment. Et... Rose ? Bon, Rose, j'entre.

Et il entra.

Ses yeux parcoururent la scène qui se jouait devant lui : Rose, qui lisait la lettre de son cousin, puis qui relevait les yeux vers lui ; son regard perdu, interrogateur, presque affolé ; et là, juste à côté d'elle, le hibou qui l'avait trompé.

- Rose, dis-moi que... Le hibou de Scorpius est en route vers chez lui, alors... A qui est... A qui est celui-ci ?

La jeune fille tourna la tête vers la chouette en question, qui roucoula faiblement, et elle lui caressa le sommet du crâne avec affection.

- Je te présente Mauve, ma nouvelle chouette.

Un silence flotta entre eux, leur laissant le temps de comprendre où en étaient les choses.

- Oh non... Donc tu sais tout pour... Pour...

Il s'interrompit, bouche bée, et sa cousine se pinça l'arête du nez.

- Pour Marion, oui. Je ne vois toujours pas pourquoi tu ne me l'as pas dit avant, lui fit-elle remarquer en souriant malgré ses yeux à présent fermés.

- A croire que tu as du sang de Serpentard dans tes veines, pour me faire un coup pareil ! répondit Albus, les yeux écarquillés par la surprise.

Rose rit sombrement et secoua la tête.

- Peut-être. N'empêche, c'était plutôt marrant... Jusqu'à...

- Jusqu'à quoi ? s'étonna-t-il en s'approchant d'elle.

Un rapide coup d'œil à ce qu'elle tenait toujours fermement entre ses doigts suffit à lui faire comprendre.

- Jusqu'à ce que je parle de toi, conclut-il en s'affalant sur le lit de sa cousine et en se prenant la tête entre les mains. Et merde. Scorpius va me détester. Quel imbécile. Mais quel imbécile !

- Alors c'est... Ça veut dire quoi, exactement, ce que tu as écrit ?

- Ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'il est raide dingue de toi et que je viens de commettre une erreur monumentale.

- Mais non, attends... Non, c'est pas une erreur, c'est... Tu es sûr qu'il t'a dit ça ? ajouta-t-elle, la voix rendue aiguë par la surprise, les yeux hors de leur orbite.

- Qu'il m'a dit quoi ?

- Bah, que... Qu'il était raide dingue de moi ?

- Non, ça c'est moi qui l'ai dit.

- Ah.

Quand il vit la déception se peindre sur le visage de Rose, il fronça les sourcils.

- Pourquoi tu fais cette tête ? J'ai juste dit que c'était mes mots. Lui, il est plutôt du genre romantique et tout ce bazar, avec son "Albus, j'aime Rose". Très solennel, tu vois ?

Elle ouvrit des yeux effarés et baissa la tête vers la lettre. « Tu ne t'es toujours pas décidé à suivre mon conseil et à être direct avec elle ? Si tu veux, le 29, je peux te laisser un moment seul avec elle... »

- Rose, est-ce que tu penses que... Que tu peux faire comme si je ne t'avais rien dit ? s'enquit Albus avec une grimace suppliante.

Elle releva doucement les yeux vers lui en se mordant la lèvre.

Non, elle ne pouvait pas faire ça. Elle venait de découvrir que son meilleur ami était amoureux d'elle. Ce même meilleur ami dont elle était amoureuse depuis presque un an. Qui faisait invariablement battre son cœur, avec ses sourires en coin, ses regards pénétrants, son calme à toute épreuve, et son humour qu'il cachait si bien.

Les yeux dans le vague, les joues chaudes, Rose fit non de la tête, un sourire idiot collé au visage.

- Roooose ! S'il te plaît !

- Je ne peux pas ! s'exclama-t-elle en se levant de son lit. Parce que... Parce que c'est réciproque, tu vois ? continua-t-elle, l'air déboussolée.

- Quoi ? Par réciproque tu veux dire... que... Que toi aussi, t'es raide dingue de lui ?

Rose pouffa de rire, et de petites plaques rouges engloutirent ses tâches de rousseur.

- Voilà, tu peux dire ça.

- Et au lieu de me le dire, tu me fais la morale comme quoi j'aurais pu te le dire pour Marion ! râla-t-il, stupéfié. C'est du propre ! Bon, bah t'as plus qu'à me remercier, en fait ! ajouta-t-il en lui lançant un regard meurtrier. En plus d'avoir fouiné dans mes affaires de la pire manière possible, tu apprends une bonne nouvelle.

- Une excellente nouvelle, le coupa la jeune fille.

- Ouais, et bien tu pourrais au moins t'excuser !

Rose esquissa un sourire amusé, et s'approcha de son cousin pour passer un bras autour de ses épaules avachies.

- Je suis désolée, mais pas assez pour le regretter, fit-elle en posant sa tête sur l'épaule gauche d'Albus. J'allais à la pêche aux informations, et j'en ai eu plus que ce que je voulais. Je suis juste désolée que ça ait été à ton insu.

Le jeune homme grogna pour la forme, mais sourit néanmoins de toutes ses dents.

- Alors, toi et Scorpius, hein ?

- Alors, toi et Marion, hein ? contre-attaqua Rose, sans pouvoir s'empêcher de s'empourprer.

- OK, c'est bon, j'ai compris, répliqua son cousin.

Ils restèrent quelques instants silencieux, puis la rouquine décida de changer de sujet. Ils n'allaient pas passer leur fin d'après-midi à regarder la neige tomber tout en pensant à leur... Leur rien du tout, pour l'instant. Elle sauta sur ses jambes.

- Que dirais-tu d'un gâteau au chocolat ?

Le visage de son cousin s'éclaira :

- Vendu.


NOTE

J'ai longuement hésité à en faire un OS séparé, mais je vais rester fidèle à ce recueil. Ce n'est plus du tout une drabble, mais je ne pouvais pas décemment raccourcir ce texte. Alors Drabble ou OS, on s'en farcit les haricots !

A bientôt, les coquelicots !

DelfineNotPadfoot