.
[ Rose / Scorpius ]
(Suite de Mauve)
Vendredi 29 décembre, 9h52
. . .
- Albus ? appela Rose dès qu'elle sortit de la cheminée des Potter.
Elle épousseta ses vêtements chauds et éternua. Jamais elle ne s'habituerait à la poudre de cheminette. Ensuite, elle se dirigea vers la cuisine tout en réitérant son appel.
- Albus ? Scorpius arrive à quelle heure ? Avant, il faut qu'on...
- Bonjour, Rose, fit une voix chaleureuse qu'elle ne s'attendait pas à entendre. Je suis déjà arrivé, comme tu peux le voir, ajouta-t-il en souriant légèrement.
Elle s'était arrêtée à l'entrée de la cuisine, la vision du jeune homme l'ayant stoppée net dans sa recherche. Les parents d'Albus n'étaient pas là, elle le savait, et cette voix n'appartenait pas à James (et encore moins à Lily).
- Salut, souffla la jeune fille en rougissant jusqu'aux doigts de pieds, tandis qu'elle s'installait à deux chaises d'écart de Scorpius. Où est Albus ?
- Il est parti s'habiller. Qu'est-ce qu'il fallait que vous fassiez, avant que j'arrive ? lui demanda-t-il d'un ton suspicieux.
- Oh, rien, dit-elle en insultant son manque de nonchalance.
Sous la table, ses doigts se joignirent et se mirent à se tortiller, comme dansant un tango nerveux.
- Ça ne va pas ? l'interrogea Scorpius. D'abord, tu me sors un mensonge gros comme un demi-géant, et ensuite tu parais stressée, comme si tu avais fait une bêtise... Tu as fait une bêtise ? s'enquit-il avidement, un sourcil relevé.
- Une bêtise ? répéta-t-elle, amusée, quoique bel et bien stressée. Et bien... On peut dire ça.
Interloqué, le jeune homme s'accouda à la table et planta son regard inquisiteur dans les yeux de Rose, de la couleur des calanques. Elle rougit sous le feu de l'intérêt qui éclairait son visage, et chassa son appréhension d'un clignement d'yeux.
- Je me suis fait passer pour toi auprès d'Albus, pour enfin savoir de qui vous parliez la semaine dernière, et...
- Ah oui, ça ! Il me l'a dit, fit-il, l'air grandement amusé. Ça m'a beaucoup fait rire. Il faudra que tu me montres ce que tu as écrit dans tes fameuses lettres pour qu'il tombe dans le panneau.
Rose rougit de plus belle, mais ne put s'empêcher de rire.
- J'ai fait une imitation presque parfaite de ton écriture, si tu veux savoir !
- Je n'en doute pas un seul instant, répondit-il, avant de laisser un court silence s'installer. Mais Rose, sérieusement, qu'est-ce qui t'arrive ? Tu es toute rouge. Tu as trop chaud ?
- Non, non, je...
- Me revoilà ! s'écria alors Albus, qui venait d'apparaître à la porte de la cuisine. Ah, salut Rose ! ajouta-t-il en s'asseyant entre ses deux amis.
Et soudain, comme si la lumière venait de se faire à tous les étages, il esquissa un sourire aussi large que ne l'aurait été celui d'un hippogriffe, et se mit à les observer tour à tour. Cela n'aida absolument pas Rose à retrouver une couleur normale, couleur à laquelle elle songeait fortement à renoncer pour le restant de la journée. Elle offrit à Albus son regard noir le plus effrayant et, un air faussement aimable, lui lança :
- Scorpius et moi parlions justement de Marion. Tu sais, Marion Cook, Serdaigle, moitié-française, au sourire "si craquant", comme tu le dis toi-même...
Elle entendit Scorpius étouffer un rire, et elle vit qu'Albus avait bien reçu la menace. Cependant, quand le blond ajouta tout bas (mais pas assez pour ne pas se faire entendre) "Et dont tu rêves tous les soirs", le regard compréhensif d'Albus changea du tout au tout ; il devint déterminé, moqueur, et plein de vengeance.
- Regardez-vous, tous les deux, s'esclaffa-t-il. Vous faites les malins, hein ?
- Albus..., le prévint Rose.
- Quoi ? Vous vous moquez bien, mais pourquoi...
- Albus...
- ... est-ce qu'on ne dirait pas à Scorpius ce...
- Albus ! s'exclama sa cousine en se levant d'un bond.
- Quoi ?! répliqua-t-il, l'air innocent, en lui souriant le plus bêtement possible.
- Me dire quoi ? intervint Scorpius, qui essayait vainement de comprendre de quoi tout ceci s'agissait. C'est vrai, j'aimerais savoir. Vous êtes bizarres, tous les deux.
Non que ça change de d'habitude, aurait-il voulu ajouter.
- Rien, claqua la voix de Rose, qui fixait toujours son cousin, du venin dans les prunelles.
- C'est pas ce qui m'a semblé, contra Scorpius, dont la voix laissait percer une pointe d'agacement.
- Je vais te dire, moi, répliqua Albus avec un sourire éclatant.
- Tu ne vas rien dire du tout, et tu vas...
- Rose est amoureuse.
La Rose en question ne termina jamais sa phrase, et le silence s'écrasa sur la table de la cuisine, comme celui dont on compte les secondes après un éclair, pour évaluer le danger et la distance à laquelle ce dernier se trouvait.
La jeune fille ferma les yeux, trop incrédule pour s'en prendre à Albus, se laissa retomber sur sa chaise, et attendit que le temps passe comme s'il restait un espoir que rien n'ait été dit.
Le jeune Potter, de son côté, avait le visage tordu en une grimace embêtée, et il semblait réaliser ce qu'il venait de dire.
- Euh... Et donc ? leur demanda Scorpius, qui regardait maintenant la main qu'il avait posée sur la table. Elle a le droit, à ce que je sache.
Albus se jeta sur l'occasion pour se rattraper...
- Demande-lui plutôt de qui !
... Ce qui ne fut pas le cas, car cela ne fit qu'empirer l'état des nerfs de sa cousine. Et elle estimait avoir été très patiente.
- Albus, tu vas la fermer, et tu vas sortir de cette cuisine. Je sais que je ne suis pas chez moi, mais là, vu ce qui se passe dans ma tête, tu devrais te considérer heureux d'avoir gardé tous tes cheveux. Et même le reste.
Il ne se fit pas prier et, livide, il déguerpit, non sans avoir envoyé à son ami un regard qu'il voulut réconfortant.
Scorpius aussi avait pris un teint blanchâtre, qui faisait passer sa couleur de peau habituelle pour bronzée. S'il devait se l'avouer, il était triste, et jaloux. Triste que le cœur de Rose ait jeté son dévolu sur quelqu'un, et jaloux de ce quelqu'un qui n'était pas lui. En revanche, l'attitude d'Albus ne lui ressemblait pas. Il connaissait les sentiments qu'il nourrissait pour Rose, alors il ne comprenait pas pourquoi il lui aurait révélé une telle information, d'une telle manière. Non, ce n'était décidément pas logique. Et cet air satisfait lorsqu'il avait fait sa déclaration n'était pas celui de quelqu'un qui venait de détruire les rêves et la confiance de son meilleur ami, même sous le coup de l'énervement.
Toujours les yeux plantés sur ses doigts crispés, il ne fit que voir du coin de l'œil Rose se tourner vers lui. Il l'entendit respirer difficilement, ouvrir la bouche, et expirer longuement, comme si parler lui demandait un effort surhumain.
Ce qui était le cas, d'ailleurs. La jeune fille ne savait pas par où commencer, quels mots employer, et ceux-ci semblaient de toute manière vouloir rester bloqués dans son larynx.
- Bon, fit Scorpius sans relever la tête. Qu'est-ce qu'il a voulu dire ? Je le connais, il n'a pas dit ça au hasard.
Le courage qui accompagna ses paroles lui fit remonter les yeux, qu'il fit glisser le long du visage de Rose. Elle rougissait toujours, et la couleur avenante de ses joues fit augmenter son propre rythme cardiaque.
Rose aurait bien rejeté toute la faute sur Albus, en disant à Scorpius que si elle savait, c'était parce que son cousin s'était fait avoir en lisant la fausse lettre, mais cela aurait entraîné trop d'explications et de mots, et elle n'était pas sûre que sa gorge paralysée serait capable de les faire sortir correctement. Elle opta donc pour une solution qu'elle jugea plus simple, et qu'Albus avait citée dans sa lettre à "Scorpius" : elle allait être directe.
- Est-ce que tu... Est-ce que... tu m'aimes ? lui demanda-t-elle avec difficulté, évitant de faire attention au feu qui semblait lui brûler le visage.
- Qui t'a dit ça ? répondit calmement le jeune homme en la regardant droit dans les yeux. Et surtout... Pourquoi tu dis ça comme si c'était absurde ?
Son regard loti dans les prunelles grises de Scorpius, Rose se sentit intimidée par la seconde question, mais sourit néanmoins tendrement en voyait que lui aussi rougissait légèrement.
- Peut-être parce que j-je n'y crois pas ? fit-elle d'un ton posé, tentant de retrouver une certaine assurance.
- Alors tu devrais, fut la réponse du blond, qui détourna aussitôt le regard.
Le sourire de Rose s'élargit en voyant la réaction de Scorpius. Et, à leur surprise commune, elle s'esclaffa doucement et posa délicatement sa main sur celle du jeune homme, qu'il avait oublié de cacher en même temps que son regard.
Sa tête pivota pour observer la peau aussi blanche qu'agréable qui transmettait sa chaleur à la sienne. Il observa ses doigts se retrousser légèrement et enserrer sa grande main à lui ; il observa le minuscule grain de beauté qui apparaissait entre son pouce et son index quand elle étirait sa main ; il observa comme la sensation de leurs mains unies était merveilleuse. Il rencontra le regard à la fois rieur et timide de Rose, et envoya balader toutes les questions qu'il avait en tête. Son geste parlait de lui-même, et il préférait profiter du moment plutôt que de demander pourquoi, depuis quand, et comment. Il fit pivoter sa main, et son pouce se mit à faire d'hésitantes caresses sur la main de Rose.
- Je devrais, tu as raison, reprit Rose, rompant le silence envoûtant. Et c'est pareil pour toi, ajouta-t-elle en riant à nouveau, les joues écarlates.
- C'est vrai ?
Ce n'était pas vraiment une question, mais Rose y répondit quand même.
- C'est vrai.
Alors, il s'autorisa à expirer sans bruit, à laisser la joie l'envahir, et à se joindre au rire de Rose. De sa Rose.
- Alors c'est bon ?
La voix les fit sursauter, et ils furent trop hébétés pour répondre. D'ailleurs, qu'y avait-il à répondre ?
- Tu as fait ton romantique ? continua Albus à l'intention de Scorpius, qui avait cessé de rire. Tu lui as dit qu'elle était belle et qu'elle ne le savait même pas, ou je ne sais trop quelle salade que tu rêves de lui sortir ?
Il les fixait désormais tous les deux, avisait leurs joues empourprées, se délectait de les voir ainsi, et son sourire continua sa course folle lorsqu'il haussa les sourcils à plusieurs reprises, de manière suggestive, en montrant leurs mains d'un coup de menton.
Rose n'arrivait pas à croire qu'il soit revenu. Si vite. Alors que tout était parfait. Alors qu'elle aurait aimé rester seule avec Scorpius encore quelques minutes. Ou quelques heures.
Enfin, vous voyez.
Sans dire un mot, elle se leva, faisant crisser la chaise contre le sol, et entraîna Scorpius à sa suite en resserrant ses doigts autour de ceux du jeune homme. Ce dernier jeta un regard perdu à Rose, et ignora sans effort leur ami, qui assista à leur départ en silence.
Albus entendit la porte d'entrée s'ouvrir, se refermer, et il s'assit autour de la table, avant de soupirer, toujours un énorme sourire plaqué sur les lèvres. Voilà une bonne chose de faite. Il n'était peut-être pas très délicat, mais au moins il était efficace. Il se félicita intérieurement. Mais chaque bonne chose venait avec des désagréments. Maintenant, il fallait qu'il se trouve quelque chose à faire.
Son humeur joueuse éveillée, il sut immédiatement ce qu'il allait faire. Il se releva et se rendit devant la porte de la chambre de James. C'était l'heure de lui tirer les asticots du nez. Bientôt, il en saurait plus sur sa copine secrète.
Sans préambule, il entra.
Quelle ne fut pas sa surprise quand il trouva, dans les bras de son frère endormi, une jolie rousse qui roupillait paisiblement.
NOTE
Bonsoir ! C'était dont la suite de Mauve, OS où Rose se fait passer pour Scorpius dans une courte correspondance avec son cousin Albus. Ce n'était pas vraiment prévu, mais je n'ai pas pu m'empêcher de l'écrire, ne serait-ce que pour moi. Alors, bon, je me suis dit que j'allais être sympa avec vous :P Bon, je me suis un peu lâchée sur la fin, mais disons que depuis le début je réserve une place de choix à Albus, dans les drabbles Rose/Scorpius, et il est toujours là quand j'ai besoin de lui. Donc il passe pour un idiot, mais je vous assure, je l'aime quand même :) Peut-être même plus que les autres.
Bref, comme je raconte ma vie ce soir, je vous rappelle que LittlePlume et moi écrivons une fiction sur Albus et James Potter (oui, oui, toujours eux), et qu'elle est disponible (et presque terminée) sur notre profil commun, DelPlume. Le titre, c'est Les BattPott et vous êtes cordialement invité(e)s à venir lire !
Sur ce, bonne nuit à toutes et à tous, et je vous laisse pour plusieurs semaines. A bientôt !
DelfineNP
