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[ Rose / Scorpius ]

A BAS SCORPIUS LE BOULET

(2)

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Deux jours plus tard.

Les deux garçons attendaient que Rose sorte du dortoir des filles pour les accompagner jusqu'à la Grande Salle. Ils étaient tous les deux morts de faim, et cela pouvait se voir chez Albus, qui tapait du pied avec impatience. Scorpius, lui, semblait plus calme. Mais intérieurement, il n'en menait pas large. Albus l'avait mis, la veille au soir, au défi de faire un compliment à Rose ce jour-là. Et s'il ne le faisait pas, il l'avait menacé d'écrire une lettre à son père lui révélant que, durant leur deuxième année, ils avaient été responsables de l'inondation qui avait coûté la vie à trois tableaux du couloir du sixième étage. Évidemment, Scorpius avait été obligé d'accepter.

Alors, quand il vit Rose descendre l'escalier d'un pas lourd, l'air endormie et énervée, il hésita quelque peu, et entremêla ses propres doigts en envoyant un regard gêné à Albus. Lequel leva un sourcil, l'air de dire "Tu préférerais une belle grosse beuglante ?". La jeune fille se planta face à eux et souffla d'agacement, puis réajusta son sac sur épaule. Et Scorpius ne réfléchit pas.

- Tu as... Euh, ta cravate est... est jolie, déclara-t-il, sa voix glissant sur la fin, adoptant un ton plus aigu.

Rose leva ses yeux bleus vers lui, l'observa quelques secondes, sans savoir quoi dire. Puis elle trouva. Enfin, presque.

- Euh... merci ?

Elle tourna ensuite son regard désintéressé vers la porte de la salle commune et avança lentement. Les deux Gryffondor la suivirent, Scorpius se cachant le visage entre ses mains en secouant la tête. A côté de lui, Albus porta également la main à sa bouche, mais c'était plutôt pour retenir un éclat de rire.

- C'est le pire compliment que j'aie jamais entendu, lui avoua-t-il en chuchotant à moitié.

- Je suis d'accord avec Al, grommela Rose, en se retournant légèrement, de manière à lui adresser un demi-sourire désolé.

Scorpius rougit comme une prune très mûre et évita le regard de ses amis jusqu'à la Grande Salle. Il ignora ensuite Albus durant leurs deux premiers cours de la journée, et ce dernier finit par en avoir assez. Avant que le professeur ne commence le cours, il se pencha vers le blond.

- T'es au courant que ton pauvre compliment de ce matin ne marche pas ? chuchota-t-il pour que Rose, placée de l'autre côté, ne l'entende pas.

- ...

- Tu as conscience qu'il va falloir trouver mieux que ça ?

- ...

- Tu croyais vraiment que ça suffirait ? s'acharna-t-il en voyant que son ami allait bientôt craquer.

- Pourquoi pas ? répondit la voix sur-aiguë de Scorpius.

- Parce que c'était vraiment nul !

Et ainsi, pour Scorpius, le reste de la journée fut une véritable torture. Il passa chaque minute à se demander s'il devait la complimenter sur ses cheveux, ou lui dire qu'elle avait des yeux magnifiques, ou encore s'il fallait plutôt parler de son intelligence hors normes. Et finalement, lorsqu'ils se retrouvèrent tous les trois dans la salle commune, le soir, il n'avait toujours pas pris de décision. Une chose était sûre, il fallait qu'il fasse mieux que la bêtise qu'il lui avait sortie le matin-même.

En le voyant hésiter, Albus sourit à Scorpius d'un air rassurant, et, prétextant une envie d'aller aux toilettes, il se leva et glissa un "Souviens-toi qu'elle est dingue de toi" à son ami en lui tapotant l'épaule.

Scorpius se demandait bien comment Albus pouvait être au courant. Il avait du mal à imaginer Rose se confier à son cousin, aussi proches soient-ils. Peut-être l'avait-elle dit à quelqu'un d'autre, qui avait vendu la mèche au jeune Potter ? Après tout, dans la famille Weasley, les secrets avaient la vie dure... Et peut-être s'inventait-il des choses. Théorie que Scorpius trouvait la plus probable mais qui ne lui plaisait absolument pas.

- Qu'est-ce qu'il t'a dit ?! pépia Rose. Qu'il était dingue de toi ?

Elle l'observait avec des yeux bleus aussi ronds que le soleil et aussi gros que des patacitrouilles. Scorpius, sous la force de son regard et sous la surprise de sa question absurde, s'empourpra en une demi-seconde et étouffa un petit rire.

- Pas tout à fait, répondit-il sans perdre ses couleurs.

- Mais alors il parlait de qui ? insista-t-elle en plantant son regard toujours aussi écarquillé dans celui du jeune homme.

Une seconde de trop passa avant qu'il n'ouvre la bouche.

- Euuuh, je ne sais pas, fit-il en regardant les livres disposés sur le côté de la table.

- Tu ne sais pas.

- Non, en fait, je... Eh bien...

- Scorpius ?

- Oui ? répondit-il en relevant la tête, les mains crispées sur ses genoux.

- Tu ne sais pas mentir, alors arrête d'essayer, fut la réponse de Rose, accompagnée d'un rire doux comme une plume.

Les doigts serrés les uns autour des autres, toujours nerveusement positionnés sur ses genoux, Scorpius ne cessa de fixer Rose de ses yeux nuageux. Le rouge ne quitta pas non plus ses joues – il ne fallait pas trop en demander.

- J'adore quand tu ris, déclara-t-il tout à coup.

Il l'avait fait. Ce n'était pas le meilleur compliment du monde, mais c'était loin d'être le pire. Et au vu de la réaction de Rose, elle était plutôt d'accord avec lui. Ses tâches de rousseur disparurent brièvement derrière une légère teinte rose qui lui allait à merveille. Cependant, elle continua de le regarder droit dans les yeux et reprit rapidement un air sérieux.

- N'essaie pas de me distraire avec des belles paroles.

- Pourtant, ça fonctionne, rit-il faiblement.

- Donc ? s'enquit Rose, le rouge revenant au galop sur ses joues délicates.

- Donc il parlait de toi ! lança Scorpius en se reculant sur sa chaise et en esquivant la mer houleuse qui roulait dans les pupilles de la jeune fille.

Il soupira et amena sa main droite à son front pour le masser.

Ce n'était pas prévu. Pas du tout prévu.

Mais finalement, qu'est-ce qui l'avait été, depuis ce matin-là ?

Rien.

Il aurait dû trouver un compliment haut en couleurs à lui sortir dès son entrée dans la salle commune. Rose aurait dû être de bonne humeur et l'aurait embrassé sur la joue. Il aurait ensuite trouvé un moyen de ne pas poursuivre la stupide liste d'Albus, et il n'aurait plus jamais entendu parler de ses sentiments pour Rose.

A la place, Rose, même si elle avait fait un effort, s'était levée d'une humeur exécrable. Elle n'avait embrassé personne sur la joue, et le premier compliment de Scorpius était tombé à plat comme un vieux chiffon. Albus ne l'avait pas lâché de la journée pour qu'il trouve autre chose, et il savait que d'ici trois minutes il referait son apparition, et qu'il saurait, par il ne savait quel moyen, si Scorpius avait réussi sa tâche. Et voilà maintenant qu'il lui avouait savoir qu'elle était amoureuse de lui.

Sans parler du fait que c'était sûrement un gros malentendu.

Comme elle ne disait rien, Scorpius attrapa son courage à deux mains et le déposa sur la table qui se trouvait devant eux, ainsi que son cœur et son embarras.

- Bon, maintenant que j'y suis..., continua-t-il en faisant glisser sa main étendue sur ses joues et son menton, avant de la laisser tomber sur sa cuisse. Albus tient absolument à ce que je te dise tout. Alors Rose, sache que je... que... que tu me plais, et, euh, que je te trouve parfaite. Parfaite pour tout, et parfaite pour moi, parce que je suis égoïste et que j'aurais dû mal à te voir avec quelqu'un d'autre. Je me dis que... qu'on est déjà amis, et que je ne te révulse pas totalement, donc mes espoirs ne sont pas complètement inexistants, et puis si seulement ce qu'Al m'a dit pouvait être vrai, ce serait formidable, poursuivit-il en devenant de plus en plus rouge et en reprenant sa respiration. Je... Euh, du coup, si tu veux bien, on peut aller à Pré-au-Lard ensemble la semaine prochaine ; tu en penses quoi ?

Trop gêné pour rester assis, Scorpius se leva d'un bond et n'attendit pas la réponse de la demoiselle. Il s'éloigna, la main droite prenant place dans ses cheveux, puis fit demi-tour, car ce n'était pas la direction de son dortoir. Au moment de gravir les marches, il se retourna une nouvelle fois, et il se dirigea vers la table pour ramasser ses affaires abandonnées.

Il ne savait plus où il était, ce qu'il faisait, et où il devait aller. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il avait tout mélangé, et qu'il avait terriblement honte.

Une main douce se referma tant bien que mal sur ses doigts, qui avaient été sur le point d'attraper une plume émeraude. Son regard se redressa automatiquement et tomba sur Rose, qui se mordillait la lèvre avec anxiété.

A eux deux, ils auraient pu passer un concours de rougissements et le gagner. Ils avaient l'air ridicules – ridiculement amoureux, se disait Albus, qui les observait en silence depuis l'un des étages.

Puis Rose sourit, d'un sourire un peu désorienté, et elle glissa ses doigts sous la main de Scorpius, pour la lui serrer tendrement.

- Ce serait super.


NOTE

Voilà donc la suite (et fin) de cette drabble en deux parties. Heureusement que Rose était là pour me tirer d'affaire.

Merci d'avoir lu, reviewé, diffusé, ou même détesté ; dans tous les cas, servez-vous des biscuits, c'est gratuit. A bientôt !

Delfine