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[ Lily / James ]

VENGEANCE

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En temps normal, James aurait eu besoin d'insister. Avec Lily Evans, rien n'avait jamais été simple, et il avait pris l'habitude d'être persistant. Mais lorsqu'il avait demandé à Lily de venir dîner chez ses parents, pendant les vacances de Pâques, qu'elle l'avait observé tendrement et qu'elle avait accepté, il était tombé des nues.

La jeune femme lui avait expliqué qu'elle mourait d'envie de rencontrer les deux personnes qui lui avaient donné la vie, qui l'avaient "supporté pendant tant d'années", et qui avaient fait qu'il était quelqu'un de formidable.

Suite aux paroles de Lily, il avait hésité entre lui dire qu'il n'avait pas eu besoin de ses parents pour être formidable, et l'embrasser pour lui montrer à quel point sa réponse tout entière lui faisait plaisir.

Il était bien connu qu'embrasser Lily Evans était son passe-temps favori ; il l'avait donc prise dans ses bras avant de poser ses lèvres sur celles de la jeune fille avec toute la délicatesse donc il faisait preuve avec elle.

A présent, cependant, la rouquine semblait presque regretter d'avoir dit oui – mais pas totalement, puisqu'elle aurait tout fait pour que James garde cet air adorable sur le visage. Elle empêchait tant bien que mal ses mains de trembler et ne cessait de les essuyer sur son pantalon. Apparemment, James n'avait pas remarqué son état, et elle mettait cette maladresse aussi passagère que surprenante sur le compte de la hâte.

- Tu es sûr qu'on peut entrer comme ça, sans frapper ? s'inquiéta Lily en tirant un peu James en arrière, par la main qui emprisonnait déjà la sienne.

- Bien sûr, répondit-il en se retournant succinctement pour la rapprocher de lui et de la porte d'entrée. Je suis chez moi, pourquoi est-ce que je frapperais ?

Sur ces mots, il ouvrit la porte de la maison de ses parents et tira Lily à l'intérieur. James était allé chercher Lily chez elle quelques heures plus tôt, et Sirius, qui habitait actuellement chez les Potter, s'était éclipsé chez Remus, les laissant seuls pour cette rencontre tant attendue.

- On est là ! cria James à la cantonade.

Lily n'eut pas d'autre choix que de se laisser guider au salon, où un homme dont les traits ressemblaient étrangement à ceux de James venait de poser un journal sur un petit meuble. Quand il les vit entrer dans la vaste pièce, il leur adressa un sourire chaleureux, que Lily reconnut immédiatement.

- Bonsoir, Lily, lui dit-il en lui serrant amicalement la main. Je suis ravi que tu aies pu venir ce soir, continua-t-il en envoyant un clin d'œil à son fils, qui avait passé un bras autour de la taille de Lily et qui souriait avec fierté.

Avant que Lily ne puisse répondre quoi que ce soit, une femme élégante fit son apparition avec un plateau entre les mains, qu'elle posa précipitamment sur la table basse du salon.

- Lily, enfin ! chanta-t-elle en prenant ladite jeune fille dans ses bras. Bienvenue, dit-elle en se reculant pour mieux l'observer.

- Merci, répondit la rouquine en joignant ses mains devant elle, embarrassée. Je... Je suis très heureuse de vous rencontrer, dit-elle en rougissant.

Elle aurait voulu ajouter quelque chose, mais "vous avez une jolie maison" ne lui paraissait pas vraiment coller à la situation, puisqu'elle n'avait vu qu'une seule pièce de la grande demeure. "Vous avez un fils merveilleux", en revanche, était une vérité incontestable, mais elle doutait que ce soit plus approprié.

- Assieds-toi, enfin, l'invita la mère de James en lui désignant un fauteuil, sur lequel le jeune homme prit également place, capturant à nouveau une de ses mains. Tu prendras bien un peu de thé ?

- Volontiers, répondit Lily en acceptant la tasse fumante qu'on lui tendit.

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Une heure passa rapidement, puis deux, puis trois, et bientôt ils se retrouvèrent à nouveau dans le salon, pour une autre tasse brûlante. Les parents de James lui avaient fait oublier son malaise, et il s'était avéré qu'ils s'entendaient très bien, au plus grand bonheur de James, qui souriait toujours comme si le monde lui appartenait – ce qui était probablement ce qu'il pensait, vu la manière dont il regardait Lily.

- Dis-moi, Lily, dit soudain la mère de James, avec un sourire qu'on aurait pu qualifier de carnassier. Étant donné que mon fils n'a rien fait pour te mettre à l'aise en arrivant dans cette maison – ne me regarde pas comme ça, mon chéri, tu étais trop occupé à être heureux pour remarquer que Lily ne savait pas où se mettre... Je disais donc, étant donné son manque de... sensibilité, que dirais-tu d'inverser les rôles et de le mettre mal à l'aise à son tour ?

Devant le regard interrogateur de la rouquine, elle continua :

- Je ne suis mère qu'une fois, et je doute rencontrer une autre petite amie de James – il a été suffisamment clair à propos de ses intentions, ajouta-t-elle avec un clin d'œil pour James –, alors que dirais-tu d'une petite séances photos ? J'ai un album de son enfance, je suis sûre que cela te plairait...

Elle sourit de toutes ses dents à son fils, un mélange de moquerie et de tendresse sur les lèvres, puis reporta son attention sur Lily, tandis que le père de James tapotait l'épaule de celui-ci d'un air désolé.

La jeune fille esquissa une moue amusée, tandis que James fusillait sa mère du regard.

- Ce serait avec plaisir, répondit rapidement Lily en se tournant vers James d'un air de vengeance.

- Quoi ?! s'offusqua ce dernier, les yeux écarquillés.

Elle hocha vivement la tête, prête à se défendre, mais n'en eut pas le temps.

- Mais qu'est-ce que j'ai bien pu te faire pour mériter ça ?

- Tu veux vraiment que je te réponde ? contre-attaqua Lily.

Alors que James gardait le silence, elle poursuivit :

- Cinquième année, quand j'étais tranquillement en train de prendre mon petit déjeuner dans la Grande Salle, et que tu as crié...

- ... que Lily était la plus belle fleur de l'univers, et que tu as jeté un sort au plafond pour qu'il pleuve des pétales de...

- C'est bon, c'est bon, fit James pour interrompre sa mère, qui avait pris le relais de Lily. Allez-y, avec vos albums, je n'ai rien à cacher.

Il lâcha la main de Lily et croisa les bras, fâché. Il allait tuer Sirius pour avoir raconté tout ça à sa mère, qui ne cacha pas son air satisfait.

Et c'est ainsi que Lily apprit comment James s'était fait enfermer dans le placard au fond du jardin à l'âge de quatre ans, alors qu'il cherchait de quoi donner à manger aux nains de jardin des voisins ; ou comment il avait volé le manteau de son père et l'avait caché derrière son dos, l'air innocent, tandis que le vêtement dépassait de part et d'autre de son corps, si peu discret ; ou encore comment il avait tenté d'apprivoiser un chat sauvage et lui avait donné un bain dans l'évier de la cuisine ; ou quand...


NOTE

Vous pourrez remercier (ou blâmer) LittlePlume, car elle m'a donné une liste de thèmes, sur lesquels j'ai obligation d'écrire (vous avez bien lu). C'était donc le thème "Album photos", et j'espère que vous aurez aimé le tournant que je lui ai donné. J'espère aussi que vous vous êtes remis(es) des boulets de la dernière fois (même s'ils referont bientôt leur apparition).

Bonne fin de journée !

Delfine