.

[ Lily / James ]

DEFAITE ET VICTOIRE

. . .

C'était la pire journée de toute sa vie.

Ce jour-là, Gryffondor affrontait Serpentard dans un terrible match de Quidditch. James avait eu un mauvais pressentiment, en se levant, le matin, et cela s'était révélé n'être qu'une infime part de vérité de ce qui s'était réellement passé.

Dès le début du match, un Serpentard de sixième année avait insulté la sœur d'un des poursuiveurs de l'équipe de Gryffondor. James savait qu'ils avaient un passé assez violent, et lorsqu'il avait vu Rightley lancer un Confringo au balai du Serpentard et que ledit balai avait explosé en miettes, il avait senti son ventre se tordre. Et en effet, le poursuiveur de Gryffondor s'était immédiatement fait disqualifier par l'arbitre, et il ne restait que deux poursuiveurs pour l'équipe de James. En revanche, le Serpentard visé ne s'était pas blessé et avait trouvé un balai de rechange bien trop rapidement au goût des Gryffondor.

Ensuite, un autre Serpentard avait discrètement lancé un sortilège de confusion à l'un des batteurs de l'équipe rouge et or, et celui-ci était tombé de son balai sans que l'arbitre ne remarque quoi que ce soit. Le batteur avait été transporté à l'infirmerie aussi sec, et les Gryffondor n'eurent alors plus qu'un seul batteur.

A cinq contre sept, c'était difficilement un match équitable.

Le batteur restant avait ensuite fait de son mieux pour gérer les deux cognards en jeu, mais c'était au-dessus de ses capacités. Le gardien en avait reçu un dans la main cinq minutes plus tard, se cassant trois doigts, et s'il avait décidé de rester sur le terrain, le sortilège de guérison qu'on lui lança n'était pas aussi efficace que celui de l'infirmière. Seulement, cette dernière était déjà occupée à l'autre bout du château. Les souafles n'avaient ensuite plus cessé de passer entre les anneaux des Gryffondor, sous le nez de supporteurs furieux.

Le cognard endiablé (et les deux batteurs de Serpentard qui en étaient responsables) s'en était pris peu après au deuxième poursuiveur de l'équipe, le blessant à l'épaule – ce qui, vous l'admettrez, n'est pas tellement pratique pour faire des passes ou lancer le souafle pour marquer.

James avait finalement reçu un cognard dans le genou, avait ignoré la douleur pendant près de deux heures, le temps que l'attrapeur de Serpentard attrape le vif d'or sous le nez de l'attrapeur de Gryffondor, qui, ayant totalement perdu espoir, avait oublié de se battre pour la petite boule dorée.

Lorsque la victoire pour les Serpentard fut proclamée, le mois de novembre ne trouva rien de mieux à faire que de lancer sur l'Écosse une de ses plus belles averses, et c'est trempés que les Gryffondor encaissèrent leur défaite : 70 à 360.

C'était une équipe de bras cassés, quasiment au sens propre.

Et le pire, dans tout ça, c'est que James en était le capitaine.

Le stade se vida en deux temps, trois mouvements, sous les ricanements triomphants des Serpentard. Les Gryffondor reprirent le chemin de leur tour l'air dépités, et James implora ses amis de le laisser tranquille.

Il resta sur le terrain, reprit contact avec l'air, s'élançant pour faire des tours et des tours, sans jamais regarder le sol. Observant le ciel, les nuages, qui semblaient aussi déchaînés que ses envies de meurtre. Il ne savait pas s'il préférait démissionner ou bien s'il voulait le faire payer aux Serpentard. Dans ses pensées, le match était très serré.

- James ! l'appela une petite voix qui fit virevolter son cœur.

Non, il n'avait pas envie de la voir.

C'était bien la première fois, se rendit-il compte. Mais là, il voulait être seul, se torturer le cerveau encore quelques heures, attraper une pneumonie, et ne pas s'autoriser à voir son joli minois. Il ne le méritait pas. Vraiment pas.

Et elle ne méritait pas de voir le visage de la défaite. Vraiment pas.

- James, répéta la voix, l'arrachant à son objectif invisible. Tu vas tomber malade !

Il fit pivoter son balai et s'approcha d'elle, restant dans les airs, la pluie tombant autant des nuages que de ses cheveux.

- C'est ce que tu veux, en fait, ajouta-t-elle. Tu cherches à tomber malade, c'est ça ? lui demanda-t-elle d'une voix dont la douceur le fit presque crisser des dents.

- Tu devrais aller au chaud, Lily, répondit-il d'une voix à peine audible.

- Toi aussi.

James détourna le regard, la mâchoire crispée. Cela avait toujours été difficile de lui tenir tête. Au début, c'était facile, puisque leurs disputes constituaient les seuls échanges qu'ils pouvaient avoir. Mais par la suite, ils étaient devenus plus ou moins amis, leurs altercations s'étaient espacées, et James avait appris, par le plus grand des hasards, qu'il ferait probablement tout pour elle, du moment qu'elle le lui demandait.

Cela ne faisait pas exception.

- Je n'irai nulle part tant que tu resteras à te noyer dans ton désespoir. Regarde-moi cette pluie ! Et je parie que ton genou te fait souffrir le martyre.

Un léger sourire embrasa les lèvres de James, qui mania son balai afin de se mettre presque au même niveau que la jeune fille. Par habitude, il passa ses doigts dans ses cheveux, envoyant par la même occasion plusieurs litres d'eau sur son uniforme de Quidditch.

- Je suis sérieux, Lily. Retourne au château. Je ne veux pas que tu tombes malade, lui dit-il gentiment en posant sur elle un regard amoureux.

Il était tellement habitué à la couver de ce même regard qu'il avait presque perdu la capacité de rougir. En revanche, il savait très, très bien quel effet cela donnait au visage de Lily, et il put constater que la pluie ne l'empêchait pas de profiter de ce spectacle.

- Et moi, je suis encore plus sérieuse. Je ne partirai pas d'ici tant que tu n'auras pas décidé d'arrêter de faire ta tête de mule.

Elle croisa les bras d'un air de défi, mais l'effet tomba à l'eau, à cause des gouttes qui dégoulinait sur sa figure. Cela eut au moins le mérite d'arracher un petit rire à James. Il leva le bras et écarta les cheveux qui collaient aux tempes de Lily. Ses doigts le picotèrent d'une manière on ne peut plus agréable, et Lily se remit à rougir. Malgré son désarroi, James sourit davantage.

- Tu as été courageux, James, soupira-t-elle. Assez courageux pour sept joueurs. Maintenant, tu as le droit de souffler, de penser à autre chose.

En parlant, Lily avait posé sa main, toute légère, sur le bras du jeune homme, et sur son visage, elle avait posé ses yeux, dans lesquels luisait un regard aussi doux que l'était sa voix. James ne bougea pas, mais ferma les yeux sous la douleur cuisante de la défaite, qui semblait se fondre dans le bonheur d'avoir Lily, sa voix et son contact, pour lui.

Profitant qu'il ne la regardait plus, Lily détacha sa main de l'uniforme du garçon et la déposa sur sa joue, là où sa barbe naissait. Ses paupières s'ouvrirent brusquement, comme elle s'y attendait. Elle savait que James l'aimait. Il le lui montrait, et cela se voyait comme la pluie qui tombait du ciel. Mais elle ne lui avait jamais dit qu'elle l'aimait aussi. Plus qu'un ami. Et elle se disait que c'était peut-être l'occasion de se prouver qu'elle aussi était courageuse. De le lui prouver à lui.

Au lieu de s'avancer lentement, ce qui aurait été préférable pour jauger sa réaction, elle s'élança brutalement et amortit la chute de ses lèvres sur celles de James du mieux qu'elle put. Elle le sentit perdre momentanément l'équilibre sur son balai, mais il se ressaisit en plaçant ses doigts sur la nuque de Lily. Lorsqu'au bout de quelques secondes elle recula, il sauta du manche de son balai et atterrit sur une seule jambe. Ils s'observèrent, le souffle court, puis James la serra dans ses bras. Avec toute la délicatesse dont il était capable. Avec toute la douceur qu'il voulait lui renvoyer.

- Lily, souffla-t-il dans ses cheveux.

La pluie inondait plus que jamais leurs vêtements, et James avait une jambe légèrement fléchie, qu'il ne posait pas par terre. Mais le poids de la défaite semblait s'être envolé au moment où Lily lui avait offert son cœur. Et, désormais, il n'y avait plus que la victoire qui comptait. Sa victoire à lui, d'être aimé de Lily.

Et sa victoire à elle.

- Allez, on y va, dit-elle doucement.

Et, ensemble et en silence, ils prirent le chemin du château.


NOTE

C'était la dernière drabble de cette intense semaine (un peu long pour une drabble, mais passons). J'espère qu'elle vous aura plu ! Pour celle-ci, c'était un mélange de deux thèmes, pour lesquels j'avais le choix (mais j'ai trouvé ça plus amusant de les utiliser tous les deux) : "Capitaine" et "70-360".

Sur ce, je vous souhaite un excellent weekend !

-Delfine