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[ Rose / Scorpius ]
LE RUBAN BLEU
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Il aimait sa voix. Sa voix pétillante, un peu grave, qui lui donnait une maturité qu'elle portait à merveille. Lorsqu'elle parlait, elle avait une puissance que les autres ne posséderaient jamais ; lorsqu'elle s'énervait, son timbre s'assombrissait davantage et devenait légèrement tremblotant, tout en s'entrecoupant d'éclats plus aigus qui transperçaient de colère ; et lorsqu'elle riait...
Il aimait son rire. Cette mélodie parfois douce et entêtante, dont il ne se lassait pas, et parfois endiablée et incontrôlable, qui la secouait de partout, de la tête aux pieds. C'était comme un éclair de bonheur qui parcourait une pièce lorsqu'il l'entendait et qui attaquait ses propres lèvres, qui s'étiraient vers le haut chaque fois que cette musique lui parvenait. Et quand il en était l'origine, un plaisir sans limite s'emparait de lui et le faisait rougir d'un air heureux.
Il aimait aussi ses cheveux, flammes de chaleur qui reflétaient le soleil, ses yeux, dont le bleu si expressif faisait honte aux mers les plus houleuses, son esprit, aussi finement aiguisé que sa plus belle plume, sa gentillesse et sa générosité, qui ne cessaient de le rendre aussi mal à l'aise qu'amoureux ; il aimait également son petit nez pointu ; le grain de beauté caché derrière le col de sa chemise, et qu'il ne pouvait apercevoir que le week-end, lorsque son uniforme le libérait de sa prison ; sa façon de sautiller lorsque son enthousiasme chassait le rythme régulier de ses pas ; sa façon de se concentrer, et les plis qui en résultaient sur son front ; ses fredonnements presque imperceptibles le matin, lorsqu'elle allait prendre son petit-déjeuner, mais qu'il entendait néanmoins, et qu'il guettait secrètement ; les lacets défaits de ses chaussures, en fin de matinée, et qu'elle ne prenait pas la peine de renouer avant d'avoir terminé son déjeuner ; son entrain quand il s'agissait de participer en classe et son sourire sincèrement ravi d'avoir eu la bonne réponse ; la tâche d'encre foncée qui n'avait jamais disparu de son pull rouge, sur sa manche gauche, au niveau du coude ; son regard pétillant quand on lui proposait des bonbons au caramel, et son rire enjoué quand elle les mangeait et que ses dents restaient collées ; ses doigts de pieds qui s'agitaient dans ses grosses chaussettes en laine, les soirs d'hiver, auprès du feu...
Albus lui dirait volontiers qu'il était "complètement pathétique", avec ses "pensées romantiques à la noix". Et il était loin d'avoir tout entendu – il n'avait jamais voulu tout entendre. Un jour, il avait demandé à Scorpius s'il était amoureux de Rose (parce qu'il l'avait remarqué), et ce dernier avant répondu par l'affirmative.
- Pourquoi ? lui avait alors demandé Albus, l'air franchement intéressé.
Son ami avait difficilement avoué quelques raisons, parmi lesquelles se battaient plusieurs détails insignifiants qu'Albus avait ensuite balayé d'un mouvement de main, avant de supplier Scorpius de se taire.
Ce dernier avait obéi, puis avait reçu une tape sur l'épaule de la part d'un Albus qui lui souhaitait "bien du courage".
Albus avait certainement voulu dire que sa cousine était une dure à cuire difficile à supporter. Mais Scorpius avait pris cela comme une invitation à déployer le plus d'efforts possibles pour se jeter à l'eau.
Et c'est ce qu'il fit, cinq jours plus tard.
Lorsqu'il la vit, assise sur le bord d'un des canapés en velours de la salle commune, absorbée par sa lecture, ses jambes le menèrent droit vers elle. Après coup, il fut surpris qu'elle ait remarqué sa présence (il apprit bien plus tard qu'il ne l'avait jamais laissée indifférente et qu'elle le sentait toujours approcher comme l'aurait fait un ours avec du miel). Mais à ce moment-là, quand elle releva ses yeux rêveurs vers les siens, il lui sourit maladroitement et les mots sortirent de sa bouche avant même qu'il ne se rende compte qu'il lui livrait pour la première fois une petite partie de ses sentiments.
- Tu es jolie, avec ce ruban bleu dans tes cheveux, lui dit-il d'une voix qui n'eut pas le temps de trembler, tant l'honnêteté avec laquelle il s'exprimait envoyait ses pensées directement sur le bout de sa langue.
Mais son esprit reprit vite le chemin de la réalité, et, les joues complètement en feu, il s'éloigna d'un pas rapide rejoindre Albus, à un autre bout de la pièce.
Et, par la même occasion, il manqua le sourire timide que Rose lui retourna, aussi rouge que le canapé sur lequel elle était toujours installée.
NOTE
Eh oui, c'est moi ! Je ne me suis pas encore fait manger par un nain de jardin, et je n'ai pas disparu sous une vague en faisant du surf avec Sirius. J'ai juste manqué un tout petit peu de temps (cf : le surf avec Sirius), et donc je n'ai pas beaucoup écrit. Du tout.
C'était donc une drabble sur un des thèmes donnés par LittlePlume, à savoir "Ruban bleu". Il faut néanmoins savoir que Lp avait utilisé un ruban bleu dans une de ses drabbles aussi (Mon cher, dans le recueil Samedi, sur notre profil commun DelPlume), et c'est là que m'est venue l'idée de me servir de ce qu'elle avait écrit pour pondre cette drabble-ci. Evidemment, elle était d'accord pour que je le fasse. Si vous voulez lire un petit quelque chose qui se passe des années plus tard, et où Rose se souvient de cette scène, je vous invite à aller lire Mon cher.
Sur ce, portez-vous bien, et je vous ramènerai peut-être des photos de mes vacances avec Sirius. A bientôt !
~DNP
