[ Rose / Scorpius ]

PLAYMOBILS

. . .

– Tu sais, commença Albus. Si tu veux avoir une chance, un jour, avec Rose, il va falloir que tu te remettes à l'Étude des Moldus. Je sais que tu as laissé tomber ce cours parce que Langlais était vraiment trop ennuyeux à ton goût, mais tu as bien retenu des choses de tes premières années qui pourraient te servir de base, non ?

– En quelque sorte, répondit Scorpius avec une lenteur prouvant la véridicité (ou son absence) de ses propos.

Albus se pencha en avant sur la table de bibliothèque où ils étaient installés, les coudes posés sur le vieux bois, abaissant la voix pour ne déranger personne.

– Est-ce que tu connais les hamburgers ?

– Les sandwichs ronds ? reformula le jeune Malefoy.

– Oui. Rose en raffole, surtout quand le pain croustille bien, expliqua Albus en faisant tourner sa plume dans les airs.

– Okay, ensuite ? demanda Scorpius, un air sérieux complimentant son regard concentré.

– Ensuite, les stylos plumes et les cartouches d'encre.

– Les cartouches, répéta le jeune homme blond sans intonation dans la voix, clairement dubitatif.

– Les cartouches, oui. Ces genres de cylindres remplis d'encre, qu'on insère dans un stylo.

– Et un stylo, c'est… ?

Albus soupira et leva les yeux au ciel pour la forme – mais pour être honnête, il prenait toujours grand plaisir à voir Scorpius perdre ses moyens face au monde moldu. Cela détonnait terriblement de son comportement habituel, assuré et désinvolte, et Albus ne pouvait s'empêcher d'en rire et de se moquer de lui, très légèrement. Et lorsqu'il était en face de Rose Weasley… alors c'était le zénith de son divertissement.

– Comme une plume, mais l'encre est directement à l'intérieur, fit-il succinctement. Bon, et le cinéma.

– Les dessins dans des cases, là, dans les bouquins ? l'interrogea Scorpius en posant sa tête sur son poing fermé, reposant au bout de son bras accoudé à la table.

– Non, ça c'est les bandes dessinées.

– Alors le misséna, qu'est-ce que c'est ?

– Le cinéma, le corrigea Albus. C'est des images qui bougent, mais avec du son, pour raconter des histoires. Et ça peut durer des heures. Rose aime particulièrement les documentaires historiques.

– Donc les images sur l'histoire ?

– En gros, oui.

– Okay. Autre chose ?

– Environ mille, blagua Albus avec un grand sourire. Mais je n'en ajoute qu'une dernière : les playmobils. Elle en était dingue quand elle était petite, et je pense qu'elle en cache encore une belle collection sous son lit, chez ses parents.

– Les plaies quoi ?! fit Scorpius, les yeux écarquillés.

– Les playmobils. Ce sont des petits bonhommes en plastique dont tu peux faire bouger les bras et les jambes, poursuivit Albus en se reculant vers le fond de sa chaise, avant d'écarter le pouce et l'index de sa main gauche. C'est à peu près grand comme ça. Je me souviens, dit-il soudain en regardant dans le vague avec amusement, quand j'étais petit, j'adorais faire tourner leurs bras dans tous les sens, et Rose détestait ça, car elle affirmait que je leur faisais mal. Ah, rigola-t-il. Le bon vieux temps.

– Et ces plaies mobiles, elle s'en servait pour quoi, exactement ?

– Oh, pour s'inventer des histoires, relata Albus avec un vague geste de la main. Des histoires de cow-boys, d'astronautes, ou de gendarmes. Mais elle, c'était les cow-boys ses préférés. Elle se promenait toujours avec un ou deux lassos dans ses poches.

Scorpius se laissa aller contre le dossier de sa chaise, l'air désemparé. Il se passa une main sur la joue, avant qu'elle ne poursuive son trajet jusqu'à sa nuque, qu'il gratta inconsciemment en signe d'impuissance.

– Non mais laisse tomber. Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse, je n'y comprends rien à vos trucs de Moldus, là.

– C'est sûr qu'en partant comme ça, rien ne se passera, rétorqua Albus en haussant un sourcil.

Ils échangèrent un silence, désœuvré pour l'un et moqueur pour l'autre, avant qu'Albus ne reprenne la parole, donnant sous la table un léger coup de pied dans le tibia de son ami.

– Allez, va lui parler. Jette-toi à l'eau. Parle-lui de playmobils, c'est une bonne entrée en matière, ajouta-t-il avec un sourire conspirateur.

Scorpius secoua la tête, qu'il attrapa à deux mains, avant de brusquement se redresser et de se camper sur ses deux pieds. Il laissa échapper un léger rire pathétique.

– Tu as raison. Je vais me jeter à l'eau. Même si je ne sais pas nager.

– Je viendrai te sauver avec une bouée si nécessaire, ironisa Albus. Je vous surveille d'ici, fit-il en faisant un signe de menton en direction de sa cousine, qui, à quelques tables de là, travaillait sans le moindre soupçon de ce qu'il se passait après des deux garçons.

Scorpius marqua une pause.

– Avec une quoi ? demanda-t-il à son ami avec une voix un peu suraiguë.

– Laisse tomber, lui dit Albus pour énième fois, en lui indiquant le chemin jusqu'à Rose.

Eh bien, pensa-t-il, c'était mal parti.


NOTE

Voilà qui était amusant à écrire ! Spéciale dédicace à LittlePlume, qui m'a donné ce thème (très difficile, si je puis dire) à ma demande. J'espère que le résultat ne vous aura pas trop déplu ! J'avais envie d'écrire une petite chose, de revenir faire un petit tour sur ce recueil, et de me détendre (encore un peu, car j'ai l'impression de me détendre beaucoup plus que je ne le devrais, ces derniers temps).

Bref, je vous dis à la prochaine !

-DNP