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"B" comme Bibliothèque

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Et la revoilà à poser son sac bien sagement sur le sol en bois sombre près de sa chaise, à ouvrir deux livres différents à des pages bien précises sur la table en vieux chêne, à tremper sa plume dans son encre à peine sortie de son cartable en cuir, et à se remettre à gratter son parchemin déjà bien imbibé des mots qu'elle y avait déposés le matin même, la veille, et l'avant-veille.

Elle était de retour à la bibliothèque.

Scorpius se demandait pendant combien de temps elle allait travailler sur son devoir de Potions. Il lui semblait qu'elle allait se mettre en retard sur le reste de leurs devoirs - et ils en avaient un paquet - si elle y travaillait jusqu'au soir encore.

Lorsqu'elle releva la tête pour réfléchir, elle croisa le regard de Scorpius, qui, pris de court, baissa les yeux sur son propre travail. Cela faisait plusieurs semaines qu'il l'observait, qu'elle l'intriguait de plus en plus, qu'il se déplaçait à la bibliothèque dans l'espoir de l'apercevoir soigner ses rouleaux de parchemin comme elle l'aurait fait pour un animal de compagnie, mais jamais encore elle n'avait remarqué sa présence ou son regard.

Ne baisse pas les yeux, Scorpius, lui rappela la voix sèche de son père, qu'il avait à de nombreuses reprises entendue pendant ses jeunes années.

Alors il remonta le menton, prêt à laisser de côté sa timidité naturelle, et il rencontra une deuxième fois le regard bleu envoûtant de Rose Weasley… Qui avait posé sa plume sur l'un de ses livres et était désormais en train de se lever de sa chaise.

S'il l'avait fait fuir, il allait s'en vouloir. Mais non, voilà qu'elle se dirigeait droit sur lui, les sourcils froncés.

- Désolé, l'accueillit-il, je ne…

- Bon, l'interrompit-elle en se laissant tomber dans la chaise en face de la sienne, plaquant ses mains contre la table sans faire de bruit. Euh…

Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit pendant quelques secondes ; ils reprirent la parole tous les deux en même temps.

- Tu, euh…

- Écoute…

- Je t'en prie, rougit-il avec un geste d'invitation de la main, comme pour lui laisser la liberté de continuer.

Après tout, c'est elle qui était venue le voir, et la parole lui revenait - même si, évidemment, il fallait bien avouer que c'est plutôt lui qui l'observait jour après jour depuis un bon moment.

- Je m'étais dit que… que j'attendrais que tu viennes me parler, à un moment, chuchota-t-elle dans le silence studieux de la bibliothèque. Mais apparemment ce n'est pas dans tes plans, donc…

Ils se regardèrent sans parler durant quelques secondes ; Rose se pinçait les lèvres, incertaine quant à la suite de sa phrase, et Scorpius rougit de la tête au pied, avant de baisser la tête et de murmurer ;

- Donc tu es venue me forcer à le faire.

- Pas exactement, répliqua-t-elle ; et cela le fit relever le menton. Je…, poursuivit-elle. En fait, je me demandais si, par hasard, tu ne voudrais pas qu'on aille discuter de tout ça samedi prochain, à Pré-au-Lard ?

Son teint faisait écho à celui de Scorpius, et l'atmosphère autour d'eux leur fit à tous les deux l'effet d'une douche de vapeur chaude, comme lorsqu'on laisse une porte de four ouverte après la lente cuisson d'un pain.

- Discuter de… de quoi ? lui demanda Scorpius, mal à l'aise.

- Discuter de pourquoi on se retrouve toujours au même endroit au même moment, répondit Rose du tac-au-tac, sans pour autant perdre le fard qui lui colorait les oreilles.

Scorpius prit de nouveau son temps pour répondre. Il n'avait pas l'habitude d'être bousculé de cette manière, lui qui préférait se terrer loin des autres et faire les choses à son rythme. Évidemment, observer Rose avait été à l'encontre de son objectif de s'éloigner de la population, et finalement, il n'avait pas été aussi discret qu'il ne le pensait. Toujours était-il que Rose lui proposait de passer du temps avec elle… Devait-il accepter et prendre le risque qu'elle lui demande des comptes, ou refuser son invitation et ne plus jamais poser un regard sur elle ?

- Disons quatorze heures aux Trois Balais ? avança-t-elle, l'œil insistant.

- D'accord, lâcha-t-il finalement, se réprimandant intérieurement du manque de contrôle qu'il avait sur ses décisions quand il s'agissait de la jeune fille.

Il vit cette dernière se détendre tout à coup et oser un sourire timide.

- Merci, dit-elle, avant d'enchaîner rapidement. J'avais peur que tu n'acceptes pas et que toute chance de discuter avec toi tombe à l'eau pour toujours. Alors à samedi !

Avant qu'il n'ait eu le temps de répondre quoi que ce soit, elle déguerpit, ramassa ses affaires et sortit de la bibliothèque sans un regard en arrière. Mais heureusement qu'elle était partie si précipitamment, car Scorpius n'aurait de toute façon pas été capable de poursuivre leur conversation. Son expression bouche bée l'en empêchait, et ce n'est que lorsque deux deuxième année passèrent devant lui en pouffant derrière leurs mains qu'il sortit de sa torpeur et se mit véritablement au travail.

Samedi, quatorze heures.


NOTE

Bonsoir !

Je ne fais que passer. Une subite envie d'écrire un mini quelque chose m'a prise cette semaine, par coups de cinq minutes ici et là.

Pour ceux qui suivent Que le meilleur gagne, sachez qu'un chapitre sera bientôt prêt ! Patience...

Je vous souhaite un excellent dimanche (après un samedi soir endiablé).

-DNP