[ Remus & Tonks ]
1er août 1997
MOMENT
. . .
- Tu sais que je n'ai jamais fait attention à ce cadre ?
Remus Lupin fixait l'objet, posé sur le rebord de la cheminée de l'appartement dans lequel il habitait depuis quelque temps maintenant. C'était un petit cadre en bois foncé, perdu au milieu d'un amas de bibelots : une boîte en forme de lutin, une lampe bleue taillée en étoile, des cailloux petits et grands, une bouteille de bièraubeurre datant au moins d'une dizaine d'années, un autre cadre où il pouvait s'observer aux côtés de Dora, Tonks, Nymphadora, peu importe comment elle se faisait appeler, et une multitude d'autres photos mouvantes éparpillées sur le rebord, prenant de la place en même temps que la poussière. Au milieu de tout ça, il y avait donc ce petit coquelicot flottant, peint à l'aquarelle, dont les couleurs semblaient lutter contre un évanouissement forcé. Vu les traces de vieillesse du papier, il lui donnait facilement trente ans.
Nymphadora Tonks apparut dans l'encadrement de la porte, activement occupée à enfiler une robe violette par-dessus son corps partiellement dévêtu.
- Lequel ? s'enquit-elle en passant son deuxième bras à l'endroit prévu à cet effet.
- Celui-ci, fit-il en pointant les pétales d'un rose passé du vieux coquelicot.
- Oh ! Il était là quand j'ai emménagé.
La jeune femme traversa le petit salon qu'ils partageaient désormais tous les deux et attrapa une paire de boucles d'oreilles traînant sur le petit meuble à l'entrée de la pièce.
- S'il te gêne, on peut le jeter, ajouta-t-elle après une seconde de réflexion. J'ai l'impression qu'il n'y a que des choses à moi. Mince, tu aurais vu ma ceinture ? La bleu clair, épaisse.
- Sur la chaise de la chambre ?
Elle se précipita dans la pièce adjacente et en ressortit, six secondes plus tard, s'affairant sur le tissu et sur la boucle dans laquelle elle devait le passer. Remus l'observait avec un tendre sourire, toujours amusé de voir à quel point elle était capable de perdre des objets sans intérêt et de vivre dans un chaos constant, contraire absolu de ses compétences sur le terrain en tant qu'Auror. Il avait pu voir les deux, et le contraste lui permettait d'apprécier les deux côtés de sa personne à leur juste valeur.
- Tu es belle.
Cela ressembla plus à une constatation qu'à un compliment donné volontairement, mais Nymphadora Tonks lui envoya en retour le plus splendide des sourires qu'une sorcière lui ait un jour adressé.
- Et tu es beau.
Elle s'approcha de lui un instant, pour déposer un rapide baiser sur les lèvres de son mari, puis reprit ses recherches.
- Maintenant, des chaussures. Par Merlin, qu'est-ce que je vais bien pouvoir porter ?!
Remus la laissa terminer de se préparer et reporta son attention sur le coquelicot dans son petit cadre. Il l'attrapa d'une main et examina la partie postérieure, d'où sortait une tige de fleur aussi rigide que du métal, servant apparemment de pied à la peinture.
- Dora, quel est ce mécanisme, derrière le cadre ? lui demanda-t-il à travers l'appartement.
Collé au dos de l'objet se trouvait une petite roue en ferraille avec quelques dents, lui faisant penser à une très courte chaîne de vélo. Et au-dessus, une minuscule clochette.
- De quoi ?
Tonks avait refait son apparition dans le salon et vit de quoi il parlait.
- Ah ! Ça ! Pendant un temps, pendant ma formation d'Auror, je m'en suis servi comme réveil. C'était la première fois que je devais me réveiller à toutes les heures du jour et de la nuit, et mon pauvre corps n'y était pas habitué. J'ai donc... confectionné une sorte d'alarme pour m'aider à me réveiller. Ne crois pas que parce que la cloche est toute petite, que le son qui en sort est agréable.
- Je vois. Et ça fonctionnait ?
Remus avait déjà vu l'état de Tonks au petit matin, et il n'avait aucun mal à la croire quand elle disait avoir eu du mal à s'habituer. Se lever avec un manque de sommeil n'était facile pour personne, et, pour elle, la difficulté était encore plus grande.
- Oh, que oui ! répliqua-t-elle. Cette chose est très puissante. Comme je la laissais dans le salon, je devais me lever et me traîner jusqu'à elle pour l'arrêter. Et si je ne l'arrêtais pas... Eh bien la voisine, Mrs Clockworth, faisait le reste du travail. Ni l'une, ni l'autre n'était particulièrement plaisante, mais efficace, oui...
- Je ne t'ai jamais vue l'utiliser.
Remus eut droit à un regard qu'il n'avait presque plus pu lire sur le visage de Tonks depuis la période de leur première rencontre : de la gêne pure.
- C'est à dire que... Je n'ai pas voulu te faire peur. C'est véritablement un cauchemar, quand je m'en sers, expliqua-t-elle, son malaise disparaissant aussi rapidement qu'il avait coloré la pointe de ses cheveux. Et puis, continua-t-elle avec un sourire beaucoup plus confiant, je m'arrange maintenant pour que ce soit toi qui me réveilles, le matin. Et crois-moi, c'est bien plus charmant.
Cette fois, ce fut au tour de Remus de rosir sur place. Pas d'embarras, mais de plaisir.
- Je ne m'en plains pas. Si, en plus, c'est pour éviter cette machine de l'enfer... Tu l'as déjà montrée à Arthur ? lui demanda-t-il en reposant le cadre sur le rebord de la cheminée, là où un petit espace attendait d'être de nouveau comblé.
- Jamais ! Il me le volerait ! rétorqua-t-elle, offusquée. Bon, bleu ou violet-rose ?
Une minute plus tard, ils bouclaient la sécurité de leur appartement.
Avant de transplaner au Terrier, Remus emprisonna son épouse dans ses bras, comme il avait pris l'habitude de le faire avant tout départ de leur domicile. Il le faisait automatiquement depuis... depuis qu'il lui avait promis qu'il ne s'en irait plus jamais. Il l'entendit soupirer de contentement et sourit dans ses cheveux, auxquels elle avait donné leur habituelle teinte violette, un peu plus délavée que sa robe. Ces moments simples et légers étaient ce qui constituait la quasi-totalité de son bonheur. Ils étaient rares, courts, inespérés, mais incroyables. Après un bref baiser posé au-dessus du crâne de son épouse, Remus les fit disparaître.
Devant eux s'empilaient désormais les différents étages de la demeure des Weasley, tels une pyramide de cubes pour enfants.
C'était l'heure des préparatifs. Pas de ceux qu'on imaginait pour un mariage, mais des préparatifs tout de même, de sécurité.
Peut-être que, grâce à cela, tout se déroulerait au mieux.
Peut-être.
Note
Comme me l'a fait remarquer Sa Majesté LittlePlume, je n'avais rien publié ici depuis un long moment (4 ans...). D'après elle, il était grand temps d'y remédier. Le thème : "Coquelicot". Thème que LittlePlume a glissé dans un de ses chapitres de Cœur de pierre et que Marie Lapiz doit également glisser à la fin de son histoire Le Corbeau. Je vous invite d'ailleurs à aller faire un tour par chez elles, elles sont très actives en ce moment, et leurs histoires valent, comme toujours, le détour.
À... la prochaine !
-DNP
