Chapitre 4 Cette nuit, elle est à toi
Ses gros yeux semblent le fixer. Deux grand yeux bleus immenses. La lumière qui en irradie est faible mais persistante. Kris regarde une dernière fois la veilleuse en forme de hiboux posée sur sa table du salon. Il avait fait n'importe quoi. Une veilleuse en forme de hiboux ? Sa sœur ne cesserait pas de le charrier quand il allait lui offrir. Cela ne lui ressemblait absolument pas. Qu'est-ce qui lui avait prit d'acheter quelque chose d'aussi … mignon ?
Oh il savait très bien ce qui l'avait piégé ou plutôt qui ! Ce vendeur avec ses yeux en amande et son petit sourire mutin. Oui il l'avait complètement ensorcelé. Le jeune homme lui avait parlé luminosité douce, autonomie et rechargement sans onde, Kris n'en avait rien entendu mais il avait vu les lèvres bouger et les mains suivrent les mouvements. Il l'avait observé, sans rien dire et quand – reprenant pied – il avait vu que son interlocuteur le fixait, la bouche close il s'était contenté de hocher la tête. Le vendeur avait sourit, il lui avait demandé quelle modèle il préférait et Kris avait simplement désigné du doigt l'animal en plastique en face de lui, aveugle à sa forme et à sa couleur. Ce n'était qu'en rentrant chez lui, ouvrant finalement son sac, qu'il s'était rendu compte qu'il venait d'acheter une veilleuse en forme de hiboux.
Se passant une main sur le visage, Kris eu un petit rire. Il s'était fait avoir. Il avait été séduit, il s'était laissé aller dans le moment et il n'avait même pas récupéré un numéro. Lui ? Qui pourtant savait si bien séduire ses proies et ne repartait pas d'une soirée sans le numéro de ses crushs. Comment était-ce possible qu'il soit resté si figé sur l'instant ? Il ne se l'expliquait pas. Pourtant s'il y a une qualité qui caractérisait Kris par dessus tout c'était d'être compétitif – ou était-ce un défaut ? Il détestait les échecs et adorait le jeu.
Se décidant dans la seconde et sans réfléchir plus avant, il attrape ses clés de voiture et passe sa veste. Kris est quelqu'un d'inconséquent et d'extrêmement impulsif. Quand il veut quelque chose il le prend et il ne laisse rien se dresser devant lui, ni sa raison, ni son discernement. C'est peut-être fou mais il est souriant au volant de sa voiture tandis qu'il reprend la route menant au magasin où il avait vu on crush. Cependant, peut-être aurait-il du y réfléchir plus avant. Le grand sourire qu'il avait sur les lèvres est de courte durée, à la place de son irrésistible vendeur se trouve une grande perche blonde, trop maquillé et surtout bien trop féminine. Elle l'acceuille d'un ton perché dans le magasin et Kris se fige sur le pas de la porte. Sérieusement ? Il ne sait plus ce qu'il doit faire ? Serait-ce si impoli de simplement rebrousser chemin ? En même temps il en à très envie. D'un autre côté il ne va quand même pas acheter une peluche juste pour sauver la face ? Il n'a pas le temps de se décider que déjà la girafe s'empresse. Elle vient se coller à lui et lui demande ce qu'il cherche.
Kris gêné se décalle, il ne sait pas ce qu'il doit faire de ses mains, de son corps. Finalement il bredouille quelque chose à propose de sa veilleuse hiboux. La veudeuse lui décoche un sourire plein de dents avant de l'entraîner dans les rayonnages. Bien vite, il se retrouve devant le même évantail de produit que lui avait déjà montré son beau vendeur. Il se met à penser que cette visite ne devrait pas rester inutile.
"- Je suis venu il y a quelques jours, j'ai acheté cette veilleuse auprès de l'un de vos collègues il n'est pas là ?
- Collègue au masculin ? Ah c'est forcément Tao."
Kris laisse le prénom lui glisser sur la langue.
"- Il ne travaille pas aujourd'hui. Il y a un problème avec le produit ?"
Le jeune homme se racle la gorge. "hum, c'est au niveau du rechargement et de .. euh l'autonomie je n'ai pas..". La vendeuse ne lui laisse pas le temps de finir, d'un air connaisseuse, elle lui vole la parole et commence à partir dans un monologue sur les différentes fonctionnalités de l'appareil. Kris met ce temps à profit pour réfléchir à un moyen de lui soutirer des informations. S'acoudant à l'étagère il prend un air nochalent et semble s'immerser dans la conversation. Quand enfin, arrivé à bout de souffle, la vendeuse se tait, il renvoie la conversation à une dimension plus personnelle.
" - Ah oui je comprend mieux. Mais dites-moi ce ne doit pas être facile de travailler toute seule dans ce grand magasin ?"
La jeune femme jubile.
"- Oh nous faisons un roulement. Il y en a toujours un à l'accueil et un dans la réserve qui gère les stocks.
- Mais n'est-ce pas inhabituel pour un homme de travailler dans ce département ? Il y a généralement une majorité de femme.
- C'est vrai que ce n'est pas courant mais Tao est vraiment adorable. Il adore tellement les enfants. Et puis ce n'est qu'un à côté, il est toujours étudiant. Il ne vient que les week-end.
- Ah je vois." Oui Kris voyait même très bien. Il avait eu toutes les informations qu'ils souhaitaient et même plus. Il ne s'attendait pas à avoir son prénom, ni sa situation. Un étudiant. Bon ce n'était pas véritablement l'idéal, celà voulait dire quil était plus jeune, mais bon cela ne l'avait jamais arrêté.
Voyant les yeux pleins d'espoirs de la vendeuse, il se sentit mal à l'aise, mais pas assez pour entretenir ses faux espoirs. D'une manoeuvre habile il parvint à couper court à la conversation et à rejoindre rapidement sa voiture. Il ne lui restait plus qu'à attendre le week-end prochain. C'était moins rapide que ce qu'il espérait, mais c'était toujours ça.
La chance était vraiment de son côté. Il n'eu même pas à attendre la fin de la semaine pour revoir celui qui l'avait tant fait craquer. Que rêver mieux que sur son propre lieu de travail?
Les portes de l'ascenceur se referment tout juste quand il le voit s'engoufrer précipitemment. Il porte une casquette et une affreuse veste jaune. Dans un mouvement reflexe, sans vraiment y réflechir Kris tente de se rapprocher de lui, se frayant un chemin entre les individus qui lui bloquent le passage. Malheureusement, Tao choisit cette instant pour se retourner, équilibrant son chargement. S'éborgnant avec une tulipe, Kris reçoit le bouquet de fleurs en plein visage.
Confus Tao se répant tout de suite en excuse, puis, reconnaissant sa victime il s'arrête, surprit.
"- Oh la veilleuse hiboux !"
Kris sourit.
" - Ah ! Oui Bonjour !" Il fait mine de regarder autour de lui. "Qu'est-ce que vous faîtes ici", puis il désigne sa veste "vous avez un second travail ?".
Le jeune homme sourit poliment.
"- Oh non, j'aide un ami. Il est malade et ne peux pas faire sa tournée alors je le remplace.
- Whaou, c'est très attentionné de votre part." Tao a un petit rire.
"- Pas vraiment, on est en colloc, alors s'il ne travaille pas, il ne paie pas le loyer. C'est mieux pour moi qu'il ne perde pas son job.
- Je comprend".
Kris se demande ce qu'il doit dire pour ne pas laisser mourir la conversation. Il se dit qu'enchaîner sur un prétexte bidon comme demander des conseils sur son précédent achat serait trop transparent. Cependant, il n'a pas le temps de réfléchir plus avant que c'est Tao qui le ramène à lui en tirant sensiblement sur sa manche.
"- Je suis désolé de vous déranger avec ça mais, par hasard est-ce que vous travailleriez ici ?". Kris hoche la tête et cela amène un sourire éclatant sur le visage du jeune homme.
" - Parfait ! Je dois livrer ses fleurs mais je n'ai aucune idée d'où ce trouve le bureau de celle qui doit le recevoir".
Ayant du temps devant lui, Kris se décide à l'emmener lui même au sixième étage pour livrer les fleurs. En chemin il se demande si Tao est aussi à l'aise avec tout le monde, s'il se réchauffe facilement au contact car il a une façon assez familière de marcher tout près de lui, de lui faire tenir le bouquet pendant qu'il cherche son calepin de livraison à faire signer, mais surtout une facilité à faire la conversation tout seul. Lui qui se demandait comment faire pour le retenir sans avoir l'air trop insistant, mais surtout trop étrange, il ne sait pas bien comment il se retrouve soudainement devant la porte de la cafétariat du bâtiment avec un Tao souriant qui lui fait un signe de l'épaule lui signifiant d'entrer.
" - Après tout c'est la coutume par ici non ? Je n'y suis pas encore très familier, je ne suis pas coréen de naissance, mais comme vous m'avez aidé je vous dois bien un café non ?"
Kris hoche encore une fois la tête, à ce rythme là il va vraiment passé pour un imbécile, incapable de prononcer un mot. Mais Tao se contente de sourire, encore, comme si son magnifique visage ne connaissait une autre expression. Et il l'entraîne à travers les tables, continuant son monologue, sans le lâcher des yeux.
Tao est assez fascinant à observer. Il n'a apparemment aucune conscience de la bienséance et ne sait pas ce qu'est une limite d'intimité. Pour lui montrer la carte d'offre du café, il lui tient le coude ; quand il choisit la table il lui passe une main dans le dos, quand ils s'assoient, remarquant sa main dénuée d'alliance il lui demande s'il a quelqu'un dans sa vie.
Il est volubile, ample dans ses gestes, tellement vivant que Kris se sent comme réchauffé par un petit soleil. Son observation en premier plan, la conversation en second, il n'en perd cependant pas une miette. Tao s'est apparemment mit en mission de lui raconter toute sa vie. Il lui parle de Sehun, son meilleur ami et colloc. Recontré à la fac, ils terminent leurs études de linguistiques ensemble. Tao a des rêves pleins la tête, il voudrait tout faire, alors que Sehun est un peu perdu, il n'aspire à rien, une vraie larve. Il lui parle de sa famille en Chine, des moments difficiles quand il a choisit de ne pas reprendre le dojo de son père. Dès tout petit il avait voulu voyager, découvrir le monde. Il s'était inscrit en secret dans une université au Japon et de là il avait un peu bourlingué avant de venir finir sa scolarité à Séoul. Il avait vingt-deux ans, avait quitté ses parents à dix-huit et malheureusement il n'avait plus trop de contact avec eux, ils n'avaient pas comprit son choix. Il se voulait interprète pour continuer à voyager. La liste était encore longue, ce qu'il aimait, ce à quoi i aspirait, ce qu'il regrettait. Dans l'effervescence de la conversation il avait fait tomber les honorifiques. Il n'attendait apparemment pas beaucoup de la part de Kris. Il se contentait de ses quelques questions et hochement de tête. Mais la dynamique marchait, Kris se sentait bien. Il appréciait de simplement le regarder rayonner, mettre un peu de vie dans leur petite bulle comme si elle manquait de soleil et de bruit. Lui qui était normalement attentif aux moindres mouvements externes, aux personnes autour de lui qui pouvait le regarder et le juger, il appréciait que Tao prennent tellement d'espace qu'il ne voit plus rien d'autre. Qu'il rende leur bulle hermétique et insonore. C'était si reposant de se laisser guider.
A bout de souffle, son caramel machiato fini, Tao semble finalement vouloir laisser son temps de parole.
"- Tu sais je t'avais remarqué avant. Enfin je veux dire je t'avais vu le premier"
"- Je t'avais vu le premier. Bien avant même de m'asseoir en face de toi dans ce train".
Baekhyun se secoue la tête, il s'était perdu un instant dans son roman.
Jongin en face de lui le fixe d'une drôle de façon. Mince, il avait décroché un instant. Quelque chose dans l'atmosphère ou les gens autour de lui l'avait déconcentré, l'avait inspiré. Penser à son roman l'avait détendu.
Il y avait eu un moment de flottement quand Jongin l'avait retrouvé devant la galerie. Il avait fait tomber ses clés par nervosité et s'était trituré les doigts en cherchant un sujet de conversation. Finalement il s'était laissé emporté par le jeune homme qui lui avait dit connaître un bon restaurant dans le coin, il mourrait de faim.
L'ambiance du restaurant était agréable. Traditionnelle et chaleureuse, tout en gardant un côté intimiste. Jetant un regard autour de lui, peut-être que c'était la tendresse de l'homme de la table d'à côté qui avait passé la main dans les cheveux de son petit-fils qui lui avait rappelé Tao. Peut-être que c'était la table des cinq jeunes hommes en costume, au fond de la pièce qui lui avait fait pensé à Kris. Il s'était laissé errer dans la suite de l'histoire et voulant revenir au présent, il se secoua la tête en se promettant de coucher tout celà par écrit en rentrant chez lui.
Jongin semblait bien plus calme que les autres fois où il l'avait vu, plus détendu aussi.
"- Tu étais parti où ?" Le jeune homme à un petit sourire et répond machinalement à la question muette de Baekhyun " J'ai bien vu que tu n'étais plus avec moi. Tu pensais à quoi ?"
Baekhyun pousse un petit soupir en baissant les yeux.
" - Oh, oui désolé. C'est juste .. que parfois certaines atmosphère m'inspire plus que d'autres et.. Je repensais au roman que j'écris en ce moment. Tout ça" Il fait un geste ample de la main " c'est un décor vraiment agréable et ça m'a fait pensé à une scène.
- Tes écrits. Je suis toujours aussi curieux d'ailleurs. Tu es auteur de romans érotiques c'est ça ?" Baekhyun est penaud.
" - Oui c'est ça.
Et du coup tu n'écris que ça ? Que ce genre là ?
Non, non au début j'ai tenté différents styles mais.. je sais pas, c'est celui-ci qui à le mieux marché et maintenant j'ai un certain.. public. Du coup, c'est ce que j'écris majoritairement.
Ton public ?" Jongin est circonspect. "quel genre de public ? Plus des ados curieux ou des quarantenaires esseulés?".
Baekhyun se redresse sur son siège, ses joues ont rosies.
" - Pas du tout !" Il avait parlé un peu fort. Jetant un coup d'oeil autour de lui, il se penche un peu sur la table et ajoute d'un ton plus faible : "En fait – bon on peut jamais être vraiment sûr, c'est difficile à évaluer – mais selon les stats c'est beaucoup plus des femmes qui me lisent"
Jongin hausse un sourcil. "- Vraiment ?". Baekhyun se contente d'hocher la tête.
" Mais toi ? Qu'est -ce qui t'as poussé à écrire ? Enfin je veux dire, ce genre là où les autres. Comment tu as prit la plume la première fois ?".
Baekhyun à un petit sourire nostalgique. Il lui explique qu'il a toujours énormément aimé la littérature, que petit il avait toujours un livre à la main. Qu'en grandissant il en avait eu assez des histoires qui ne finissaient jamais comme il le souhaitait. Que finalement un jour - il devait avoir seize ans - il s'était lancé dans la rédaction d'une nouvelle. Malheureusement son père était tombé dessus. Baekhyun se souvient que ce jour là il avait vraiment eu peur, il s'était imaginé le sermont que son père allait lui faire, lui rappelant de se sortir de ces futilités pour se concentrer sur ses études s'il voulait entrer en école de médecine. Au lieu de celà, son père l'avait surprit en lui disant que sa nouvelle était très mauvaise. Il lui avait offert plusieurs ouvrages de poésie classique et lui avait dit de les étudier attentivement s'il voulait produire un écrit satisfaisant. Au fond il avait toujours su que son père avait un coeur de romantique mais il avait été surpris quand sa mère lui avait avoué que les livres étaient les siens et que dans leurs jeunes temps ils avaient passés des après-midi entières à se réciter ses poèmes, amoureusement.
Le père de Baekhyun était convaincu que le divertissement qu'offrait la lecture et l'écriture serait bénéfique pour la construction culturelle de son fils. Il ne s'était pas imaginé que cela deviendrait bien plus et que finalement, prendrait même le pas sur la médecine.
Il avait fallu à Baekhyun plusieurs années pour perfectionner son style, trouver ce qu'il aimait écrire. Mais il mentirait s'il disait qu'il n'écrivait que de l'érotisme parce que cela se vendait. Il adorait ce style. Il y avait quelque chose de satisfaisant à écrire l'amour. Il aimait faire interragir les personnages, les faire se découvrir et s'unir. C'était sa façon à lui d'espérer plus que les relations charnelles sans lendemain, les désillusions de sa génération et l'obligation sociétale du sexe, jeune et généreux.
Pendant qu'il parlait Jongin se surprenait à se retrouver un peu dans les paroles de Baekhyun. Il avait pensé comme ça aussi. Il avait espérer qu'il y ait plus. Pourtant la vie lui avait montré qu'on a beau aimer à en mourir, l'âme soeur n'existe pas. Le temps érode même les plus belles histoires. Mais il aimait la façon dont Baekhyun en parlait. Ils étaient deux idéalistes qui souhaitaient se faire renverser par l'amour tout en sachant parfaitement que rien ne durait toujours. Le temps fait changer les gens et leurs envies et .. ce n'est pas grave. Il veut profiter de ce qu'il a dans le présent même si c'est destiné à s'affaiblir et s'effriter au grés des saisons.
Laissant Baekhyun continuer, il aprend qu'il ne travaille qu'à temps partiel dans la galerie. Que c'est un emploi qui lui plaît énormément car cela lui laisse l'occasion de travailler sur ses romans mais surtout de rencontrer des individus qui parfois – et c'est souvent le cas – lui donne de l'inspiration.
"- J'en fais parti moi ?". Accoudé à la table, le visage dans la paume de main, Jongin à les yeux brillants. " Est-ce que moi aussi je vais me retrouver coucher sur du papier?".
Baekhyun se racle la gorge et regarde ailleurs avant de prendre une gorgée dans son verre d'eau.
"- J'ai déjà mes personnages pour le roman que j'écris en ce moment, je n'ai pas besoin d'en rajouter.
Ah vraiment ? C'est dommage.
De toute façon je ne vois pas quel personnage exactement j'aurais pu créer en m'inspirant de toi. Quel personnage aurais-tu voulus être ?"
Baekhyun ne se rend compte qu'il joue avec le feu en rentrant ainsi dans le jeu de Jongin que quand il le voit sourire, indécent.
" - Ton type idéal."
La réponse claque au tac au tac. Baekhyun se dit que celle-ci il aurait pu la voir venir, il aurait du la voir venir. Il se passe lentement la main dans les cheveux pour gagner du temps. Il n'a qu'un court instant pour évaluer les choix qui s'offrent à lui. Il peut soit détourner la conversation, faire comme s'il ne voit pas la perche qu'on lui tend. Ou alors il peut rentrer dans son jeu, reconnaître que tout ceci est véritablement un flirt et concéder l'existence de leur attirance.
"- J'ai tendance à être très compliqué à satisfaire."
Un arrêt d'une seconde avant qu'il ne reparte à toute allure, le coeur de Jongin fait une embardée. Il crispe sa main posé sur sa cuisse. Ses yeux se baissent pendant qu'il inspire fortement. Puis, il se redresse, s'enfonce dans le fauteuil en plongeant son regard dans celui de Baekhyun. Le jeu vient de commencer, véritablement.
Jongin prend son temps avant de répondre. Il mort sa lèvre inférieure, joue machinalement avec ses baguettes, mais ne lâche pas Baekhyun du regard.
" - J'adore les défis."
C'est une bonne réponse et en même temps ça ne l'est pas. Baekhyun sait que toute cette conversation ne sert qu'à jauger la persévérance et détermination de l'autre mais il ne peut s'empêcher de se demander ce qu'il est pour Jongin ? Un défi ? Une expérience, pour voir s'il est assez douée pour faire tourner un hétéro en homo ? Il est si difficile à déchiffrer. Une chose est sûre, il doit rester sur ses gardes. Flirter ne porte à aucune conséquence mais il ne doit pas oublier qu'il n'a promis qu'un soir, rien de plus.
L'addition payé, ils se dirigent vers la sortie du restaurant. C'est un soir de semaine et il n'y a pas grand monde dans les rues. Baekhyun apprécie de respirer l'air frais, il faisait trop chaud à l'intérieur. D'un commun accord, sans échanger un mot, les deux hommes commencent à marcher sans but précis. La nuit les enveloppe et les lumières des lampadaires projette leurs ombres en disproportionné. Ils laissent le silence planner un instant, profitant de ce moment de calme. En vérité Baekhyun est partagé, il ne sait pas ce qu'il doit faire. Prendre congé, rentrer chez lui ? Il n'est pas sûr d'en avoir envie. Poursuivre la soirée ? Mais comment, que dire ? Les mêmes pensées doivent effleurer Jongin car c'est lui qui brise le silence le premier.
" - Où on va Sexy ?
Je ne sais pas si ce serait raisonnable ?
Ce serait quand même dommage de se séparer comme ça. Tu m'as donné un soir pour faire ta conquête non ? L'aube est encore loin de se lever et j'ai un millier de question pour toi. On va chez moi ?"
Baekhyun a un mouvement de recul. Tout semble si joué d'avance pour Jongin, si simple. Le regard déstabilisé qu'il lui lance doit être éloquant car Jongin prend une moue déçu, comme un enfant à qui on vient de refuser sa troisième mousse au chocolat. Il est incroyable, toujours à tirer sur la corde. Il pousse Baekhyun dans ses extrémités en en demandant toujours plus mais le jeune homme doit bien s'avouer que c'est efficace car jusque là Jongin est parvenu à ses fins.
Jong devance son compagnon, passe devant lui en marchant à reculons. Lui faisant face il ajoute :
" - Trot tôt ? J'abuse c'est ça ?
- Un peu."
Baekhyun continue à marcher en laissant son regard errer sur les rues désertes, mais il a un petit sourire au visage, c'est mignon.
" - Bien, mais on ne va pas se quitter ainsi. Tu m'as promis une nuit, j'attend de toi d'être un homme de parole".
Baekhyun ne se souviens aucunement avoir fait cette promesse mais avant qu'il n'ai eu le temps de répliquer, Jongin le coupe en lui envoyant un regard brulant et un sourire moqueur.
"- Ah moins que ce refus signifie que tu as déjà succombé et que je t'ai fais craquer ?"
Baekyun décelle la dérision à son ton et secoue la tête en gardant le sourire.
" - Je croyais avoir dit que j'étais difficile.
Il va falloir un peu plus c'est ça ? Ok, a mon tour de te parler de moi ! Quand j'ai commencé mes études de médecine j'ai du prendre des petits boulots pour payer mes études. Et il se trouve que dans une autre vie j'ai été un barman extrêmement convoité, laisse-moi te montrer à quel point je peux être habile de mes mains".
Il prend Baekhyun par la manche de la veste et l'entraîne dans les ruelles. Le jeune homme se dit qu'il devrait surement relever toutes les allusions auxquelles Jongin semble s'amuser à se prêter, mais finalement, est-ce que cela le dérange vraiment ?
Le pas de Jongin est rapide et Baekhuyun ne peut pas s'empêcher de le taquiner quand il voit avec quelle poigne il le retient par le bras, comme s'il avait peur qu'il lui échappe.
" - Qu'est-ce que tu fais du " si j'ai pas ce qu'il faut je te laisserais tranquille ?"".
Le ton est humoristique et Jongin se laisse aller à un grand sourire, ravi de leur ton badin.
" - Tu me pousses à mes pires penchants, moi qui pourtant ne veux te montrer que les bons. Mais malheureusement j'ai ce défaut qu'il te faut connaître, je suis très persistant. Si je ne te suffit pas là ce soir, et bien je donnerais encore plus demain.
Jusqu'à ce que je craque en fait ?
Exactement. Jusqu'à ce que tu finisses par te dire que finalement ce Kim Jongin pourrait même être mieux que ce que tu souhaitais.
Joueur, Baek passe sa main dans le dos de jongin en le contournant. C'est lui qui prend les devants se placant devant lui.
"- Mais j'ai déjà mit la barre tellement haute. Ne vais-je pas finir par épuiser ta ténacité ?"
Jongin a un petit rire. Il s'avance jusqu'à ce que son murmure soit quand même compréhensible.
"- Ne t'inquiètes pas, je sais être très endurant".
Son regard est brûlant, Baekhyun le sent courir sur sa peau. La conversation est bien moins badine qu'il l'avait souhaité. Embarrassé, il se retourne et baisse la tête. À le voir se mordre la lèvre, Jongin à un petit sourire. Il avait douté de pouvoir éveiller chez le jeune homme le moindre désir sensuel. Son émoi lui apparaît comme un encouragement.
Bien vite ils arrivent devant la devanture de l'Exodus, le bar où à travaillé Jongin pendant quelques années. En entrant, Baekhyun se sent comme happé dans une vague de chaleur. Il y a peu de monde mais la pièce est surchauffée. Elle est décorée dans des tons vifs et selon un thème exotique. La musique qui joue en fond est assez forte pour que Jongin soit obligé d'hausser la voix quand – accompagné d'un geste de la main – il hèle un homme derrière le bar.
" - Tiens Jongin ! Ça faisait longtemps !
Ça va ? Dis tu me laisser passer derrière le bar pour deux cocktails ?"
L'homme jette un coup d'oeil à Baekhyun par dessus l'épaule de Jongin, puis affiche un grand sourire. Faisant claquer son torchon sur son épaule, il soulève la planche en bois qui donne passage au bar et ajoute d'un ton complice :
" - Ok mais tu sais que tu m'en dois une !"
Jongin le remercie d'un clin d'oeil avant de prendre Baekhyun par le bras et de le pacer devant le bar. Le contournant ensuite, il laisse retomber la planche derrière lui avant de venir se placer juste en face de son compagnon. Baekhyun doit avoir un air ahuri sur le visage car Jongin a un petit rire.
"- Avoue que tu ne me croyais pas Sexy ! Ah attend". Jongin se retourne semblant chercher quelque chose. Finalement il se penche pour attraper lui aussi un torchon sous le bar. Il remonte vivement les manches de sa chemise avant de placer la serviette sur son épaule.
" - Voilà, je corresponds à tous les stéréotypes maintenant, enfin tous les fantasmes."
Il aggripe un shaker dans une main et il vient s'accouder en face de Baekhyun. Leurs visages sont très près et le jeune homme sent ses joues rosirent.
" - Que puis-je pour vous monsieur ?"
Se surprenant à observer les traits de son visage, Baekhyun remarque que Jongin a une petite fossette sous les pomettes quand il sourit malicieusement.
" - Qu'est-ce qui me correspond le plus à ton avis?"
Tapant joyeusement sur le bois, Jongin se redresse et lance un clin d'oeil à Baekhyun avant de se tourner vers les bouteilles alignées derrière lui. Le jeune homme essaie de suivre les ingrédients qu'il agite et mélange, mais il finit par perdre le compte et préfère se concentrer sur ses mouvements. Il y a quelque chose de très gracieux à regarder Jongin à l'oeuvre. Il à l'air confiant, sûr de ses gestes, c'est très charismatique.
Finalement Jongin vient déposer deux grands verres en face de lui et d'un air interogateur Baekhyun lui demande :
"- Tu es sûr que tu es véto?". Jongin éclate d'un grand rire. Un rire comme il avait déjà eu dans le train, un qui avait déjà réussit la première fois à donner un frémissement à Baekhyun.
Levant les yeux il voit les lèvres de Jongin bouger mais avec la musique il ne parvient pas à l'entendre. Il fronce les sourcils et, voyant cela, Jongin délaisse son torchon sur le comptoir et fait le tour pour prendre la main de Baekhyun. C'est la première fois, jusque là il lui prit le coude ou le bras. Sentant la paume brulante de Jongin contre la sienne, Baekhyun à un frisson. Il se laisse entrainer parmis les individus, les yeux fixés sur la nuque de son compagnon. Il est surprit de le voir l'emmener dans le fond du bar pour franchir une porte marquée "personnel uniquement". Jongin lui fait grimper une serie de marche et ouvre une porte qui donne sur l'extérieur. Ils arrivent sur une terrasse aménagée.
" - Pratiquement personne ne vient jamais ici. Le patron l'a fait aménager pour sa femme mais comme ils ont eu un bébé il y a quelques semaines elle ne vient quasiment plus. C'est beaucoup plus calme ici, on pourra parler tranquilement".
D'un geste vif il débarrasse Baekhyun de son verre pour le poser sur la petite table basse posée entre un canapé et des petits fauteuils. Baekhyun en profite pour aller s'accouder à la rambarde et admirer la vue. Ils ne sont pas en centre ville, il n'y a pas de grands gratte-ciel à observer mais les petites rues tortueuses ont leur lumières d'allumées.
"- C'est vraiment surprenant." Jetant un coup d'oeil à Jongin qui s'est accoudé prés de lui, il lui donne un coup de coude.
" - Très romantique, tu fais le coup à tous le monde ?" Embarrassé Jongin se passe une main dans les cheveux.
" - J'aurais bien voulu mais mon patron me l'a interdit". Il rit de l'expression décontenancé de Baekhyun. " Non, Yoora m'aurait tué si j'avais utilisé cet endroit comme ça. C'était leur coin secret à son mari et à elle quand ils ont acheté le bar. Ils ont pensé pendant un moment en faire une dépendance pour agrandir l'espace clientèle mais elle aimait trop ses soirées privées ici. Alors ils nous arrivait parfois de venir ici après le travail, refaire le monde, décompresser, ou juste prendre un moment de calme. Un soir de semaine comme aujourd'hui, je sais que personne ne montra". Se détournant Jongin va allumer quelques lampions. Baekhyun lance un dernier regard à la ville avant d'aller s'installer dans le canapé qui fait face à la rambarde.
Le silence n'est pas gênant quand Jongin revient s'asseoir près de lui. Mais leurs mains sont un peu trop proches l'une de l'autre et, attrapant son verre pour se donner contenance, Baekhyun s'installe de trois quart, les jambes pliée entre lui et Jongin.
Pour la première fois c'est lui qui initie la conversation et pose des questions, Jongin est ravi de l'intérêt. Il lui raconte sa vie, son parcours. Il a eu de la chance avec sa famille. Ses parents sont adorables, ils l'ont soutenus dans tout ses choix. Quand il a découvert son orientation sexuelle, ils ont été là pour lui, même s'il est fils unique et que cela sous-entendait la fin de leur patrimoine génétique. Il a un peu souffert à l'école d'être un gay assumé, mais grâce à ses amis – Chanyeol en tête de liste – il a réussit à tenir le coup. Il avait eu quelques amourettes de passage avant de finalement avoir sa véritable histoire à 19 ans. Ils étaient restés deux années ensemble avant qu'il se rendent compte que l'homme qu'il aimait lui mentait et se fichait de lui. Ayant quitté ses parents pour vivre avec lui, il avait tout perdu en une nuit. Baekhyun sent qu'il y a de nombreux passages que Jongin tait dans son récit mais il ne veut pas le pousser à en parler s'il n'en a pas l'envie. Jongin se contente de lui dire que c'est comme ça qu'il a finit par vivre en colloc avec son meilleur ami et qu'il a pu finir ses études de vétérinaire.
Baekhyun se sent gêné de le voir révéler des passages de sa vie aussi intime. Il lui dit qu'il n'est pas obligé de tout lui dire ce soir. Jongin se dit qu'il pourrait rebondir sur le sous-entendu laissé – une autre soir veut dire un autre rendez-vous – mais il préfère continuer dans sa lancée en parlant avec son coeur. Il a envie que Baekhyun ressente sa sincérité.
« - Non, ça va. Je veux que tu me connaisses, réellement. Je pourrais te dire mon style de musique, les derniers films que j'ai vu ou ma gastronomie préférée mais ça n'aurait aucun sens. Tout ça, ça change et ça passe. Moi je veux que tu saches qui je suis. Tu m'as donné une nuit, une nuit pour me connaître et voir si tu deviens curieux à mon propos. C'est ma nuit, je veux la faire durer aussi longtemps que possible et je veux.. je veux que tu saches qui je suis. Assez pour que tu te souviennes de moi même si tout doit s'arrêter à l'aube ».
Baekhyun voudrait pouvoir détourner les yeux parce que Jongin le regarde une telle intensité, mais il n'y arrive pas. Rendu muet, il se contente d'hocher la tête.
La nuit défile sans qu'aucun des deux ne voit le temps passer. Ils continuent à se découvrir, se livrer leurs annecdotes comme les moments frappants de leurs vies. Finalement ils regardent l'aube se lever et Jongin sent la nervosité monter en lui.
Il sait qu'il ne doit pas trop forcer son destin. Il ne veut pas devenir un harceleur pour Baekhyun. Cependant, d'un autre côté il se dit qu'il ne se sent pas du tout près à laisser le jeune homme sortir de sa vie. Il se dit qu'il pourrait lancer un trait d'humour pour voir s'il a véritablement réussit à convaincre Baekhyun qu'il était digne de son intêret mais il se dit que le sujet ne prête pas à plaisanterie.
Baekhyun ne l'aide pas du tout, depuis les premiers rayons du soleil, il n'a rien dit. Il s'est contenté de sourire en exposant son visage à la nouvelle chaleur.
Jongin se sent dépendant de ses gestes. Il s'inquiète quand il le voit regarder sa montre. Il s'alarme encore plus quand il le voit s'étirer comme un chat avant de se lever. Est-ce que cela va se finir comme ça ? Comme ça à commencé, Baekhyun fuyant car trop raisonnable ?
