Chap 10 → Entrer dans ma vie
Le week-end s'était passé, plus silencieux qu'il ne l'avait souhaité. Baekhyun n'avait cessé de se repasser mentalement les derniers événements. Il n'était pas sûr de ce qu'il devait faire face à sa découverte, il avait envie d'en parler mais il ne savait pas à qui. À rester chez lui à ne rien faire, il se sentait inutile. Il vit le lundi matin poindre avec presque un soupir de soulagement.
Ce matin était plus maussade que les autres. Vérifiant une nouvelle fois que son ordinateur était bien dans sa sacoche il descend rapidement les marches de son immeuble. Il a un rendez-vous professionnel à 11h30 et en attendant il compte mettre le temps qu'il a à profit pour se changer les idées et avancer dans son roman. Cette semaine il devra travailler tous les jours pour la galerie et n'aura que peu de temps à s'y consacrer. Les réponses à ses interrogations ne tomberont pas du ciel mais il n'en peux plus de tourner en rond dans son appartement et préfère les oublier autour d'une bonne tasse de thé.
Il descend la rue et prend le métro pour quelques arrêts. Aujourd'hui il sent que son inspiration sera plus difficile à capturer alors il préfère mettre toutes les chances de son côté. Il dirige ses pas vers un petit café où il a ses habitudes. Ce dernier est décrit comme « gay friendly ». Baekhyun n'aime pas ce terme. Il pense qu'il ne devrait pas y avoir d'établissement dit spécifiquement gay, tout simplement car tous les commerces devraient accepter leurs clients uniquement comme ils sont. Malheureusement, les choses bougent lentement et pour l'instant Baekhyun se contente de profiter de ce que ce café avait a à lui offrir comme inspiration. Il est tenu par un couple de femmes qui savent parfaitement quels genre de récit sa plume lui donne à coucher sur papier. Elles aiment lui demander parfois de leur raconter la vie de ses personnages et en échange elles lui donnent des anecdotes qu'il peut ré-utiliser. Mais, principalement il aime cette ambiance de confiance et de liberté. À voir les couples s'organiser des dates, se retrouver ou se découvrir, il renouvelle son imagination et la couple de nouveaux sourires à mettre à profit. Baekhyun a déjà été dans des clubs ou bar gay, quand réellement l'inspiration lui manque ou qu'il souhaite quelque chose de nouveau. Cependant, pour ce matin il recherche plutôt quelque chose de doux et de tendre. Il n'a surtout pas envie d'apporter ses nuages gris à Kris et Tao et se dit que se rendre dans ce café est probablement une bonne idée pour transposer l'atmosphère accueillante et bienveillante dans leur relation.
Il salut l'une des propriétaires de la main et s'installe à une table. Sortant son ordinateur il relit les dernières pages pour se remettre à l'esprit l'endroit où il a laissé son personnage principal. Il retrouve avec plaisir Kris délicieusement satisfait dans les bras de son amant.
Baekhyun leur laisse quelques semaines pour approfondir leur relation et en profite pour faire s'interroger Kris sur ses intentions et sentiments. Son entourage commence à se poser des questions, il sourit bien plus, est moins concentré lors des réunions – trop absorbé par son téléphone - et de plus en plus fréquemment il finit tôt le travail. On ne lui dit rien mais on l'observe. Il sait qu'il ne pourra pas garder cette relation secrète mais son hésitation l'emporte. Il n'a pas envie d'exposer Tao à son monde. Il veut le garder pour lui. Il sait d'avance ce qu'il va se passer quand il va rendre les choses trop sérieuses. Quelques jours plus tôt il avait déjeuné avec ses amis, ces derniers avaient bien vu qu'il était moins attentif, taisait l'occupation de ses soirées. Pendant un instant il avait hésité à tout leur révéler, à se confier mais il connaissait d'avance le discours qu'il entendrait. Tao était une folie. Il était trop jeune, trop insouciant, trop libre. Il n'appartenait pas à leur monde, il ne recevrait jamais l'approbation de se famille. Tao ne serait jamais assez bien pour eux. Et d'un autre côté il n'était pas non plus ce qu'il fallait à Tao. Toute sa vie il aura à se plier à certaines obligations, travailler tard, voyager beaucoup, annuler des rendez-vous et oublier des dates d'anniversaires. Même avec la meilleure volonté du monde, son travail avait trop de responsabilités pour lui laisser la chance d'être généreux en amour. Tao lui jurerais qu'il se ferait à l'idée de le partager avec son emploi mais au fil des mois il finirait par lui en vouloir de ne pas être assez présent pour lui, d'être méprisé par son entourage, de ne pas le voir enthousiaste par ses propres projets. Il ne savait pas ce qu'il pouvait offrir à Tao autre que sa présence fatigué de ses journées et l'indifférence de sa famille. Cela rongeait Kris de savoir que l'attirance n'était parfois pas suffisante à la compatibilité.
Secouant une nouvelle fois la tête il se laisse tomber dans le fauteuil de sa voiture. Il devrait réfléchir au chemin qu'il emprunte avec Tao mais il n'en a pas envie. Alors une fois encore il repousse l'échéance. Il prend une respiration avant d'attraper son téléphone. Il n'a pas contacté ses parents depuis plusieurs jours et s'astreint à composer le numéro de sa mère même si cela veut dire mentir une fois de plus. Après le traditionnel échange où ils se demandent comment ils vont, Kris ne peut s'empêcher de retenir sa respiration en entendant sa mère lui demander ce qu'il fait ce week-end. Ce n'est pas ce qu'il veut mais sa raison l'emporte quand il répond qu'il avait déplacé une réunion avec un de leur client et qu'il se rendra donc au Japon pour deux ou trois jours. L'acte est fréquent alors sa mère n'insiste pas, il termine la conversation en promettant de venir leur rendre visite prochainement. Il se sent coupable quand il replace son téléphone dans son sac et démarre sa voiture. Sa conduite et rapide et assurée, il sait où il va. Cette fois il ne pense pas une seconde à la sécurité de son véhicule tandis qu'il se gare et dévale les marches du perron. Il n'a qu'une seule chose en tête et quand elle lui ouvre la porte en souriant il se jette à son cou, retrouvant le souffle qu'il n'avait pas pensé retenir si longtemps.
Être avec Tao est tellement simple. Kris pose sa tête sur ses bras tandis qu'il regarde Tao mixer ses fruits pour son jus énergisant. Il profite de tous les effleurements qu'il peut pour ramener le plus souvent possible sa peau contre la sienne. Il ne sort finalement de sa rêverie que quand il entend Tao lui demander la même chose pour la seconde fois.
« Kris ? Pourquoi on ne va jamais chez toi ?
-Parce que j'aime être chez toi.
-Tu aimes délaisser ton appartement penthouse pour ma chambre étudiante ?
-J'aime être ici avec toi ».
Tao secoue la tête, insatisfait de cette réponse. Délaissant son mixeur il revient vers Kris et enlace son cou de ses bras. Du pouce il relève son visage vers le sien.
« Est-ce que c'est le moment où tu m'avoue être en fait marié et avoir des enfants ? »
Kris sourit en prenant ses mains dans les siennes.
« Ce serait difficile pour moi. Et je crois que je préférerais ma maîtresse à ma femme dans ce cas là.
-Comme beaucoup d'hommes. Non, plus sérieusement, tu as quelque chose à me cacher chez toi ?
-Non.
-Alors emmène moi la bas.
-Pourquoi ?
-Je veux voir où tu habites ».
Kris pensait peut-être qu'il pouvait garder Tao dans sa bulle s'ils se préservaient de l'extérieur mais il oubliait que le jeune homme n'avait probablement pas envie d'être enfermé. En réalité Tao avait même le sentiment d'être son honteux secret. Celui qui ne partageait avec lui que des moments volés. Il a envie d'en connaître plus sur lui, de voir où il habite, à quoi ressemble son quotidien. Oui, Kris et lui ont passé du temps ensemble ces dernières semaines, ils ont fait de nombreuses sorties et ont commencé à apprendre de se connaître mais Tao n'est jamais allé chez lui, n'a pas rencontré ses amis et n'est allé à son travail que la toute première fois quand il a livré ses fleurs. Il a l'impression que Kris ne lui donne pas une vraie place dans sa vie et il est bien décidé à ce que cela change.
Gardant ses bras dans sa nuque, il s'assoit sur ses genoux et réitère sa demande « Emmène-moi chez toi ».
Sa voix est presque un murmure mais Kris l'entend nettement. Résigné il fait passer ses mains autour de lui pour le rapprocher. Il le serre fort contre lui tandis qu'il pose sa tête sur son épaule. « Pourquoi y tiens-tu tant ?
-Pourquoi me le refuses-tu ?
-Je ne te le refuse pas.
-Bien. Alors allons-y ! ».
Prestement Tao se relève.
« Tout de suite ? », demande Kris. Son compagnon se contente de hocher la tête et de tendre la main pour le mettre debout. N'ayant rien à lui objecter Kris finit par se dire qu'il trouvera bien un avantage à voir Tao dans ses draps pour changer.
Kris regrette sa décision au moment où il voit Tao enlever ses chaussures dans le vestibule et poser son regard sur le cadre le représentant en photo avec sa sœur. Il avait toujours détesté cette photo. Sa sœur venait de lui donner un coup de coude pour une mauvaise blague qu'il avait faite, elle riait au éclat tandis qu'il se tenait les côtes en grimaçant. En voyant Tao lever un sourcil en y jetant un œil Kris comprend qu'il a peut-être fait une erreur.
Tao s'avance dans l'appartement, laisse sa veste sur le canapé et continue à regarder partout autour de lui. Kris le rejoint pour lui faire visiter mais il a plus l'impression de suivre le jeune homme dans toutes les pièces plutôt que d'en être le guide. Assez fasciné il le regarde se déplacer de pièces en pièces, toucher les objets, ouvrir les rideaux et sourire à chacun de ses commentaires. Il ne prend finalement la parole qu'une fois dans son bureau pour lui souligner à quel point celui-ci est déprimant. En effet, les murs blancs, les étagères soigneusement rangées et la table immaculée ne sont peut-être pas des plus bouillonnants de vie. Le tour s'achève quand Tao l'entraîne vers le balcon. Laissant entrer l'air, Kris à l'impression qu'il y amène aussi la vie.
« Personne dans le placard, pas de pièce secrète qui pourrait révéler un vice caché... » Tao fait mine de regarder autour de lui « à part un manque évident de personnalisation - rien qui ne semble trop choquant, dis moi que tu n'as pas un second appartement ? ».
Kris secoue négativement la tête avant de venir enlacer Tao contre la balustrade et de laisser ses lèvres venir rencontrer les siennes. Il avait su à l'instant où il avait embrassé le jeune homme pour la première fois qu'il aurait du mal à s'en passer mais il n'avait pas pensé au plaisir que cela lui apporterait. Embrasser quelqu'un la première fois c'est partir à la découverte d'un monde inconnu, la quinzième fois c'est s'en enthousiasmer, mais contrairement à ce qu'il avait connu auparavant, embrasser la centième fois ce n'est pas s'y habituer mais plutôt en épancher sa soif. Kris se rendait compte que plus il touchait Tao, plus son goût le rendait addict. Sans même qu'il y réfléchisse, ses lèvres s'ouvrent pour approfondir leur baiser. Ses doigts qui remontent le long de ses épaules se figent dans les cheveux de Tao quand il l'entend doucement gémir contre ses lèvres. Il a rarement eu autant envie de sentir la peau de quelqu'un contre la sienne. C'est quand il sent les paumes de Tao glisser de son dos à ses fesses qu'il comprend qu'ils leur est impossible de rester sur le balcon plus longtemps. Alors passant ses mains autour du visage de Tao pour éviter qu'il se détache de ses lèvres il commence à reculer vers l'intérieur de l'appartement. Heureusement sa chambre n'est pas loin et il n'y a aucune marche pour y accéder. Déconcentré un instant par les lèvres de Tao dans son cou et ses mains qui détachent un à un les boutons de sa chemise, Kris se cogne le bassin contre la table de la salle à manger. Il sait qu'il en gardera une marque mais son attention est détournée de la douleur quand au lieu de poser ses mains sur le t-shirt de Tao il rencontre sa peau brûlante. Il n'a aucune idée de la façon dont le jeune homme à réussi à se débarrasser aussi rapidement de ses vêtements mais il en est plutôt satisfait.
Après un instant qui lui semble une éternité, ils franchissent enfin l'encadrement de la porte. Délaissant les joues de Tao, ses mains descendent pour lui déboutonner son pantalon et tandis qu'il le laisse s'allonger sur le lit, il retire le sien. Le rejoignant, il lie leurs mains puis uni à nouveau leurs lèvres. Il aimerait pouvoir arrêter le temps et juste rester ainsi pendant des heures à simplement embrasser Tao. Mais leurs langues se mêlent et trop vite il sent qu'il a besoin de plus. Les mains de son compagnon ont œuvré sans qu'il ne s'en soit rendu compte et ce n'est finalement que quand il sent ses doigts caresser son érection qu'il se rend compte qu'il est nu. N'ayant pas envie de délaisser les lèvres de Tao il prend celle inférieure entre ses dents et l'oblige à l'embrasser encore. Mais roulant sur le dos il le laisse passer au dessus de lui et avoir plus de liberté de mouvement pour retirer ses derniers vêtements. Kris sent le bassin de Tao onduler sur le sien. Il laisse courir ses mains sur son torse jusqu'à ses genoux et s'en sert pour le rapprocher de lui. Se redressant il se résout enfin à délaisser les lèvres gonflés de Tao pour promener les siennes le long de sa nuque et s'attarder un instant sur ses clavicules. Il sait qu'il va probablement y laisser une marque mais il s'est rarement sentit aussi possessif et il espère sincèrement que personne à part lui n'a accès à cet endroit de son corps.
Ce soir il a envie de prendre son temps, de savourer la peau de Tao sous sa langue. Lentement il laisse ses lèvres continuer leur descente. Elles passent passent l'arrondit de l'épaule pour embrasser chacun de ses grains de beauté sur son bras puis prennent leur temps pour voler des baisers papillons à chacune de ses phalanges. Revenant à son torse, Kris fait en sorte d'incliner le buste de Tao pour avoir la possibilité de jouer de sa langue avec ses tétons. Quand Tao est pleinement fléchi, il reprend le dessus et, de ses mains, écarte ses jambes afin de se positionner au-dessus de lui. Kris a l'impression qu'il ne sera jamais rassasié de Tao. Il découvre à chaque fois une nouvelle caresse qui l'émerveille, un gémissement qu'il parvient à arracher à son amant comme une victoire ou un espace qu'il n'a pas encore conquit de ses mains ou de sa langue.
Il n'a pas fini son voyage sensuel et malgré les plaintes de Tao qui le presse de le soulager, Kris décide de s'attarder le long de son aine avant d'embrasser l'intérieur de ses cuisses. Il sent le corps de Tao se tendre sous la sien alors il se résout à laisser une de ses mains remonter pour caresser son membre érigé. Ce soir il ne sera pas cruel, il n'a lui même aucune patience pour taquiner celle de son compagnon.
Il pense qu'il a le contrôle de l'acte quand Tao décide soudainement de ne pas vouloir le laisser diriger. Prestement, le jeune homme change leur position et il ne faut que quelques minutes aux lèvres de Tao sur lui pour lui amener la délivrance. Mais il ne s'avouera pas vaincu et se sent prêt à le démontrer dans le reste de la soirée, plusieurs fois.
Après l'amour, tandis qu'ils sont tous deux étendus dans la pénombre, Kris ne parvient pas à garder ses mains pour lui. Il remonte le draps sur eux et passe une main distraite sur le ventre de Tao et joue avec l'arrondit de son épaule de ses lèvres. Encore alangui, il observe son compagnon reprendre son souffle et commence à faire mentalement la liste de toutes les choses qu'il connaît sur lui, de sa marque de naissance sur le haut de sa cuisse gauche à sa façon de s'endormir en enfouissant sa tête sous la couette. Il ne doit probablement pas être le seul à se poser des questions car Tao à l'air aussi de s'intéresser à lui et à toutes ses facettes. Le jeune passe sa main sur le tatouage de Kris le long de son aine.
« Je ne t'ai jamais demandé, ce qu'il signifiait.
-Oh ça.. c'était une folie ». En jetant un coup d'oeil au regard que lui lance Tao, Kris comprend qu'il ne pourra pas épargner les détails ce soir. « J'avais dix-neuf ans, je venais juste de quitter mes parents pour étudier à l'étranger et, cela ne va pas paraître très original, mais un soir qu'on avait un peu trop la fête avec des amis, ça nous a prit sur un coup de tête. On s'est tous fait tatouer. À l'origine c'était une tête de loup.
-Pourquoi à l'origine ? Ça ne ressemble pas vraiment à un loup ».
Kris esquisse un sourire triste avant de se passer une main sur le visage.
« Non plus maintenant ».
Tao a l'impression qu'il y a quelque chose de plus, que l'histoire ne finit pas là. Il ne sait pas comment l'exprimer, il a envie que Kris lui fasse confiance, alors il se contente de poser sa tête sur sa clavicule et d'attendre. Il dessine de ses doigts les traits du tatouage et laisse à Kris le temps de décider si oui ou non il a envie de se confier. Ce dernier hésite, mais il n'a raconté cette histoire à personne et il sent que maintenant qu'il y repense, la douleur va revenir le hanter s'il ne s'en libère pas. Il inspire son courage dans un souffle et s'oblige à raconter ce qui est sûrement l'une des périodes les plus marquantes de sa vie.
« Je suis parti de chez mes parents quand j'ai eu dix-huit ans. C'était leur décision, ils voulaient que je sois diplômé d'une grande école qui ai un nom à l'international. Les six premiers mois ont été difficiles, je n'avais pas d'amis, je ne parlais pas la langue .. je m'intégrais mal de manière générale. Je n'arrêtais pas de supplier mes parents de me laisser rentrer mais ils refusaient de m'écouter. Je voulais me fondre dans la masse alors j'ai commencé à beaucoup sortir, ce n'est pas ma période la plus glorieuse. J'avais l'impression que si je faisais comme tout le monde, je pourrais devenir l'un des leurs.. peu importe le groupe du moment qu'on m'acceptait. J'étais ridicule. Évidement tout cela ne pouvait que mal finir, je fréquentais beaucoup de personne, je n'étais jamais seul mais je n'aurais pas pu plus mal choisir mon entourage. Leur but n'était pas de me connaître mais de me corrompre. Tout n'était que fête et oubli. Pendant des mois ce fut la descente aux enfers, je ne me reconnaissais même plus. Des gosses de riches qui voulaient se rebeller en étant exactement ce qu'on leur reprochait d'être. Mais ce n'étais pas ce que j'étais, ou ce que je voulais être. Je n'avais pas cette soif d'insoumission qui les animait, à l'époque je voulais juste apprendre le métier de mon père pour pouvoir le reproduire, peut-être l'améliorer. Alors je me suis éloigné d'eux et c'est à ce moment là que j'ai rencontré mes vrais amis. Ils ne venaient pas vraiment du même milieux que moi mais on partageait les mêmes passions, les mêmes rêves ».
Nostalgique, Kris a un sourire mélancolique avant de se re-positionner pour se mettre sur le côté et prendre Tao dans ses bras. Il pose son menton au dessus de lui et laisse sa main encadrer son visage pour caresser sa joue de son pouce.
« Après ça je n'avais plus envie de rentrer. On était six et on était inséparable. Cette tête de loup c'était un peu notre symbole ».
Kris sent Tao relever son visage vers lui et il ajoute le ton un peu plus léger.
« Je sais, on était idiots. Je suis resté trois ans là bas. Avec les gars on commençait à voir notre futur d'adulte s'approcher et on construisait des projets. On voulait faire le tour du monde, découvrir les peuples et même – pourquoi pas – monter une petite ONG pour aider les plus démunis. J'étais scolarisé en marketing mais les autres avait des champs disciplinaires plus divers. Il y en avait un surtout … il .. » Kris soupire fortement, Tao sent que sa voix n'est plus aussi assurée. Il resserre sa prise et passe son bras autour de sa taille pour le rapprocher de lui tandis que son autre main remonte sur son ventre jusqu'à sa poitrine, espérant y exercer une pression rassurante.
« ..il était un peu l'initiateur de notre projet. Il savait qu'il ne pourrait pas sauver le monde mais il voulait au moins l'améliorer. Mes parents financent des œuvres de charité depuis qu'ils en ont les moyens et poursuivre cet héritage avec mes propres objectifs me semblait réalisable. Il était mon meilleur ami.. mieux qu'un frère ».
Il y a un moment d'hésitation et Tao n'est pas sûr que Kris finisse son récit. Pourtant il a l'intime conviction que cela lui serait bénéfique. Sous ses doigts il sent son cœur battre rapidement et sa poitrine se soulever irrégulièrement. Parler, même de ce qui est triste, peut aussi soulager la peine.
« Était ?
-Un stupide accident. Une voiture qui oublie de freiner et.. aucun ne s'en est sorti. Le conducteur de l'autre voiture est mort sur le coup et .. mon ami à l'hôpital. On a à peine eu le temps de se rendre là bas qu'il .. nous quittait. Après ça, plus rien n'a été pareil. On arrivait plus à se parler, à s'écouter ou même à rester dans la même pièce. Ça devenait trop pesant, alors il a fallu un premier à partir, à saisir une autre opportunité, et on a tous suivi. On s'est éparpillé. Au début, on a bien essayé de se donner des nouvelles mais ce n'était plus la peine. C'était comme si, l'avoir perdu, ça avait brisé tous ce qui nous liait. Je pense que c'est un peu quitte ou double, un drame qui vous rapproche, ou au contraire vous éloigne.
-Qu'est ce que tu as fait après ? Tu es rentré chez toi ?
-Après ? Oui, je suis rentré quelques semaines mais j'étais complètement perdu, je ne savais plus ce que je devais faire. J'avais ce sentiment .. d'inachevé. J'ai finalement repris la route, au début mes parents n'étaient pas enchantés mais ils ont vite compris que je ne serais d'aucune utilité tant que je n'aurais pas fait le vide dans ma tête. J'ai réalisé son rêve, sans lui. Je voulais donner un peu de matérialité à nos rêves mais il m'était impossible de partir seul alors au lieu de monter notre ONG j'ai pris contact avec une association humanitaire et leur ai donné nos idées. Ce n'était pas la même chose mais sans lui ça ne l'aurait jamais été de toute façon. Je suis partis un peu plus d'un an et j'aurais tout donné pour ne jamais rentrer.
-Pourquoi l'as-tu fais ?
-Ma sœur se mariait, je devais retourner en Corée. Et mon père en a profité pour me convaincre qu'il était temps que j'arrête mes vagabondages. J'aurais aimé lui tenir tête mais .. il était insistant et c'était ce pourquoi j'avais été formé depuis toujours, prendre la relève.
-Mais.. pour le tatouage ?
-J'ai fais pas mal de petits boulots pendant cette année là. Notamment, pendant presque trois mois j'ai travaillé dans un hôpital, mais comme je n'avais aucune formation et que je n'étais pas doué pour grand chose, on m'a mis au ménage et service. Il y avait ce gamin, il avait les deux jambes dans le plâtre et était coincé pour presque aussi longtemps que moi. Il s'ennuyait tellement qu'il me suivait partout et .. je ne sais pas, c'est étrange il me rappelais énormément l'ami que j'avais perdu. Peut-être était-ce la même façon de rire de tout, de ne voir que le positif.. je ne saurais pas le dire, mais je me suis beaucoup attaché à lui. Il m'a aidé à surmonter ma peine à trouver qui je voulais être vraiment, pas quelqu'un qui vit dans le passé mais qui reste optimiste. Il avait une fascination pour mon tatouage. Il disait qu'un loup c'était trop triste car solitaire, pour lui ce n'était pas complet. Je me suis rendu compte qu'il avait raison et avant de partir j'ai fais ajouter la seconde partie.
-Un dragon ?
-C'était son année, il disait toujours qu'en grandissant il serait aussi fort que son symbole ».
Tao comprend que le sourire de Kris reste triste et il sent sa main crispée entre ses omoplates. Peut-être attend t-il un geste de sa part, qu'il lui dise qu'il ne trouvait rien de tout cela ridicule, au contraire. Mais comme il ne sait pas comment l'exprimer avec des mots, Tao se contente de tracer le dessin, de ses lèvres.
« C'est une belle image. C'est un tatouage qui signifie vraiment quelque chose, je ne trouve pas que ce soit une folie.
-Ah oui ? Et qu'est-ce que ça signifie tu penses ? »
Tao sourit avant de relever la tête pour lui voler un baiser.
« Que tu n'es pas qu'un gosse de riche ».
Le jeune homme ne l'exprime pas clairement mais il fait comprendre à Kris qu'il apprécie la confiance qu'il vient de lui démontrer. Il a véritablement envie de le connaître, d'entrer dans sa vie. Et pour prouver qu'il n'est pas simplement de passage, il prend des initiatives comme celle de vouloir lui changer les idées en le tirant de ses draps pour l'emmener dans la cuisine. Tao ne s'embarrasse pas d'être subtile tandis qu'il s'insinue dans la vie de Kris. Au contraire, il allume la radio, ouvre les placards et comme si tout lui venait de façon naturelle, il entraîne son amant dans la confection de leur dîner. Si Kris est charmé de voir Tao dans sa cuisine -essayer- de couper des légumes, il ne peut s'empêcher de trouver cela très « domestique », le plus surprenant étant sûrement que cela ne le dérange pas autant que cela aurait du.
Mais qu'était-il en train de faire ? Il était auteur de roman érotique, pas d'histoire romantique fluffy. Baekhyun prend un instant de recul. Il s'adosse à sa chaise et regarde un peu ahuri le texte qu'il vient juste d'écrire. Il se demande s'il doit ce retournement de plume à sa relation avec Jongin ? Probablement. Même si c'est ce pour quoi il a choisi dès le départ de n'écrire que sur des histoires homosexuelles, Baekhyun se retrouve à rompre toutes ses règles. Il se rend compte qu'il commence déjà à se projeter, ou en tout cas à assimiler la relation de ses personnages à celle qu'il vit avec Jongin. Lui aussi, il n'a pas envie d'être simplement de passage dans la vie du jeune homme. Même s'il ne donne pas encore de mot sur le type de relations qu'ils vivent tout les deux, il est au moins persuadé d'une chose – il ne veut pas que cela s'arrête. Il aimerait prendre le temps de réfléchir à ce que que cette prise de conscience signifie. Il souhaiterait relire ce qu'il vient d'écrire et décider si oui ou non il doit tout effacer mais la pendule derrière lui sonne. Il est onze heure et son rendez vous n'est pas à côté, il faut qu'il parte maintenant s'il ne veut pas être en retard. Il a un dernier coup d'oeil réprobateur envers son ordinateur avant de le glisser dans son sac et de faire un petit signe de la main à la propriétaire avant de partir.
Pour gagner du temps, il décide de sortir deux stations de métro plus tôt et de finir le chemin à pied, empruntant un raccourci. Pendant qu'il laisse ses longues jambes combler son manque de temps, il ne peut s'empêcher de repenser aux multiples questions qui le tourmentent. Il aurait bien besoin de se confier à quelqu'un. Il ressent le besoin de s'épancher, mais il se dit que la meilleure personne pour cela ce n'est ni Jongin, ni Sehun. Il a besoin de quelqu'un qui pourrait répondre à toutes ses question, et sans qu'il ne puisse rien y faire c'est l'image de Junmyeon qui s'impose. Alors, continuant à marcher d'un pas vif, il sort son téléphone et envoie un message à l'artiste pour lui demander s'il souhaiterait déjeuner avec lui. La réponse est rapide. Il parvient à peine à son lieu de rendez-vous que son portable vibre dans sa poche, il sera ravi de le rejoindre en centre-ville. Baekhyun sait qu'il ne sortira pas de son entretien avant au moins une heure, cela laisse le temps au jeune homme de le rejoindre. Il lui renvoie un dernier message convenant d'un lieu de rencontre pour treize heure, avant de ranger son téléphone dans sa poche et de rentrer dans le bâtiment où il doit rencontrer son autre client.
Finalement Baekhyun ressort plus tôt qu'il ne l'avait pensé, son client refuse toutes les approches qu'il lui a fait en vu d'une future exposition. Rien ne lui plaît et il ne fera aucune concession. Baekhyun préfère écourter l'entretien en affirmant qu'il reverra donc le dossier dans son entièreté et lui enverrai les détails par mail, il souhaite s'éviter un nouveau déplacement inutile.
N'ayant rien d'autre à faire il décide de ce rendre au lieu de rendez-vous convenu. Il prendra un café en relisant ces notes en attendant Junmyeon. Ses pas l'entraîne vers le petit restaurant qu'il a conseillé à son ami. Les rayons de soleils sont accueillant, Baekhyun décide de s'installer à une table en terrasse. Il reprend son casque dans son sac et lance sa playist de travail en aléatoire, il espère que Beautiful lui redonnera le sourire après cet entretien mitigé. Se passant une main dans les cheveux, il inspire fortement étalant ses notes devant lui, il faut qu'il trouve un autre angle d'attaque.
Baekhyun est presque près a abandonner quand il sent une main sur son épaule. Il ne s'est pas rendu compte de l'heure mais il est ravi de trouver une échappatoire, jamais il ne satisfera ce client.
« Baekhyun, tu es déjà arrivé ?
-Junmyeon ! Oui, mon rendez-vous a été écourté. Installe-toi ».
Se rendant compte qu'il s'est trop éparpillé, Baekhyun rassemble ses documents avant de les ranger dans son sac.
« J'espère ne pas t'avoir pris de court avec mon message.
-Non pas du tout mais j'étais juste un peu surpris que tu m'invites à déjeuner.
-J'avais envie de profiter du soleil et.. de parler un peu ».
Junmyeon a un petit sourire entendu.
« De parler ? »
Baekhyun ne comprend pas tout de suite le sous-entendu mais il se doute qu'il y en a un. Alors il préfère prévenir toute confusion.
« Non, vraiment parler. Ce n'est pas un date, enfin pas que je ne … mais.. hum... ».
Junmyeon éclate de rire en lui donnant une tape sur l'épaule avant de s'asseoir en face de lui.
« Je te rassure tu n'es pas mon type non plus ». Il ne peut retenir un sourire amusé devant l'expression soulagé – et confuse – de Baekhyun.
« C'est sorti plus brutalement que je ne le voulais, désolé. Je crois qu'en ce moment je ne sais plus très bien ce que je dis.
-Et ce que ça a un rapport avec ta nouvelle relation ? ».
Baekhyun s'empourpre et retient de justesse la tasse qu'il tient dans sa main.
« La dernière fois tu m'as laissé comprendre que c'était … différent et à part ce sujet on a essentiellement parlé de moi. Pourtant de ce que je comprend ce n'est pas moi qui t'intéresses, cela ne laisse qu'une possibilité.
-On pourrait parler d'autre chose ?
-Où on pourrait parler de la raison pour laquelle tu m'as invité à déjeuner avec toi ? ».
Baekhyun se laisse tomber sur le dossier de son fauteuil. Après tout c'était ce dont il avait besoin, quelqu'un en dehors de tout cela pour l'écouter, le conseiller. Junmyeon s'avérait encore plus perspicace qu'il ne l'avait supposé, étrangement cela renforçait son sentiment qu'il pouvait se fier à son jugement. Junmyeon avait été assez honnête pour lui parler de lui, de son passer, c'était à son tour de lui rendre sa confiance.
« La vrai raison ?
-Elle est comment ?
-Hum... grande, un peu plus jeune, un sourire à se damner... masculine ? »
Junmyeon hoche la tête, ne se départissant pas de son sourire.
« Je vois. Et donc .. très différente de ce que tu as connu avant ?
-Plutôt.
-La première fois que je me suis rendu compte que mes raisons étaient elles aussi - plutôt masculines – j'avais quinze ans. Alors ma situation est peut-être un peu différente mais je peux peut-être quand même t'aider ».
Le visage de Baekhyun se fend en un grand sourire et pendant qu'il finit sa tasse de café, Junmyeon lui demande de reprendre l'histoire depuis le début.
« Je crois que je n'y avais jamais vraiment pensé. Dans mon entourage il n'y a que Sehun – il travaille aussi à la galerie – qui aime aussi les hommes. Je n'avais même jamais regardé un homme de cette façon là mais.. je ne sais pas, je n'arrive toujours pas à regarder les autres hommes, juste lui, juste Jongin.
-Peut-importe le sexe, on ne tombe jamais amoureux d'un genre mais d'une personne. Si c'est Jongin, alors c'est lui.
-Je sais mais je ne peux pas m'empêcher de me demander si .. ce n'était pas là, dormant en moi depuis le début.
-Ce n'est pas ton Mr Hide Baek – je peux t'appeler Baek ? » Junmyeon continue après le hochement de tête de Baekhyun « Ce n'est pas un gène qui émerge soudainement. Je sais que ce n'est pas évident à assimiler. Quand j'ai compris ce que je ressentais pour le fils de mon prof de piano, au début moi aussi cela m'a fait peur. Je me demandais si cela définissait toute ma sexualité, ce que cela voulait dire de moi. Après ma première relation, j'ai hésité, peut-être que ce n'était qu'une fois ? Que mon prochain coup de cœur serait une fille ? J'y ai tellement réfléchi, je désirais si fort pouvoir mettre un nom sur mon identité, mais au final ce n'est pas ça qui est important. Tu peux être hétéro un matin et gay le suivant. Ce qui importe véritablement c'est la personne.
-Et cela n'est pas difficile ? Vivre sans étiquette ? »
Junmyeon peine à retenir son sourire.
« Non dans mon cas c'est véritablement gay. Je n'ai jamais été attiré par les filles. Mais j'ai des amis qui sont passé par les mêmes étapes que toi. La question c'est plutôt de te demander quelle était ta sincérité. Quand tu étais avec ces femmes, tu les désirais vraiment ?
-Oui.
-Et maintenant tu es sincères envers Jongin ?
-Plus encore.
-Alors tu as ta réponse. Ne t'obliges pas dès maintenant à vouloir te glisser dans une case. Tu as aimé des filles et maintenant tu aimes Jongin, c'est tout ce qu'i savoir. »
Son raisonnement était logique, c'était celui vers lequel son esprit tendait aussi. Ce ne serait pas facile mais Baekhyun se dit que c'était sûrement le chemin qui le rendrait heureux, juste vivre le présent, sans se demander ce que cela faisait de lui.
Junmyeon doit comprendre que ses paroles prennent sens pour lui car il le laisse se perdre un instant dans ses pensées pendant qu'il commande leur déjeuner.
« Tu as peut-être raison, je vais y repenser ». Baekhyun se redresse sur son siège et passe à son tour sa commande. Une fois le serveur partit, il veut reprendre la conversation mais l'orienter désormais vers un autre angle.
« Et tu ne m'as pas dis, le fils du prof de piano, ce n'est pas l'homme de la peinture alors ?
-Non, ce n'est pas lui. Lui c'est plus tard. Enfin, je devrais peut-être dire « c'était ».
-Il te manques toujours ?
-Terriblement. Je crois que j'aimerais surtout pouvoir lui parler, m'excuser de tout ce qui s'est passé, lui dire que j'ai changé ». Avec un sourire gêné, le jeune homme commence à jouer de ses doigts avec le pied de son verre. « C'est idiot mais je pense qu'au fond de moi j'espère toujours que si nous nous rencontrons à nouveaux, on aurait une meilleure chance.
-Tu penses que vous pourriez vous remettre ensemble ?
-Je l'espère. Cela fait cinq ans et il est toujours la personne que j'aime le plus, et il le restera .. pour longtemps je pense.
-Tu ne m'as pas dis, comment il s'appelle ?
-Kyungsoo, il s'appelle Kyungsoo ».
La réponse sonne comme un glas. Il ne s'était donc pas trompé. Quand il avait vu le nom de Junmyeon sur son calendrier, le souvenir de l'oeuvre de Junmyeon s'était imposé dans son esprit. Le jeune homme du tableau, il avait une forte ressemblance avec Kyungsoo. Durant tout le week-end il avait retourné l'image dans sa tête, devait-il en parler ? N'était -ce pas simplement un tour de son imagination ? Et que ferait-il si c'était véritablement le cas ?
Que ferait-il si Kyungsoo était réellement l'homme que Junmyeon aimait toujours ? Maintenant qu'il se trouvait devant le fait accompli, il fallait qu'il presse sa décision. Baekhyun n'arrivait pas à savoir s'il devait en parler ou non. Quelle serait la réaction de Junmyeon s'il savait qu'il avait la possibilité de retrouver son ancien amant ? Décidant que ce n'était pas à lui de faire cette révélation, Baekhyun se contente de hocher la tête et de continuer la conversation en changeant de sujet. Avant d'en parler à qui que ce soit il fallait qu'il en sache plus sur la situation afin de ne blesser personne.
Le repas se termine avec des sujets plus léger. Quand les deux hommes se séparent, Junmyeon lui passe une main sur l'épaule lui rappelant que s'il a envie de parler il serait là pour lui. Leur rendez-vous professionnel n'est que dans quelques jours, il se séparent donc avec la promesse de se revoir vite.
Tandis qu'il monte les marches de son appartement, Baekhyun ne peut s'empêcher de repenser à ce que Junmyeon lui a dit au début de leur repas, vivre l'instant présent. Ce dont il avait vraiment envie dans l'instant c'était de la présence de Jongin. Alors fort de sa nouvelle attitude il prend son téléphone dans sa poche et commence à taper un message rapide. Il invite Jongin à venir passer la soirée chez lui. S'il devait le laisser entrer dans sa vie autant commencer maintenant.
La réponse est bien sûr positive et Baekhyun ne voit pas le temps passer tandis qu'il range rapidement ses affaires. Des coups à la porte le font sursauter. Il baisse le volume de sa radio qu'il avait monté aux première notes de King and Queen et se dirige vers la porte.
Il n'a pas vu Jongin depuis presque trois jours et même s'ils se sont depuis envoyé de nombreux messages, cela ne l'empêche pas de se sentir enthousiaste à l'idée de pouvoir bientôt sentir sa peau contre la sienne. C'est comme si l'idée de se débarrasser de son étiquette l'avait aussi libéré de ses appréhensions. Il ouvre rapidement la porte et espère que son sourire est aussi grand que celui de son compagnon parce qu'il jurerait qu'il n'a jamais semblé plus satisfait.
Une impulsion sans doute, mais Baekhyun ne le laisse pas finir son éternel « Hey Sex.. » avant qu'il ne s'avance pour prendre la veste entre ses mains et ses lèvres dans les siennes. Il serait presque gêné que Jongin puisse entendre son soupir de contentement s'il ne ressentait pas aussi son soulagement.
Lentement, sans interrompre leur baiser, Jongin les fait reculer dans l'appartement. L'une de ses mains dirige Baekhyun en le tenant par la hanche et l'autre vient encercler son visage une fois qu'il a fermé la porte derrière eux. Baekhyun laisse ses mains remonter pour s'agripper à son dos, il n'a aucune intention de lâcher sa prise tandis qu'il prend la lèvre de Jongin entre ses dents. Il sent le pouce de Jongin lui caresser la joue et il ferme les yeux plus fort pour se concentrer uniquement sur les sensations qu'il ressent. S'autorisant un pas de plus, il se rapproche encore jusqu'à sentir le cœur de Jongin battre au plus près du sien.
À bout de souffle, ce dernier est le premier à se détacher. Il fait remonter sa seconde main pour prendre en coupe le visage de Baekhyun. Posant son front contre le sien, il embrasse une dernière fois ses lèvres avant de parler.
« Je t'ai manqué Sexy ? ». Baekhyun répond d'un simple hochement de tête avant poser sa tête sur son épaule. Jongin baisse la tête pour que sa bouche soit au niveau de son oreille, puis il ajoute « toi aussi, tu m'as manqué Sexy ».
Peut-être que cela peut être aussi simple que ça. Baekhyun ne se pose aucune question quand il l'entraîne sur le balcon pour qu'ils se racontent leur week-end. Il apprécie simplement chaque instant. Voir Jongin évoluer sans sa cuisine, tenter de leur préparer le dîner, échouer, commander sur son téléphone. La seule chose qu'il sait c'est qu'il apprécierait que ce moment perdure tandis qu'ils sont tous deux assis sur le canapé à parler de tout ce qui leur passe par la tête.
Vient le moment ou Jongin lui dit qu'il doit rentrer chez lui et Baekhyun ne sait pas comment il doit l'expliquer mais il ne réfléchit pas longtemps avant de tendre sa main pour le retenir. Alors quand Jongin relève son regard vers lui pour le questionner, il ne sait pas quoi répondre, il se contente de secouer négativement la tête.
« Je croyais que je ne devais rien voir d'autre de cet appartement que le canapé et la table basse.
-Tu as déjà vu la cuisine et le balcon, ton cercle de limitation s'élargit.
-Et si je reste, je dois dormir sur où ? Ce canapé ? Il n'a pas l'air confortable.
-Non, pas le canapé ». Et alors que Jongin se penche vers lui, Baekhyun le fait simplement se rasseoir avant d'ajouter « mais pas trop d'enthousiasme, c'est une étape à la fois ».
Jongin ne parvient pas à retenir son sourire tandis qu'il se laisse glisser sans le fauteuil pour poser sa tête sur l'épaule de Baekhyun.
« Si on reste comme ça, je suis même d'accord pour rester sur le canapé ».
Baekhyun a un petit rire.
« Mais je confirme que ce n'est pas ce qu'il y a de mieux et ce serait quand même un comble que je ne dorme pas sans mon lit, dans mon propre appartement ».
Jongin se redresse vivement, ses yeux sont pétillants tout autant qu'interrogateur. Baekhyun lui donne un petit coup de coude avant de s'expliquer.
« Mais ne t'emballes pas, en tout bien tout honneur ». Jongin prend sa main dans la sienne avant de déposer un baiser rapide sur ses lèvres.
« Décidément, je ne pensais pas que tu tenais tant à la bienséance, mais ne t'inquiète pas, une étape à la fois ça me va très bien ».
Baekhyun s'était dit qu'il arrêterait de trop réfléchir, il ne voulait pas que Jongin le quitte cette nuit, alors il resterait. Il ne regrette absolument pas son choix quand ils se retrouvent enlacés dans son grand lit. Il sait que ce soir il n'y aura rien de plus mais que pourrait t-il souhaiter différemment quand il tient Jongin entre ses bras et qu'il peut passer une main distraite dans ses cheveux.
