Début de la deuxième mi-temps, 18h15
Commentateur : La seconde période de cette rencontre décisive opposant Inazuma Japon à la sélection coréenne est sur le point de débuter.
Les sud-coréens vont donner le coup d'envoi. Ils sont, pour le moment, en tête et donc qualifiés pour le quart de finale contre le vainqueur de la rencontre Mexique-Etats-Unis.
Kang Si-Hyeon passe le ballon au milieu de terrain Anh Gu-Suk qui cherche à organiser le jeu. Anh pour Lee Nam-Su qui part vers l'avant, accompagné dans sa course par son coéquipier Gu Pil-Su.
Jude Sharp montre au pressing sur Gu qui est contraint de lâcher son ballon. Heath Moore intercepte le ballon, ce dernier part vers l'avant.
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Aiden demanda le ballon dès qu'il fut entre les pieds de Heath. Il ne laisserait pas l'arbitre sur le terrain, même une minute supplémentaire.
Le cheminement avait été difficile.
Le jeune homme était un garçon solitaire, qui n'avait confiance qu'en ses propres capacités pour réussir quelque chose.
Il avait toujours pensé que c'était une force, il se rendait compte maintenant que ça pouvait être une faiblesse.
S'il voulait qu'Inazuma Japon se qualifie pour les quarts de finales, il devait faire confiance à l'équipe toute entière. Malgré tout, il allait contribuer à ce succès, même si ce n'était pas de la manière dont il l'espérait.
Le ballon au pied, l'attaquant du collège Alpin chercha immédiatement des yeux M. Richardson.
Il y a presque huit ans, alors qu'il était toujours leur entraîneur, ce dernier avait eu un terrible accident de snowboard.
A l'époque, tout son entourage avait considéré comme un miracle qu'il ne termine pas ses jours paralysés. Pour autant, il avait gardé de l'accident une fragilité au niveau de ses genoux.
Aiden n'était pas fière de ce qu'il s'apprêtait à faire, mais c'était la seule façon qu'il avait, d'être certain que M. Richardson quitte définitivement le terrain.
Afin de ne pas paraître plus suspect que de raison, il se dirigea en toute hâte vers le but adversaire, vérifiant que l'homme en noir le suivait bel et bien.
Fébrilement, alors qu'il n'avait même pas atteint la surface de réparation, il s'envola, effectuant sa super-technique de l'Ours Enragé.
Alors que le ballon fonçait initialement vers le but, sa trajectoire changea subitement, allant frappé avec violence le genou de l'arbitre qui avait avancé bien plus près que de raisons. Ce dernier, sous l'impact, s'effondra au sol, le visage larmoyant.
Il était dans l'incapacité de se lever, et donc de sanctionner le joueur japonais. Pour autant, Aiden savait très bien quelle sanction l'attendait. Peu désireux de s'attarder inutilement sur le terrain, il s'apprêta à prendre la direction des vestiaires. Mais une main le retint.
- Ne me fais pas croire que c'était involontaire, Aiden, pas à moi !
Le roux sourit en reconnaissant la voix réprobatrice de son frère.
- Ce n'était pas mon intention.
- Tu as conscience que tu viens de saborder toutes tes chances de montrer que tu méritais ta place de titulaire ?
Que son frère pouvait être naïf ne put s'empêcher de penser le jeune homme.
Monsieur Yi ne procédait pas à des changements pour le plaisir d'en faire. Chacune de ses actions étaient calculées et avaient un but précis.
- Tu as reconnu l'arbitre ? (Shawn fronça les sourcils). C'est notre ancien entraîneur, M. Richardson. Si tu veux mon avis, le coach savait très bien qui il était. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il m'a fait entrer sur le terrain.
- Je ne comprends pas… Avoua Shawn, perdu.
- C'est pourtant simple. En faisant cela, j'ai fait exactement ce que l'on attendait de moi : mettre l'arbitre hors-jeu. C'était ma contribution.
Et sans un mot de plus, le jeune homme quitta le terrain.
Il savait parfaitement qu'il ne serait pas titularisé de nouveau, et malgré la déception de ne pouvoir rester plus longtemps sur le terrain, un sentiment dominé : la fierté. Inazuma Japon allait maintenant pouvoir disputer une partie équitable.
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- Je ne sais pas si c'est la chose la plus stupide que j'ai vu ou si c'est une idée de génie.
Emi dévisagea d'un regard noir Andreas, qui loin de se laisser démonter, commentait mi-surpris/mi- jubilatoire, l'action d'Aiden Froste.
Alors que la jeune femme observait avec appréhension l'arbitre qui se tordait de douleur, elle ne put pourtant pas s'empêcher de demander.
- Si l'arbitre ne se relève pas, qu'est-ce qui va se passer ?
Du doigt, Aïden Mandel pointa un homme qui sur le bord du terrain refaisait ses lacets.
- C'est le quatrième arbitre, qui annonce les changements et le temps additionnels, qui va le remplacer.
Peu de temps après, l'homme entra sur le terrain alors que l'arbitre blessé quittait celui-ci, allongé sur une civière.
La première chose qu'il fit, fut bien évidemment de sanctionner le geste d'Aiden Froste, plaçant dès lors la sélection japonaise dans la difficulté. Il allait maintenant falloir terminer le match à dix.
La blonde, de son siège, ne quittait pas le terrain des yeux. La sélection coréenne réengageait le match et à en juger par leur geste fébrile, nul doute qu'ils craignaient maintenant l'issue de ce dernier.
- Ne t'inquiète pas, la rassure Andreas en posant une main sur son épaule, même avec un joueur en moins, le niveau des japonais est largement supérieur.
Emi hocha la tête. Elle n'aimait pas la façon qu'il avait de parler d'Inazuma comme s'il les connaissait mieux que quiconque, mais elle le remercia tout de même de la rassurer un tant soit peu.
La sélection coréenne n'avança pas très loin avant que Jude n'intercepte le ballon.
Avec une facilité déconcertante, il passa un à un tous ses adversaires, épaulé par un Heath remonté à bloc. Enfin, le ballon atterrit entre les pieds d'Axel.
La blonde en frémit d'émotion. Elle savait à quel point il avait attendu ce moment, à quel point il était déçu de ne toujours pas avoir pris part à la compétition. Elle n'avait aucun doute quant à l'issus de cette action : Axel allait égaliser.
Le jeune homme arrivait dans la surface de réparation, passant le dernier défenseur coréen. Last Resort éblouit alors tout le stade. Avec une puissance incroyable, le ballon chargé d'énergie détruisit le bouclier du gardien coréen, allant s'échouer dans les filets.
Emi ne put retenir un cri de joie, s'attirant bien malgré elle des regards outragés.
Heureuse, les larmes aux yeux, elle se laissa choir dans son fauteuil sous le sourire d'Aïden, qui ne pouvait s'empêcher, lui-aussi, de sourire devant un tel revirement de situation.
Seul Andreas resta de marbre, les yeux fixés sur Emi. La dernière fois qu'il l'avait vu aussi joyeuse pour un match de football datait d'il y a cinq ans.
Ils avaient alors onze ans, et il venait de marquer en finale du championnat nationale de leur catégorie. Depuis, elle s'était contenté de sourire satisfait à chacune de ses victoires.
Le jeune homme déglutit, il réalisait petit à petit que s'il tenait à garder la jeune fille auprès de lui, il avait intérêt à abandonner tout avenir amoureux.
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Axel était un très bon joueur de football. Il avait beau le savoir, il aimait le fait que les gens le reconnaissent également.
Depuis tout petit, le seul moyen qu'il avait trouvé pour que les gens le remarquent avait été de marquer des buts. Toujours plus de buts.
C'était la raison pour laquelle, il avait privilégié le poste d'attaquant. Sur un terrain, celui que l'on voyait en premier, dont on reconnaissait le talent en premier, était celui qui marquait des buts.
C'est ce que c'était efforcer de faire Axel tout au long de sa carrière. Et aujourd'hui, plus que d'habitude, il avait envie de montrer à tous à quel point il était un grand attaquant.
Le ballon de l'égalisation n'avait été que le premier. A peine cinq minutes après, Jude et lui marquait de nouveau. Il réitéra la chose dix minutes plus tard. Généreux, il offrit à David l'opportunité, de lui aussi, mettre sa pierre à l'édifice.
Avec fierté, Axel regarde le tableau d'affichage qui annonçait qu'Inazuma Japon menait quatre but à un, face à une sélection coréenne qui semblait maintenant attendre le coup de sifflet finale.
Il ne restait plus que cinq minutes à jouer avant la fin de la partie, et le jeune homme ne souhaitait pas s'arrêter là.
Alors que Marc repoussait, avec une facilité déconcertante, une tentative de tir coréenne, Nathan récupéra le ballon, le passant immédiatement à Ishihoshi.
Ce dernier, avec habileté, dribbla rapidement ses adversaires, portant le ballon jusqu'à Heath qui se démena pour emmener le ballon au seul attaquant qui restait.
Alors que tous les joueurs japonais – à l'exception de Marc- étaient montés à l'attaque, le blond fit signe à Shawn de le suivre.
Aiden aurait été un partenaire d'exception pour ce match, et il aurait mérité de pouvoir jouer cette partie jusqu'au bout. A défaut donc de voir son nom inscrit sur la feuille de marque, il y aurait celui de son frère.
Etonné, le défenseur du collège Alpin ne s'attarda pas pour autant sur des interrogations inutiles. Il s'empara du ballon et s'approcha avec adresse du but coréen.
En s'envolant dans les airs, le jeune homme invoqua le Loup Légendaire qui griffa le ballon, puis se chargea de puissance avant de se diriger avec puissance vers le gardien coréen.
Alors que l'arbitre sifflait la fin du match, le score évolua encore. Inazuma Japon gagnait ce huitième de finale cinq buts à zéro.
Alors qu'il regagnait les vestiaires, Axel offrit un sourire de remerciement à Aiden qui félicitait son frère. Axel était un très bon joueur. Il avait beau le savoir, il aimait le fait que les gens le reconnaissent également. Il aimait marquer des buts et le prouver à tout le monde.
Mais ce qui faisait vraiment d'Axel un très bon joueur, c'était la capacité qu'il avait, parfois, de laisser briller ceux dont ses adversaires éteignaient la lumière.
Deux jours après le match
Emi n'était pas stupide. De fait, elle avait rapidement compris de quoi est-ce qu'on la mettait à l'écart. Elle ne doutait pas que Miya et Paolo était au courant de cette affaire d'arbitre, et par déduction, Nelly devait l'être également.
Elle avait décidé de ne pas leur en vouloir.
Après tout, elle n'était pas spécialement amie avec Paolo et encore moins avec la rousse. Connaissant sa cousine, elle se doutait bien que cette dernière ne devait pas être la petite cheffe de la bande et que par conséquent, on lui avait bien gardé de mettre au courant qui que ce soit.
Ce fut bien plus difficile de garder son calme, lorsqu'en pénétrant dans la pièce où le petit groupe s'était réuni pour discuter, elle y trouva Axel, assis au premier rang.
Ce fut comme un coup de poing en plein ventre. Ce dernier était, en plus d'être au courant, impliqué dans leur cachotteries.
Elle n'eut cependant pas le temps de s'attarder dessus, la rousse lui sautant déjà à la gorge.
- Emi, qu'importe la raison pour laquelle tu nous déranges, je suis certaine que ça peut attendre.
La blonde ouvrit des yeux offusqués. Elle ne parvenait vraiment pas à comprendre comment Nelly pouvait être aussi appréciée des joueurs et de sa cousine.
- Profite donc de mon temps de parole pour te détendre, Nelly. Après tout, je suis certaine que ce que j'ai à vous dire, vous intéresse.
La rousse la toisa un instant, lui tenant tête, mais se décida finalement à obtempérer, s'asseyant tranquillement dans son siège.
Les regards de Paolo et Miya se braquèrent alors sur elle. Seul Axel, visiblement peu enthousiaste de la voir là, garda les yeux résolument fixés vers le sol.
- L'arbitre officiel qui aurait dût officier lors du match de la dernière fois a été remplacé deux heures avant le match.
Alors qu'elle sortait de sa poche la preuve de ce qu'elle avançait, elle sentit ses amis se tendre à côté d'elle. Elle ne put retenir un sourire amusé : que c'était bon de surprendre les gens.
- M. Fisher a eu la délicatesse de me transférer le mail qu'il a reçu de la part de la Fédération International. Comme vous pouvez le lire, c'est un certain Antonio Spelleni qui en est à l'origine.
- Q-Quoi ? Tu en es certaine ?
Emi confirma à sa cousine d'un signe de tête qu'elle en était absolument sûre, lui mettant le papier sous le nez.
- Alors, cela signifie qu'Antonio Spelleni est également membre de la fédération international.
La jeune allemande n'avait aucune idée de qui pouvait bien être ce Spelleni, mais elle ne jugea pas utile de poser la question. Après tout, elle avait déjà le nom de l'ennemi et de l'homme à abattre, son identité était inutile.
- Je ne vois pas où est le problème, jugea-t-elle bon d'intervenir.
- Le problème, lui répondit Paolo, c'est que nous ne nous attaquons plus seulement à un homme et à son entreprise, mais à une institution qui contrôle le monde du football et qui aurait dû être notre allié.
- Nelly, tu n'as pas encore donné la clé USB, n'est-ce pas ?
L'intervention d'Axel fit sursauter tout le monde dans la pièce. La rousse le regarda, surprise, avant de hocher la tête de droite à gauche, signifiant que les preuves étaient toujours en sa possession.
- Dans ce cas, avant de la confier aux services secrets, assurons-nous d'avoir des alliés de poids.
- Qu'est-ce que tu veux dire, au juste ? L'interrogea Paolo
- Nous ne pouvons plus compter sur la Fédération International pour témoigner contre Antonio Spelleni, il faut donc qu'un plus grand nombre de fédération nationale le fasse. Ensemble, elles auront beaucoup plus de poids pour défier l'institution et reprendre le contrôle du football.
- Et comment allons-nous faire cela au juste ?
Le blond regarde Nelly, impassible.
- Toi, tu vas convaincre la fédération japonaise. Emi se chargera de la fédération allemande. J'en parlerai Éric et Bobby pour intervenir auprès de la fédération américaine, et Ishihoshi est très proche de Froy Girikanan qui pourra en parler à la fédération russe. Il faut que l'on mobilise le plus de relais possible.
Miya sourit grandement en écoutant Axel. Jamais, depuis qu'il avait découvert la vérité, elle n'avait été aussi heureuse de le compter parmi eux.
C'était une idée plus que réaliste, et elle ne savait pas comment il était possible qu'ils échouent.
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Tous, à l'exception d'Axel et Emi, avaient quitté la pièce. Cette dernière n'avait plus pris la parole depuis l'intervention du jeune homme quelques minutes plus tôt.
Il faut dire qu'elle avait été particulièrement impressionnée. Le blond avait beaucoup de qualités, et elle le savait intelligent et vif d'esprit.
En revanche, jamais elle ne l'avait imaginé en meneur d'homme. Et pourtant, c'est exactement de cette façon qu'elle l'avait perçu alors qu'il exposait son plan. Un plan, que la jeune fille, trouvait absolument brillant.
Elle était si fière de lui qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de sourire et de le regarder avec admiration. Elle le redécouvrait complètement.
Pour autant, elle n'aimait pas vraiment le regard froid qu'il lui lançait depuis qu'elle avait pénétré dans la pièce. C'était déstabilisant. Finalement, après plusieurs minutes à la dévisager avec si peu d'intérêt, il finit par se lever et la dépassa, prêt à quitter la pièce.
- Accompagne-moi au match de demain qui opposera l'Allemagne au Brésil. Nous parlerons à mon père.
Axel fit volteface, surprit d'une telle demande. Pour autant, même s'il était très heureux qu'elle le lui propose, l'idée même d'aller assister à un match d'Andreas Carter le rendait nauséeux.
- Je ne crois pas que ma présence soit nécessaire.
Pour toute réponse, la jeune fille se retourna et planta un regard froid dans ses yeux. Le blond se retint à grande peine de sursauter, devant un tel changement d'expression. Quelques secondes avant, ses pupilles pétillaient de fierté.
- Est-ce que j'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas ?
Axel ricana bien malgré lui. Emi n'était pas de celle qui se remettait naturellement en question. Pour autant, il prit le temps de réfléchir à sa question. Il était vrai qu'il s'était montré bien froid à son égard, sans pour autant l'avoir fait volontairement. Il lui sourit tristement.
- J'aurais préféré que tu ne te mêles pas de cette histoire…
- Je suis une grande…
A peine lui avait-elle coupé la parole, qu'Axel l'interrompit de nouveau. Ne pouvait-elle donc jamais se taire et écouter les autres jusqu'au bout ?
- L'accident de Miya et Jude auquel tu as assisté est l'œuvre d'Antonio Spelleni.
La jeune fille ouvrit grands les yeux, choquée. Ce n'était plus qu'une petite affaire d'achat d'arbitre si on devait en venir à provoquer des accidents.
- Voilà ce qui arrive aux gens qui sont trop impliqués et qui tentent de s'opposer à Spelleni. C'est la raison pour laquelle j'aurais préféré que tu restes à l'écart.
Malgré sa volonté évidente de lui tenir tête, la jeune fille prit sur elle. Elle respira et tenta de se convaincre que le jeune homme et son attitude paternaliste n'était pas à blâmer.
Elle devait comprendre qu'il était inquiet. Axel lui-même, fut étonné que son amie ne riposte pas devant de tel propos.
Son étonnement fut plus grand encore lorsqu'il sentit des bras entourer sa taille et le corps de la jeune fille se blottir contre lui.
Inconsciemment, il répondit à son étreinte, la serrant doucement contre lui. Alors qu'elle posait doucement sa tête dans le creux de son épaule, il l'entendit murmurer :
- Maintenant que je suis dans l'histoire, tu ne comptes pas m'empêcher de vous aider ?
Le jeune homme aurait vraiment aimé qu'elle y renonce d'elle-même, mais il avait conscience que c'était trop lui demander. Alors, en soupirant il lui répondit simplement :
- Nous partons demain à dix heures, sois prête.
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Miya l'avait senti venir à l'instant même où les joueurs étaient entrés dans la salle à manger à la fin de l'entraînement.
C'était pourtant à Emi de cuisiner ce soir, mais cette dernière avait filé en douce, prétextant une chose urgente à faire.
La décision avait été unanime : c'était elle qu'on avait envoyé en cuisine. D'après Jack, c'est parce qu'elle cuisinait mieux que quiconque, selon Duske et Heath c'est parce qu'elle était la seule à savoir exactement ce que chacun aimé, et enfin, Joe avait tranché en clamant haut et fort, que si ce n'était pas elle, alors personne ne mangerait.
La jeune fille ne l'avait pas cru une seule seconde, mais l'espace d'un instant, il avait réussi à la flatter suffisamment pour qu'elle accepte.
Maintenant, qu'elle était devant les fourneaux, occupée à former des boulettes des riz, elle regrettait de s'être laissée amadouer.
Alors que le minuteur qu'elle avait actionné, pour surveiller la cuisson de son curry, retentissait, la jeune fille pesta car ses mains étaient occupées.
D'une voix, qu'elle essaya de faire la plus sonante possible, elle appela à l'aide, afin que quelqu'un vienne remuer sa préparation.
En voyant Jude arriver, Miya soupira. Elle aurait pu faire un effort, et lâcher ses boulettes de riz, tout de même.
L'ambiance chaleureuse qui régnait dans la pièce quelques minutes plus tôt se refroidit instantanément. Il faut dire que la jeune fille s'évertuait à ignorer Jude depuis l'accident, et ce dernier l'avait indubitablement remarqué.
Sans un mot, il se dirigea vers la marmite où la préparation mijotait et entreprit de mélanger le tout. Après quelques secondes, il goûta et pris la liberté d'y ajouter un peu de sel et de poivre. Enfin, il baissa doucement le feu.
Visiblement peu pressé de quitter la cuisine, il jeta un coup d'œil au menu que Miya avait rapidement griffonné et commença à couper des oignons pour la préparation du riz frit.
- Tu n'es pas obligé de faire ça, Jude. Je m'en chargerai, va donc te reposer.
Il esquissa un rictus moqueur. A croire qu'elle avait fait une blague spécialement drôle.
- Tu n'aimes pas éplucher les oignons, ça ne me dérange pas de le faire.
La brune sentit son cœur battre doucement, attendrie par son geste. Elle n'avait cuisiné qu'une seule fois en compagnie de Jude.
C'était bien avant qu'ils sortent ensemble, au restaurant Hillman. Elle se souvenait parfaitement lui avoir donné comme tâche d'éplucher ails et échalotes, se débarrassant ainsi de ce qu'elle considérait être une véritable corvée.
De fait, elle était particulièrement étonnée qu'il s'en souvienne. Elle n'ajouta rien, et retourna à ses boulettes.
Les oignons pelés et découpés en petit morceau, le milieu de terrain les déposa dans une poêle, avant d'y ajouter le riz, et de casser les yeux. Après avoir tout mélangé, il fit agilement sauté la préparation.
Pendant ce temps, Miya qui avait terminé les boulettes, éplucha les fruits nécessaires à sa salade de fruit.
- Tu n'as pas répondu à ma question ce jour-là, murmura Jude qui déposait dans un plat sa préparation.
Surprise, la brune laissa échapper de ses mains, la poire qu'elle était en train de peler. Elle sentait le regard de Jude dans son dos, et se retint donc de se retourner.
Elle allait devoir lui répondre, elle allait devoir lui dire que non pour le protéger. Si elle le regardait, elle en serait incapable. Alors qu'elle prenait une grande respiration, prête à lui répondre, Jude quitta la cuisine.
- Oublions donc cette soirée, et faisons comme si de rien été jusqu'à la finale. Si nous y parvenons, et que nous gagnons, je te reposerais la question.
Miya écarquilla de grands yeux, et se retourna subitement vers le jeune homme en l'interpellant. Celui-ci fut surpris de l'immense sourire qui ornait alors ses lèvres. Il ne comprenait vraiment pas comment cette dernière réfléchissait.
- Je te promets que ce jour-là, je te répondrais.
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Nathan avala goulument ce qui restait de jus de ginseng dans la gourde étiquetée à son nom.
Il avait rarement fait aussi chaud, depuis qu'ils étaient arrivés aux Etats-Unis pour la compétition, et le soleil tapait avec insistance sur le terrain.
Cela faisait maintenant, presque une heure et demi qu'ils s'entraînaient, et il devait bien avouer qu'il n'en pouvait plus.
En temps normal, Marc et Jude qui s'occupaient de la séance d'entraînement, aimaient que le niveau de la séance soit particulièrement intense. Mais avec cette chaleur de plomb, s'en était insupportable.
De fait, l'ancien joueur de la Royal Academy ne put s'empêcher de sourire moqueusement en voyant Jack arriver en titubant, prêt à s'affaler dans l'herbe. Ce dernier, en posant une serviette mouillée sur son visage, grommela :
- Quelle torture ! Jude et le capitaine n'y ont vraiment pas été de main morte.
Derrière lui, Caleb qui arrivait, soupira avec dédain.
- Ce n'est pas avec une mentalité comme celle-là que l'on gagnera ce fichu tournoi.
Jack n'était pas du genre à riposter, et se contenta d'un regard mi-triste/mi-frustré à l'égard de Nathan, avant de se relever, et de retourner s'entraîner.
- Tu n'es vraiment pas sympa Caleb, tu aurais au moins put lui laisser le temps de souffler.
Le jeune homme ne prit même pas la peine de lui répondre, et après avoir lui aussi, avalée une gorgée de sa boisson énergisante, reparti en trottinant vers le terrain.
- Marc a annoncé la fin de l'entraînement en équipe, tu souhaites que l'on perfectionne notre technique ?
Le garçon aux cheveux bleus fit volte-face vers la voix qui venait de le surprendre dans ses pensées. Sans surprise, il fit face à un Acker souriant, un ballon à la main, qui attendait tranquillement qu'il lui réponde.
Nathan se perdit dans sa contemplation de son coéquipier : comment parvenait-il à afficher sans cesse cet air calme et serein ? Il ne se souvenait pas, l'avoir déjà vu en colère ou contrarié.
Pourtant, il avait été le capitaine de Polaris, et un tel rôle nécessitait forcément une qualité naturelle pour rassembler et discipliner. Il imaginait mal, quelqu'un d'aussi peu éloquent et d'aussi paisible, assurer une telle fonction.
Le léger froncement de sourcil de son coéquipier le ramena à la réalité, le bousculant quelque peu.
- O-Oui, c'est une bonne idée. Je te suis !
Sans un mot, Acker s'éloigna en direction d'un des buts installés pour l'entraînement, laissé vide à leur adresse. Ils entreprirent immédiatement de se mettre au travail.
Nathan se reconcentra, petit à petit sur le ballon. Il était parfaitement conscient de la faiblesse de leur jeu défensif. Lors du dernier match, il n'avait pas été en mesure d'arrêter une des offensives coréennes, tout comme Acker.
Cela le pesait donc particulièrement, d'autant plus, que depuis plusieurs jours déjà, il avait le sentiment d'être à deux doigts de réussir cette super-technique.
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Le soleil déclinait doucement, mais Nathan savait, à l'entente des bruits de ballons qui rebondissaient et des respirations bruyantes des joueurs, que le terrain était encore majoritairement occupé.
Un cri, du côté de Marc, le déconcentra alors qu'il s'élançait dans les airs. Ce léger sursaut, le déséquilibra et il tomba lourdement au sol.
Dans l'appréhension, il ferma vivement les yeux, attendant le moment où son corps entrerait en impact avec le sol, provoquant chez lui une vive douleur.
Mais ce moment ne vint pas.
Surpris, Nathan ouvrit des yeux prudents et découvrit avec surprise, Acker, sous lui, qui avait amorti sa chute.
Leurs yeux se croisèrent et l'espace d'un instant, le jeune homme aux cheveux bleus n'entendit plus rien, tandis que sa vision périphérique diminuait pour ne laisser dans son champ que Acker et ses grands yeux bleus barbeaux.
Sa nuance de couleur existait-elle véritablement dans la nature ? Nathan était sûr de ne l'avoir jamais vu ailleurs. En tout cas, il trouvait que c'était le plus beau bleu qu'il n'est jamais vu.
Et puis un second cri le ramena à la réalité. Gêné, Nathan se releva en vitesse en rougissant, prenant bien soin d'évité de croiser le regard bleu intense qu'il avait tant apprécié quelques secondes plus tôt.
Il allait dire un truc, il le fallait à tout prix pour qu'il soit de nouveau capable de frapper dans un ballon avec Acker, mais ce dernier ne sembla même pas se formaliser de ce qui venait de se passer.
Il ne regardait même pas Nathan, mais l'opposé du terrain, où toute l'équipe semblait s'être regroupé.
- Il se passe quelque chose de grave, annonça simplement le jeune homme aux cheveux violet avant de se diriger en courant vers l'attroupement.
C'est là que Nathan vit les voitures de polices qui clignotaient au bord de la route. Quelques secondes plus tard, alors que Nelly menaçait d'appeler un avocat compétent qui les dénoncerait à une haute instance, le coach Yi émergea du cercle formé par les joueurs, menottés et encadrés par deux agents de police.
En se rapprochant, le défenseur eut juste le temps d'entendre le coach dire en riant :
- Ne vous inquiétez pas, un entraîneur compétent viendra vous rejoindre demain. Prenez soin de vous !
