Les mains enfoncés dans les poches, Axel suivait Emi avec nonchalance. Il balaya du regard la tribune présidentielle où était installés tout un tas d'hommes en costume. Dédaigneux, il soupira.
Ces gens ne connaissaient sûrement rien au football, et n'étaient là que pour l'intérêt commercial qu'une telle compétition représentait.
Au contraire du blond, Emi, joliment vêtue d'une robe de créateur, se mouvait avec élégance. A croire qu'elle avait fait cela toute sa vie.
Elle refusa poliment la coupe de champagne qu'on lui tendit lorsqu'elle atteignit le buffet, et se mit sur la pointe des pieds, pour la énième fois, en espérant apercevoir son père.
Axel aurait pu faire un effort. Il était plus grand qu'elle de presque deux têtes, et il n'avait aucun mal à voir tous les visages de la foule. Pour autant, il n'en avait pas envie.
Il ne se souvenait même plus pourquoi il avait accepté de l'accompagner.
Naïvement, il avait cru qu'ils assisteraient à la rencontre depuis un siège tout à fait banal du stade. Il n'aimait pas du tout, devoir se farcir la présence de tous ses individus.
Il n'était pas comme son père qui était si désireux d'entretenir ses relations et d'être biens vus par la haute société de son univers.
D'un soupire, il tenta de lui faire comprendre qu'il aimerait aller s'asseoir le plus rapidement possible, surtout que le match n'allait pas tarder à commencer.
Axel n'aimait peut-être pas Andreas, mais l'affrontement entre les deux équipes promettait d'être intéressant. De fait, il aurait bien aimé ne pas rater le début.
Emi se retourna alors vers lui, légèrement énervée. Elle avait l'impression de traîner un enfant derrière elle.
- Prends ça et va donc chercher nos places. J'ai bien compris que tu n'aimais pas être ici.
Le jeune homme regarda avec incrédulité le sac que la jeune fille lui avait mis dans les mains, ainsi que leur place. Sans rien ajouter, il la quitta et se dirigea vers la porte qui menait aux gradins.
Après quelques minutes de recherches, le blond s'assit à sa place et fixa, sans aucun intérêt, les joueurs qui s'échauffaient encore sur le terrain.
Ses pensées dévièrent alors sur l'arrestation de leur coach.
D'après Nelly, M. Yi aurait été arrêté pour de stupides problèmes de double investiture. En plus d'être l'entraîneur de la sélection japonaise, ce stupide petit bonhomme – selon Axel – était également un des membres très actifs de la fédération de football chinoise.
Le blond était effaré que leur coach est jugé normal de conserver les deux postes, alors même qu'il s'agissait de deux nations rivales dans la compétions. Il ne s'étonnait donc pas que la fédération internationale ait ordonné son arrestation afin de comprendre les motifs de son action.
Après quelques minutes, Emi vint le rejoindre, visiblement agacée. Il devinait sans mal qu'elle n'avait pas trouvé son père. Doucement, il lui prit la même pour tenter de la calmer un petit peu.
Loin de lui l'envie de passe deux grosses heures en compagnie d'une folle furieuse.
- Tu l'appelleras à la fin du match, lui proposa-t-il, il sera sûrement plus disponible.
- Tu parles… Soit il sera euphorique en train de faire la fête dans les vestiaires, soit il sera en dépression. Le mieux aurait été en début du match…
Le match commença, et Axel se concentra sur celui-ci. Alors que les premières minutes défilaient, et que la sélection allemande prenait rapidement le dessus, le jeune sourit à la jeune fille qui se calmait tout doucement.
Au vu du déroulement du match, la première option était la plus probable.
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Emi appréhendait le moment plus qu'il ne l'aurait fallu. Pourquoi avait-elle tant insisté pour qu'Axel l'accompagne ?
L'Allemagne avait gagné le match avec brio, s'imposant trois but à zéro contre une sélection brésilienne démunie.
Fou de joie, son père avait répondu à son appel dès que la première tonalité avait raisonné dans le combiné. Il les avait donc invités à le rejoindre, lui et l'équipe dans le hall du stade, afin de discuter loin des oreilles indiscrètes.
La jeune fille attendait donc, avec appréhension, le moment où Axel se retrouverait face à Andreas.
C'est Aïden qui se présenta le premier. Tout sourire, il arriva en courant vers Emi. Il salua poliment Axel, avant de prendre la jeune fille dans les bras, tout heureux d'avoir gagné.
- Félicitations Aïden, tu as fait un match impressionnant.
D'un sourire qui ne semblait jamais pouvoir cesser de s'élargir, il remercia son amie. Auteur d'un magnifique doublé, présent aussi bien en attaque qu'en défense, nul doute qu'Aïden Mandel avait été la star de cette rencontre.
Il avait été discrétement épaulé par Andreas, qui arrivait à son tour, les mains dans les poches.
A la façon qu'il avait de se traîner, la jeune fille crue voir Axel. Elle devina sans mal qu'il n'était pas spécialement heureux d'être ici et se demanda ce qu'il le mettait dans un tel état.
Le blond lui-même fut surpris du comportement du joueur allemand. Il était bien trop habitué à son petit regard moqueur et à son sourire sarcastique.
Son étonnement fut renforcé quand il vit simplement Andreas claquer deux bises sonores sur la joue de la blonde, alors même qu'il ne s'était jamais gêné pour la prendre dans ses bras en sa présence.
Le jeune homme se tourna alors vers lui, et lui sourit. Axel, incapable de lui rendre la pareil, se contenta d'écarquiller les yeux, véritablement choqué. Mais qu'est-ce qui se passait dans sa tête ?
Il n'eut pas le temps d'y penser davantage, le père d'Emi, un grand homme aux cheveux grisonnant se dirigeait vers eux.
Aussitôt, Axel se fit la remarque que son attitude ne collait pas avec son apparence. Fou de joie, il était en train de pleurer de bonheur, s'essuyant les yeux avec la manche de son costume trois pièces.
Lorsqu'il aperçue sa fille, ses pleurs redoublèrent. Le blond se demanda comment un homme comme ça avait pu exercer la moindre autorité sur une fille aussi têtue, butée et capricieuse qu'Emi.
- Papa ! S'énerva la blonde, maîtrises tes émotions un peu, tu me fais honte.
- E-Emi ! Ma petite chérie, ça fait si longtemps que je ne t'avais pas vu…
Alors qu'il s'apprêtait à la prendre dans ses bras, la jeune fille le repoussa avec virulence, déterminée à ne pas le laisser s'approcher d'elle tant qu'il se lamenterait comme un enfant.
Ce n'est qu'une fois qu'il se fut calmé, qu'enfin, Emi l'interrogea sur la raison qui l'avait poussé à venir aujourd'hui.
Il montra alors un tout autre visage, plus sérieux et bien plus imposant, et l'espace d'un instant, Axel cru voir Miya plus qu'Emi dans l'attitude de l'homme – après tout, c'était son oncle maternel.
- Papa, est-ce que tu as subies des pressions de la part d'un certain Antonio Spelleni pour te ranger de son côté et falsifier les rencontres en payant les arbitres ?
- Ma chérie, je ne souhaite pas que tu t'intéresses de trop près à cette histoire…
- Ce n'est pas le problème, soupira-t-elle en se dégageant de l'étreinte que voulait lui donner son père, nous avons des preuves des actions illégales de Spelleni, mais le problème est qu'il est un des membres de la Fédération International, si on le dénonce sans nous assurer du soutien de d'autres fédérations nationales, nous n'avons aucune chance qu'une enquête aboutisse.
La jeune fille expliqua à son père, Andreas et Aïden la manière dont ils avaient obtenu les preuves. Elle ne manqua pas d'en rajouter un petit peu lorsqu'Aïden les compara à des super-héros sans capes ce qui amusa le blond.
- Je vois, conclut son père, sachez que je vous apporterai mon soutien, j'ai conservé tous les mails envoyés par Spelleni et j'ai fait enregistré tous les coups de fils qu'il m'a passé. Je vais tenter de faire passer le mot à mes homologues français et britanniques que je connais très bien.
Axel et Emi le remercièrent chaleureusement.
- Ce qui m'inquiète, soupira le père de la blonde, c'est que Spelleni est injoignable depuis plusieurs jours maintenant. Avec ce que vous venez de m'apprendre, je crains qu'il s'en soit douté et qu'il ait décidé de fuir.
- C-C'est un problème ? Murmura Aïden pour la première fois
- Plutôt oui, tant qu'il ne sera pas présent pour être interrogé, aucunes procédures ne pourra être entamées et donc aucunes sanctions ne pourront être délivrées, et aucunes erreurs réparées.
L'attaquant japonais baissa la tête, cherchant une solution. S'il comprenait bien, qu'importe à quel point les preuves rassemblées contre Spelleni soient incriminantes. Si ce dernier n'était pas présenté devant la justice, alors rien ne pourrait être fait pour réparer ses erreurs.
Le cœur lourd, les deux jeunes gens quittèrent le stade, prêt à aller annoncer cette mauvaise nouvelle à leurs amis.
Résultats à l'issus des Huitièmes de Finales
Etats-Unis
5 – 4
Mexique
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Corée du Sud
1 – 5
Japon
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Canada
1-2
Nigéria
.
Portugal
2-6
France
.
Allemagne
3-0
Brésil
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Pérou
4-3
Angleterre
.
Pologne
2-7
Italie
.
Nouvelle -Zélande
0-1
Costa Rica
Tableau pour les quarts de Finales
Etats-Unis
Vs.
Japon
.
Nigéria
Vs.
France
.
Allemagne
Vs.
Pérou
.
Italie
Vs.
Costa Rica
Jour du match contre les Etats-Unis
En arrivant au stade où devait se dérouler le match contre les États-Unis, les sentiments du stratège japonais se firent plus clair. Il savait maintenant, qu'aujourd'hui, allait être le match le plus difficile qu'ils aient à disputer depuis le début de la compétition.
La raison était simple : aujourd'hui, c'était avant tout des amis qu'ils affrontaient.
Depuis qu'Éric et Bobby étaient retournés vivre aux Etats-Unis, la sélection japonaise avaient eu mainte fois l'occasion de les affronter alors qu'ils portaient le maillot américain : premier FFI, match amicaux, tournoi régionaux de moindre envergures…
Pour autant, Jude – et il savait que c'était le cas pour Marc et Axel également – ne s'y habituait pas. Il avait eu, bien trop souvent, la chance de compter sur Bobby pour défendre ses arrières, et d'avoir Éric près de lui pour l'épauler au milieu de terrain.
Il ne fallait pas s'y perdre. C'était un énorme avantage de connaître aussi bien l'adversaire, à la fois ses forces, mais également ses faiblesses.
Pour autant, aujourd'hui, plus qu'une chance, c'était un handicap pour Inazuma Japon.
Jude connaissait parfaitement la manière dont jouait Éric et Bobby, mais ils n'étaient que deux. Eux, en revanche, les connaissaient presque tous sur le bout des doigts.
Cette idée résonnait dans la tête de Jude depuis qu'il s'était levé ce matin. Il fallait également ajouter à cela, le fait qu'ils n'avaient pas d'entraîneur.
Le jeune homme n'était pas forcément étonné que le coach Yi ai été arrêté aussi soudainement. L'homme était déjà bizarre, il n'était pas surprenant qu'il trempe dans des affaires louches. Ou plutôt, qu'il se soit mêlé d'un peu trop près à des affaires suspectes.
Après tout, l'ancien capitaine de la Royal Academy savait parfaitement qu'il se tramait, au sein même du mondial, une affaire des plus étranges.
D'ailleurs, Axel ne lui en avait toujours pas reparlé, il faudrait qu'il aille lui demander plus en détail.
Toujours est-il, que pour l'heure, ils n'avaient pas de coach. De fait, Jude réfléchissait aux titularisations les plus pertinentes et efficaces pour mettre ne difficultés les Licornes.
Ce n'est que lorsque Nelly pénétra dans le vestiaire, un sourire triomphant sur les lèvres, qu'enfin, le meneur de jeu de la sélection japonaise prit le temps de mettre en pause le fil de ses pensées.
D'un regard, il interrogea Célia : pourquoi n'avait-elle toujours pas commencé son speech ?
Cette dernière lui répondit d'un regard désolé, lui signifiant qu'elle non plus n'en savait rien. L'ordre venait sans nul doute de la rousse qui toisait le vestiaire avec fierté. En même temps, le soupire blasé d'Axel rompit le silence, alors même que la jeune fille prenait la parole.
- Il se trouve que Monsieur Yi n'avait pas mentit. Il avait bel et bien prévu un remplaçant, mais ce dernier a eu quelques soucis à la douane américaine… Vous savez comment ils sont.
A ses mots, tous le vestiaire leva un regard intéressé vers Nelly.
Jude fit défiler, à toute vitesse, dans sa tête, la liste des entraîneurs potentiels pour la sélection japonaise. Il ne pouvait y en avoir qu'un, et le jeune homme espérait de tout cœur que ce soit lui qui franchisse la porte.
Son sourire s'élargit davantage, accompagné des murmures approbateurs de ses coéquipiers, alors que Percival Travis pénétrait dans la pièce.
Finalement, se dit Jude, il semblait qu'aujourd'hui été un jour de chance.
Inazuma Japon
Mark Evans
Nathan Swift – Jack Wallside - Acker Reese – Shawn Froste
David Samford – Jude Sharp – Heath Moore – Ichihoshi Hikaru
Axel Blaze – Elliot Ember
Les Licornes des Etats-Unis
Alex Hawke
Bobby Shearer – Tony Strider – Drake Dynamo – Ted Bryan
Steeve Woodmark – Mark Kruger – Éric Eagle – Shane Pierce
Gabriel Jax – Dylan Keats
Début de la première mi-temps, 18h00
A l'inverse de Jude, Axel trouvait que c'était grisant d'affronter un ami lors d'un match d'une telle ampleur. Il savait que ce petit état de fait avait le drôle de pouvoir de surmotiver tout une équipe. Le jeune homme savait à quel point Éric avait envie de leur montrer comme il était bien meilleur qu'eux, mais il était déterminé à lui prouver le contraire.
Lorsque l'arbitre siffla le coup d'envoi, le blond s'élança rapidement vers la surface de réparation américaine. Dans son dos, Elliot le suivait impétueusement, accompagnant ses mouvements et prêt à le soutenir, si besoin.
C'est Éric qui lui bloqua le chemin en premier. Un petit sourire en coin, l'américain entreprit de lui prendre le ballon. Un petit duel physique s'installa alors.
Incapable d'échapper à la poigne de son ami, Axel passa le ballon dans son dos, en direction de Jude qui s'éloignait vers le but.
- Tellement prévisible, murmura Éric en souriant
Le blond ouvrit des grands yeux, surpris. Bobby venait de surgir devant Jude, et le taclait proprement, reprenant le ballon.
L'attaquant japonais offrit un sourire à son ami : cette partie allait être intéressante.
Bobby avançait vers le milieu du terrain, épaulé par ses coéquipiers. Alors qu'Heath se précipitait sur lui, il passa le ballon à Kruger. Ce dernier, habile et rapide, s'éloignait vers la surface de réparation où il essayait de trouver Dylan ou Gabriel. Derrière lui, Éric arrivait à son tour.
Jude le savait parfaitement, il ne fallait pas laisser ses quatre là allaient plus. Il savait comment déjouer le roulement de tonnerre, mais il ignorait ce qu'ils avaient pu mettre en place depuis.
Prudent, le stratège commanda aux défenseurs d'empêcher toutes passes du milieu de terrain américain aux attaquants.
Pour autant, Nathan marqua un cran de retard. Mark profita de ce léger décalage pour passer le ballon à Gabriel. Ce dernier était maintenant seul, dans la surface de réparation du gardien japonais.
Jude souffla. Qu'importe, il avait confiance en son ami pour l'arrêter.
Il ne vit pas Éric, qui surgissait de derrière son dos et pénétrait à son tour dans la surface. A l'aide de sa Danse d'Eole, Nathan tenta d'intercepter le ballon que Gabriel passait à son coéquipier. Sans succès.
La balle était déjà entre les pieds du milieu de terrain américain qui effectuait déjà un saut retourné dans les airs. Le Tir Pégase illumina le terrain avant d'aller s'éteindre dans les filets japonais.
Les Etats-Unis ouvrait le score et prenait la tête du match.
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Depuis le banc, Paolo observait avec inquiétude le match qui se déroulait devant lui. Il n'avait aucun doute, quant à la motivation des joueurs.
Mais il fallait bien avouer, que dans un match comme celui-ci, ce n'était pas suffisant.
La sélection américaine était absolument éblouissante. L'italien ne pouvait que reconnaître le talent de ses membres, la finesse de leur jeu de passe, la technicité de leur mouvement. Il avait le sentiment d'assister au déploiement d'une machinerie parfaitement huilée.
Nul doute qu'ils avaient progressé depuis le premier mondial. Le plus intéressant à observer était sans conteste Éric Eagle. Le jeune homme était épaté de le voir aussi agile, alors même qu'un an auparavant, il était encore en béquille, coincé entre les quatre murs blancs d'un hôpital.
Marc Evans était peut-être un footballeur passionné, mais il fallait reconnaître la force de caractère de l'américain. L'idée même que ce dernier puisse encore être sur terrain de football, après tant de galère, faisait sourire Paolo. Il devait être indestructible.
- Qu'est-ce qu'ils jouent mal…
Le soupire, presque désespéré de Caleb, replongea l'italien dans le match.
La tentative de tir d'Elliot venait d'être bloqué par la défense américaine qui renvoyait le ballon à Kruger. Paolo soupira, le schéma était répétitif, mais pourtant efficace.
Chaque fois que Kruger avait le ballon, ils parvenaient à aller jusqu'à la surface de réparation. Heureusement que Marc avait déjà arrêté plusieurs tentatives de tirs.
Le brun observa Jude qui courrait, indiquant du doigt différentes positions à sa défense. Nul doute que ce dernier avait compris le danger que représentait le capitaine américain, mais il n'avait pas encore réussi à le faire comprendre à tout le monde.
Cette dernière n'était obsédée que par Éric, à croire qu'il était le seul joueur capable de mettre des buts.
- Quand est-ce qu'ils vont commencer à défendre sur Mark Kruger ? Demanda Miya en se penchant davantage vers l'avant.
- Quand ils auront compris que, pour le moment, c'est lui qui est le plus utile au développement du jeu américain…
- Pourtant, Heath et Jude semblent l'avoir compris, eux.
- Ma chère Miya, c'est aujourd'hui que nous allons voir toutes les capacités de Jude à être un grand meneur de jeu. Jusqu'à présent, personne n'avait remis en doute son analyse pour la simple et bonne raison que personne n'avait eu l'audace de penser que la sienne était meilleur. Pour ce match, c'est différent parce que la plupart son convaincu que le réel danger c'est Éric. Ils entendent parfaitement ce que leur dis Jude par rapport à Kruger… Maintenant, il faudrait qu'ils le croient.
La jeune fille lui sourit affectueusement après avoir réfléchis à ses propos.
Miya aimait les gens intelligents, et nul doute que Paolo était de ceux-là. Elle allait le remercier de ses explications lorsque son regard fut attiré vers le terrain, où les Etats-Unis venaient d'intercepter le ballon et contre-attaquer rapidement.
Près d'elle, Célia se cachait les yeux de ses mains, ayant parfaitement compris l'issus de l'action.
En tête de file de cette contre-attaque, il y avait Dylan, Mark et Éric qui adoptaient la formation du Grand Fenrir. Acker et Jack tentèrent bien de revenir, mais leur tentative fut balayée.
Le ballon était déjà frappé et s'avançait vers les cages du gardien japonais. La vitesse et la rapidité de la contre-attaque ayant surpris Marc Evans, il ne parvint pas à arrêter le tir, qui acheva sa course au fond de ses filets.
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Alors qu'il regagnait sa partie de terrain, Éric Eagle entendit audiblement Jude Sharp s'énerver. Sa réaction fit sourire le jeune homme alors qu'il comprenait ce que son ami tentait de faire comprendre à ses coéquipiers.
- Je suppose que c'est toi qui en as eu l'idée ?
Le brun ne sursauta même pas à l'entente de la voix d'Axel. Après tout, il savait ce dernier plus perspicace qu'il ne le laissait croire.
- Bobby en a émis l'idée, je lui ai simplement donné vie.
- Et tu parviendras à rester dans l'ombre de Mark Kruger jusqu'à la fin du match ?
C'était la plus grosse difficulté de ce plan, qu'il avait en tout premier lieu jugé absurde.
Lorsque Bobby, au début de la semaine, lui avait proposé de laisser leur capitaine gérer tout le jeu du milieu de terrain, Éric avait eu des réserves.
Inazuma Japon n'allait tout de même pas se laisser avoir par un stratagème si simpliste ?
Et puis finalement, il s'était laissé convaincre d'essayer. Au début, ce n'était que l'affaire d'un quart d'heure, afin de voir si leur adversaire serait sensible à une telle technique. Finalement, ça avait été un succès, et l'américano-japonais s'était naturellement mis en retrait, n'interférant dans aucune transmission entre la défense et le milieu de terrain, et le milieu de terrain et l'attaque.
Il se contentait de surgir au bon moment dans la surface de réparation afin d'épauler ses coéquipiers. C'était finalement assez drôle d'observer les japonais se concentrer sur lui, délaissant totalement Kruger qui était libre de faire ce qu'il voulait.
Cependant, Axel avait parfaitement saisi la difficulté que cela représentait pour lui : il avait le sentiment d'être bridé, de ne pas pouvoir jouer pleinement. Mais, il mettait un point d'honneur à ne pas laisser son ami voir à quel point cette stratégie le pesait.
- C'est dans l'ombre que sont construits les meilleurs projets avant d'être mis à la lumière.
Il ne laissa pas Axel répliquer, et s'éloigna en courant rejoindre ses coéquipiers. Il ne restait plus qu'une dizaine de minutes avant la mi-temps, et le jeune homme était déterminé à creuser davantage l'écart.
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Nathan n'aimait pas ce sentiment d'impuissance qui le gagnait petit à petit à mesure que le match avançait. Il était inutile, incapable d'arrêter la moindre offensive américaine. Si Marc n'avait pas été là, les Etats-Unis aurait déjà creusé un écart impossible à rattraper.
Une petite voix perfide, dans sa tête, lui murmurait que tout n'était pas de sa faute. Si le milieu de terrain japonais était plus efficace ou si les attaquants avaient été moins maladroits, lui et la défense n'aurait pas été autant sollicité.
Mais le jeune homme s'évertuait à la faire taire. Il ne devait pas se trouver d'excuses, il ne pouvait pas se permettre d'être mauvais.
Alors que l'arbitre sifflait une touche en faveur des Licornes, Nathan se reconcentra dans le match. Cette fois-ci, ils ne passeraient pas. Il se remémora ce que lui avait dit Jude quelques minutes plus tôt : le danger c'était Kruger, pas Éric.
Remotivé, il se dirigea sur la trajectoire du capitaine américain qui s'avançait vers lui, oubliant totalement l'américano-japonais.
D'un signe, il invita Jack et Shawn à faire de même, mais ces derniers, après un regard, décidèrent de monter sur Éric qui avançait à côté de Kruger.
L'espace d'un instant, le jeune homme fut déstabilisé, pensant soudain qu'une partie du plan américain lui échappait. Alors qu'il se reconcentrait sur le capitaine, celui-ci n'avait déjà plus le ballon, ce dernier étant entre les pieds de Gabriel Jax quelques mètres derrière lui.
Aussitôt, le défenseur changea sa trajectoire pour suivre le ballon, imitant par inadvertance Acker qui montait lui aussi sur l'attaquant américain.
Nathan ne réalisa que trop tard que la voix était libre pour Dylan Keith qui surgissait derrière Éric et Mark Kruger. Alors qu'ils récupéraient le ballon, ils sautèrent soudainement, libérant un étrange flux violet qui chargea le ballon d'énergie. Le Tir de la Licorne termina sa course dans les filets japonais.
Nathan, hagard, regarda avec dépit, les joueurs américains exulter. L'arbitre allait siffler la fin de la première mi-temps, et la sélection japonaise était menée de trois buts.
Une main s'abattit avec une dureté maîtrisé sur son épaule. Le jeune homme croisa alors le regard d'Axel.
- Ne t'en fais pas, ce n'est qu'une question de temps avant qu'Éric ne reprenne sa place sur le terrain.
Le défenseur suivit son regard : leur ami américain souriait grandement, mais Nathan perçu avec évidence la tension qui parcourait son corps. S'il continuait de jouer comme cela, il n'allait pas tarder à imploser.
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Alors que les joueurs regagnaient leur vestiaire, à la fin de la première mi-temps, Axel rattrapa Éric juste avant que ce-dernier ne pénètre dans la pièce. D'un ton qu'il voulait ferme, il lui demanda de le rejoindre quelques minutes avant le début du match, afin de l'entretenir d'une affaire urgente.
C'était la raison pour laquelle, l'américano-japonais attendait tranquillement dans le grand hall du stade, qu'Axel se montre.
A sa plus grande surprise, c'est avec Miya qu'il arriva. Éric fronça de sourcils. A sa connaissance, c'était avec la blonde caractérielle qu'il avait aperçue lors des soirées précédentes qu'Axel entretenait une relation.
D'autant plus qu'il connaissait un petit peu Miya, pour l'avoir fréquenté l'été où il avait passé quelques semaines au Japon car elle sortait alors avec Jude. Le jeune homme avait d'ailleurs été attristé d'apprendre leur rupture, car il avait toujours trouvé qu'il formait un très joli couple.
Il n'eut cependant pas le temps de s'attarder davantage car les deux jeunes gens arrivaient à sa hauteur. Sans rien dire, Axel lui tendit son téléphone où la photo d'un homme était affichée.
- Qui est-ce ?
- Cet homme s'appelle Antonio Spelleni, lui apprit son ami, il est impliqué dans des affaires d'achat d'arbitre, notamment en faveur de la fédération sud-coréenne.
A la mention de la sélection coréenne, le jeune homme se renfrogna. Il ne digérait pas cette défaite absurde au début du mondial, qui n'avait absolument pas été révélateur du niveau de jeu des deux équipes.
Finalement, apprendre que le problème venait de l'arbitrage, qu'il avait trouvé surnaturellement mauvais, l'apaisait presque. D'un signe de tête, il les invita à continuer.
- Nous avons mis au jour des preuves de sa culpabilité mais ce dernier s'est sûrement enfuit, les rendant absolument inutiles. Nous avons des difficultés à le localiser, lui expliqua Miya
- Et que puis-je donc faire pour vous aider ?
- Nous avons retracé l'emploi du temps de Spelleni les trois dernières semaines. Il n'a assisté qu'à des rencontres se déroulant aux Etats-Unis, et n'a donné aucun signe de vie dans ses résidences et ses entreprises éparpillées à travers le monde. Nous avons besoin que la fédération américaine parvienne à le localiser…
Le jeune les interrogea du regard, étonné. S'il comprenait bien, personne n'avait été en mesure de savoir où cet homme se trouvait, comment la fédération américaine l'aurait-elle pu ? Axel, comprenant où voulait en venir son ami, ajouta :
- Selon le père d'Emi, seule la fédération américaine n'a pas reçu de pression de la part de Spelleni. Il ne s'inquiétera donc pas que cette dernière veuille le contacter pour traiter d'affaires urgentes, après tout, il est un membre de la fédération international.
- Vous croyez vraiment que ça peut marcher ?
Le blond avait parfaitement conscience que ce plan était un peu bancal, mais parfois les choses simples étaient les meilleures. Il adressa un sourire narquois à son ami.
- Pourquoi pas ? Après tout, je ne pensais pas que tu étais capable de rester aussi longtemps dans l'ombre.
Éric lui sourit largement, comprenant parfaitement de quoi son ami parlait. D'un signe de tête, il lui promit d'en parler rapidement à son entraîneur, qui transmettrait le message à sa fédération.
