L'arrestation d'Antonio Spelleni faisait la une des journaux.
Sur tous les écrans – ordinateurs, télévisons, téléphones portables – son nom s'affichait en grand. Malgré tous les efforts que faisait Miya pour ne pas se laisser submerger par la satisfaction, elle ne pouvait s'empêcher de sourire en voyant la mine profondément dépitée du criminel.
Les choses avaient été rapides. A peine une heure après avoir remis la clé USB aux forces de police, la presse s'était emparé de l'affaire, répandant partout dans le monde la nouvelle, selon laquelle, un homme d'affaire membre de la fédération international de football était à la tête d'un vaste réseau d'arnaque.
Dans un premier temps, cette même institution avait tenté de démentir, mais il y avait tant de fédération national qui avait témoigné contre Antonio Spelleni qu'il s'était rapidement rétracter, cessant de soutenir le personnage.
L'ancien directeur de la Royal Academy avait été interpellé, alors même qu'il quittait les bureaux de Fédération de football américaine. Son visage surpris et énervé était diffusait en boucle sur les chaînes d'informations en continu.
Bien que pour le moment, tous ses complices n'aient pas encore été arrêté, la jeune fille était particulièrement fière de leur coup.
Assise à l'une des tables de la salle de réunion de l'hôtel, Miya fixait avec compassion les joueurs qui venaient de l'apprendre. Paolo et Nelly avaient expliqué, avec plus de patiente qu'il n'en fallait, tout ce qui s'était déroulé depuis le début du mondial : l'élimination surprise de la Chine par la Corée du Sud, le fait qu'Axel avait à plusieurs reprises surpris Miya et Paolo en discuter, l'achat de l'arbitre lors du match contre cette même sélection coréenne, mais également lors de d'autres rencontres, l'aide indispensable de Giuliano Vespussi, d'Emi et de son père, ainsi que des différentes fédérations.
Tous avaient été soulagé d'apprendre que le match contre la France avait été son dernier acte criminel, et étaient heureux de savoir que la finale se jouerait de manière juste et équitable.
Bien évidemment, Inazuma Japon n'ignorait pas qu'Antonio Spelleni était l'ancien directeur de la Royal Academy. Jude et les autres n'avaient pourtant pas était surpris outre mesure.
- Décidément, s'exclama Caleb, ils étaient tous corrompus dans ce collège !
Tous confirmèrent d'un signe de tête, peu prompte à s'appesantir sur le sujet. C'est finalement Nathan, qui posa la question qui brûlait les lèvres de tous.
- En ce qui concerne les matchs dont on a la preuve qu'ils ont été achetés, est-ce qu'il va se passer quelque chose ?
Tous les regards convergèrent vers Nelly qui, assise sur l'estrade, était occupée à réconforter un Marc profondément attristé. Miya soupira longuement. Le jeune homme ne se remettait pas de cette victoire contre la sélection française, à croire qu'il aurait préféré perdre le match. La rousse se releva et balaya l'assemblée du regard.
- D'après la commission d'enquête et le chef de la brigade criminel, il y a peu de chance que l'on puisse réparer les dommages subis par les différentes équipes. Il leur semble compliqué de réorganiser la compétition de manière à ce qu'elle soit juste donc le classement ne devrait sans doute pas bouger.
- Cela signifie que notre victoire contre la France n'est pas remise en question ? Interrogea Heath afin d'être sûr.
- Vraisemblablement non, ils ont trop peu de temps pour le faire, la finale a lieu la semaine prochaine. L'enquête ne sera pas terminée avant l'année prochaine.
Miya ne savait pas vraiment si c'était un soulagement ou non. Marc était peut-être le plus affecté, mais elle ne doutait pas que la totalité des joueurs de l'équipe ne vivait pas forcément bien cette qualification non plus.
Ils étaient juste un petit peu plus réaliste. S'ils avaient déclaré forfait, la France ne se serait pas qualifié non plus de manière juste et équitable. Il avait fallu faire un choix entre la peste et le choléra. Ils n'aimaient pas avoir choisi la peste, mais ils ne regrettaient pas non plus le choléra.
Du côté de Jude et Miya
Maintenant que tous avaient appris la vérité, il restait une dernière chose à faire pour Miya.
Immobile, devant la porte de la chambre de Jude, la jeune fille essayait de mettre de l'ordre dans ses pensées. Bien qu'elle ait hâte de tout lui dire, le fait est que c'était plus compliqué qu'il n'y paraissait.
Elle connaissait parfaitement le jeune homme et elle savait qu'il supportait déjà mal le fait d'avoir été éloigné de leurs manigances, alors même qu'Axel y avait participé.
Jude aimait tout savoir et tout contrôlé, ainsi, être tenu autant de temps dans l'ignorance avait de quoi agacer.
Elle savait également qu'il lui en voudrait de ne pas s'être battu un petit peu plus en ce qui concernait leur couple, et même si la jeune fille savait qu'elle n'avait pas fait un mauvais choix, elle se demandait de plus en plus, si elle avait fait le meilleur.
Fébrile, elle frappa doucement à la porte. Tellement doucement, qu'elle se demanda même si le jeune homme à l'intérieur de la pièce avait pu l'entendre.
Constatant qu'on ne l'invitait toujours pas entrer, la jeune fille réitéra son geste, cette fois avec plus de force. Elle entendit des pas, et bientôt, le visage de Jude se présenta devant elle. L'accueil, loin d'être glaciale, ne fut pourtant pas très joyeux.
- Oh, c'est toi !
Miya se balança de gauche à droite sur ses deux pieds, intimidée. Même lorsqu'elle l'avait revue, à son retour d'Allemagne, elle ne s'était pas sentit aussi mal.
Maladroitement, elle lui demanda si elle pouvait entrer pour lui parler. Chose que le stratège accepta d'un hochement de tête, avant de s'effacer pour la laisser pénétrer à l'intérieur de la pièce. Miya pris place sur la chaise de bureau, alors que le jeune homme se calait contre le mur, assis sur son lit.
Un silence pesant s'installa alors, la brune ne se décidant pas à parler. Après quelques minutes, Jude finit par le rompre.
- Qu'est-ce que tu veux Miya ?
La jeune fille déglutit et se redressa pour le regarder dans les yeux. Puis finalement, après avoir croisé son regard, elle se dégonfla, et jugea préférable de garder les yeux résolument tourné vers la corbeille à papier.
- I-Il y a autre chose que tu dois savoir concernant Antonio Spelleni…
Du coin de l'œil, elle vit Jude se redresser. Puis, il se mit à rire sarcastiquement.
- Dis-moi, l'encouragea-t-il, à ce stade, je ne serais plus surpris de rien.
- Il m'a fait chanter !
Le jeune homme fut pourtant surpris.
Il détailla la brune avec attention, réfléchissant à ce qu'aurais bien put être ce chantage. Et puis il sut. Jude Sharp était intelligent, et il n'avait pas été compliqué de faire le lien entre cette information et le comportement distant mais amical de la jeune fille.
Il avait toujours eu le sentiment qu'elle ne lui disait pas ce qu'elle pensait vraiment, et maintenant il comprenait pourquoi.
- Pourquoi ferait-il une chose pareille ?
- Il semble qu'il n'ait pas supporter que toi et tes amis brisiez tous ses plans de conquêtes lorsque vous étiez à la Royal Academy. Il voulait vous affaiblir afin de briser vos rêves à vous aussi. Il a saboté les tests de Caleb, et qui sait ce qu'il aurait pu faire à David et Joe !
- On en revient toujours à la Royal Academy…
Miya se tut, prenant le temps de détaillé le jeune homme. Il ne semblait pas particulièrement attristé ou en colère, il encaissait juste les choses. A croire qu'elle lui avait simplement annoncé qu'il n'y avait plus de riz pour le dîner.
Mais Jude avait toujours été comme ça : presque insensible. Presque parce qu'il lui arrivait quelque fois de montrer à quel point quelque chose pouvait le toucher. Cette insensibilité apparente était comme une carapace qui se heurtait aux gens qu'il aimait : Célia en avait fait l'expérience la première, puis ses camarades de la Royal Academy, et Miya à plusieurs reprises.
Et puis soudain, sans que la brune ne s'y attende, Jude releva la tête vers elle, et lui offrit un de ses plus beaux rictus moqueurs. Son cœur rata un battement.
- Tu te souviens de ce que je t'ai dit la dernière fois dans la cuisine ?
Incapable de parler, Miya hocha la tête pour le lui confirmer.
- Dans ce cas-là, oublie. Remettons-nous ensemble dès maintenant.
- C'est une question ?
- Comme si j'avais besoin de te demander ton avis, je suis sûr que tu es venu ici pour m'entendre dire ça.
La jeune fille n'y avait pas forcément pensé, mais entendre Jude le dire, lui fit remarquer qu'il n'avait peut-être pas tort. Elle fit alors la chose qui lui parut la plus sensée du monde à ce moment-là : elle se leva et se précipita dans l'étreinte chaleureuse que lui proposait le stratège japonais.
Match Allemagne/Italie
Giuliano avait un mauvais pressentiment. Pourtant, il ne s'était rien passé de particulièrement anormal ces derniers jours. Ses coéquipiers et lui s'étaient entraînés avec acharnement comme ils le faisaient toujours, ils avaient passé du temps à analyser les derniers matchs des Aigles afin de comprendre mieux leur façon de jouer, et avaient méticuleusement préparé un plan d'action.
Il avait beau se répéter le déroulé de ses journées avec précisions, il ne parvenait pas à trouver l'élément perturbateur. Mais il sentait au plus profond de lui-même qu'il y en avait un.
Ce sentiment se renforça après qu'il ait vu Miya. La jeune fille et toute l'équipe d'Inazuma Japon avaient prévus d'assister à la rencontre. Et un peu plus tôt dans l'après-midi, la jeune fille était venue le trouver au stade où il était déjà présent. Elle voulait, personnellement, l'encourager et le motiver pour ce match.
- Je me doute bien que c'est un moment difficile à passer pour toi, le réconforta-t-elle en le prenant dans ses bras, mais au moins tu es libre de jouer ce match sans avoir à te soucier d'un quelconque problème d'arbitrage.
Il lui avait offert un large sourire, afin de lui prouver là qu'il n'était pas affecté plus que de raison par l'arrestation de son oncle. La jeune fille lui renvoya un regard compatissant, lui signifiant qu'elle n'était pas dupe.
L'italien soupira longuement.
- Je t'assure que je vais bien Miya, j'ai un match important à jouer, je serai triste plus tard.
- C'est ce que je voulais entendre ! Fais-en sorte de gagner ce match, c'est le seul match où je t'encouragerai.
Elle ponctua sa phrase d'un petit rire avant de s'éclipser, laissant le jeune homme seul face à ses sentiments contradictoires. Miya lui avait assuré qu'il n'y aurait aucun problème, mais lui était persuadé du contraire.
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Aïden mangeait un sandwich au jambon, qu'Emi jugea bien trop imbibé de mayonnaise. Le regard de dégoût qu'elle porta sur lui, ne lui fit n'y chaud ni froid, et il continua à parler la bouche pleine. La jeune fille se demandait vraiment ce que Célia pouvait bien lui trouver.
- Je te signale que tu joues dans une heure, comment tu parviens à avaler une horreur pareille ?
- Tu devrais goûter avant de critiquer !
A leurs côtés, Andreas se mit à rire, prenant le parti de son meilleur ami.
- C'est son rituel avant un match.
- Depuis quand ? Interrogea la blonde surprise
- Depuis le début du FFI, lui répondit Aïden en avalant une énième bouchée de son sandwich.
Cette fois, Emi ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel en soupirant. Aïden était vraiment une énigme pour elle. Elle détourna le regard de son ami, pour se concentrer sur Andreas, bien plus présentable.
- Enfin, je suis simplement venu vous encourager avant le début du match, je vais aller rejoindre les autres. Vous n'avez pas intérêt à perdre, je ne supporterai pas que ce soit le petit-copain de ma cousine qui aille en finale.
- Ce n'est pas le frère à Célia son petit-copain ? S'étonna Aïden en revenant vers eux, après avoir jeté le sachet de so encas
- Oh, c'est compliqué, je ne la comprends pas très bien…
- Tu n'as pas à t'inquiéter, on compte battre les deux de toute façon, se mit à rire le jeune homme alors qu'Andreas se joignait à lui.
Emi ne tint pas compte de la remarque et offrit à chacun un baiser sur la joue en guise d'encouragement. C'était ce qu'elle faisait quand ils n'étaient encore qu'au primaire, et Andreas avait toujours assuré que c'était un porte-bonheur.
- Profitez-en, la semaine prochaine vous n'en aurez pas !
Et sur cette phrase, elle les quitta, allant rejoindre ses amis qui l'attendaient en tribune.
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Cela faisait presque vingt minutes que le match avait commençait et Miya ne pouvait pas s'empêcher d'être absolument admirative de jeu des italiens.
Même Emi, pourtant la première supportrice de la sélection allemande, semblait emballée. Paolo, assis à côté d'elle, regardait le match avec intérêt, analysant leur geste et leurs mouvements. La brune voyait bien à quel point il était déçu de ne pas être des leurs.
- Ils n'ont vraiment pas besoin de moi, soupira-t-il, regardez comme leur technique est époustouflante.
- Ne dis pas de bêtise, s'insurgea Marc à côté de lui, il n'y en a aucun qui t'arrives à la cheville.
Miya ne partageait pas vraiment son avis, mais elle ne l'aurait jamais avoué. Paolo était un joueur excellent, mais il lui semblait que tous les joueurs italiens avaient un talent fou. Même Giuliano, qui était pourtant un second choix, était incroyable. Il était d'ailleurs à l'origine du premier but des italiens.
Les allemands se faisaient balader, ils étaient incapables de suivre les mouvements de leurs adversaires. Andreas avait à peine toucher le ballon tant il était difficile aux milieux de terrains de conserver le ballon suffisamment longtemps pour le lui passer.
Quant au gardien de but, il n'avait pas encore eu l'opportunité de souffler, tant les assauts étaient répétitifs. Finalement, c'était peut-être lui le meilleur joueur allemand sur le terrain, car il avait arrêté tant de tir si incroyable.
- Bon, voilà l'équipe que nous affronterons en finale, conclut Nelly quelques minutes plus tard alors que Raffaele Generani marquait un second but.
- Le match n'est pas terminé, siffla Emi entre ses dents
La rousse ne releva pas le remarque. Elle avait cerné la jeune fille, et elle se doutait bien que si elle rajoutait quoique ce soit, la blonde n'hésiterait pas à faire un scandale, tant bien même elles étaient dans un lieu public.
De son côté, Axel prit la main de blonde et confirma d'un signe de tête les propos d'Emi. Il était persuadé, tout comme Jude et Heath, qu'ils n'étaient pas au bout de leur surprise.
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Après avoir mis en touche le ballon, empêchant aux italiens d'entamer une énième contre-attaque, Andreas prit une grande respiration afin de réguler son souffle.
Il avait l'impression de courir pour rien, car jamais un seul ballon n'arrivait dans ses pieds. Il lui suffit d'un seul regard sur le terrain, pour constater que ses amis étaient dans le même état de fatigue que lui. Quel était le secret des italiens pour paraître si frais même après une demi-heure aussi intense ?
Son regard se porta sur Giuliano Vespussi. Il avait entendu parlé de lui à de multiples reprises, et ce, bien avant même qu'Emi ne lui apprenne qu'il connaissait sa cousine.
Tout le monde avait jasé sur lui pendant des semaines : il avait détrôné Paolo Bianchi parce son beau-père était le président de la fédération italienne. Aujourd'hui, Andreas commençait à en douter.
Il n'y avait pas à discuter longtemps avant de reconnaître que le jeune homme était un excellent joueur. Il ne lésinait pas sur ses efforts, aussi bien en attaque qu'en défense, et était réellement motivé. C'était même l'un des seuls qui semblait véritablement s'amuser.
L'attaquant allemand avait mal à la tête tant il avait des difficultés à respirer. Aïden vint le trouver, dans le même état.
- Je te propose qu'on frappe accidentellement dans la cheville de Vespussi, avant de nous concentrer sur Generani, c'est notre seule chance !
Andreas esquissa un sourire amusé. Même dans des moments pareils, son meilleur ami trouvait le moyen de blaguer. Bien que le jeune homme devine, qu'au fond, il y pensait un peu.
Il eut un sursaut d'énergie insoupçonné, qui lui permit de pousser gentiment Aïden, afin qu'il retourne se placer à sa position.
- Ils ne tiendront pas tout le match à un tel niveau, tenta-t-il de le rassurer, c'est nous qui mèneront le jeu pendant la seconde mi-temps.
Il ne savait pas si ses paroles avaient eu un quelconque effet sur le milieu de terrain, mais elles en eurent sur lui.
Andreas avait l'habitude d'être foncièrement optimiste. Beaucoup considéré cela comme un excès de zèle ou une prédisposition à l'égocentrisme, mais il n'en était rien. Le jeune homme avait un bon instinct, et même dans cette situation, presque catastrophique, il ne pouvait s'empêcher de lui faire confiance.
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Giuliano regagna son vestiaire, pleinement satisfait de cette première mi-temps.
Ce mauvais pressentiment qui lui avait noué le ventre avant le début de la partie avait disparu, et il était bien plus concentré maintenant. Il n'avait plus aucun doute quant à l'issus du match, et il avait hâte de pouvoir affronter Inazuma Japon en finale.
En s'essayant, épuisé, à la place qui lui était assignée, le jeune homme fut surpris de voir son beau-père pénétrait dans la pièce.
Il ne venait jamais, se contentant de regarder le match depuis la tribune présidentielle. Plus surprenant encore, leur coach se replia complètement derrière lui, lui laissant toute la lumière.
A la vitesse de l'éclair, un nœud se forma de nouveau dans son bas ventre, les sentiments négatifs affluant de nouveau vers lui. Ce n'était pas normal, quelque chose n'allait pas.
- Generani, Grazioso et Oconti vont être remplacés.
Giuliano se redressa incrédule. Ses trois coéquipiers étaient en train de faire leur meilleur match depuis le début du mondial, c'était complétement insensé.
Et puis, de quel droit son beau-père se permettait-il de prendre de telles décisions ? Il n'était pas le coach.
Alors que les trois joueurs protestaient vivement, Adriano Taglioni annonça les joueurs qui les remplaceraient. C'était étonnant, car ces derniers n'étaient alors encore jamais rentrés sur le terrain.
La lumière se fit alors dans l'esprit du blond, il venait de faire le lien entre les noms de joueurs nommés et ceux qui étaient inscrits sur les relevés de comptes de son oncle. Alors qu'il balayait des yeux le vestiaire, se remémorant qui serait sur le terrain, il fut pris de nausée : à l'exception de lui, tous avaient reçu de l'argent de la part de la fédération italienne.
Le jeune homme déglutit, attendant avec appréhension la suite des consignes que donneraient son beau-père.
- Les applications de paris ont fermé les mises sur ce match. Notre équipe est donné vainqueur par presque 80% des utilisateurs. Vous devez maintenant perdre ce match.
Giuliano ouvrit des grands yeux, profondément choqué, alors que Raffaele bondissait de son siège, insultant copieusement Adriano Taglioni dans son dialecte d'origine.
Le jeune homme comprenait maintenant que son oncle et son beau-père avaient œuvré de concert. Il se sentait trahit par les deux figures paternelles qu'il avait tant estimé.
D'abord son oncle, qui, il n'en doutait pas, était à l'initiative d'un tel projet puis son beau-père qui, il l'avait cru, lui avait donné une chance de montrer ce qu'il valait. Sûrement ces deux-là avaient-ils cru qu'il marcherait facilement dans leur combine après avoir tout appris. Le jeune homme ne put s'empêcher de se demander si ça aurait été le cas s'il n'avait pas rencontré Miya.
Alors que les gardes du corps d'Adriano Taglioni pénétraient dans le vestiaire, pour faire sortir de force un Raffaele incapable de se calmer, Giuliano se leva à la hâte.
Son cher oncle et son si dévoué beau-père avait établi un plan de génie mais il y avait pourtant une fausse note dissonante dans leur partition : lui-même.
Giuliano Vespussi refusait de perdre ce match, et il comptait bien mettre leur plan en déroute.
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La première chose que remarqua Paolo, quand les deux équipes entrèrent sur le terrain, c'est que ses trois amis – les seuls anciens joueurs qui avaient été sélectionné – n'étaient plus, ni sur le terrain, ni sur le banc. Une bouffée d'angoisse l'envahit progressivement.
Ce n'était pas normal.
Ce sentiment de malaise se renforça à mesure que les minutes défilaient. La sélection italienne ne jouait pas comme en première mi-temps.
Ils étaient moins énergiques, leurs mouvements étaient moins précis, moins vifs et rapides. A plusieurs reprises, ils perdirent bêtement le ballon, la faute à une mauvaise lecture de jeu. Après un quart d'heure, lorsqu'Andreas Carter marqua le premier but allemand de la partie, Paolo n'y tint plus et interrogea Jude.
- Dis-moi que je ne suis pas le seul à voir clair dans leur jeu !
Le stratège japonais le dévisagea un instant. Et Paolo se souvint soudainement qu'il n'avait pas parlé à Jude depuis bien trop longtemps. Il cru que ce dernier aller l'ignorer, mais il ne le fit pas.
- Il faut croire que les joueurs italiens savent tout faire, y compris faire semblant de plus savoir jouer.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? L'interrogea Miya qui se penchait vers lui.
Jude montra du doigt l'action qui était en train de se produire. Le milieu de terrain Italien, Valentino Salviati, venait de passer le ballon à son attaquant, Guglielmo Boccone qui le rata malencontreusement, le laissant sortir en touche.
- Il vient de faire exprès de laisser sortir le ballon. C'est bête, mais il a ralenti sa course alors même que son coéquipier lui faisait la passe. En temps normal, il aurait dû accélérer.
- Pourquoi font-ils ça ? Interrogea Marc qui avait suivi la discussion, c'est complètement insensé !
- Il se passe quelque chose, murmura la brune, et je pense que Giuliano sait exactement quoi.
Tous les regards convergèrent alors vers le blond. Ce dernier multipliait les allers retours entre la défense et l'attaque. C'était le seul qui ne semblait pas être à côté de la plaque. Il taclait véritablement, récupéré le ballon et faisait toujours en sorte de le garder. Malheureusement, il ne pouvait pas jouer tout seul, et chacune de ses tentatives pour aller au but se solda par un échec.
- Il ne passe plus le ballon à ses coéquipiers, murmura Axel, il n'a plus confiance en eux.
Ses paroles firent sens quelques minutes plus tard, lorsque Giuliano parvient à récupérer le ballon au pied d'un des défenseurs allemands.
Rapide, il se précipita vers le but, dribblant tour à tour, ses adversaires. Il se retrouva enfin face au gardien allemand.
Il laissa le ballon rouler doucement sous ses jambes, avant de poser un pied dessus puis il frappa fortement ce dernier du talon, déclenchant un immense jet de lave qui les emporta vers le ciel.
Alors que le ballon était petit à petit engloutit par la lave en fusion, le jeune homme le frappa fortement, laissant ce dernier filer vers le but allemand en laissant une traînée de cendre derrière lui.
- C'est l'Eruption du Vésuve, Raffaele m'en avait parlé. Cette super-technique est magnifique.
Malheureusement, le ballon n'atteint jamais le fond des filets.
Valentino Salviati s'était jeté sur sa trajectoire et avait reçu ce dernier de pleins fouet. Dans un silence d'horreur, il s'effondra lamentablement au sol, tandis que le ballon était dévié et achevait sa course près du banc allemand. Un frisson d'effroi parcouru l'échine de Miya.
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Andreas n'avait absolument pas compris ce qui venait de se passer. Pourquoi le milieu de terrain italien avait-il fait ça ?
Il avait cru, depuis le début de la seconde mi-temps, que ses adversaires étaient fatigués et qu'ils se relâchaient. Mais il commençait à en douter. Ce geste n'était pas anodin.
Alors que l'équipe médicale se précipitait vers Salviati qui gisait au sol, inconscient, l'attaquant allemand se concentra sur Giuliano Vespussi. Ce dernier ne paraissait pas particulièrement abattu par la situation de son coéquipier, mais plutôt immensément frustré.
A croire que s'il avait marqué, même en entraînant Salviati à la suite du ballon, dans les filets, il aurait été plus satisfait.
- Salviati a de la chance, il s'en sortira avec simplement quelques membres cassés, lui apprit Aïden en arrivant du petit attroupement qui s'était formé autour de l'italien.
Andreas hocha la tête pour le remercier de ses informations. Avant de se reconcentrer sur l'attaquant qui tournait en rond et dont il voyait presque la fumée s'échapper de ses oreilles.
Pris d'une pulsion, il se dirigea vers lui, sous le regard surpris de son meilleur ami. Ce dernier le suivit, agrippant son bras afin de l'en dissuader. Pour autant, Andreas se planta tout de même devant Giuliano.
- Dis-moi, il me semble que tu es une pièce rapportée dans cette équipe, alors pourquoi est-ce que tu le seul qui continu de jouer comme si ta vie en dépendait ?
A côté de lui, Aïden se frappa fortement la tête. Il ne supportait pas quand Andreas jouait au petit provocateur des bacs à sable. De plus, vu la manière dont l'attaquant italien frappait dans le ballon, il craignait que son meilleur ami se retrouve rapidement dans le même état que ce pauvre Salviati – qui était toujours au sol soit dite en passant.
Mais étonnamment, Giuliano lui rendit son sourire, et passa un bras derrière ses épaules, paresseusement. A croire qu'être ici était vraiment ennuyant.
- Oh, c'est juste que je n'ai pas vraiment envie que toi et tes coéquipiers vous retrouviez en finale sans l'avoir mérité, alors j'essaie de donner le change.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? S'étonna Andreas en fronçant des sourcils, en ce moment même c'est vous qui êtes en finale.
Mais l'italien ne lui répondit pas, et s'éloigna en haussant les épaules, vers son coach qui lui hurlait après depuis presque cinq minutes. Aïden qui avait assisté à l'échange avec curiosité lança un son meilleur ami un regard pleins d'interrogations.
- Qu'est-ce qu'il voulait dire par là ?
Andreas lui sourit avec confiance.
- Je ne sais pas exactement ce qui se passe, mais il semble que toute la sélection italienne, à l'exception de Vespussi, souhaite que nous gagnions le match.
Peut-être était-ce un trait de caractère qui serait plus proche du défaut que de la qualité, mais Andreas Carter n'était pas Marc Evans.
Lors du match contre la France, il l'avait trouvé complétement idiot, lorsqu'il avait annoncé vouloir déclarer forfait. Lui, ne ferait pas une chose aussi stupide.
Il allait gagner ce match. D'abord parce qu'il voulait aller en finale. Et ensuite, parce que s'il n'avait pas l'intégrité de Marc Evans, il était au moins profondément généreux.
Il allait donc donner aux italiens, exactement ce qu'ils voulaient.
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Miya avait observé avec tristesse Giuliano quittait le terrain après que son coach ait procédé à un changement.
Dès lors, le match pris une tournure tout à fait improbable.
Les joueurs italiens ne prirent même plus la peine d'essayer de faire passer leurs mauvaises passes et leurs mauvais tacles pour des erreurs ou des fautes d'inattentions. Et en même temps, la sélection allemande pris la tête du match.
Après presque dix minutes, ils égalisèrent grâce à une réalisation magnifique d'Aïden Mandel.
Malgré tout, il ne célébra pas ce but, et se contenta d'aller frapper dans la main de son meilleur ami, parfaitement conscient que le gardien italien n'avait même pas tenté de l'arrêter.
La brune observa sa cousine, assise quelques sièges devant elle à côté d'Axel. Cette dernière, même si elle avait esquissé un sourire, ne semblait pas spécialement heureuse non plus. Elle avait parfaitement compris ce qui se passait également.
A quelques minutes de la fin, les Aigles marquaient leur quatrième but, après une magnifique réalisation d'Andreas Carter. Sans un mot, Emi se leva et quitta les tribunes, sûrement dans l'optique de rejoindre ses amis. Célia la suivit à son tour sous le regard surpris de son frère. Mais ce dernier ne dit rien.
Lorsque l'arbitre siffla la fin du match, Miya et Paolo échangèrent un regard profondément peiné.
La jeune fille avait la désagréable sensation, que malgré son arrestation de ce matin, Antonio Spelleni avait gagné. La finale du Football Frontière International opposerait deux équipes qu'il avait lui-même choisi.
