Célia Hills n'avait jamais été amoureuse.
Evidemment, elle avait eu de nombreux béguins au cours de son enfance et au début de son adolescence. Le premier avait été un garçon de son école primaire qu'il l'avait aidé à regagner sa maison à la suite d'un accident de roller. Elle avait été incapable de lui révéler les sentiments qu'elle avait pour lui, et au bout du compte, il ne s'était plus revue lorsqu'elle avait fait son entrée au collège.
Ensuite, elle avait été forcée d'avouer à Sylvia Woods qu'elle avait un réel coup de cœur pour Darren Lachance. Finalement, elle était persuadée que ça n'avait été un secret pour personne, car même son frère l'avait à plusieurs reprises taquiner à ce sujet. Peut-être que Darren aurait pu être son premier petit-ami, si ce dernier n'était pas si timide.
Mais qu'importe à quel point Célia Hills avait pu aimer ces premières amourettes, rien n'était à la hauteur de ce qu'elle ressentait pour Aïden Mandel.
Elle était incapable d'expliquer pourquoi elle l'appréciait autant, et ne comprenait pas comment celui-ci avait si rapidement gagné son cœur.
Elle était juste certaine d'une chose : elle ne voulait pas qu'à la fin du mondial, leur relation – si elle pouvait appeler cela comme ça – s'arrête également.
- Arrête de baver sur lui, Célia ! C'est notre adversaire je te rappelle.
La journaliste sortit violemment de ses pensées, alors que Nelly la réprimandait. Elle secoua nerveusement la tête, et sans un regard envers son amie, se reconcentra sur le match. Cela faisait presque vingt-cinq minutes que le match avait commencé, et la sélection japonaise menait d'un but à zéro.
La jeune fille se força à détacher son regard d'Aïden qui perdait le ballon, après que Nathan l'ait agilement taclé. Elle ignora donc la violente embardée que fit son cœur lorsque le jeune homme cria – plus de surprise que de douleur – avant de se laisser tomber au sol.
Au contraire, elle fixa son regard sur son frère, qui venait de récupérer le ballon, et qui s'éloignait maintenant en direction du milieu de terrain, accompagné de Xavier et Heath. Les trois milieux de terrains japonais étaient justement en train de chercher une solution afin de donner le ballon à Axel ou Elliot.
Malheureusement, alors que Xavier s'apprêtait à faire la passe à Axel, un défenseur allemand intercepta le ballon qu'il renvoya immédiatement à ses coéquipiers. Steeve Phillips, un des grands espoirs du football allemand, freina aussitôt le rythme rapide qu'Inazuma Japon avait tenté d'installer depuis le début du match. Il était parfaitement conscient qu'à ce rythme, ses amis ne tiendraient pas sur la durée.
Alors qu'il plaçait le jeu, Célia ne put empêcher son regard de vagabonder sur Aïden, qui trottinait tranquillement dans son couloir, attendant le moment opportun pour demander le ballon.
Malheureusement, ce dernier était fortement marqué par Jude, qui ne semblait pas vouloir lui laisser une minute de répit. Le stratège avait, en effet, parfaitement compris le danger que pouvait représenter Aïden Mandel.
A force d'acharnement, alors que le ballon avait tourné entre les pieds de ses coéquipiers, Aïden parvint enfin à le récupérer. Il avait largement dépassé Jude, et dribblait maintenant avec agilité Nathan et Jack. Il ne se laissa pas avoir une nouvelle fois par le tacle du défenseur japonais, et se retrouva bien vite dans la surface de réparation japonaise.
Alors qu'il se retrouvait seul face à Marc, Aïden jongla rapidement avec le ballon. Bientôt, ce dernier se multiplia, et tous devinrent des petites flammes qui se précipitèrent vers le capitaine japonais, quand le jeune homme frappa puissamment dedans. Alors que les flammes se mirent à danser autour de Marc, un ballon enflammé se précipita sur lui.
Célia, comme tous les autres spectateurs, entendirent clairement Aïden hurler le nom de sa super-technique : le Feu Follet. Complétement surpris le gardien de but n'eut même pas le temps d'effectuer la sienne. Il encaissait son premier but, et les allemands égalisaient.
Bien malgré elle, la journaliste ne put retenir un sourire. Elle trouvait que cette technique allait parfaitement au jeune homme. Le feu follet était une manifestation lumineuse ressemblant fortement à une petite flamme. La jeune fille savait qu'en Europe, on l'attribuait bien souvent à la manifestation d'esprit malin, qui s'éloignait en ricanant lorsqu'on les embêtait un petit peu trop.
Elle observa Aïden retourner dans sa moitié de terrain, le sourire aux lèvres.
Jusqu'à présent, elle n'avait pas compris comment Emi pouvait à ce point désirer que la sélection japonaise remporte ce match, alors même que ses amis d'enfances jouaient dans l'équipe adversaire. Mais elle commençait à comprendre.
Il y avait une petite part, toute petite part d'elle-même, qui commençait à imaginer que l'Allemagne puisse gagner ce match. Alors que Nelly lui lançait un nouveau regard froid, lui signifiant qu'elle s'égarait de nouveau, Célia tenta tant bien que mal d'étouffer la petite voix, qui dans sa tête, lui murmurait que peu importe qui gagnerait ce match, elle serait contente quand même.
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Sur le terrain, la tension était à son maximum. Les deux équipes étaient déterminée à gagner ce match, et la chaleur étouffante qui régnait dans le stade n'arrangeait rien. Les émotions des jours étaient exacerbées.
Jude avait toujours trouvé étonnant que les médias sportifs et l'opinion public ne parlent que d'Andreas Carter.
Certes, l'attaquant était un très bon joueur. Il était très complet techniquement et parfaitement régulier. Il était le recru idéal pour une équipe qui avait la nécessité de renforcer son secteur offensif.
Pour autant, il était persuadé qu'il n'était pas l'élément le plus dangereux de la sélection allemande. Par exemple, Steeve Phillips était un milieu de terrain de génie, qui évoluait dans un grand club français depuis quelques années, et qui savait adapter le jeu de son équipe à celui de l'adversaire.
Alexis Dinkleman, l'autre attaquant vedette des Aigles connaissait les particularités du football asiatique puisqu'il évoluait dans un club chinois depuis son plus jeune âge, et n'hésitait pas à jouer de la tête.
Mais le plus grand danger, était aux yeux de Jude, Aïden Mandel.
Le stratège avait mené sa petite enquête. Le milieu de terrain allemand était bourré de talent, mais il n'avait clairement pas pris le temps, enfant, de travailler aussi dur qu'il était nécessaire.
C'était sûrement la raison pour laquelle il n'y avait qu'à son frère jumeau, Pierre, que l'on avait proposé une place dans un centre de formation renommée. Quoi qu'il en soit, ça avait été un véritable électrochoc pour le jeune homme, qui s'était mis à s'entraîner avec plus de sérieux.
Depuis le début du mondial, Jude avait pu constater qu'il était de plus en plus fort, surpassant même parfois son meilleur ami. C'était la raison pour laquelle depuis le début du match, Jude Sharp ne laissait pas Aïden Mandel respirait.
Alors que l'allemand récupérait de nouveau le ballon, après une remise en jeu en leur faveur, le stratège japonais se précipita de nouveau sur lui. Aïden esquissa un petit sourire moqueur, alors qu'il tentait de feintait le japonais, sans succès.
- Dis-moi Sharp, tu sembles avoir un sacré problème avec moi, lui murmura-t-il, mes coéquipiers ne t'intéressent pas ?
Jude préféra l'ignorait, ne souhaitant absolument pas rentrer dans son jeu. Il savait parfaitement qu'il souhaitait le déconcentrer, et il se refusait à se laisser aller à ses provocations.
Agilement, Aïden s'échappa de sa prise, mais le milieu de terrain japonais était rapide, et il le rattrapa avant même qu'il n'atteigne de nouveau la surface de réparation. Coincé, l'allemand ne vit pas Nathan qui atteignait leur niveau, et qu'il le taclait avec propreté, récupérant le ballon.
Vifs, les deux joueurs japonais repartirent immédiatement à l'attaque, alors qu'Aïden Mandel se relevait, peu fière de s'être laissé avoir de nouveau. Jude ne fut pas surpris, de le voir, à peine quelques secondes plus tard, juste derrière lui, sur le point de le rattraper. Avant que cela ne soit fait, le stratège passa son ballon à Heath, qui partait à l'attaque, soutenu par Xavier.
- Tu n'es vraiment pas drôle, soupira Aïden en arrivant enfin à sa hauteur, tu ne nous as même pas laissé l'opportunité de nous amuser.
- Je suis heureux de voir toute l'importance que tu accordes à cette finale, lui sourit le japonais avec sarcasme.
- Tu ne dois vraiment pas m'aimer, répondit l'allemand en ignorant sa dernière remarque.
Sur ces mots, il s'éloigna en direction d'Elliot qui, le ballon entre ses pieds, arrivait à la surface de réparation allemande. Pour autant, ce dernier se heurta à la tactique défensive de Joseph Fishman. L'offensive japonaise ayant été mise en déroute, les Aigles repartirent instinctivement à l'attaque, menée par Steeve Phillips qui ralentissait de nouveau le jeu.
Ce dernier cherchait du regard Andreas Carter, qui peinait à se démarquer d'Acker. C'est la raison pour laquelle il passa de nouveau le ballon à Aïden.
Rapidement, Jude vint de nouveau lui bloquer le passage. Le japonais devait bien reconnaître à quel point son adversaire était bon techniquement. Il ne parvenait pas à prendre le dessus sur lui bien qu'il anticipait chacun de ses gestes. Il protégeait son ballon à merveille.
Mais Jude ne s'en inquiétait pas forcément. Il s'était parfaitement renseigné sur le joueur, et il savait qu'il n'allait pas tarder à révéler son pire défaut. Et il n'attendit pas longtemps, puisque quelques secondes plus tard, à bout de patience, Aïden Mandel explosa. Il voulut aller trop vite dans ses mouvements, désireux d'en finir avec Jude, mais il s'emmêla et trébucha.
Ses qualités n'étaient pourtant pas à remettre en question, puisqu'alors même que le japonais allait s'emparer du ballon, il parvint à se maintenir sur ses pieds, et à le conserver.
- C'est à cause de Célia que tu m'en veux autant ?
La remarque fit aussitôt lâcher prise à Jude, qui s'interrogea immédiatement sur la raison pour laquelle Aïden Mandel avait évoqué sa sœur. Depuis quand la connaissait-il ?
Ce petit instant fut pourtant fatale à l'ancien capitaine de la Royal Academy, le milieu allemand parvenant enfin à le semer et se dirigeant une nouvelle fois vers la surface de réparation japonaise.
En parallèle, Andreas Carter était venu à bout de son duel avec Acker, et il était maintenant seul dans la surface de réparation. Son meilleur ami lui passa le ballon, alors que l'attaquant sautait dans les airs, le ballon entre ses pieds.
Aussitôt, il le rejoignit tandis que le ballon tournait de plus en plus vite autour d'eux. Une douce musique emplit soudainement le terrain, comme si le ballon était en train de chanter. Jude ne savait pas si cela était lié à leur super-technique de tir, mais il commençait à avoir drôlement mal à la tête et sentait son corps chavirer. Il constata, d'un regard fatigué, qu'il semblait en être de même pour ses amis.
Finalement, alors que les deux attaquants japonais tiraient dans le ballon qui fonça droit sur Marc, il sembla à Jude qu'une bulle éclatait alors qu'il reprenait ses esprits. Andreas Carter et Aïden Mandel annonçait le nom de leur super-technique, Le Chant de Lorelei, tandis que Marc se voyait incapable de réagir étant donné qu'il retrouvait, lui aussi, toute sa tête.
Jude observa le milieu de terrain allemand regagnait sa partie de terrain, au moment même où l'arbitre sifflait la fin de la première mi-temps.
Qu'importe Célia pour le moment, ce n'était pas sa préoccupation première. Il devait d'abord se concentrer sur l'épine aiguisée qu'était Aïden Mandel et qui s'immisçait trop dangereusement sur le chemin de la victoire.
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Emi regarda sa montre et accéléra le pas en comprenant qu'il lui restait peu de temps, si elle voulait voir Axel avant le début de la seconde mi-temps. Bien qu'elle ne souhaitait pas le déranger et le déconcentrer au milieu d'un match aussi important, elle ne parvenait plus à garder son calme.
Le jeune homme agissait étrangement depuis la veille, et le message qu'il venait de lui envoyer était une preuve supplémentaire. Il venait visiblement de lire celui qu'elle lui avait fait parvenir au début du match. C'était simplement quelques encouragements, et elle aurait espéré une réponse un petit peu plus chaleureuse.
Alors qu'elle arrivait devant le vestiaire de la sélection japonaise, Miya en sortait justement. Sa cousine paru surprise de la voir ici, et l'intercepta avant qu'elle ne puisse pénétrer dans la pièce.
- Qu'est-ce que tu viens faire ici ?
- J'ai besoin de parler à Axel, laisse-moi passer !
La brune fronça les sourcils, sans s'écarter pour autant. Elle dévisagea Emi avec intérêt, essayant sûrement de lire dans sa tête. Puis finalement, elle soupira, attrapa son poignet et entraîna la blonde à suite, alors qu'elle s'éloignait. Après quelques protestations, l'allemande finit par se taire et suivit sa cousine, non sans être énervée.
Enfin, elles arrivèrent devant une large baie vitrée qui donnait sur le parking du stade, en contrebas. Emi déglutit et détourna la tête, ne souhaitant pas faire face à une telle hauteur. Sa mine déconfite sembla faire rire Miya.
- Il n'y a que deux étages d'ici jusqu'en bas, tu exagères vraiment Emi !
Cette dernière, mécontente d'être moquée de la sorte et toujours résolument décidée à montrer à la brune qu'elle lui en voulait, lui renvoya un regard noir.
- Tu ne peux pas voir Axel maintenant, il est en train de disputer une finale.
- J'ai besoin de savoir pourquoi est-ce qu'il est si distant avec moi depuis hier. Regarde ce qu'il vient de m'envoyer.
Miya se saisit du téléphone que lui tendait la jeune fille, et observa l'écran. En dessous du message d'encouragement de la blonde, s'affichait la réponse d'Axel. La brune leva un sourcil dubitatif avant d'interroger sa cousine du regard.
- Qui y-a-t-il d'étrange ? Il t'a simplement envoyé un smiley souriant.
Emi soupira, ayant le sentiment d'être complétement incomprise.
- Axel Blaze m'a envoyé un smiley ! Miya, sérieusement, tu l'imagines en envoyer toi ?
La brune réfléchit et dut bien admettre que ça ne correspondait pas réellement à la personnalité de l'attaquant japonais. Mais elle comprenait pourquoi il lui avait donné une telle réponse.
Le jeune homme ne voulait sûrement pas lui donner trop d'espoir dans la perspective où il perdrait le match. La blonde avait donc des raisons de s'inquiéter, mais pour un smiley tout de même c'était quelque peu excessif.
Alors qu'elle réfléchissait à cela, Emi la scruta avec attention. Il lui paraissait que sa cousine semblait plus gênée par la situation qu'elle n'aurait dût l'être. Suspicieuse, elle essaya de l'interroger.
- Jude ne t'a rien dit à propos d'Axel par hasard ?
La brune sortit immédiatement de ses pensées, soudainement paniquée. La jeune femme ne put retenir un sourire satisfait alors que sa cousine niait à grand renfort de gestes absurdes.
- Crache le morceau Miya ! Si tu ne le fais, je n'hésiterais pas à aller harceler Axel qu'il soit sur le terrain ou pas.
La jeune japonaise savait parfaitement que la blonde ne bluffait qu'à moitié. De plus, étant donné l'heure qu'il était, elle n'aurait aucun mal à trouver l'attaquant, qui devait encore être dans le vestiaire. Elle soupira, résignée à lui dire ce qu'elle savait.
- Emi… Promet-moi que tu ne feras rien tant que le match ne sera pas terminé.
Le front de la blonde se dotait de quelques rides d'humeurs en comprenant que la suite de lui ne plairait pas. Cependant, sous le regard implacable de sa cousine, elle obtempéra en grimaçant.
- Axel s'est fait la promesse qu'il ne ressortirait avec toi que s'il gagnait ce match. Dans le cas contraire, il s'éloignerait de toi.
C'était nerveux, mais la jeune fille ne put s'empêcher de rire bruyamment. Elle voulait profondément croire qu'il n'était pas capable de faire une telle chose, mais une petite voix pernicieuse dans sa tête lui murmurait qu'au contraire, il n'hésiterait pas à le faire.
Elle se retint à grand peine de ne pas courir vers le vestiaire d'Inazuma Japon pour lui dire clairement sa façon de penser. Au contraire, elle entreprit de s'éloigner de ce hall étouffant pour regagner sa place.
Préoccupée, Miya la retint, souhaitant s'assurer qu'elle tenait le coup.
- Tu ne devrais pas t'inquiéter Emi, regarde-le jouer, il va gagner ce match.
La blonde plongea son regard dans celui de sa cousine et constata qu'elle y croyait vraiment. Miya n'avait aucun doute à ce sujet, malgré le fait qu'Inazuma Japon soit mené d'un but, que Marc et ses amis remportent ce match. La blonde aurait tant voulu avoir autant foi en lui.
Emi lui sourit tristement. Maintenant qu'elle savait quel enjeu avait le match pour Axel, elle ne souhaitait plus tant que ça le voir gagner.
Cet abruti avait besoin de comprendre qu'on ne s'éloignait pas des gens ou des choses que l'on aimait en raison de promesse stupide et sans valeur, car visiblement c'était une leçon qu'il n'avait pas encore assimilée.
Finalement, s'il était nécessaire qu'Axel Blaze perde cette finale pour le comprendre, et bien c'était un mal pour un bien.
Du côté de Nathan
Alors que ses coéquipiers avaient rejoint le vestiaire, Nathan préféra être seul, et se dirigea avec hâte vers un couloir, après avoir pris une serviette propre.
Il ne voulait pas écouter le discours pleins d'optimistes de Marc, dans lequel il passerait plus de temps à s'exalter des super-techniques de leur adversaire.
En temps normal, il n'aimait déjà pas que son ami s'enthousiasme de la sorte devant leurs adversaires, mais s'il avait l'audace de le faire en pleine finale, le jeune homme ne répondrait plus de rien.
Alors il s'éloigna sans un mot.
Pour le moment, malgré qu'ils soient menés au score, le match se déroulait plutôt bien. Le jeune homme avait le sentiment qu'ils dominaient légèrement, et était plutôt satisfait de sa performance. Bien qu'il avait parfaitement conscience d'avoir fait des erreurs.
Nathan était perfectionniste, et il avait souvent tendance à apporter plus de considération à ses échecs qu'à ses réussites. C'est la raison pour laquelle il se sentait aussi anxieux, malgré sa volonté de se convaincre que le match était sous contrôle.
Il avait le cœur lourd, comme si cet organe vitale s'était transformé en une pierre bien dure.
Essayant de faire fit de la petite boule d'angoisse qui grandissait dans son ventre, le jeune homme s'assit à même le sol. Le froid du carrelage qui entra en contact avec sa peau brûlante, lui procura immédiatement un sentiment d'apaisement, fonctionnant comme un anesthésiant.
Il laissa sa tête reposer lâchement contre le mur, et entreprit de respirer avec application.
Quelques minutes plus tard, alors que le garçon aux cheveux bleus avait toujours les yeux fermés, il sentit un corps se glisser près de sien, l'imitant. Il était si près qu'il sentit le tissu de son maillot de football frotter contre la peau de son poignet posé au sol, ainsi qu'une mèche de cheveux lui chatouiller la joue.
- Tu devrais avoir plus confiance en toi Nathan, tu te débrouilles très bien.
Alors qu'il reconnaissait le voix d'Acker, le rythme cardiaque du jeune homme s'emballa de nouveau. Aussitôt, les quelques contacts qu'il avait perçu juste avant, lui parurent extrêmement dangereux, et il ne put empêcher ses joues de s'échauffer violemment.
- C-Ce n'est pas que je n'ai pas confiance en moi, s'essaya le défenseur, c'est simplement que j'ai le sentiment de ne pas être à la hauteur de mes capacités. Je dois être meilleur !
Acker se mit à rire, ce qui vexa immédiatement Nathan. Finalement, c'était comme si son ami était en train de lui dire qu'il n'était pas aussi bon qu'il le pensait. Toute angoisse envolée à l'idée de lui faire face, le garçon aux cheveux bleus se retourna vivement vers lui, l'interrogeant du regard.
- Tu sais pourquoi Marc Evans est un aussi bon gardien qui est toujours au plus haut de ses capacités ?
Le fait qu'Acker lui parle de Marc accentua encore plus la colère du défenseur.
Certes, Marc était un de ses meilleurs amis, et il l'aimait vraiment beaucoup, mais il souffrait parfois de le voir toujours aussi brillant. Il avait souvent le sentiment qu'il jouait dans un autre cours, et qu'importe à quel point il ferait des efforts, il n'atteindrait jamais le niveau du gardien de but japonais.
Piteusement, il hocha la tête de gauche à droite, répondant par la négative au capitaine de Polaris.
- C'est parce qu'il ne se soucie de rien d'autre que de jouer au football. Il se fiche royalement d'être meilleur que son adversaire, il veut simplement s'améliorer pour pouvoir rivaliser avec lui et jouer un match qui sera plus incroyable que le précédent.
Nathan ne répondit rien, prenant le temps de réfléchir à ce qu'Acker était en train de lui expliquer.
- Marc Evans veut gagner ce match, mais avant tout, il veut s'amuser et disputer la meilleure partie de sa vie. Alors naturellement, il sera brillant.
- Je devrais avoir le même état d'esprit que lui, tu penses ?
Le garçon au cheveux violets lui sourit grandement, heureux que son ami puisse enfin comprendre les raisons pour lesquels il ne parvenait pas à atteindre le maximum de ses capacités.
- C'est très bien de vouloir t'améliorer, mais je pense que tu ne devrais pas t'en soucier aujourd'hui. Amuses-toi ! On ne vit pas une finale de FFI tous les jours.
Sur ces mots, il se releva et quitta le couloir pour regagner le vestiaire.
Nathan ferma de nouveau les yeux en laissant sa tête glisser contre le mur. Il prit le temps de réfléchir aux paroles d'Acker, et constata qu'il avait raison. Depuis quelques temps, il ne pensait plus qu'à devenir plus fort, délaissant totalement l'aspect plaisant et joviale du football.
Finalement, alors qu'il se relevait pour regagner à son tour le vestiaire, Nathan avait le sentiment que son cœur semblait être plus léger que lorsqu'il avait quitté le terrain.
La faute peut-être à un garçon, qui avait su doucement, tracer un chemin afin de s'y faire une place.
Le jeune homme se promis alors qu'une fois ce match gagné, il se concentrerait à résoudre les étranges sentiments qui s'agitaient dans son estomac chaque fois qu'Acker Reese s'approchait de lui.
Du côté d'Andreas
A peine la porte des vestiaires se referma-t-elle sur lui et ses coéquipiers, qu'Andreas calma instantanément leur ardeur.
Certains se laissaient déjà aller à des sourires, sous-estimant clairement l'adversaire japonais. Mais le capitaine allemand n'était pas aussi confiant.
A ses côtés, Aïden et Steeve semblaient se joindre à son avis, chose qui lui fit plaisir.
- Nous n'avons pas encore gagné ce match, gronda-t-il d'une voix qu'il espérait autoritaire, et il va falloir encore nous améliorer. Xavier et Joseph, je sais qu'il est compliqué de se mettre au niveau auquel était Pierre, mais il est nécessaire que vous soyez plus fort en défense. Axel Blaze et Elliot Ember sont actuellement de méchants loups, et votre rôle est d'en faire d'inoffensifs petit mouton.
Sur ses mots, il rejoignit sa place et attrapa sa gourde remplie de boisson énergisante. Il en avala le liquide goulument, écoutant avec attention les réactions de ses coéquipiers.
Il était profondément heureux qu'aucun d'eux ne remettent en doute ses compétences de capitaine, et qu'ils ne s'offusquent jamais de son ton sévère et froid. La vérité était qu'Andreas tenait beaucoup à eux, et il était déterminé à les mettre sur le toit du monde. Pour autant, il n'y arriverait pas tout seul, et il souhaitait ardemment que tous le comprennent.
On parlait beaucoup de lui, souvent de Pierre Mandel qui avait été blessé et qui n'avait pas pu terminer ce mondial. Il avait conscience que beaucoup considéré comme une chance le fait de pouvoir compter sur lui, et même s'il en était heureux, il ne voulait pas que ses coéquipiers se pensent moins important.
Il avait conscience que c'est ce qu'Aïden avait vécu toute une partie de leur enfance, et il avait déployé beaucoup d'effort pour que son ami comprenne enfin quelle place il avait. Il ne souhaitait pas que d'autres l'expérimente à son tour.
Après avoir interrogé tous ses amis sur leur état, afin de savoir s'ils étaient tous en forme pour continuer ou s'il devait demander au coach d'effectuer des changements, Andreas quitta les vestiaires pour prendre l'air. Il vagabonda tranquillement dans le stade, essayant de détendre les muscles de ses jambes.
Alors qu'il déambulait dans un couloir sombre, approchant d'un grand hall, il fut soudain percuté, et tomba à terre. Surpris, il releva les yeux et découvrit Emi, qui paraissait tout aussi étonnée de le voir ici.
Andreas cru qu'elle pleurait, mais elle se détourna bien trop vite pour qu'il le confirme. Enfin, lorsqu'elle lui fit face de nouveau, elle lui souriait jovialement.
- Tu ne devrais pas être en loges ? S'enquit le jeune homme.
- Je suis venue discuter avec Miya, lui expliqua-t-elle, tu sais comment sont les gens là-bas !
Le jeune homme leva un sourcil circonspect à cette entente. Emi n'était pas le genre de fille à se plaindre d'être entouré d'hommes et de femmes d'affaires qui voyaient en ce genre d'événements, l'occasion parfaite pour étoffer leur carnet d'adresse.
Bien au contraire, elle se pavanait plutôt entre eux, un verre d'alcool, qu'elle ne boirait pas, à la main. Mais il ne fit aucune remarque, et confirma d'un signe de tête.
- Ça tombe bien que tu sois là finalement, s'extasia-t-il, il me semble que tu as oublié de nous donner notre baiser porte-bonheur.
- Oh ! En réalité je n'ai pas oublié.
Andreas grimaça avant de porter la main à son cœur en mimant une perte de conscience. Bien qu'il était un petit peu vexé, il s'amusait plus de la situation qu'autre chose.
- Et tu en train de me dire que tu souhaitais nous voir perdre au profit de Blaze ?
Emi se mit à rire de son air boudeur et confirma d'un signe de tête, la lèvre pincée.
- Mais j'ai changé d'avis, réussit-elle à lui dire lorsqu'elle cessa de rire, approche donc !
Alors qu'Andreas s'exécutait, la blonde se plaça sur la pointe des pieds et claqua un baiser sonore sur la joue du jeune homme. Le contact avait été extrêmement rapide mais, il suffit à échauffer les joues de ce dernier.
- Est-ce que cela signifie que tu vas m'encourager à partir de maintenant ?
Emi réfléchit, hésitante. Elle finit cependant par hocher négativement la tête.
- Non, je n'encourage personne en particulier, sourit-elle, juste que le meilleur gagne !
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Alors qu'il allait de nouveau pénétrer dans le stade, Axel ne put s'empêcher de repenser au cauchemar qu'il avait fait, deux nuits auparavant.
Il marchait tranquillement dans la rue, arborant fièrement à son cou une médaille d'argent, avec Emi à son bras. La jeune fille semblait plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été.
Ils s'arrêtèrent un instant près d'une boutique afin que le jeune homme puisse commander deux glaces, mais sans qu'ils ne s'y attendant, la blonde traversait la route, avant de se faire violemment percuté par une voiture.
C'était alors la voix de Julia, qui était soudainement à côté de lui, qui le réveilla lorsqu'elle lui murmura en léchant sa glace : « Tu aurais dût gagner cette finale, Axel ! ».
Le cauchemar l'avait hanté toute la journée, et finalement, l'attaquant s'était décidé à en parler à Jude.
- Tu veux que je te psychanalyse ? Avait-il tenté de répondre avec humour.
Alors que son ami se renfrognait, Jude soupira en s'affalant dans le lit du blond.
- Que veux-tu que je te dise de plus ? C'est un simple rêve, ça ne sert à rien d'y accorder trop d'importance.
L'attaquant vint s'affaler aux côtés du stratège en réfléchissant à ses propos. C'était vraiment ce qu'il essayait de se dire depuis qu'il s'était réveillé ce matin même, mais c'était plus compliqué qu'il n'y paraissait.
En temps normal, le blond ne s'attardait pas sur des choses aussi stupides qu'un cauchemar. Mais celui-ci réveillait en lui des souvenirs peu confortables et qui le chamboulaient toujours.
- Et puis de toute façon, ce n'est pas comme si nous comptions perdre ce match, ajouta Jude, le problème ne se pose donc pas.
- Tu as sûrement raison, sourit Axel, et si nous perdions, je n'aurais cas tenir Emi éloignée de moi.
- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire Axel !
Mais la réplique de Jude n'avait pas atteint son ami, qui s'était déjà levé et quittait la chambre pour aller s'entraîner.
Alors qu'il pénétra dans le stade, sous les encouragements des spectateurs, un rayon de soleil l'éblouit. Le blond porta la main à son front afin de se protéger de la lumière, et posa une main sur son cœur comme si de cette façon, il allait parvenir à en ralentir les battements.
Axel ne voulait pas perdre ce match, parce que vraiment, il n'avait pas envie de devoir tenir cette promesse.
