Bonjour mes amours ! :D
Nous voici aujourd'hui avec le premier portrait de ce nouveau recueil. Je vous préviens de suite, ici on n'est pas là pour faire chanter les fleurs (enfin, je crois qu'avec moi, vous savez à quoi vous en tenir aussi...), puisque je vais volontairement vous parler de réalités difficiles. Il peut très bien y avoir de chouettes éléments, comme une belle amitié, égalitaire et respectueuse de chacun, parce qu'après tout, je veux vous parler de la vie. Tout n'est pas tout noir, tout n'est pas tout rose, tout n'est pas tout blanc.
Je n'ai pas la prétention d'être exhaustif (sinon je vous donne des cours), mon but reste avant tout de vous raconter des histoires en vous amenant des pistes de réflexion, en vous montrant des choses dont vous n'avez sans doute pas l'habitude.
Je vous laisse avec ce premier portrait et on se retrouve en bas pour une petite analyse.
Merci à Line.M, Mery-Alice Gilbert et Lyra Muushya.
Portrait introducteur : Drago Malefoy.
« Toi, t'en rêves, toi, t'en rêves, de leur montrer qui tu es
Et t'en crèves, et t'en crèves, de ne pas pouvoir exister
Dans tes rêves, dans tes rêves, tu ne veux qu'être aimé
Et t'en crèves, et t'en crèves, t'as mal à en crier. »
Toi, t'en rêves, Narcys.
La nuit était déjà tombée alors que Drago longeait la route qui séparait les Manoirs Malefoy et Parkinson. Lorsque la pluie commença à s'infiltrer dans son cou, il pressa le pas et rabattit sa capuche sur sa tête. Rapidement, ses semelles se mirent à claquer sur le bitume humide.
Le bruit des précipitations, amorties ici et là par la verdure environnante, avait quelque chose d'apaisant. Mais ça avait aussi tendance à rendre Drago mélancolique. Tout était si calme qu'il pouvait entendre son chaos intérieur. Et ça, il s'en serait bien passé.
Drago venait d'avoir seize ans et sa vie était un véritable cauchemar. Il ne savait plus où il en était, il remettait en question ce que ses parents lui avaient inculqué… mais il avait peur aussi. Peur de se démarquer, peur d'être moqué, d'être rejeté parce qu'il n'était pas la parfaite petite copie malefoyenne à laquelle tout le monde s'attendait.
Il devait être poli. Être propre sur lui. Avoir de bonnes manières. S'exprimer avec suffisance et emphase. Faire profil bas par rapport à son paternel. Faire preuve de respect et d'attention froide à l'égard de sa mère. Ne pas révéler ses émotions et encore moins les verbaliser. Faire le simulacre de relations familières et sincères pour se faire bien voir de la noblesse.
Toutefois, ce n'était pas ce qui le tracassait le plus. Il avait surtout peur parce que le Seigneur des Ténèbres avait installé son quartier général chez lui. Si le Manoir n'avait jamais été un endroit chaleureux, il respirait à présent la magie noire et représentait une menace constante pour Drago. Il prenait des risques en quittant son domicile au milieu de la nuit, mais c'était presque vital. Il fallait qu'il change d'air et, la seule personne qui lui offrait cette bulle d'oxygène, c'était Pansy Parkinson.
Ses fréquentes visites nocturnes à la sorcière lui avaient permis l'acquisition d'une information précieuse : à l'arrière du Manoir, il y avait un étroit passage non soumis aux sortilèges de protection, qui lui permettait d'accéder à la propriété sans déclencher les alarmes. De là, comme à chaque fois, il se posta sous la fenêtre de son amie, avant de grimper l'échelle qui lui était destinée et de frapper à la fenêtre de la chambre.
Le deuxième coup fut le bon : il entendait du mouvement à l'intérieur. Elle savait qu'il venait quasiment chaque nuit. Tout dépendait de l'heure à laquelle les sbires du Seigneur rentraient chez eux, auprès de leurs femme et enfants.
Le rideau fut écarté et elle apparut à la fenêtre, simplement vêtue de sous-vêtements. En comparaison, le costume que portait Drago était d'un formel… Sa camarade, elle, faisait fi des conventions. Enfin… en privé, en tout cas. Elle était au moins capable de se montrer authentique avec ses amis. Drago ne pouvait pas en dire autant.
« Bon, tu entres ou tu veux me chanter la sérénade pour que je t'accorde mes grâces ? » souffla-t-elle en ricanant face à son immobilisme.
Drago se glissa à l'intérieur de la pièce, retirant sa cape mouillée pour l'accrocher au portemanteau.
Ensuite, il se retourna, cherchant son amie du regard. Elle s'était déjà installée sur son lit, l'attendant. Il approcha lentement d'elle, sans même réfléchir à ce qu'il faisait : il venait toujours pour la même chose.
Il fondit sur ses lèvres.
OoOoO
Drago se retira lentement, avant de se relever. Il ôta son préservatif et se déplaça jusqu'à la poubelle placée sous le bureau, sans éprouver aucune gêne pour son intimité ainsi exposée. Derrière lui, Pansy se redressait également, en témoignaient les protestations du matelas.
Comme à son habitude, elle passa ses bras autour de la taille de Drago et appuya sa tête contre son dos, dans une étreinte forcée. Drago n'aimait pas les démonstrations affectives, et elle le savait. Ce n'était pas faute de le lui avoir répété.
« Pansy… », siffla-t-il entre ses dents.
« Je suis ta meilleure amie, oui ou non ? T'es pas obligé de faire le bois mort », se plaignit-elle en le repoussant sans ménagement.
« Bien sûr que oui. Mais tu sais bien que je n'aime pas les câlins », soupira-t-il, toute intention de menace échouée.
Il n'aimait pas non plus les qualificatifs. C'était peut-être banal pour la plupart des gens, mais c'était une façon de signifier son attachement. Et il ne voulait ni ne pouvait s'attacher à qui que ce soit. N'importe qui pouvait mourir pendant la guerre.
Pansy avança vers son lit, regardant l'heure sur la montre posée sur sa table de nuit, avant de se rhabiller. Drago déglutit. Il savait ce que cela signifiait.
Il récupéra ses propres vêtements avant de les remettre en silence. Il suivit Pansy sur la pointe des pieds, suivant le chemin inverse jusqu'à la sortie de la propriété Parkinson. Ils ne reprirent la parole qu'à ce moment-là, ainsi persuadés qu'ils ne pourraient pas être entendus par le père de Pansy. Drago ne donnerait pas cher de sa peau si Arthus les surprenait dans la chambre de sa fille.
« Un jour, on va se faire cramer. Ou je vais tomber enceinte de toi, et nos parents nous obligeront à nous marier pour éviter de jeter l'improbité sur nos familles », ricana Pansy, rejoignant les pensées de Drago sans le savoir.
Mais Drago ne riait pas du tout. Devoir épouser Pansy ne l'amusait pas du tout. Avoir un enfant dans la situation actuelle serait une véritable calamité. Il ne parvenait pas à imaginer une issue favorable et, pourtant, il faudrait bien qu'il affronte la réalité un jour : il devrait trouver une épouse et offrir une descendance à la famille Malefoy.
« Oh Drake, arrête de tirer cette tronche », le houspilla Pansy. « Il faudra que tu leur dises un jour. Au moins que tu lui dises, à lui en particulier. »
Drago soupira. Il ne tenait pas à avoir cette conversation avec sa meilleure amie. Ni maintenant ni jamais.
« Je ne vois pas de quoi tu parles », nia-t-il sur un ton calme, presque désinvolte.
Quiconque, l'ayant regardé, n'aurait pas vu tout ce qu'il dissimulait. Il avait depuis trop longtemps cherché à se cacher d'autrui, à construire cette carapace pour que jamais personne ne sache qui il était et ce qu'il désirait vraiment. Il n'y avait que Pansy pour le décoder, même s'il ne comprenait pas comment elle s'y prenait.
Peut-être la raison se situait-elle simplement dans le fait qu'elle se souciait réellement de lui, contrairement aux autres qui se satisfaisaient des apparences.
« Prends-moi pour une idiote aussi », se plaignit-elle en s'arrêtant pour lui lancer un regard noir.
Drago ne cilla pas pendant leur échange visuel. Pansy finit par abandonner, le plantant là tandis qu'elle avançait sur la route silencieuse d'un pas rageur.
Il tendit le bras comme pour la rattraper, avant de le laisser retomber le long de son flanc. D'un soupir, il pressa le pas, glissant ses mains dans les poches de son pantalon de costume.
Il n'aimait pas se disputer avec Pansy. Il n'aimait pas se retrouver seul, au milieu de la nuit, sur une route déserte. Il sentait son vide intérieur faire écho avec les alentours et c'était tout simplement insupportable.
Pour autant, cela ne changeait rien au fait qu'il ne pouvait pas lui dire. Il ne parvenait même pas à s'avouer à lui-même la vérité : il était différent. L'idée même faisait naître une boule dans sa gorge, qu'il ne pouvait pas dégager. Déglutir lui donnait la sensation d'étouffer. Il avait le cœur lourd et sa poitrine se comprimait.
Il avait tout tenté pour neutraliser les désirs qui naissaient en lui. Cependant, si le leurre avait fonctionné pour son entourage, pour lui, la réalité était tout autre. Ça avait grandi, évolué, pris de l'ampleur au point que sa carapace ne pourrait bientôt plus le contenir. Il se sentait déjà à l'étroit, il ne savait pas pendant combien de temps il pourrait encore faire illusion. Pourtant, il le faudrait.
À la fin de l'été, il serait officiellement l'un des siens. Il serait marqué par les Ténèbres. L'idée le fit instinctivement grincer des dents. Il n'était pas un Mangemort, et il ne le serait jamais. Il n'adhérait pas à ses idées de suprématie. Il ne voulait pas de guerre, pas de carnage. Il voulait juste qu'on le laisse tranquillement vivre sa vie. Il voulait un peu de douceur, de patience… de temps.
Du temps qu'il n'avait pas. Il ne pouvait même pas être égoïste et fuir tout cela. Sa famille était en danger et le Seigneur faisait peser le poids de la dernière chance sur ses épaules, même si cela n'avait pas été formulé de cette façon. Jamais il n'aurait pu abandonner sa mère.
Il soupira à s'en fendre l'âme. Il fallait qu'il cesse de cogiter. Il n'y avait pas d'autre solution. Le Seigneur était trop fort, personne n'en viendrait à bout. Il fallait que Drago trouve un moyen pour évacuer la tension avant que sa carapace n'explose. Et, visiblement, coucher avec sa meilleure amie ne l'aidait pas tellement. Une fois de plus, cela faisait illusion, le temps de quelques allers-retours. Mais il avait de plus en plus conscience que cela ne faisait pas l'affaire.
Bientôt, il parvint jusqu'à l'arbre sous lequel ils se donnaient toujours rendez-vous. Plus il avançait, mieux il distinguait les silhouettes. Pansy, ce petit bout de femme affirmé, mais plus doux qu'elle ne le laissait paraître et… Blaise. Armure de fonte, faite de muscles en chocolat. Sans compter ses lèvres épaisses, qui s'étirèrent d'un sourire alors qu'ils échangeaient un regard. Le cœur de Drago fit un bond dans sa poitrine. Il s'échappa rapidement de cette torture visuelle, priant pour que les battements de son cœur ralentissent.
« Pansy a couru jusqu'ici pour me retrouver », commença Blaise quand Drago se posta devant eux. « On reconnaît bien là ceux qui m'aiment. »
Il le charriait. Drago le savait et ne put retenir un léger sourire.
« Tu sais bien que je n'aime personne. Tu en doutais encore ? » railla-t-il à son tour.
Blaise éclata de rire, tandis que les prunelles de Drago tournèrent instinctivement en direction de Pansy. Bien mal lui en prit. Elle le dévisageait d'un air entendu, les sourcils froncés dans une moue moqueuse.
Malgré tout, le sujet ne s'éternisa pas et le trio descendit la petite pente qui menait au lac. De là, chacun sortit sa petite contribution : tabac et briquet pour Drago, fiole de Whisky pur feu pour Blaise et Pansy… Pansy était celle qui comblait le silence de son débit de paroles.
OoOoO
Il était environ trois heures du matin quand Drago constata qu'il était saoul. Cela faisait un moment que Pansy somnolait contre lui, installée entre ses jambes. Seul l'alcool pouvait expliquer le fait qu'il réalisait seulement à ce moment précis que le silence régnait.
Blaise était assis à côté de lui, le haut de leurs bras se touchait. La fumée de leurs cigarettes s'évaporait au-dessus d'eux, formant des figures imprécises. La fiole, jetée après une dernière goulée, jonchait à leurs pieds, vide.
Une petite voix dans la conscience de Drago lui chuchotait qu'il ferait mieux de partir, pour ne pas penser au fait qu'il était si proche de Blaise sans Pansy pour détourner son attention. Mais il se sentait si engourdi, et son esprit était aussi volatile que la fumée au-dessus de sa tête, qu'il se résigna. Il était plus facile de rester ici que de se mouvoir. Aux furies les bonnes résolutions ! Ce serait pour le petit matin.
Il se tourna vers Blaise, l'observant sans vergogne. Même flou, il était si… tentant. Presque indécent. Il jouait de sa beauté, de son charme, avec une extravagance non feinte. Il dégageait toutefois tant de naturel. C'était ce qu'il était, il n'en faisait pas tellement plus, finalement.
Drago soupira longuement, attirant le regard de Blaise sur lui. Les pupilles brunes, voilées par sa consommation, le happèrent doucement.
« Tu es complètement bourré », commenta-t-il en affichant une moue moqueuse, avant d'éclater de rire, prouvant que lui non plus n'était pas en reste.
Drago laissa retomber sa tête sur le tronc de l'arbre contre lequel ils s'étaient adossés. La tristesse et la lassitude l'envahissaient trop facilement. Et ce n'était pas l'alcool le seul responsable, contrairement à ce que Blaise pensait. Mais ça, il ne pouvait pas le lui dire.
« Plus rien ne sera semblable à la rentrée », souffla-t-il malgré tout.
« Je sais », soupira Blaise, qui se pencha pour récupérer la fiole, la retournant, comme déçu de constater qu'elle était vide. Il la rangea dans une poche avant de continuer. « Ça vaut ce que ça vaut, mais on n'te lâchera pas, tu sais. »
Drago déglutit, hochant tout de même la tête. Il savait que, le moment venu, ce serait lui qui les lâcherait. Pas parce qu'il n'avait pas besoin d'eux, ou parce qu'il ne tenait pas à leur amitié, mais parce qu'il ne pourrait pas mener sa mission à bien. Blaise et Pansy faisaient ressortir tout le bon en lui, il ne pourrait pas nier qu'il simulait constamment en leur présence.
« Pansy, en particulier », poursuivit Blaise, comme si Drago n'avait pas perdu le fil de son discours.
Il suivit son regard, s'apercevant qu'il regardait la sorcière, endormie contre lui. Son ventre et ses épaules se soulevaient doucement, dans un mouvement qui exprimait l'apaisement. Drago sourit tristement. Elle paraissait si bien avec lui… Pourtant, jamais il ne pourrait lui rendre le huitième de ce qu'elle lui apportait.
« Elle a tendance à voir en nous ce que l'on ne veut pas voir nous-même, pas vrai ? » ajouta-t-il, face au silence de Drago.
Ce dernier acquiesça, se demandant ce que Blaise refusait de voir pour lui-même.
« Il y a des choses qui doivent être ignorées, pour notre propre bien », répondit Drago d'une voix croassante, et ce, malgré lui.
« Honnêtement, je ne crois pas que ce soit pour notre bien de nous voiler la face », le contredit Blaise alors que Drago secouait la tête. « Mais il faut admettre que les circonstances ne sont pas vraiment de notre côté. »
Les pupilles de Drago vrillèrent dans sa direction, tant il était surpris par ses propos. Qu'est-ce que… que voulait-il dire par là ?
Blaise haussa les épaules, comme perdu dans ses pensées. Il se mura à nouveau dans le silence et les pensées de Drago s'envolèrent.
Il se revoyait, à la Collégiale des Enfants de la Noblesse – autrement dit, des enfants descendants des vingt-huit sacrés et ceux se revendiquant de Sang-pur – apprenant ces fameux chants censés lui apprendre la bienséance. À ce moment-là, il passait déjà beaucoup de temps avec Pansy, la seule personne qui se montrait déjà en décalage. Elle avait pour habitude de lui lancer des clins d'œil par-dessus sa partition.
Blaise s'y trouvait également. Il faisait partie de ces familles se revendiquant de Sang-pur, mais ne faisant pas partie du Registre. Enfin, sa mère surtout, puisque son géniteur était inconnu. Ça non plus, ce n'était pas très bien vu, la pureté de son arbre généalogique étant intraçable.
Ça n'avait pourtant pas empêché Drago d'être attiré par lui. Blaise Zabini se tenait là, un franc sourire aux lèvres, fier comme un dragonnier tandis qu'il récitait ses leçons. Mais pas imprudent comme un Gryffondor. Il avait l'allure de ceux qui savaient y faire et qui le savaient.
Oui, à six ans déjà, Blaise avait tout du Serpentard autosuffisant et malin. Drago, lui, en faisait le minimum : il tentait de se préserver, cachant ses ressentis, répétant ce qu'il avait appris par cœur sans y croire un mot. Mots qu'il vomissait un par un, cherchant à se persuader de leur sens au fur et à mesure.
Sans y parvenir. Dix ans plus tard, Drago était rattrapé par ses envies, malgré les traditions, qui faisaient pression sur lui. D'où le fait qu'il se cachait pour fréquenter Blaise, avec lequel il s'était lié d'amitié en dépit des convenances. Au mépris des valeurs prônées par son père.
Enfant, innocent et tout content de raconter à sa mère qu'il avait des amis, il avait mentionné Pansy et Blaise. Sitôt avait-il annoncé les noms que son père l'avait interrompu.
« Tu ne seras pas ami avec ce garçon », avait tonné Lucius. « Sa lignée est douteuse. Ce n'est pas quelqu'un de fréquentable. »
Il avait d'abord regardé sa mère, dont le regard empli de douceur lui prouva qu'elle ne lui en voulait pas… mais qui exprimait aussi le fait qu'elle ne remettrait pas en question les dires de Lucius. C'était ainsi, c'était les règles de l'aristocratie. Alors Drago avait baissé les yeux sur ses pieds sans même lancer un regard en direction de son père, honteux d'avoir échoué et d'avoir dû être recadré. Et il n'avait plus jamais prononcé le nom de Blaise Zabini.
Cependant, Drago était hétéroclite. Un peu disparate, également. Et, surtout, il s'était persuadé qu'il serait en mesure de s'adapter, de jouer avec les apparences et sur plusieurs tableaux. S'il ne ressentait pas un tel chaos intérieur, il aurait trouvé ça drôle. Mais il riait jaune.
Et l'adolescent de seize ans qu'il était, grisé par l'alcool, ricana effectivement, avant de dévisager ouvertement Blaise. Ce dernier avait le regard perdu au loin, au-delà du lac, dans un monde qui lui appartenait, souriant tristement. Persuadant Drago de sa beauté, si ce n'était pas déjà le cas.
Il était décidé. Dès la rentrée, il s'éloignerait de ses amis. Il ne pourrait pas venir à bout de sa mission avec de telles pensées. Sa décision était prise.
OoOoO
Quelques semaines plus tard, une cérémonie un peu particulière eut lieu dans la salle des festivités du Manoir Malefoy.
Dorénavant, Drago était symboliquement marqué par les Ténèbres. Il n'avait plus le choix.
Comme je vous l'avais annoncé, je reste volontairement flou : avant de commencer à lire, vous n'avez qu'une information sur le portrait, et il s'agit du nom du personnage concerné. Ainsi, j'essaie de vous amener dans l'histoire sans a priori, juste avec qui vous êtes. J'espère que ça fonctionne.
Venons-en à ce portrait, justement. Si vous pensez que la thématique concernée est l'homosexualité, vous vous trompez. Si vous aviez deviné qu'il s'agissait des pressions familiales et sociétales, vous aviez raison. Ici, l'homosexualité (ou en tout cas, l'homoromantisme, qui est l'attirance envers une personne du même genre, parce que je ne fais pas vraiment référence à la sexualité ici) n'est qu'un prétexte, un moyen pour vous aider à comprendre les mécanismes des oppressions. D'où le fait qu'il s'agisse d'un portrait introducteur.
Nous vivons dans un système, dans des systèmes, dans une société, dans des cercles relationnels où il y a des règles. Des règles formelles (les lois, les règlements) et des règles informelles (c'est plus social, culturel, ce que l'on sait qui est bien/mal, qui doit être fait ou pas). Ce qui m'intéresse particulièrement ici, ce sont les règles informelles, que l'on nous apprend depuis que l'on est tout-e petit-e : on faut dire bonjour (et je ne parle même pas de l'obligation de faire la bise, qui est déjà un cran au-dessus, parce que non-respect de nos limites : comment voulez-vous qu'on nous apprenne à dire "non", après ?!), on dit "merci", "s'il vous plaît", etc. Mais il y a aussi des règles plus pernicieuses encore, des règles qui font que si on est un homme, une femme (les autres genres n'étant pas pris en compte), si on vient de tel milieu social, on doit agir de telle manière au risque d'être rejeté-e. On dit de cette société qu'elle est patriarcale, parce qu'elle nous impose des comportements et qu'elle place l'homme à un niveau supérieur par rapport à la femme.
J'essaie d'expliquer le plus simplement possible, parce que je sais que certain-e-s d'entre vous ne sont pas du tout initié-e, mais pour celleux qui sont déjà familièr-e-s avec le sujet, je m'en excuse.
Je continue. Ce rejet, il peut aller loin : insultes, harcèlement, coups, meurtre. Ça s'appelle la discrimination. Autrement dit, c'est le fait de faire une différence entre un groupe majoritaire, dominant et un groupe minoritaire, dominé. Ça commence souvent par des blagues. Les blagues banalisent la violence, le mal que ça fait. Les blagues légitimisent cette violence. Les blagues contribuent à perpétuer la discrimination. Et donc, par extension, les blagues sont des insultes, les blagues constituent du harcèlement, les blagues mènent aux coups et parfois au meurtre. Non, les blagues contre un groupe de personnes qui sont déjà discriminées, violentées, oppressées, ce n'est pas drôle. Surtout quand c'est répétitif. Votre blague, vous la faites peut-être une fois par jour, par semaine, par mois, à des personnes différentes, mais ces personnes-là, c'est tous les jours qu'elles subissent.
Point de précision : si vous trouvez que les blagues ce n'est rien, que "c'est bon, c'est juste pour rire", c'est que vous êtes de l'autre côté de la barrière, du côté des dominant-e-s. On dira alors que vous avez des privilèges. Je vous invite à les questionner.
Comment ? D'abord, il s'agit d'identifier de quel côté vous vous trouvez par rapport à chaque oppression. Etre opprimé-e par une situation ne signifie pas que vous n'avez pas de privilèges et avoir des privilèges ne signifie pas que vous n'êtes pas opprimé-e dans d'autres situations (ni que vous n'avez pas de difficultés dans la vie, là n'est pas la question).
.
Voici une liste de réalités oppressées v.s. leur statut privilégié (entre parenthèses, le nom que porte l'oppression en particulier)
- homme vs. femme, intersexe (sexisme, interphobie)
- personne cisgenre vs. personne transgenre, voir non binaire (transphobie, enbyphobie)
- hétérosexuel vs. homosexuel-le, bisexuel-le, asexuel-le, aromantique, polyamoureux-se, queer etc. (homophobie, biphobie, acephobie, arophobie, polyphobie, queerphobie...)
- personne blanche vs. personne racisée (racisme, xénophobie)
- personne neurotypique, donc qui a un fonctionnement psychologique ordinaire vs. personne neuroatypique (psychophobie)
- personne mince vs. personne ronde, grosse (grossophobie)
- personne valide vs. personne malade, non valide (validisme, capacitisme)
- ...
.
(Je pense à mes ami-e-s féministes qui passeraient par ici : si vous en voyez d'autres, n'hésitez pas à me le signaler, que je mette à jour cette liste)
Toutes ces réalités ont des conséquences, parce qu'elles nous enferment des comportements qui nous blessent, qui ne nous correspondent pas et qui nous rendent malheureux-ses. La prochaine fois que vous voudrez dire à quelqu'un-e ce qui est mieux pour iel (avoir des enfants, allaiter, avoir une relation hétérosexuelle, manger moins et mieux, faire du sport, porter des vêtements qui lae mettraient plus en valeur...), pensez-y à deux fois : ce n'est peut-être pas ce qu'iel veut, ce n'est peut-être pas ce qui lae rendrait heureux-se.
La question ici n'est pas de ne plus parler, de ne plus rire de rien, mais au contraire de mieux communiquer pour laisser à chacun-e la possibilité d'être ce qu'iel est et de trouver sa place dans la société, avec ses particularités. (Et de prendre en compte quand on dit que quelque chose est blessant)
J'imagine que tout ça est nouveau, compliqué pour vous. Ne vous en faites pas : c'est normal, ça prend du temps. Mais si vous êtes là, si vous voulez faire ce chemin avec moi, on va pouvoir petit à petit un peu plus apprendre de ces oppressions, au fur et à mesure des portraits qui aborderont des thématiques différentes. Vous ne serez sans doute pas incollables, et sûrement pas si vous vous limitez à ce que contiendront mes écrits, mais comme toujours, j'ouvre une porte. A vous d'ouvrir les suivantes.
On se retrouve le mois prochain avec le portrait d'Hermione (promis, après il y aura des personnages moins souvent exploités). Paillettes de licorne sur vous.
