Bonjour mes amours ! :D
Je suis heureux de vous présenter ce deuxième portrait. Mais avant cela, je tenais à faire à petit retour sur les propos du portrait introductif, car on m'a posé une question vraiment intéressante concernant les blagues et je souhaitais partager cette réflexion avec vous.
La question qui m'a été posée : (...) ''et de prendre en compte quand on dit que quelque chose est blessant'' ou sur ''les blagues'' mais que en même temps il faut continuer à rire. Mais où fais-tu la différence ? Par exemple, réserves-tu les blagues à tes ami-e-s ou famille ? Ou tu continues comme d'habitude mais tu es ouvert-e à ce que la personne te dise ne pas aimer la blague, et auquel cas rectifier ton comportement ?
Voilà c'est ce point où j'aimerai un avis plus développé, car on ne se rend pas toujours bien compte de comment les gens peuvent réagir - mais en même temps on ne peut pas réserver le rire aux personnes que l'on connait. Donc peut être adapter ce rire ?"
La réponse que j'ai donnée : "Pour te répondre, je vais t'expliquer ce que moi je fais, en sachant que c'est mon avis et que tu peux te forger ta propre opinion.
Moi, je différencie en fonction des personnes qui peuvent m'entendre/me lire : il y a des blagues que je me permets de faire parce que je suis concerné-e mais que je n'aimerais pas que d'autres se sentent en droit de faire, du coup j'évite de les faire en public. J'évite même de les faire avec celleux qui ne sont pas concerné-e-s pour la même raison. Dans l'autre sens, il y a de nouveau les blagues que je n'accepte en aucun cas en public, d'autres que je tolère parce qu'elles viennent de mes ami-e-s dans notre cercle restreint et que je sais ce qu'iels pensent vraiment, et les blagues que j'accepte, que je les apprécie ou pas, parce que je considère que quand on est concerné-e, on est en droit de les faire. Pourquoi je fais cette distinction ? Parce que quand on est concerné-e, on comprend les enjeux de la blague, on sait ce qu'elle implique, on vit l'impression. Après je fais encore une distinction entre les personnes concernées déconstruites* et celles qui ne le sont pas... Mais là, au final, j'ai tendance à informer une fois sur le caractère problématique, puis je ne dis plus rien.
Un exemple de blague que je fais uniquement avec une autre personne concernée : "Le problème quand tu es sapiosexuel-le et que tu es dans un échange intellectuel hyper stimulant, c'est qu'après je ne me sens plus." (Etre sapiosexuel-le, c'est ressentir du désir sexuel en raison d'une forte connexion intellectuelle et/ou spirituelle)
Un exemple de blague que je n'aime pas mais que je tolère venant d'une personne concernée : "On sait bien que tous les gays sont un peu efféminés hihihi" (Je n'aime pas ça, parce que ça renforce les préjugés)
Globalement, moi j'ai vraiment du mal avec les blagues qui sont oppressives, qu'on le pense ou pas, pour moi ça ne change rien. Mais ce que je n'accepte absolument pas et ça c'est la base, c'est de faire une blague oppressive en public quand on n'est pas concerné-e. Quand on ne sait pas ce que ça implique, on ne débat pas, on prend en compte. Je m'en fous que ça soit pour rire et/ou qu'on ne le pense pas.
Sinon pour la distinction entre "ce qui est blessant" et une blague, je ne fais pas distinction. Dans les deux cas, ça blesse, il faut le prendre en compte, comprendre, reformuler pour ne plus le refaire. Et sinon... je ne sais pas ce que tu veux dire par "adapter le rire", mais je dois dire que quand c'est oppressif, je me fiche de savoir si des personnes concernées sont présentes, je ne peux juste pas rire. Je ne trouve pas ça drôle. Maintenant, tu ne peux pas tout savoir et c'est pour ça aussi que je dis qu'il faut prendre en compte quand on dit que c'est blessant. Moi-même, ça m'arrive hein. Je ne suis pas parfait. On a beaucoup d'automatismes. Quand je m'en rends compte, je m'excuse. Et je réfléchis à une alternative."
*personne déconstruite (sous-entendu d'une oppression x) : personne qui comprend les enjeux d'une oppression en particulier et qui en connaît les manifestations.
Réponse à la review anonyme :
Rainbow girl : Merci pour ton passage ! Je parlerai d'homosexualité dans le prochain portrait (et ce ne sera sans doute pas la dernière fois, il n'y a pas de raison pour que je ne mélange pas les oppressions ni que je fasse toujours des pairings hétéro). En ce qui concerne la fatigue chronique, je ne suis pas certain de pouvoir faire quelque chose de suffisamment pertinent compte tenu du fait que je ne connais pas bien le sujet (les seuls repères que j'ai sont associés à d'autres maladies/troubles). Du coup si tu veux que j'en parle et que tu as de la documentation sur le sujet, je serai ravi d'y réfléchir ! (Je suis joignable notamment via ma page FB, mais également à knockturn_alley arobase outlook point fr )
Merci à Lyra Muushya, Mery-Alice Gilbert, Line.M.
Je dédicace cet OS à une personne qui, je l'espère, se reconnaîtra, mais que je n'identifierai pas pour des raisons évidentes. Tu es une guerrière.
Portrait 2 : Hermione Granger.
« We all have our horrors and our demons to fight
But how can I win, when I'm paralyzed?
They crawl up on my bed, wrap their fingers around my throat
Is this what I get for the choices that I've made? (…)
Don't go, I can't do this on my own
Save me from the ones that haunt me in the night
I can't live with myself, so stay with me tonight. »
Don't go, Bring me the horizon.
.
« On a tous nos propres horreurs et démons à combattre
Mais comment puis-je gagner quand je suis paralysé-e ?
Ils escaladent lentement mon lit, emprisonnent ma gorge de leurs doigts
Est-ce ce que j'obtiens pour les choix que j'ai fait ? (…)
Ne pars pas, je ne peux pas le faire seul-e
Sauve-moi de ceux qui me hantent dans la nuit
Je ne peux pas vivre avec moi-même, alors reste avec moi cette nuit. »
Ne pars pas, Bring me the horizon.
Ça arrivait pratiquement chaque nuit à présent. Elle s'allongeait dans le noir, consciente qu'il fallait qu'elle dorme tant elle était épuisée. Mais aussi rapidement qu'elle les avait fermés, elle rouvrait les yeux avec horreur.
Elle les sentait arriver. Ils glissaient lentement vers elle, s'insinuaient dans ses veines jusqu'à la paralyser de terreur. Ses yeux s'écarquillaient, observaient le plafond comme s'ils étaient vidés de leur âme. Et le cauchemar, bien réel, commençait.
Bientôt, les démons prenaient possession de tout son être. Ils écrasaient sa poitrine, vidaient ses poumons d'air. Elle restait figée dans une expression de choc, avant de suffoquer en laissant échapper un son rauque. Elle tremblait, suait tandis que son cœur palpitait douloureusement dans sa gorge à l'endroit où leurs doigts faisaient pression. Tant bien que mal, il pompait à la recherche du moindre gramme d'O2 disponible.
Il fallait qu'elle respire, il fallait qu'elle aspire de l'oxygène, mais tout mouvement semblait bloqué, son thorax ne se soulevait pas. Elle ne pouvait plus reprendre haleine, elle étouffait, la bouche ouverte dans un cri silencieux.
Elle sentait les premières larmes perler aux coins de ses yeux. Elle pleurait de douleur, d'impuissance, elle pleurait comme seul appel au secours. Sans air, elle ne pouvait pas crier, hurler. Pourtant, il fallait que quelqu'un vienne à son secours, sinon elle allait mourir sous l'emprise de ses démons.
Elle n'en pouvait plus. Elle en avait assez de tout cela, de ces crises de panique à répétition, de sa peur de la vie. Elle ne se sentait même plus tomber dans le gouffre, elle était devenue le gouffre. Sombre et si profond qu'elle se perdait en elle-même. C'était des profondeurs remplies de ténèbres, et les ténèbres étaient douloureuses. Elle s'écorchait contre ses parois rocheuses et aiguisées comme les griffes de la Grande Faucheuse.
Il fallait que quelqu'un vienne la chercher, même si c'était la Mort en personne. À travers ses larmes, elle la suppliait de venir la chercher pour en finir. Elle voulait qu'elle l'encercle de ses longs bras décharnés et qu'elle l'emmène là où elle ne pourrait plus souffrir et là où elle ne serait plus jamais seule. Elle pourrait ainsi retrouver ceux qui étaient tombés pendant la guerre.
Elle s'était perdue quelque part entre les deux, entre cette guerre et le Paradis. Tout ça, c'était l'Enfer éternel, les limbes dévorants.
Elle pria pour mourir jusqu'à ce qu'un corps chaud vienne se glisser dans le lit à ses côtés et qu'un bras l'attire contre un torse et la serre tout contre lui. Il lui caressait les cheveux en lui disant qu'il était là et qu'il ne la laisserait pas seule, qu'il ne le ferait jamais. Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'elle se rendit compte à quel point elle était crispée et recroquevillée sur elle-même.
Il continua ainsi jusqu'à ce que les sanglots d'Hermione se calment. Elle sentait le souffle d'Harry lui chatouiller la nuque, et ça l'apaisait, comme si ce souffle s'insinuait en elle, la réchauffait et faisait fuir les démons.
Lorsqu'il s'endormit, Hermione calqua progressivement sa respiration au rythme lent de celle d'Harry. Si elle ne s'assoupit pas tout de suite, elle put au moins garder ses angoisses à distance pour le reste de la nuit.
Avec lui, elle était en sécurité.
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« Some say I'm crazy, but that don't faze me
(…) that's for real, that's the way I feel
(…) I wonder how we got here, how did this happen
(…) Sometimes we look dim, sometimes we look bright
(…) Sometimes we stay up, sometimes we fall down
And that's alright, yeah
(…) But I guess I'm just gonna have to get used to it and just learn to cope. »
That's alright, NF.
.
« Certain-e-s disent que je suis folle, mais ça ne me désarçonne pas
Tout cela est bien réel, c'est ce que je ressens
Je me demande comment on en est arrivé là
Parfois, on paraît faible, d'autre fois on paraît lumineux-se
Parfois, on parvient à rester debout, parfois on s'effondre
Et tout va bien, oui, tout va bien
Mais je suppose que je vais m'y habituer et surmonter tout ça. »
Tout va bien, NF.
Hermione n'allait pas bien du tout depuis la fin de la guerre. À force d'avoir tenu tout le monde à bout de bras, d'être restée forte en dépit des épreuves, elle avait tout simplement atteint ses limites.
Pas plus tard que le lendemain du jour où Voldemort avait été vaincu, elle s'était effondrée. Finies la guerre, la chasse aux horcruxes et la survie. On aurait pu croire qu'elle avait toute la vie devant elle et c'était sans doute vrai. Or, elle avait tout donné. Trop donné. Elle avait tiré sur la corde, puisé si profondément dans sa force qu'aujourd'hui, elle tenait à peine sur ses deux jambes.
Oh, elle savait très bien que tout cela était psychologique. Certains disaient qu'elle était folle. Une part d'elle avait envie de crier que oui, elle était folle. Même elle, elle le revendiquait. Avec tout ce qu'elle avait vécu, elle avait le droit de perdre la tête, d'être à bout, de dire stop, de lâcher prise.
Une autre part d'elle était trop fatiguée pour cela. Elle se traînait, parfois elle ne parvenait même pas à sortir du lit. Et, lorsqu'elle le faisait, elle se sentait dans le brouillard, pas totalement là, pas totalement dans le moment présent.
Le pire, peut-être, c'était les insomnies. Elle se retournait des heures durant, incapable de s'endormir. Il lui arrivait d'être prise d'angoisses si fortes qu'elle voulait hurler pour appeler au secours, mais sa bouche s'ouvrait dans le vide. Les mots n'avaient pas la puissance du ressenti. Rien ne pouvait expliquer la force destructrice qui l'emprisonnait dans un étau si étroit qu'elle suffoquait, manquant d'air. Et, dans le même temps, un poids écrasait sa poitrine. Chaque seconde était comme un enfer insurmontable et dont la délivrance semblait être de l'ordre de l'absurde.
Entre ses tourments et son apathie, Hermione ne savait pas ce qui était le plus insupportable. Elle s'était renseignée, évidemment… Tout ce qu'elle avait trouvé, c'était des informations dans un manuel moldu de diagnostics et de statistiques. Elle y avait trouvé la description de ses symptômes et s'était présentée chez un psychologue qui lui confirma ses craintes : elle souffrait d'une anxiodépression.
Mais elle n'y avait plus jamais remis les pieds. Elle avait bien trop peur qu'on lui dise qu'elle devait suivre un traitement à base d'antidépresseurs ou d'anxiolytiques. Elle refusait de prendre le risque d'une dépendance à l'une de ces substances.
Alors elle se laissait aller au rythme de ses différents états, alternant entre la sensation qu'elle parvenait à rester à flot, celle qu'elle perdait pied et buvait la tasse, et celle où elle se noyait complètement. Le tout avec la sensation qu'elle aurait dû, depuis tout ce temps, s'habituer et faire face. Guérir, en somme.
La porte d'entrée claqua, la faisant sursauter. Instinctivement, elle se replia sur elle-même, en position fœtale sur son fauteuil à bascule, comme si elle guettait un danger imminent. Pourtant, elle savait qu'il ne s'agissait que d'Harry qui rentrait du Bureau des Aurors.
Entrant dans le salon, ce dernier s'approcha d'elle et l'embrassa doucement sur la tempe, avant de s'éloigner, sans un mot. Il y avait longtemps qu'il avait cessé de lui demander comment elle allait, ou ce qu'elle avait fait de sa journée, se sentant inutile et désarmé par rapport à la situation.
Il revint cependant rapidement, la couvrant d'une couverture polaire. Hermione le laissa faire, et nota le côté agréable de la chaleur qui l'enveloppait doucement.
« Il fait froid », expliqua-t-il. « J'ai allumé un feu de cheminée, mais il faut le temps que ça prenne bien. Tu as mangé aujourd'hui ? »
Hermione secoua lentement la tête. Non, elle n'avait pas bougé de son fauteuil, ne quittant pas la vue qui s'étendait par-delà la fenêtre, même si elle ne la voyait pas réellement. Elle n'était pas vraiment là, pour ainsi dire.
« Je vais préparer une boîte de soupe avant que Drago n'arrive », décida-t-il, prenant cette fois la direction de la cuisine.
Hermione acquiesça, reposant sa tête contre le dossier. Il avait les yeux cernés, signe qu'il n'avait pas très bien dormi non plus. À cause d'elle, à cause de ses crises d'angoisse. À chaque fois qu'il l'entendait, il était là. Il venait la serrer contre lui, il l'enveloppait de sa chaleur réconfortante et ne la quittait qu'au petit matin pour aller travailler.
Elle ferma les yeux durant ce qui lui parut quelques minutes. Elle s'en voulait de lui faire subir ça, elle avait la sensation de le priver de sa vie et sa liberté. Il avait tout fait pour elle, jusqu'à venir s'installer dans son appartement pour ne pas qu'elle reste seule.
Elle rouvrit les yeux en sentant qu'Harry lui caressait la joue de l'index. Ses paupières papillonnèrent alors, découvrant un visage souriant.
« Je t'aide ? » lui proposa-t-il.
Hermione hocha la tête de droite à gauche. Une part d'elle avait envie de protester par rapport à la proposition d'Harry. Elle était déprimée, pas incompétente ou avec des difficultés motrices… Mais elle n'avait pas la force de répliquer.
« Je vais le faire moi-même », affirma-t-elle d'une voix cassée, en prenant le bol des mains d'Harry.
« Attention, c'est chaud », la prévint-il.
Hermione portait à la bouche sa première cuillère quand des pas se firent entendre dans le hall d'entrée. La porte s'ouvrit sur Drago Malefoy, dans toute sa superbe. Harry se redressa immédiatement, approchant de lui pour l'étreindre. Leurs lèvres se joignirent le temps d'un baiser chaste, faisant fleurir un léger sourire sur le visage d'Hermione. Ils étaient adorables, ces deux-là.
« Bonsoir, Granger », la salua-t-il, courtois.
« Salut, Malefoy », lui répondit-elle d'une petite voix.
Elle continua à boire consciencieusement sa soupe, ne se préoccupant pas des deux sorciers qui s'isolèrent dans la cuisine, jusqu'à ce qu'elle entende son prénom.
Elle tendit l'oreille, tentant de comprendre la conversation qui était en cours.
« Je sais que tu t'inquiètes pour elle », précisa Drago d'une voix douce. « Mais tu fais déjà tout ce qui est en ton pouvoir. Tu ne peux pas agir à sa place. Tout ce que tu peux faire, c'est être heureux, vivre ta vie. Ce n'est pas une enfant à protéger. »
Harry soupira. Hermione, elle, sentit une fois de plus la culpabilité poindre. Il faisait déjà tellement pour elle… Elle ne voulait pas en plus qu'il s'inquiète. Elle se sentait si nulle de se laisser aller et, pour le coup, incapable. Quel genre de loque était-elle devenue ?! Elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. Elle doutait même du fait d'être encore elle-même. C'était comme si Hermione Granger, la Gryffondor, la courageuse et intelligente héroïne de guerre n'était plus. Pouf ! Disparue.
La voix d'Harry la ramena à la présente discussion.
« Tu sous-entends que je dois la laisser tomber ? Je ne peux pas l'abandonner, Drago. C'est ma meilleure amie. Elle est... ». Il s'arrêta, soupirant derechef. « Elle est comme la sœur que je n'ai jamais eue. »
« Mais non, mais non », fit Drago, d'une voix précipitée, comme pour rassurer Harry sur ses intentions. Sa voix baissa, suggérant un rapprochement physique qui ne nécessitait plus le même volume dans la prise de parole. « C'est normal que tu la soutiennes. J'en ferais autant à ta place. »
Hermione n'entendit aucune réponse, et elle supposa que Malefoy réconfortait Harry d'une étreinte.
Ce couple était vraiment l'événement inattendu de l'après-guerre. Après la chute de Voldemort, Harry avait multiplié les conférences de presse, jusqu'à arriver à un point de saturation et laisser en plan les journalistes. Il les avait envoyés paître et était réapparu quelques mois plus tard, au terme de sa formation d'Auror, alors que les Malefoy comparaissaient en audience. Il avait témoigné en faveur du fils et de l'épouse.
Les images avaient été retransmises par hologrammes dans tous les foyers sorciers. On y avait vu Harry, si énervé qu'il dégageait une aura maléfique. Il avait craché les mots suivants : « Drago Malefoy a beau être un insupportable trou du cul, plus prétentieux que n'importe quel merdeux que j'ai pu connaître à Poudlard, ce n'est pas un assassin. Il n'a pas sa place à Azkaban, comme il n'avait pas sa place parmi les Mangemorts. »
Il avait quitté l'audience, exultant de rage, telle une furie. Un silence de mort avait suivi sa sortie en fanfare. Malefoy avait été innocenté pour les accusations du chef de participation à une organisation criminelle, autrement dit en qualité de Mangemort. Le Magenmagot avait tout de même trouvé un moyen de l'y associer. Malefoy avait presté des travaux d'intérêt général, assistant les auxiliaires de soins dans le service des blessés de guerre de Sainte Mangouste.
Mais le plus étonnant dans tout cela, ce fut la réaction de Malefoy après la déclaration d'Harry. Après le bref silence de l'assemblée, il avait éclaté d'un rire vif. Visiblement, le petit discours du Survivant lui avait plu.
La suite de l'histoire, Hermione ne la connaissait pas vraiment, les deux sorciers étant relativement discrets sur leur relation. Le fait était qu'ils s'étaient revus plusieurs fois. Harry et Hermione vivant ensemble, cette dernière avait été aux premières loges pour admirer l'évolution de son humeur : plus rêveur, souriant comme un bienheureux sans raison apparente, tendu avant certaines de leurs rencontres. Aujourd'hui, il était manifestement plus serein. Hermione constatait son bonheur aux côtés de celui qui fut jadis leur pire ennemi à Poudlard. Et c'était tout ce qui lui importait.
Et Hermione elle-même dans tout cela ? Eh bien, c'était l'exact opposé. Pendant la guerre, elle avait tenu bon, pour tout le monde. Après la bataille de Poudlard…, tout avait basculé pour elle. Il ne s'était rien passé de particulier, ce n'était même pas les pertes humaines. Cela s'était vraiment produit comme un contrecoup. Un jour, elle gérait et, le lendemain, elle n'avait plus la force ni l'énergie pour rien, même pas pour faire semblant de sourire.
Ron l'avait quittée. Oh ! Il n'avait pas été aussi salaud que cela y paraissait. Enfin, pour être tout à fait honnête, Hermione ne se rappelait pas vraiment de quelle façon la rupture s'était déroulée. Elle ne pouvait pas vraiment dire qu'ils avaient formé un couple, à vrai dire, puisqu'ils s'étaient embrassés le jour de la bataille et puis… plus rien. Elle n'était plus là. Tout ce dont elle se souvenait, c'était qu'elle avait arrêté de le voir et qu'elle s'était recluse chez elle. Très vite, Harry l'y avait rejointe, refusant de la laisser affronter sa morosité seule.
Et ils s'y trouvaient encore. La dépression d'Hermione était comme un tunnel sans fin. Parfois, elle avait la sensation que le temps s'écoulait trop lentement, d'autres fois la notion même de temps lui était inconnue, non quantifiable.
Elle ne savait pas si elle verrait à nouveau la lumière un jour. Elle ne parvenait pas à y croire. Le monde avait tout simplement continué à tourner sans elle. Elle se trouvait dans un espace-temps qui conférait à l'inertie.
Un jour, peut-être. Éventuellement.
Je vous le confirme, on ne se trouve pas au pays des bisounours ici. On parle d'oppressions, ça n'a pas vocation à être facile à lire, tout simplement parce que ce n'est pas facile à vivre.
Alors on s'accroche pour les explications qui vont suivre.
Ici, pas de doutes ni de grand suspens, Hermione ayant elle-même découvert son trouble mental : l'anxiodépression. Les explications qui vont suivre se déclinent en quatre parties : ce qu'est un trouble mental, l'anxiété et la dépression, avant de parler des oppressions qui y sont relatives. Oui, y'a du boulot. xD
Tout d'abord, qu'est-ce qu'un trouble mental ? Si je me réfère à la définition officielle, il s'agit d'un dérèglement d'ordre psychique qui entraîne des perturbations dans le fonctionnement normal du corps humain. Autrefois, l'on parlait de maladie mentale, mais le terme est désuet car trop péjoratif. Le problème avec un diagnostic, c'est que l'on a tendance à réduire la personne à son trouble (et pas uniquement dans le cas d'un trouble d'ordre mental). Pour poser un diagnostic, c'est-à-dire pour qu'un-e médecin nomme le trouble dont il est question, on fait référence à des critères précis que l'on retrouve dans un manuel (le DSM, c'est-à-dire manuel de diagnostic et de statistiques). Important à savoir : ce manuel, les troubles qui s'y trouvent et les critères qui y sont relatifs dépendent fortement du contexte culturel et sociétal. Ainsi, à titre d'exemple, on y trouvait encore l'homosexualité jusqu'en 1990. Ça vous donne une idée de l'influence que peuvent avoir les opinions sur la médecine. Un critère qui réapparaît quasi systématiquement est celui de la souffrance cliniquement significative. Qu'est-ce que cela signifie ? Que lae médecin-e (souvent psychiatre) va considérer que la présence du trouble, en plus d'altérer le fonctionnement dans certains domaines de la vie (tâches simples et/ou au travail et/ou à l'école et/ou les relations sociales, etc.), va créer une souffrance chez cellui dont ce fonctionnement est perturbé (et en raison de la présence de la présence du trouble).
Pour les situer, l'anxiété est un trouble anxieux (celui-ci est assez logique, je vous l'accorde) et la dépression est un trouble de l'humeur (ou trouble thymique). Je précise que je vais simplifier mes explications, de manière à ce que l'on sache de quoi l'on parle. Mon but n'est pas de vous permettre de poser vos propres diagnostics mais de comprendre le vécu d'une personne anxieuse, dépressive ou anxiodépressive.
Bon à savoir : la dépression et l'anxiété se situent en réalité sur le même spectre (la même échelle dont elles sont les extrémités, si vous voulez) et un diagnostic combiné comme celui d'Hermione n'est pas rare. Cela signifie en réalité qu'il y a une alternance entre les deux vécus (en revanche, je ne pense pas que présenter en même temps les symptômes des deux troubles soit possible, étant donné qu'ils sont opposés). Plus l'alternance se fait sur un court laps de temps (au cours de la même journée vs. sur quelques mois), plus les symptômes sont intenses, perturbants et impactent le quotidien.
Pour bien savoir de quoi l'on parle, la dépression se caractérise par une perte d'appétit ou de l'hyperphagie (trop manger), de l'insomnie ou de l'hypersomnie (pas, peu dormir ou trop dormir), de la fatigue ou une perte d'énergie, une faible estime de soi ("je ne vais jamais y arriver", "je suis trop nul-le"), des difficultés de concentration ou à prendre une décision, une perte d'espoir. Tous les symptômes ne doivent pas être présents. Certaines personnes choisissent d'avoir recours à des antidépresseurs pour palier à ses symptômes. Globalement, il s'agit d'un fonctionnement hypoactif en raison d'une humeur dépressive, "basse". Certaines personnes choisissent d'avoir recours à des antidépresseurs.
L'anxiété, quant à elle, est l'exact opposé de la dépression. Il s'agit d'un fonctionnement hyperactif, caractérisé par une détresse et des préoccupations excessives par rapport à des événements ou activités. Ces symptômes (qui ne doivent pas forcément être tous présents) les plus significatifs sont l'agitation, la fatigabilité (une tendance à se fatiguer), des difficultés de concentration ou des trous de mémoires, l'irritabilité, des tensions musculaires et des perturbations du sommeil. Dans cet OS, je parle plus particulièrement des attaques de panique. C'est une anxiété soudaine et très intense, relativement courte dans le temps, et qui a la particularité de présenter des symptômes physiques : palpitations, transpiration, tremblements, impression d'étouffer, sensation d'étranglement, douleur ou gène thoracique, nausées, vertiges, bouffées de chaleur, paresthésies (fourmillements/engourdissements), déréalisation (ne plus reconnaître le monde extérieur ou sensation de ne pas y appartenir) ou dépersonnalisation (ne plus avoir la sensation d'être soi-même), peur de perdre le contrôle de soi et peur de mourir. Encore une fois, tous les symptômes ne doivent pas être présents. Certaines personnes choisissent d'avoir recours à des anxiolytiques.
Bon, tout ça, c'est très compliqué, j'en conviens bien. Retenez surtout que ce sont des troubles mentaux, donc que cela perturbe notre fonctionnement mental, en raison d'une hyperactivité (cognitive, motrice, organique) dans le cas de l'anxiété, et en raison d'une hypoactivité (ralentissement général) dans le cas de la dépression.
J'ai choisi de parler d'anxiodépression parce que je suis concerné. J'ai été diagnostiqué à l'âge de 17 ans (il y a donc plus de 7 ans), mais je ne peux pas dire depuis quand je suis réellement anxiodépressif. Je sais juste que je me souviens de symptômes durant mon enfance et, globalement, je n'ai pas le souvenir d'une enfance très joyeuse... Dans mon cas, l'anxiodépression est consécutive à un autre fonctionnement psychologique, mais je vous en parlerai plus amplement lors du Portrait 5, parce que ni l'anxiété ni la dépression ni l'anxiodépression ne doivent forcément y trouver leur origine (et je vous vois venir : ce n'est pas important ici de savoir d'où ça vient. Cela appartient à la personne concernée si elle veut agir dessus pour améliorer son rapport au quotidien. Ici, on s'en fout, le but est de respecter la personne dans sa différence).
Ce qui m'amène à vous parler de l'oppression qui y est associée : la psychophobie. La psychophobie, c'est un ensemble de comportements qui ne vont pas considérer le fonctionnement psychologique de la personne et qui vont avoir pour effets de culpabiliser, rejeter, créer un sentiment de honte et finalement, l'isolement. Ça ne fait qu'empirer le ressenti et ça n'aide en rien.
Quelques exemples de comportements psychophobes : "il faut que tu aies voir un-e médecin pour aller mieux" (c'est à la personne concernée de décider), "lève-toi, va voir du monde, tu arrêteras de broyer du noir" (non, ça marche quand on a le blues ou quand on vient de se faire larguer, pas pour un trouble), "mange-ci, bois-ça, mais pas ça, parce que...", "tu as essayé le yoga ? Moi quand je suis stressé-e..." (non, non, non, non. On y a déjà pensé avant. Soit ça ne marche pas, soit on n'en a pas envie. Et si on n'a pas envie d'aller mieux, c'est parfaitement notre droit), etc.
Alors sur ce point, je sais que je vais vous diviser, mais ce n'est pas grave, je suis là pour toucher à des sujets sensibles. D'ailleurs, j'en ai discuté avec ma bêta Lyra, qui m'a dit que la fin de l'OS serait difficile pour vous, parce qu'on ne sait pas si Hermione va aller mieux. J'ai hésité à m'excuser sur ce point... et puis en fait, non. Je sais que c'est un personnage largement apprécié et que c'est difficile de se dire qu'on ne sait pas si ça va aller pour elle. Mais justement : dans la vie réelle, ça risque d'arriver à vos proches. Et vous ne saurez pas non plus si cette personne ira mieux. C'est comme ça (non, je le répète, on n'est pas dans un monde de bisounours, ici).
D'ailleurs, je vais être honnête avec vous : je ne pense pas que je vais guérir un jour. Ce n'est pas grave. J'ai compris que j'avais vécu des choses trop difficiles dans ma vie, mon psychisme est traumatisé, et c'est comme ça. Je suis intimement convaincu que, en tout cas pour la dépression, c'est nécessaire. J'ai des symptômes dépressifs quand mon corps dit "stop, ça suffit, repose-toi maintenant." Il a besoin de digérer le trop plein, l'intensité de ce que je vis. Alors je ne dirais pas que je saute de joie quand je suis d'humeur dépressive (lol) ou que j'aborde sereinement mon état anxieux (double lol), mais je rationalise et j'essaie de suivre la vague, de m'adapter. Et je ne supporte pas qu'on me mette des bâtons dans les roues ou qu'on me fasse des suggestions non sollicitées comme si on savait mieux que moi ce que je vis et ce que je peux faire pour me sentir mieux. J'ai vingt-quatre ans, purée. Vingt-quatre ans que je vis avec moi-même, 24h/24. Je crois que je me connais mieux que n'importe qui ne le pourra jamais.
Alors oui, je sais, on ne peut pas tout savoir, et des fois un rien peu nous aider. Par exemple, dernièrement alors que j'étais en grande agitation du fait de mon anxiété, une amie m'a demandé si j'avais pensé à écrire mes ressentis. Et là : bingo ! Ça m'a aidé à m'apaiser. Un peu. Mais déjà, cette amie est concernée et connait bien mon fonctionnement : l'approche est différente. Puis j'avais sollicité, demandé un conseil, une suggestion, une idée. Par contre, je ne supporte pas qu'on me "donne un coup de pied au cul", et je ne connais aucune personne dépressive avec laquelle ça ait fonctionné. Encore une fois, ça marche quand ce n'est pas un trouble : coup de blues, rupture.
Je vous vois venir. Mais dans ce cas, qu'est-ce que l'on peut faire si on a une connaissance dépressive/anxieuse/anxiodépressive ? Simplement, vous êtes là pour elle. Vous le lui dites d'abord ("si tu as besoin de..., je suis là") et ensuite vous lui demandez concrètement : qu'est-ce que je peux faire pour toi/pour t'aider/pour que tu te sentes mieux ? Peut-être que la réponse sera "rien". Mais elle saura que vous êtes là, et quand elle aura besoin de vous, elle se rappellera que vous lui avez proposé de l'aide. Dans ce cas, ou même pour une petite chose qui vous semblera ridicule, ça peut apporter un réel réconfort. Je vous promets que de savoir qu'il y a quelqu'un-e qui sait, qui ne nous juge pas et que ne nous impose rien, c'est... waw. On n'est pas "si rien que ça", en fait. On n'est pas invisible. Et pour aller plus loin, le fait de parler, juste parler, ça permet de nous vider de ce qui nous pèse. Dans ce cas-là, on pourrait être tenté-e de conseiller, de poser des questions, de suggérer, mais autant éviter, sauf si c'est ce que la personne demande (vous pouvez lui demander si ça l'intéresse). Il se peut que la personne vous demande des choses que je vous ai déconseillé de faire... dans ce cas, c'est autre chose.
Evidemment, c'est à vous de voir aussi si vous vous en sentez capables. Je pense à cela, parce que vos limites personnelles sont importantes aussi, et le but n'est pas de vous mettre mal à votre tour alors que vous voulez aider votre prochain-e. J'en ai fait l'expérience (cf. le défi du mois d'avril pour les plus "fidèles" d'entre vous) et ça m'arrivera sans doute encore d'aller trop loin par rapport à ce que je suis capable de supporter. Qui joue avec le feu se brûle ! N'est pas (en partie) Gryffy qui veut, hein... xD N'oubliez pas que vous n'êtes pas des professionnel-le-s de la santé (enfin pour la plupart, je parle de manière générale), vous n'avez pas à soulager une personne de son trouble. Ici, il est plutôt question de lui faciliter la vie compte tenu de ce qu'elle vit.
Je vous ai exposé pas mal d'éléments déjà, et même si je n'ai pas la prétention d'être et de pouvoir être exhaustif (et encore moins dans ce contexte-ci), je voudrais juste ajouter une dernière chose qui me paraît importante : un diagnostic n'est pas nécessaire pour prendre en considération les émotions, sentiments, ressentis d'une personne. Elle est légitime dans ce qu'elle ressent de toute façon. Et dans le fond, on s'en fout du nom que ça porte (sauf si on ressent le besoin personnel d'un diagnostic). A un moment donné, nous sommes tous-tes des êtres humain-e-s, avec des seuils de tolérance (à la vie, à la souffrance, etc.) qui nous sont propres.
J'arrête ici aujourd'hui. Paillettes de licorne sous vous. N'oubliez pas que vous êtes légitimes dans vos ressentis.
P.S. à propos de la Drarry en fic longue, Vae soli, et sa suite Failles : il reprend des problématiques abordées dans ce recueil, et en particulier dans ce portrait, mais sur du long terme, à plus forte intensité, en vous attachant aux personnages et à leur histoire. Donc si ça vous a plu/intéressé-e...
