Bonjour mes amours ! :D
J'ai décidé de vous publier ce Portrait du mois aujourd'hui parce que j'ai terminé les missing moments la semaine dernière comme j'ai choisi de commencer la publication des OS cadeaux de TALYPE le 5 avril, je voulais vous proposer quelque chose entre les deux (on peut ajouter à ça que j'aime quand les choses sont bien organisées et si je décide de publier les Portraits le dimanche, je publie le dimanche !).
Sans plus m'étaler, je vous laisse découvrir ce nouveau portrait que j'ai hésité à vous proposer dans le cadre de ce recueil. Explications plus bas.
Réponse aux reviews anonymes :
Rainbow girl : C'est ça, ça nous demande déjà tellement d'énergie de prendre soin de nous-même, et les remarques c'est vrai... lourd. On n'a pas besoin de porter ça en plus. Concernant la fatigue chronique, je me suis renseigné et j'ai décidé de l'intégrer dans l'un de mes Portraits ! N'étant pas concerné, ce sera pas dans le PoV du portrait, mais ils seront quatre personnages principaux avec chacun-e leurs difficultés et oppressions. Si tu veux participer à mon projet pour cette partie (ne serait-ce que le relire, ou me faire part de certains éléments de ton vécu), je serai ravi de travailler avec ton aide.
Merci à Mery-Alice Gilbert et Lyra Muushya.
Portrait 3 : Théodore Nott.
« You never realized you never said goodbye
I called you up sometimes, told you that I miss you baby and you were circumcised by head. Oh and then you told me baby you can't say, everything you have to say ok, let it be and start to pray
And you will never see me again, you never hold my hand.
And it's alright if you're my lady you're a killer queen
I don't mind you make me crazy. »
Killer queen, Fil Bo Riva
.
« Tu n'as jamais réalisé que tu n'avais jamais dit au revoir.
Je t'ai rappelé parfois, te disant que tu me manques bébé et que tu avais perdu la tête.
Oh ! Et alors tu m'as dit bébé, tu ne peux pas savoir, tout ce que tu as à dire c'est ok, laisse tomber et va de l'avant
Et tu ne me reverras plus jamais, tu ne me tiendras jamais la main.
Et tout va bien si tu es ma femme, tu es une reine tueuse
Ça m'est égal si tu me rends fou. »
Une reine tueuse, Fil Bo Riva
Je me souviens de tout comme si c'était hier. Tu étais si beau, dans ta cape sombre d'aristocrate. Mais d'une façon inexplicable pour un homme comme moi, tu l'étais encore davantage dans ton costume et tes paillettes, avec ton maquillage et ta perruque. Sur scène, tu resplendissais.
Et moi, Théodore Nott, je suis tombé amoureux de toi, Blaise Zabini.
OoOoO
Jeudi 17 mars 2005, Dublin, jour de la St Patrick.
Théo se faufilait tant bien que mal à travers les ruelles de la ville. Il avait pensé qu'en évitant la 5e avenue, là où se déroulait la parade de la St Patrick, il s'épargnerait la foule. Les festivités semblaient pourtant avoir lieu dans chaque recoin du centre-ville.
Il soupira, resserrant sa cape autour de lui. Au moins, en cette journée, sa cape de sorcier verte passait totalement inaperçue. Cela lui évitait d'avoir à porter des vêtements de moldus pour faire illusion. Même si les deux mondes cohabitaient en toute tranquillité dans la capitale irlandaise, sans que les moldus ne le sachent, il ne se sentait pas à l'aise avec cette proximité. Il se demandait encore ce qui lui avait pris d'accepter un rendez-vous commercial cette semaine-là.
En effet, Théo était négociant dans le domaine des potions. Il travaillait parmi les meilleurs commerciaux de la succursale londonienne d'une boîte basée à New York. Et, le lendemain en fin de matinée, il aurait rendez-vous avec un confectionneur de potions, qui prétendait cultiver des trèfles à plus de trois feuilles, très recherchées dans le monde sorcier pour leurs nombreuses propriétés.
Pressant le pas en se maudissant d'avoir accepté une rencontre à cette période de l'année, Théo arriva rapidement sur la Rue Balfe, où se situait son hôtel, le somptueux Westbury. À plus de 200 Gallions la nuit d'hôtel, on ne pouvait pas réellement dire qu'il était logé à mauvaise enseigne.
À peine eût-il trouvé le portique du bâtiment qu'un portier l'accueillit.
« Monsieur Nott, nous vous attendions. Bienvenue au Westbury. Puis-je vous débarrasser et vous indiquer le chemin jusqu'à votre chambre ? »
« Oui, je vous en prie », accepta Théo d'un hochement de tête poli dans sa direction.
Une fois passé le portique, il lui tendit sa valise rétrécie et sa longue cape émeraude, dévoilant son pantalon à pince et son pull en lin avec son col en v. Des pièces tout en sobriété, noires, mais valant chacune au moins autant qu'une nuit dans cet hôtel.
Suivant l'homme à travers le grand hall, puis jusqu'aux ascenseurs, où un panneau indiquait clairement monte-charge réservé aux client-e-s et au personnel de l'aile droite. Théo n'avait pas besoin d'interroger le portier pour comprendre : l'aile droite, dans laquelle sa chambre se trouvait, était réservée aux sorciers.
Dans cet hôtel, comme partout ailleurs dans la capitale, le bâtiment était scindé selon le statut de sa clientèle. Dans les faits, très peu de moldus parvenaient à la tête de grandes entreprises commerciales, particulièrement si elles étaient touristiques. Et pour cause : son maire, Catherine Byrne, n'était autre qu'une sorcière, initialement répartie chez les Serpentard. Sans haine spécifique pour les moldus, elle jouait évidemment de son statut pour favoriser ceux qu'elle estimait de sang noble.
Théo sortit de ses pensées au moment où le portier lui ouvrit la porte sur sa suite. Il pénétra les lieux sans aucune extase, trop habitué au luxe. Lorsqu'il se retourna, sa cape avait été pendue au porte-cape et sa valise avait retrouvé sa taille d'origine.
« Souhaitez-vous que votre repas vous soit monté ou servi à une table réservée ? » lui proposa le sorcier avec une extrême courtoisie.
« Je souhaiterais une chaise au bar », répondit simplement Théo.
« Bien, Monsieur. Désireriez-vous autre chose avant que je m'en aille ? »
Théo réfléchit un instant. Il n'avait pas d'occupation jusqu'au lendemain onze heures. Se promener dans les rues, dans des coins pas trop peuplés si possible, ne lui déplairait pas.
« Pourriez-vous me faire parvenir de la documentation sur les activités du coin ? Si possible des endroits peu fréquentés en cette période. Et gay friendly », ajouta-t-il après une seconde d'hésitation.
« Ce sera fait, Monsieur. Le repas vous sera servi au bar d'ici une quarantaine de minutes. Une excellente soirée à vous », le salua-t-il, avant de quitter la chambre, refermant la porte derrière lui.
OoOoO
Après avoir mangé ses huîtres de Clarenbridge, accompagnées de leur Brown Bread, Théo avait reçu la visite d'un autre employé de l'hôtel, qui lui avait présenté les activités du soir.
Parmi elles, il avait immédiatement été attiré par l'affiche d'un spectacle de drag queens, qui donnait sa première représentation de l'année dans la capitale irlandaise. Le sorcier qui l'avait informé avait commenté d'un « très bon choix, Monsieur », avant de se charger lui-même de la réservation.
Si Théo avait tenu à un lieu gay friendly, c'était en raison de sa propre homosexualité. Il ne se sentait pas très à l'aise dans les milieux fréquentés par des hétérosexuels. Avec son physique, il était souvent accosté par de jeunes femmes à la recherche d'un jeune (ou d'un moins jeune) riche, pour une nuit ou pour sa fortune.
En soi, ce n'était pas tant ce qui dérangeait Théodore : il avait l'habitude des soirées mondaines que nécessitait sa fonction. Mais l'ambiance n'était pas la même. Dans le milieu LGBTQI, tous types de personnes – y compris des moldus – se mélangeaient le temps d'un verre, d'une danse ou d'une escapade sexuelle. L'ambiance était plus détendue, plus festive et plus franche. On n'y allait pas par quatre chemins.
Donnant son nom à l'entrée du théâtre, Théo paya les seize livres sterling demandées, dissimulant sa surprise. Visiblement, les lieux n'étaient pas très en vogue pour que le maire n'ait pas mis la main dessus dans le cas contraire, le payement aurait pu être effectué en Gallions.
Sans pour autant en perdre ses moyens, il entra dans l'établissement, découvrant une salle de spectacle chaleureuse : tout de rouge décorée, du papier peint aux fauteuils répartis un peu partout, jusqu'aux rideaux de la scène, présentement occupée par une présentatrice diva.
Commandant un French Martini au bar, il se fit accoster par un premier homme, un sourire graveleux sur le visage. La cinquantaine, chauve, probablement un ancien brun, et le ventre bien rebondi, il n'était pas vraiment le genre de Théo… qui l'envoya courtoisement paître avec d'autres Sombrals.
Son cocktail lui fut finalement servi, agrémenté d'une cerise sur un picot, et il prit place dans un large fauteuil à la place unique. Ce soir, il voulait être seul. S'amuser du spectacle, ne pas trop boire et rentrer tôt, pour être en forme à son rendez-vous.
C'était sans compter la surprise qui l'attendait.
OoOoO
« À présent, veuillez applaudir la grande, la magnifique, la somptueuse… Queen Adila ! » hurla la présentatrice.
Se régalant de l'ambiance, Théo applaudit à l'unisson avec le reste du public, avant de s'immobiliser. Il eut alors comme la sensation de quitter son propre corps, de sentir son sourire se figer et se flétrir lentement, en même temps qu'il observait la queen Adila se déhancher sur la scène, le visage illuminé par son expression de joie intense.
Malgré sa perruque rose bonbon, malgré les longues boucles d'oreilles en diamant et son maquillage extravagant, Théo n'eut aucun doute sur l'identité de la diva : il s'agissait de Blaise Zabini, son ancien camarade de classe.
Il était subjugué par la femme qu'il jouait. Sa performance était tout simplement… incroyable. Il aurait sans doute ri s'il n'était pas à ce point pétrifié par sa venue improbable. Certes, il avait entendu dire que Blaise s'était reconverti dans l'art. Mais peu intéressé à garder contact en-dehors du milieu des affaires, et encore moins avec lui, Théo ne s'était jamais renseigné à ce sujet.
Pourtant, l'art du spectacle était une branche à laquelle Théo n'était pas vraiment insensible. Ces hommes, qui se jouaient des stéréotypes de genre, montraient la beauté au-delà des idées préconçues, et y prenaient réellement plaisir. Pour Théo, ils représentaient le summum du militantisme LGBTQI. Il les admirait pour oser faire ce que lui ne pourrait jamais accomplir, lui et sa cuillère en Mornille bien calée entre ses dents. Ou, plutôt, en l'occurrence, lui et son verre à cocktail à la main. Par Salazar, il voulait avoir la preuve qu'il s'agissait bien de Blaise Zabini ! C'en était presque vital.
Avec une impatience bien camouflée, il attendit la fin du spectacle, l'esprit ailleurs. Alors, seulement, il abandonna son verre sur une table et disparut en direction des loges. Il s'y faufila comme s'il connaissait les lieux, sans se faire interpeler. Feignez savoir où vous allez, personne ne vous arrêtera…
Théo déboula dans une grande pièce où de nombreuses performeuses discutaient gaiement, passant et repassant dans leur plus simple appareil, d'autres enlevant leurs artifices qui devaient leur donner chaud.
Mais Théo n'avait d'yeux que pour Blaise, qui se démaquillait consciencieusement, sans se départir de son sourire, ponctuant les blagues de ses collègues d'un rire claironnant… ce rire qui lui était si caractéristique. Il n'y avait aucun doute possible : c'était bien lui.
Il finit malgré tout par être interrompu. Il s'agissait de quelqu'un qu'il ne reconnut pas, l'homme devant lui ne portant plus aucun de ses accessoires de scène.
« Est-ce qu'on peut vous aider, mon cher ? » dit-il en le pointant du doigt et en battant des cils, faisant exploser de rire l'assemblée.
Théo se racla la gorge. Il avait un peu la sensation que l'on riait à ses dépens et il espérait ne pas avoir l'air trop perdu… Ou pire, admiratif devant celui qu'il avait un jour connu.
« Hum ! Oui. J'aimerais parler avec la queen Adila », annonça-t-il, fixant Blaise du regard.
« Oh ma chérie, tu as un admirateur ! » lança une autre diva en gloussant. « Tu as de la chance mon chéri, ce sont bien les gars dans ton genre qui l'intéressent. »
Théo n'eut pas le temps d'assimiler l'information. Il put à peine noter une pointe d'agacement à l'utilisation des familiarités à tout va que Blaise tournait déjà la tête dans sa direction, interpelé par la mention de son nom de scène.
Leurs prunelles s'accrochèrent, un peu trop longuement pour deux supposés inconnus. Évidemment, il l'avait reconnu. Comment aurait-il pu ne pas le reconnaître, de toute façon ?
Sans montrer le moindre signe d'un trouble, Blaise acquiesça lentement et lui fit comprendre d'un signe de la main qu'il se rendait dans la pièce d'à côté.
Théo le vit retirer perruque et boucles d'oreille, avant de se lever et d'avancer dans sa direction. Soudainement anxieux, il réalisa qu'il allait avoir une discussion avec son ancien compagnon de chambre. Dénomination interprétable dans les deux sens du terme…
Le suivant dans l'espace adjacent, Théo découvrit une loge où de nombreuses pièces de costume étaient entreposées… et Blaise, toujours dans sa robe de représentation, s'était appuyé sur une tringle à roulettes, qui s'était plainte d'un faible couinement sous son poids. Il attendait qu'il parle.
Bien sûr, il n'allait pas lui ouvrir les bras comme de vieux amis. Pas après ce que Théo lui avait fait. C'était compréhensible.
« Si on allait boire un verre quand tu te seras changé ? » lui proposa Théo, sans détour.
Le défiant d'un air caustique, Blaise désigna sa tenue d'un geste élégant, digne d'un danseur classique.
« Mon habillement te pose problème ? C'est de la haute-couture, pourtant. Je parierais même qu'elle coûte plus cher que ta cape », avança-t-il.
Bon d'accord, c'était encore pire que ce que Théo pensait. Blaise ne pouvait être que suspicieux pour se montrer aussi cinglant.
« Pas le moins du monde. Je ne suis pas responsable de la caution », lui lança-t-il à son tour, ne se démontant pas.
Blaise vrilla son regard dans le sien. Théo aurait voulu s'orner d'un sourire en coin un brin provocateur, mais il se sentait étrangement faible. Il se contenta de soutenir son regard, jusqu'à ce que Blaise soupire longuement.
« Pourquoi est-ce que tu es là ? » murmura ce dernier d'une voix à peine audible.
Théo resta silencieux. Il ne savait pas pourquoi il était là.
Blaise attendit puis, comprenant qu'il ne répondrait rien, s'apprêta à partir. Le cœur de Théo se serra. Il ne voulait pas le perdre une fois encore…
« Je t'ai vu sur scène. Tu étais grandiose », avoua-t-il spontanément, la voix à peine plus élevée que celle de Blaise juste avant.
De dos, il vit ses épaules se soulever, signe qu'il prenait une grande inspiration. De but en blanc, il lâcha alors :
« Attends-moi au Platypus. C'est un café gallois situé au coin de la rue. Je serai là d'ici une demi-heure. »
Il le vit disparaître dans l'encadrement de la porte, laissant comme un parfum sucré dans les airs. Il venait de retrouver Blaise. Soudainement, il lui sembla que sa vie venait de retrouver des couleurs. Ou plutôt, une couleur café qui lui rappelait des temps anciens, un peu amers.
OoOoO
Assis dans un coin du café, étonnement calme vu la période, Théo faisait nerveusement tressauter sa jambe sous la table. Il avait commandé une infusion à la rose sauvage dans le but de calmer ses nerfs, mais plus les minutes s'écoulaient, moins il semblait tranquille.
Pour peu, il aurait quitté les lieux pour ne pas subir cette pression inconvenante. Il n'avait pas le droit de se mettre dans de tels états pour un homme… Cependant, il n'eut pas le temps de mimer un seul geste en direction de la sortie que la porte s'ouvrit sur Blaise.
Immédiatement, le serveur le salua, enthousiaste.
« Ah ! Ma diva préférée. Adila ! Comment vas-tu aujourd'hui, ma belle ? »
Blaise approcha, tous sourires, lui faisant la bise comme s'ils étaient de vieux amis.
« Dis, Ed, quand je ne suis pas en tenue de scène, c'est Blaise », le sermonna-t-il gentiment.
Le dénommé Ed fit un signe de la main, ne semblant pas tenir compte de sa remarque.
« Tu es tout seul, ce soir ? Je te sers la même chose que d'habitude ? » fit le serveur, sur le ton de la conversation.
Le regard de Blaise fit alors le tour de l'espace, tombant sur lui. Théo ne détourna pas les yeux. Il était de toute façon trop tard pour cela, et il n'avait pas l'impression d'avoir l'esprit aussi vif qu'à l'accoutumée.
Une fois de plus, leurs pupilles s'accrochèrent quelques secondes de trop, avant que Blaise ne se détourne.
« Non, je suis attendu. Mais je veux bien la même chose, s'il te plaît. »
« Très bien, je t'apporte ça dès que c'est prêt, mon chou ! »
Hochant la tête, Blaise s'avança alors dans sa direction. Ce ne fut qu'à ce moment-là que Théo nota qu'il n'avait plus rien à voir avec l'homme qui s'était donné en spectacle un peu plus tôt dans la soirée : il avait troqué robe et perruque pour une cape élégante en cachemire de premier choix.
Il tira la chaise, s'asseyant en face de Théo. Ce dernier se perdit dans la contemplation de l'homme : les cheveux et la barbe rasés de près, la mâchoire carrée… il n'avait pas changé depuis la dernière fois. Seul l'éclat dans ses yeux paraissait peut-être un peu différent… triste.
« Voilà ta bière, mon chéri », lança le serveur, faisant imperceptiblement sursauter Théo, qui nota qu'une fois de plus, il s'était perdu dans le regard de son ancien camarade. « Bonne soirée, vous deux ! N'hésite pas à m'appeler si vous avez besoin de quelque chose. La cave, par exemple… »
Les derniers mots avaient été susurrés d'une manière doucereuse, presque écœurante, et Théo coula un regard interrogatif en direction de Blaise.
Ce dernier se racla la gorge.
« La cave, c'est pour… heu… les rendez-vous un peu plus intimes », lui apprit-il.
Théo acquiesça. S'il était plutôt solitaire, il avait tout de même entendu parler de ces espaces de consommation sexuelle. Mais ça ne l'intéressait pas. Que Salazar en témoigne, il était plutôt du style à avoir des relations sérieuses et durables… Non, Théodore Nott n'avait jamais eu de rapports sexuels qui ne soient pas animés par des sentiments amoureux.
« Alors, qu'est-ce que tu fais en ville ? » lui demanda Blaise, sur un ton qui indiquait la réserve. « Pour autant que je sache, tu n'habites pas dans le coin. Ou bien c'est tout récent. »
Théo pressa ses lèvres l'une contre l'autre, se perdant dans le liquide légèrement rougi de son infusion. Il songea brièvement qu'elle n'avait pas eu l'effet escompté, son estomac étant douloureusement tordu.
« Je suis ici pour un rendez-vous d'affaires », expliqua-t-il. « Une possible collaboration pour des Trifoliums scabrum. »
« Pour une potion ? » présuma Blaise.
Théo confirma d'un mouvement de la tête, avant de boire une gorgée pour se donner une contenance. Par mimétisme, Blaise en fit de même avec sa bière.
« Tu as donc poursuivi tes études de commerce comme tu le souhaitais », murmura Blaise, plus pour lui-même, le regard perdu sur le papier peint à sa gauche.
L'esprit de Théo voyagea à son tour. En octobre 1998, après la guerre, il avait quitté le Royaume-Uni pour étudier le marketing dans une prestigieuse école à Shanghai. À l'époque, les frontières n'étaient pas aussi aisées à parcourir qu'elles l'étaient aujourd'hui. Il ne pouvait revenir qu'une fois par an au pays… il ne l'avait jamais fait.
« Et toi…, qu'est-ce que tu as fait après Poudlard ? » voulut savoir Théo, laissant échapper un soupir.
Blaise ne manqua pas de le relever, lui lançant un regard étonné, avant de se reprendre.
« J'ai étudié l'art du spectacle à Madrid. Mais l'Angleterre me manquait, alors je suis revenu, dans l'espoir de trouver un contrat. Finalement, c'est un… ami qui m'a donné un filon. Ça fait quatre ans que je travaille pour la troupe des Gays lurons. »
L'oreille de Théo s'écorcha sur le mot « ami », que Blaise avait apparemment hésité à prononcer. Il était persuadé que cet homme n'avait pas été qu'un simple ami pour son ancien amant et il eut un pincement au cœur à cette idée, bien que cela soit ridicule. Évidemment, Blaise avait connu d'autres hommes en sept ans. Évidemment. Tout comme Théo lui-même.
« Et… pourquoi Adila ? » s'intéressa-t-il.
« Mmmh… Pour la signification du prénom », lui apprit Blaise.
Il s'arrêta, la bouche ouverte comme s'il hésitait à continuer, puis la refermer. Puis il ajouta :
« S'il y a une personne qui peut deviner, c'est bien toi… »
Mal à l'aise, Théo évita son regard. Évidemment, il le connaissait par cœur. Ou il l'avait connu à l'époque où ils… se fréquentaient. Comme de nombreux Serpentard, Blaise cachait une immense sensibilité derrière une prudence et une méfiance qui pouvaient sembler excessives au premier abord. Il était néanmoins très attentif à son entourage et généreux. Théo avait même eu la chance de le connaître doux et tendre… avant de tout gâcher.
Aujourd'hui, il retrouvait sa prudence et sa méfiance, et il ne pouvait pas dire qu'il ne les avait pas méritées.
« Deviner, oui », admit Théo du bout des lèvres. « En prendre compte pour ne pas revenir à la case départ, visiblement pas… »
Ce fut au tour de Blaise d'éviter son regard. Il regardait par la fenêtre, et sembla se perdre dans sa contemplation. Dans un soupir, ses pupilles glissèrent en direction de sa bouteille.
« Tu… avais d'autres objectifs à atteindre. Tu sais qui tu es et ce que tu veux, tu ne le caches pas et… visiblement, ça t'a réussi. »
Sur la fin de sa phrase, sa voix parut se briser et le cœur de Théo se serra. Il ne pouvait pas accepter ça… C'était de sa faute.
Instinctivement, il tendit le bras droit vers Blaise, qui tenait sa bouteille de bière et sans cérémonie, posa sa paume sur le dos de la main de son vis-à-vis.
Les prunelles brunes tombèrent sur leurs deux mains. Il n'esquissa aucun mouvement pour se dégager du toucher. Y voyant un encouragement, Théo passa lentement le pouce sur la peau, d'une douceur cruellement familière…
Le soupir de Blaise le fit sursauter et il retira sa main, qu'il dissimula honteusement sous la table.
Théo se sentit soudainement tendu, comme s'il jouait ses dernières cartes. Il voulait retrouver Blaise, le toucher, le caresser, l'embrasser… Mais il sentait qu'il ne fallait pas le brusquer. Il devait contrôler son impatience s'il voulait avoir une chance de se faire pardonner.
Il se racla alors la gorge.
« J'ai mon rendez-vous d'affaires demain matin, il faut que je rentre me reposer pour être présentable. Est-ce que… l'on peut se revoir autour d'un verre ? »
Blaise sembla hésiter pendant des secondes interminables et Théo crut qu'il avait joué la mauvaise carte. Il s'apprêtait déjà à partir, la mort dans l'âme quand…
« O.K. J'ai une répétition dans l'après-midi et je joue encore demain soir. Tu peux me retrouver au bar du Brooks Hotel vers une heure », répondit-il d'une voix éteinte.
« J'y serai », lui promit Théo. « À demain, Blaise. »
OoOoO
Samedi 19 mars 2005, Dublin, Brooks Hotel.
Installé au bar du Brooks Hotel, Théo attendait Blaise. Cette fois, il avait pris une bière, se disant que cela aurait peut-être plus d'effets apaisants que le thé. C'était peine perdue.
S'il avait trouvé étrange que ce dernier lui donne rendez-vous dans un hôtel, il n'avait pas relevé sur le moment. Ce n'était qu'après coup qu'il s'était posé des questions, en imaginant mille et un scénarios.
Le scénario le plus atroce, à son sens, serait celui où il lui ferait exactement ce que, lui, lui avait fait sept ans plus tôt : lui donner rendez-vous et ne jamais venir.
Comment pouvait-on être aussi sot et aussi insensible à l'autre, Théo se le demandait. Il était juste, à l'époque, un gamin de dix-huit ans qui avait peur d'aimer, et que cet amour entrave ses ambitions professionnelles. Attendre cinq ans lui avait traversé l'esprit, mais il avait bien trop peur du manque… Et rompre officiellement, il n'aurait pas su.
Alors oui, il avait lâchement fui. Et il avait brisé le cœur de Blaise. Il le savait, sinon il l'aurait envoyé paître avec les Sombrals vingt-quatre heures plus tôt. Il le savait, parce que les gestes d'affection et de tendresse ne pouvaient pas mentir. Leur relation avait été authentique.
Ce qui n'empêchait pas Théo de douter en cet instant. Comme il avait douté toute la journée, au point d'être absent et mauvais commercial pendant son rendez-vous d'affaires. Certes, il avait fait son travail, trouvé de bons Trifoliums, mais il aurait certainement pu les négocier à un bien meilleur prix s'il n'avait pas eu la tête ailleurs.
Ailleurs, les yeux rivés sur une peau chocolat. Ailleurs, ses doigts parcourant ladite chaire. Ailleurs, ses lèvres prenant la relève. Ailleurs, sa bouche sur un membre dressé à toutes les convoitises. Ailleurs, possédant le membre en lui-même…
Soudainement, Théo se figea. Blaise, en chair et en os et pas seulement en fantasme, se tenait devant lui. Le premier mit plusieurs secondes à prendre conscience qu'il ne s'agissait pas de songes, cette fois.
À sa plus grande surprise, Blaise lui adressa un sourire conciliant.
« Bonsoir, Théo », le salua-t-il d'une voix mielleuse.
Il s'adressa alors au barman.
« Vous avez fait monter la bouteille que je vous avais demandée ? »
« Oui, Monsieur. Elle vous attend au frais dans un seau de glaçons. »
« Parfait. Théo », lui dit-il en lui présentant la direction à prendre de la paume.
Sans se faire prier, Théo s'exécuta. Une part de lui venait d'exploser en milliers de fragments de joie. Finalement, peut-être que Blaise avait reconsidéré son attitude. Peut-être qu'il était prêt à lui pardonner.
Blaise lui indiqua le chemin jusqu'à sa chambre. Refermant la porte derrière eux, il se dirigea d'emblée vers le seau et en sortit une bouteille de Hennessy.
« Qu'est-ce que je te sers ? Un doigt ? » le questionna-t-il en jaugeant un verre.
« Un doigt… ou même deux », répondit Théo sur un ton suggestif, tentant le tout pour le tout.
Blaise ne réagit pas, se contentant de verser l'équivalent de deux phalanges. Il tendit alors le verre à son invité, leurs pupilles s'accrochant au passage.
Ils ne se quittèrent pas des yeux alors qu'ils prenaient une gorgée. Théo sentait la chaleur se répandre en lui, sans savoir exactement s'il s'agissait de l'effet du breuvage uniquement ou si le contact visuel jouait un rôle là-dedans.
Finalement, il rompit le contact par crainte de ne plus répondre de lui-même et de perdre le contrôle de la situation. Du même coup, il posa son verre sur le comptoir, avant de revenir à Blaise, bien décidé à faire la conversation.
Il n'en eut cependant pas le temps. À peine eut-il posé son verre qu'une main agrippa fermement sa nuque et l'attira contre des lèvres somptueusement pulpeuses. Pour la deuxième fois en quelques minutes, Théo eut la sensation d'exploser et cette fois, ce fut de désir. Son corps appelait celui d'en face, comme aimanté. Il ne résista pas plus longtemps à la tentation.
Maladroitement, se prenant les pieds dans le tapis persan, les deux hommes s'orientèrent vers le lit à baldaquin, perdant quelques vêtements au passage, minimisant les séparations entre leurs lèvres. Ils se laissèrent tomber sur le matelas, impatients de redécouvrir le corps de l'autre.
Et comme dans ses fantasmes un peu plus tôt dans la journée, les corps se perdirent dans leur union intime.
Ailleurs, les yeux accrochés dans des nuances différentes de bruns. Ailleurs, sur une peau chocolat et sur une peau lactée. Ailleurs, leurs doigts se parcourant l'un l'autre. Ailleurs, leurs lèvres prenant la relève. Ailleurs, leurs bouches se retrouvant encore et encore… Ailleurs, la bouche de l'un sur un membre dressé de l'autre. Ailleurs, le corps chocolat se fondant jusqu'à disparaître dans le corps pâle…
Pendant plusieurs heures, rattrapant le temps perdu, Théo et Blaise ne furent que caresses et soupirs, avant que le sommeil ne les emporte, leurs corps emmêlés, un bras ou une jambe de ci ou de là, ne se distinguant que par leurs différences de carnation.
Sereins.
OoOoO
Samedi 16 avril 2005, Londres, appartement duplex de Théodore.
S'il y avait bien une chose que Théodore aurait dû savoir, c'était que l'on ne brisait pas le cœur de Blaise Zabini.
Il avait beau être un homme de douceur et de générosité, il n'en restait pas moins un Serpentard. Et un Serpentard avait non seulement un ego démesuré, mais également de grandes habilités… la revanche n'en était que plus douloureuse.
Le matin qui avait suivi leurs retrouvailles, Théo s'était lentement éveillé, un doux sourire aux lèvres. Heureux. Il avait alors passé la main sur le matelas à la recherche du corps de son amant… et n'avait rencontré que du vide. La place étant à peine tiède, il avait compris que cela faisait un moment que Blaise était parti.
Il s'était brutalement levé, aux aguets. Il cherchait un mot, un quelconque indice d'un retour imminent. Rien.
Il avait ramassé ses vêtements en même temps que ses derniers fragments de fierté et avait quitté la chambre au moment où un homme de chambre ouvrait la porte, étonné d'y trouver encore quelqu'un.
Et Théo était parti. Il avait récupéré ses affaires dans sa propre chambre d'hôtel. Il avait réglé la note. Il avait quitté Dublin. Il était revenu à Londres, chez lui, dans son appartement. Ce n'était qu'à ce moment-là qu'il avait éclaté en sanglots, rompant les barrages.
Théo était grossièrement tombé dans le panneau. Il avait cru apercevoir un vif d'or au loin, mais ce n'était qu'un reflet lumineux savamment orchestré pour le distraire, tandis qu'à l'autre bout du terrain Blaise tenait la boule d'or entre ses mains. Lui qui croyait qu'ils jouaient dans le même camp…
Il était l'arroseur arrosé.
Il avait repris sa routine quotidienne, ne sachant pas ce qui lui faisait le plus mal : son ego, d'avoir été mené en bateau, ou son cœur, qui comprenait que tout espoir était vain ?
Il avait joué, il avait perdu.
Il avait joué, il s'était brûlé.
Au moins, il aurait essayé. Et tant pis si cet homme lui faisait perdre la tête, au point de lui donner le tournis et le goût amer de la nausée. Ce n'était rien, tant qu'il était sa Queen à lui. Qui pouvait se vanter d'avoir suscité tant d'émotions qu'il ne méritait que la cruelle vengeance de Blaise Zabini ?
Oui, c'était lui, Théodore Nott. Et il l'aimait, sa reine tueuse.
Je connais la chanson utilisée depuis quelques mois à présent, et dès la première écoute, j'ai imaginé une histoire d'amour brisée entre Blaise et Théo, une histoire dans laquelle Blaise exercerait comme drag queen.
J'ai hésité plusieurs fois avec de publier cet OS dans le recueil. J'aime mon histoire, j'aime ce que j'en fais, mais le fait est que je l'ai imaginée très centrée sur les personnages, que Blaise n'est même pas le personnage dont on connait le point de vue et que je ne parle pas véritablement d'oppressions. Mais à force d'y réfléchir, j'ai trouvé la raison qui justifierait, malgré tout, sa présence dans ce recueil : les espaces LGBTQI friendly ou dits safe, qui permettent d'éviter la confrontation avec les stéréotypes de genre (et donc les oppressions sur base du genre) vécues notamment par les personnes homosexuelles, mais pas seulement.
Même si les relations homosexuelles et les performances drag ne sont pas centrales ici, je vais tout de même vous en toucher un mot, même si j'espère qu'on en est plus au stade où on pense que ce sont des maladies. Honnêtement, je m'y connais très très peu sur les drags, mais j'ai quand même quelques points de repères à vous donner. Je n'ai malheureusement pas pu trouver de personnes concernées pour relire et commenter mon OS.
Commençons par le concept le plus simple : l'homosexualité. De façon très basique, il s'agit d'un ensemble de comportements (attirance, désir, amour, sexualité) orientés vers une personne du même genre que nous. Par principe, cela englobe également l'homoromantisme (aimer une personne du même genre, sans référence à la sexualité), mais ce n'est pas toujours lié. J'y reviendrai dans le cadre d'un autre portrait. Note par rapport aux personnes trans : si on est un homme homosexuel, cela inclut de facto les hommes trans également. Sinon... bah c'est transphobe. Ou alors, on aime uniquement les pénis (et ça c'est parfaitement ok). L'inverse est aussi vrai : une femme homosexuelle aime les femmes trans également, sinon c'est transphobe. Ou alors, on aime uniquement les vulves (et ça c'est parfaitement ok). J'y reviendrai également dans le cadre d'un autre portrait.
Ensuite, être drag queen, cela fait référence à une performance artistique. C'est le fait de donner une représentation sur scène, de se donner en spectacle. C'est un jeu, une pratique artistique, et ça n'est pas forcément lié à l'identité de genre (homme/femme/non binaire/...), à l'orientation sexuelle (attirances, désirs, amour, sexualité) ou à l'expression de genre de tous les jours (apparence). On peut donc y retrouver des personnes cisgenres et hétérosexuelles, même si Blaise est ici homosexuel. Pensez à ces célébrités qui jouent un rôle au cinéma, comme par exemple Eddie Redmayne (celui qui joue Norbert Dragonneau dans les Animaux fantastiques) qui a joué le rôle d'une femme dans The Danish Girl. La différence, c'est que je ne connais pas la position d'Eddie, alors qu'une personne drag réfute les stéréotypes de genre. Auparavant, ça se faisait beaucoup au théâtre, parce que seuls les hommes pouvaient se produire sur scène. Or, il fallait bien jouer des rôles de femmes. Pour autant, étaient-ils des femmes ? Ou homosexuels ? Peut-être. Mais certainement pas tous. Penser à ces fêtes (carnaval, Halloween) où vous revêtez un costume. Le fait d'être un-e prince-sse ou un-e zombie pour une journée ne retire rien de votre véritable identité. Evidemment, soyons clair-e-s là-dessus : on peut être drag queen/king en étant homo ou trans.
Point de précision : on parle de drag queen quand quelqu'un-e se performe en femme et de drag king quand on se performe en homme. N'utilisez pas le terme de "traversti-e" (et associé : travestisme) sauf si une personne l'utilise pour elle-même. C'est offensant. C'est inscrit en ce terme dans le manuel de diagnostic des maladies mentales dont je vous parlais lors du précédent portrait (et ce n'est pas une maladie mentale !).
Maintenant, on va retrousser ses manches et s'attabler à notre oppression du jour : les stéréotypes de genre. Les stéréotypes de genre sont l'ensemble des idées, en termes de comportements, attitudes, intérêts, etc. que l'on associe à une personne sur base de son genre (assigné ou pas, tout dépend de la situation). Par exemples, penser que pour être une "vraie" fille, il faut porter des talons hauts, s'épiler, être polie, sensible, et que pour être un "vrai" garçon, il faut aimer le foot, la bière et être protecteur. Ce dont il faut prendre conscience avec ces stéréotypes, c'est qu'il est idiot de penser que ça correspond à tout le monde ou que ça doit correspondre pour que quelqu'un-e soit considéré comme valable dans son identité. On peut être une femme et être sensible. On peut être un homme et mieux maîtriser ses émotions. Mais l'inverse est aussi vrai. Et il n'y a pas de mal à ça, dans l'une ou dans l'autre situation. Le problème, c'est vraiment de penser qu'on n'est pas un vrai homme si on pleure et qu'on n'est pas une vraie femme si on paraît froide dans nos affects. Le problème, c'est de penser binaire et pas diversité. Evidemment, je ne parle pas de personnes non binaires ici, puisque selon les stéréotypes de genre, on doit forcément rentrer dans l'une ou l'autre case.
Quel lien avec les personnes homosexuelles et drag ? Le mécanisme de stéréotypes de genre s'appliquent à elles. On a tendance à penser que si un homme se déhanche, il est homosexuel. Que si un homme à des manières plus distinguées, il est homosexuel. Pareil pour une femme qui boit de la bière, regarde du foot, voir rote en même temps : d'office, elle est lesbienne. Eh bien non. Ça ne s'applique pas forcément. D'ailleurs, on utilise souvent les termes "efféminé", "camionneuse", "féminin", "masculine"... Je vous encourage vivement à rayer les deux premiers mots de votre vocabulaire et à chercher le sens réel de ce que vous voulez dire. Et est-ce que c'est vraiment pertinent et respectueux de le signifier ? Je vous l'accorde, ce n'est pas un exercice facile, parce que c'est vraiment ancré en nous. Pour moi aussi, c'est compliqué ! Si j'ai envie de porter une robe, on va voir mes formes (seins, hanches, cuisses, ventre) et ma première réflexion va être de penser que j'ai une allure féminine. Si j'ai envie de porter un costume, ces formes vont être dissimulées, et ma première réflexion va être de penser que j'ai une apparence plus masculine. Or... non. C'est juste que soit on voit mes formes (qui ne sont pas féminines, donc), soit on ne les voit pas ou moins. On voit que j'ai des seins, du ventre, des cuisses, des hanches. Ou pas. Et dans l'esprit de la généralité, c'est associé à la féminité et à la masculinité, mais en fait, ça ne devrait pas l'être. Ceci dit, des personnes LGBTQI continuent à utiliser les termes par facilité d'expression. En soi, j'aurais surtout envie de vous dire : ne partez pas du principe que si vous voyez un identifié homme avec des paillettes, il est homo. Ou que c'est une femme trans. On ne peut jamais être sûr-e.
Ce qui m'amène à vous parler des espaces LGBTQI, gay friendly ou safe. Il y a des nuances, mais globalement, ce sont des lieux dans lesquels les personnes en-dehors de la norme hétérocisgenre peuvent se retrouver et être elles-mêmes, pleinement acceptées pour ce qu'elles sont, en-dehors des jugements. LGBTQI signifie Lesbiennes, Gay, Bisexuel-le-s, Transgenres, Queer et Intersexué-e-s (je parlerai plus amplement de ces notions dans d'autres Portraits). Gay friendly signifie qu'ils sont ouverts aux homosexuels. Safe signifié sécurisé, dans le sens où on peut être soi-même sans craindre les représailles à l'intérieur de ces espaces.
On parle aussi de plus en plus d'espaces LGBTQI friendly, pour ouvrir à la communauté dans son entièreté. Parce que souvent le problème, c'est que l'on parle des hommes cis homosexuels blancs valides et dyadiques (= le contraire d'intersexes). Puis les autres, on les oublie. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'on dit "gay pride" alors que non, c'est la Pride d'une ville ou d'un pays en particulier, ou la marche des fiertés si on suit la traduction choisie par les Français-es. C'est aussi pour cette raison que l'on pourrait me reprocher de parler beaucoup de relations homosexuelles entre hommes et peu entre femmes. Je l'admets. Ceci dit, c'est plus flagrant de parler de stéréotypes de genre avec des hommes plutôt qu'avec des femmes, parce que les femmes étant déjà considérées comme "faibles", ça pose moins de problème d'être "masculine". Alors qu'un homme qui est "féminin" est associé aux stéréotypes de genre des femmes et considéré comme faible, et là ça dérange beaucoup plus. Mais une fois de plus, j'aurai l'occasion d'en parler dans le cadre d'un autre Portrait (vous voyez la charge de travail que j'ai ? ahah Impossible d'être exhaustif, malheureusement).
Note par rapport à l'image des LGBTQI à travers l'homme cis homo blanc valide dyadique : Blaise est racisé. Sa couleur de peau est noire. C'est peut-être un détail pour vous, mais ça ne l'est pas. On présente souvent les personnes racisées comme plus beaux/belles/belleaux, attirant-e-s quand elles ont une couleur de peau plus claire... surtout avec des yeux bleus, n'est-ce pas ? Mais c'est du racisme de changer la couleur des yeux ou de la peau des personnes racisées pour les rendre désirables. Ne faites pas ça. Vraiment. Les personnes racisées sont déjà suffisamment invisibilisées et montrées négativement, montrez-les telles qu'elles sont. Blaise est considéré comme beau, oui. Et il est de couleur noire. Et ici, en plus, il est homosexuel. Ce n'est pas contradictoire. Respectons ça dans nos écrits.
Autre point à propos de ces espaces LGBTQI : on reproche souvent à ces espaces qu'ils fassent "ghettos". Je ne suis pas d'accord. Vu les stéréotypes de genre, on a besoin de ces espaces pour relâcher la pression, être soi-même, et pas toujours sentir le regard jugeant voir les insultes et les agressions physiques. C'est particulièrement important au tout début, quand on se découvre L, G, B, T, Q, I ou autre, pour se sentir moins seul-e, compris-e, accepté-e. Et puis nous aider à nous affirmer en-dehors. Mais on peut très bien en avoir encore besoin après. On se conseille, on se soutient, on partage des moments qui sont pas toujours ponctués par des : "mais comment t'as compris que t'étais homo/bi/pan/trans/queer/inter/... ?", "comment t'as fait ton coming out ?", "comment tes parents/ami-e-s/adelphes/profs/... l'ont pris ?". Même si c'est respectueux et bienveillant, des fois, merde, on a clairement besoin de vivre autre chose, que notre orientation sexuelle ou notre identité de genre ne soit pas l'élément central ou le cœur de nos conversations. Ou des fois, on a vraiment besoin que ça le soit, mais on ne veut pas expliquer, on veut des réponses, des pistes de réponses, des conseils, du soutien, que des personnes hétéro ou cisgenre (dont le genre assigné à la naissance correspond au genre réel) ne peuvent pas nous apporter.
Note : cette explication est valable pour tout type d'espace non mixte (qui n'admet pas les personnes non concernées) : entre femmes, entre trans, entre personnes racisées, entre personnes non valides... voir des plus précis encore. Par exemple, je fais partie de groupes Facebook tel que "queers handi", parce que c'est un espace dans lequel je peux parler de mes handicaps sans être mégenré-e. On peut donc croiser les oppressions pour être mieux compris-e.
Reste qu'avec le point de vue de Blaise, j'aurais pu développer ce qu'il se passe dans ces espaces. Mais vous pouvez voir que sans eux, les retrouvailles entre Théo et Blaise n'auraient pas eu lieu. Le fait d'être drag a eu moins le mérite de montrer un autre aspect de ces espaces (et pas uniquement : "c'est pour les homos blancs"). Si leur histoire en tant que telle avec l'idée de la vengeance est anecdotique, que c'est pour le plaisir de la lecture, vous pouvez noter un point : Théo et Blaise occupent différemment les espaces LGBTQI. Pour Blaise, c'est la majeure partie de sa vie, puisqu'il y travaille également et s'y épanouit. Il y a même rencontré ce fameux "ami" qu'il mentionne à peine. Théo, quant à lui, mène une vie "entre deux mondes". Etre éloigné du milieu LGBTQI ne le rend pas heureux et il le dit lui-même : il ne se sent vraiment à l'aise que dans ces espaces qui lui sont dédiés, même s'il a l'habitude des milieux liés à sa profession (sous-entendu côtoyés par hétéro cisgenres, en majorité, ou en tout cas dans leur représentation). Alors oui, j'aurais pu faire un point de vue Blaise... mais celui de Théo ne me semble pas moins pertinent, il est surtout différent.
Voilà, c'est déjà pas mal, je pense. Je vous donne rendez-vous dans le courant du mois de mai cette fois (je saute le mois d'avril parce que déjà chargé en posts, vous verrez) et contrairement à ce que j'avais annoncé à certain-e-s, ce sera un point de vue Harry (non prévu à la base).
Flux énergétique de scarabée* sur vous et à bientôt ! :D
* Pour celleux qui n'auraient pas vu ma note d'auteur dans le missing moment 11 de TALYPE, j'ai décidé de changer ma signature. Si vous êtes curieux-ses, allez lire pour quelle raison, sinon vous pouvez vous amuser à devine ahah
