Bonjour mes amours ! :D
A l'origine, ce quatrième portrait devait être celui de Remus Lupin. Celui-ci n'est pas encore écrit et je ne sais pas quand je pourrai vous le proposer. Mais il le sera, c'est "juste" qu'il est très complet (et complexe) et que je suis trop à fond dans ma Drarry pour me consacrer à autre chose. Bref, tout ça pour vous dire que cet OS n'aurait pas dû voir le jour ici, mais qu'il m'est apparu pertinent.
En réalité, il s'agit d'une version abrégée de l'OS cadeau écrit à l'occasion de l'anniversaire de Rose Malefoy. Version abrégée signifie ici uniquement le PoV d'Harry et rating T. Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler celleux qui ne l'aurait pas lu. J'invite quand même les autres à revoir cette histoire sous un angle différent : à travers les paroles de la chanson, en vous intéressant à ce qui précède l'acte sexuel.
Merci à Line.M, Mery-Alice Gilbert et Lyra Muushya.
Portrait 4 : Harry Potter.
"Someday we'll find it, the rainbow connection
The lovers, the dreamers, and me
Who said that every wish would be heard and answered
When wished on the morning star?
.
Someone thought of that and someone believed it
And look what it's done so far
What's so amazing that keeps us stargazing
And what do we think we might see?"
Rainbow connection, Kermit The Frog.
.
« Un jour nous la trouverons, la connexion arc-en-ciel
Les amoureux, les rêveurs et moi
Qui dit que chaque vœu sera entendu et aura une réponse
Quand on a désiré l'étoile du berger ?
.
Quelqu'un qui a pensé et quelqu'un y a cru
Et regarde à quel point ça a été loin
C'est tellement incroyable, nous sommes subjugués par les étoiles
Et que crois-tu que nous devrions voir ? »
La connexion arc-en-ciel, Kermit The Frog.
Harry tentait de trouver un passage parmi les danseurs du « Fagg'hot ». Il avait tant bien que mal tenté de s'amuser en dansant sur le rythme endiablé des chansons diffusées. Quelques hommes avaient recherché son attention, entreprenant quelques contacts physiques, si ce n'était pas des palpations franches de son anatomie.
Il devait se rendre à l'évidence : cet endroit et l'ambiance qui y régnait ne lui plaisaient pas. Lui qui s'était mis en tête qu'un coup d'un soir l'aiderait à oublier sa relation avec Dean remettait en question cette idée. Sur le principe, il n'y voyait pas d'inconvénient. Dans les faits, c'était beaucoup moins séduisant. Il restait un éternel sentimental, il avait besoin de communiquer avec des mots avant de communiquer avec le corps.
Harry soupira encore en arrivant au comptoir du bar, s'y accoudant. Il intercepta un serveur, lui demandant un Pimanas, le cocktail de la boîte. Il déboursa les six Mornilles demandées, se faisant vaguement la réflexion que ce n'était pas vraiment de cette façon qu'il avait espéré se vider les bourses.
Il soupira derechef en réalisant sa mauvaise humeur. Il n'était jamais aussi vulgaire que lorsqu'il était frustré. Et ce n'était pas une question de sexe.
Il venait de rentrer en Angleterre après avoir passé six ans en Éthiopie, pour vivre la plus désastreuse histoire d'amour de tous les temps. Il avait renoncé à son rêve de devenir Auror pour intégrer l'équipe nationale de Quidditch de son pays d'accueil. Tout ça pendant que Dean retrouvait ses racines, tout en s'initiant à l'art de la fabrication des baguettes comme apprenti artisan.
Ils avaient vécu simplement, sans prises de tête, ayant besoin de calme après la guerre. Harry aimait la compagnie de Dean, leurs discussions, allongés à la belle étoile, écoutant parfois religieusement les bruits des animaux environnants. Avec lui, il avait également exploré sa sexualité, l'appréhension de la première fois puis l'excitation des fois suivantes, apprenant les bases avant de s'exalter des manifestations de leurs corps. Puis un beau jour, toute cette quiétude s'était dissipée.
Seamus Finnigan avait fait son apparition dans la ville où ils vivaient. Les anciens meilleurs amis étaient tombés dans les bras l'un de l'autre dès que l'Irlandais avait admis avoir mal réagi à l'annonce de son homosexualité. Il avait ajouté à cela qu'il voulait rattraper le temps perdu, parce que Dean lui manquait. À partir de là, Harry avait eu la sensation de perdre son petit-ami, qui passait le plus clair de son temps avec Seamus. Une violente dispute avait éclaté le jour où Harry le lui avait reproché. Il avait claqué la porte lorsque Dean lui avait répliqué que ça avait toujours été Seamus, et que ce serait toujours lui, « à prendre ou à laisser ».
C'était il y a deux semaines. Harry était rentré au Royaume-Uni sans un regard derrière lui. D'abord en colère, il s'était ensuite résigné. Et alors qu'il effectuait des démarches pour trouver un logement et s'inscrire comme demandeur d'emploi, il avait réalisé que la vie qu'il avait menée jusqu'à présent n'avait pas été le bonheur qu'il s'était imaginé. Il y avait cru, il avait voulu y croire, mais tout ça n'avait été que façade. S'il avait aimé Dean, il n'en était pas moins une échappatoire, avec la conscience latente que leurs destinées ne se trouvait pas dans la continuité de leur existence actuelle. Ça n'avait pas été paisible, ça avait surtout été plat. Aucune passion dans leur relation.
Harry soupira pour la troisième fois consécutive. Ses divagations lui avaient presque fait oublier le lieu et ce qu'il était venu y trouver, au point d'avoir siroté son cocktail sans y prêter attention. Il s'aperçut alors qu'il avait un compagnon de comptoir, qui passait justement commande. Élancé, blond presque blanc et la peau laiteuse. De dos, il avait tout de son ancien ennemi de Poudlard, Drago Malefoy.
Il ne l'avait pas vu depuis la fin de la guerre et le fait de ne pas avoir vu de peau aussi blanche depuis des lustres amusait Harry au point d'avoir envie de découvrir à quel point l'homme ici présent pouvait ressembler à Malefoy. Il riait d'avance à l'idée de lui annoncer qu'un type homosexuel avait tant de similitudes physiques avec lui. Bien que conscient qu'il ne tenterait jamais de le retrouver pour de telles futilités, la scène qu'il imaginait avait suffi à lui rendre le sourire. Finalement, il aborderait peut-être bien quelqu'un. Ça pourrait être drôle de comparer.
Toujours accoudé au comptoir, il se pencha de manière à pouvoir observer son voisin. Et là, il se figea sous l'effet de la surprise. Il s'agissait bel et bien de Malefoy… Drago Malefoy dans un bar gay ! Le cerveau d'Harry était soudainement en ébullition. Sous le choc. Mais en voyant son ancien ennemi de Poudlard se mouvoir en réceptionnant son verre, accordant alors un regard à celui qui le dévisageait ouvertement, Harry se ressaisit.
« Malefoy ?! » s'exclama-t-il en haussant la voix pour se faire entendre par-dessus les percussions de la musique électro-metal industriel.
Ce dernier l'observa de la tête aux pieds, avant de lever un sourcil, arrivant probablement au même constat que lui : Harry Potter, dans un bar gay. Cependant, celui-ci ne parut pas aussi surpris qu'Harry lui-même.
« Comme tu peux le voir », lut Harry sur ses lèvres.
Ses lèvres. Harry faisait une fixation dessus. Elles étaient fines et semblaient s'étirer à l'infini, à l'image du corps auquel elles appartenaient. Par Merlin ! Pourquoi fallait-il que sur une boîte de nuit remplie d'hommes en tous genres, Harry s'arrête sur lui ?
Certes, il fallait l'admettre. Malefoy était tout à fait son genre. Il aimait les grands à forte carrure, sans être nécessairement musclés. Il avait également une attirance particulière pour les lèvres et pour les iris, sans pour autant avoir de préférences à ce niveau, si ce n'était de les voir s'animer au gré des émotions.
Ce qui était d'autant plus troublant puisque Malefoy ne laissait pas paraître grand-chose de ses émotions. Si du temps de Poudlard, Harry pouvait clairement discerner peur, malice ou dégoût chez son homologue, aujourd'hui la situation était bien différente. Il semblait avoir mûri et pris de l'assurance. Quoique… c'était encore autre chose. Comme s'il avait suivi un entraînement spécifique dans le but de dissimuler ses véritables ressentis.
« Alors Potter, tu trouves à ton goût ? » ironisa Malefoy en haussant la voix pour se faire entendre.
Embarrassé, Harry dévia son regard. Il se moquait ouvertement de lui… De là à savoir s'il faisait mention de sa présence pitoyablement solitaire au comptoir ou à l'observation dont il venait de faire l'objet, Harry ne pouvait en être certain.
Il se racla malgré tout la gorge, bien décidé à en savoir plus. Il ne savait plus pour quelle raison il avait initialement pris cette décision, mais il n'avait de toute façon pas bien mieux à faire ce soir-là.
« Pas vraiment. Et toi ? » répondit-il sur le même ton.
Malefoy regarda par-dessus son épaule, se contorsionnant légèrement pour jeter un œil à la piste où les danses rapprochées étaient légion. Il haussa les épaules.
« Non plus », admit-il, avant d'avaler une gorgée de son verre.
L'observant, Harry se fit la réflexion qu'il aimerait le voir ainsi faire durant des heures, dans un contexte où il pourrait mieux entendre le son de sa voix. Et qui savait, peut-être en apprendre davantage sur cette attitude désinvolte qu'il avait acquise ?
« En fait », reprit Harry sans réfléchir plus en avant, « je me disais qu'on pourrait sortir d'ici. »
Malefoy se tut si longuement qu'Harry se convainquit qu'il allait essuyer un refus.
« D'accord », accepta le premier, sous les yeux ébahis du second.
Il avala cul sec son verre sans exprimer de difficulté particulière, si bien qu'Harry en fit de même… mais la brûlure le fit, lui, grimacer. Il s'essuya les lèvres en se sentant ridicule.
Se faufilant à travers la boîte de nuit, Malefoy et Harry se dirigèrent ensemble vers la sortie. Tous deux récupérèrent leur veste au vestiaire dans l'entrée. Ce ne fut qu'une fois à l'extérieur qu'Harry réalisa qu'il n'avait aucune idée de l'endroit où ils pourraient se rendre. Il ne savait pas ce qu'était devenu Londres en son absence.
Il se frotta les mains, plus sous l'effet de la tension que par froid.
« Il y a un endroit que tu aimes bien côtoyer ? » demanda Harry à Malefoy en désespoir de cause.
« Non. Et toi ? »
« Non plus », fit Harry en grimaçant. « Je suppose qu'en marchant dans n'importe quelle direction, on trouvera un bar sans trop de difficulté. »
« Je suppose aussi », admit Malefoy.
Ils marchèrent côte à côte, en silence. Harry avait les mains dans les poches de son jeans, une fois de plus plutôt en raison de son malaise que du froid. Il n'avait jamais su comment s'y prendre pour draguer. Cho et Ginny l'appréciaient déjà quand il avait osé faire le premier pas, le ridicule n'ayant pas eu d'effets néfastes de ce fait. Quant à Dean, c'était lui qui avait manifesté son intérêt, Harry s'était contenté d'y faire écho.
Tournant au coin d'une rue, son regard fut attiré par une source lumineuse plus importante que celle d'un lampadaire. Un bar.
« Là », fit-il en guise d'avertissement.
Sans un mot, Malefoy lui emboîta le pas. En approchant, Harry tenta de comprendre où ils se trouvaient, cherchant le nom du bar. Il avisa sa gauche et sa droite avant d'entamer sa traversée, mais lorsqu'il vit l'écran de télévision à travers la vitrine, il pila.
Malefoy, qui mit une seconde pour se rendre compte de son arrêt brusque, se retourna sur lui en continuant son chemin en marche-arrière, tout en jetant un œil à la circulation, qui était quasiment inexistante à cette heure tardive.
« Tu comptes entrer ou tu as l'intention d'attendre qu'une voiture te renverse ? » s'enquit-il, un sourcil légèrement soulevé, comme s'il se demandait si Harry était un parfait idiot ou s'il l'était seulement en partie.
« C'est un bar moldu », déclara-t-il, persuadé que la mention rebuterait son ancien ennemi.
Son sourcil s'arqua davantage.
« Bien noté, Monsieur l'Auror. Dans un quartier moldu, ce même quartier où se trouve le Fagg'hot, c'est étonnant », se moqua-t-il d'une voix qui montait dans les aigus sur la fin.
Harry se sentit stupide.
« Hum ! En effet », répondit-il en se raclant la gorge. « Du coup… ça ne te dérange pas ? »
« Non. J'ai l'habitude », répliqua-t-il. « Bon, tu restes là, finalement ? »
Harry se décida à avancer jusqu'au trottoir en face de lui, l'esprit perturbé par les paroles du blond. J'ai l'habitude. Malefoy qui avait l'habitude de côtoyer des lieux moldus, c'était le monde à l'envers. Mais après tout, Malefoy qui aimait les hommes, ce n'était pas très attendu non plus. La différence entre les deux, c'était qu'il n'avait jamais caché son dégoût pour les populations non magiques, alors qu'il n'avait jamais laissé paraître son homosexualité. Il avait donc changé.
Ils entrèrent enfin dans le bar, Malefoy passant en premier et lui tenant la porte. Celui-ci prit immédiatement la direction du comptoir, Harry sur ses talons.
« Une pression, je vous prie », commanda Malefoy.
« Une deuxième pour moi », renchérit Harry, avant de s'étonner. « Tu bois de la bière, toi ? »
Malefoy s'esclaffa en payant les consommations.
« Tu n'en bois jamais, peut-être ? »
« Si, mais… je n'ai pas ta distinction », minauda Harry, rougissant en même temps.
Un sourire se dessina sur le visage de Malefoy, énigmatique. Son propre verre en main, il se pencha à l'oreille d'Harry en lui tendant le sien.
« Tu veux un secret, Potter ? » lui demanda-t-il, alors qu'Harry frissonnait. « Tu n'imagines même pas ce qui se cache derrière une réception de business men. »
Il se recula, s'éloignant en direction d'une table libre, ce qui n'était pas bien difficile étant donné que la majorité des personnes présentes étaient agglutinées autour de l'écran, qui retransmettait un match de football.
« Alors, tu travailles dans les affaires ? » voulut savoir Harry après qu'ils aient pris place autour d'une petite table bancale et collante.
« C'est ça. Je travaille pour une firme japonaise qui vient d'ouvrir un poste de directeur de service, ici à Londres. »
« C'est tout récent, si je comprends bien ? » continua Harry, soudainement curieux d'en savoir plus.
Malefoy acquiesça.
« Je reviens après avoir travaillé pendant six ans au Japon. D'abord comme stagiaire – autant dire comme sous-fifre, clairement – puis comme employé polyvalent et enfin, au bout d'un an, comme homme d'affaire. Et toi ? »
« Et moi ? » balbutia Harry, perdu, clignant des yeux dans le vide. Il était tellement absorbé par le discours de Malefoy qu'il eut du mal à comprendre. « Ah moi, heu… J'ai vécu six ans en Éthiopie. Je jouais dans l'équipe des Nundus d'Harar. »
« En Éthiopie », commenta Malefoy, appréciateur. « Donc toi aussi, tu reviens ici définitivement ? »
Harry hocha la tête, mal à l'aise. Son parcours à lui était beaucoup moins glorieux que celui de son vis-à-vis. Il n'avait aucun mérite à avoir évolué dans le sport. Il n'avait entrepris aucunes études, il avait fait ce qu'il savait déjà faire.
Malefoy tendit alors son verre devant lui, l'invitant à y entrechoquer le sien. Harry s'exécuta.
« À notre retour au pays, dans ce cas », lança le premier, portant un toast.
« À notre retour au pays », répéta Harry, qui se perdit dans le regard céruléen en face de lui.
Ils burent une première gorgée, qu'ils prirent le temps de déguster, avant de reposer leurs verres.
« Alors, que faisait le grand Harry Potter en Éthiopie ? J'imagine que tu aurais pu avoir des contrats un peu partout dans le monde avec ta renommée. Pourquoi ce pays-là en particulier ? » continua-t-il, l'observant tandis qu'il attendait véritablement une réponse.
Harry se racla la gorge, embarrassé.
« Je… heu… »
Il rougit, peu enclin à dévoiler qu'il avait tout plaqué par amour… Un amour qui n'était même pas si important que cela, au final. Enfin, ça avait duré six ans tout de même…
« Laisse-moi deviner », s'amusa son vieil ennemi. « Tu as rencontré quelqu'un et tu as agi en parfait Gryffondor pour vivre ton histoire ? »
« Hmmm… Mais je… », marmonna Harry, avant d'admettre. « Ouais, c'est ça. »
Il patienta, persuadé que Malefoy lui rirait au nez, mais il n'en fut rien. Ses lèvres s'étirèrent légèrement, puis disparurent derrière le liquide ambré tandis qu'il buvait.
Harry le quitta des yeux, en profitant pour se ressaisir. Il but à son tour une gorgée, ou plutôt deux, ce qui n'était pas une bonne idée pour calmer les battements de son cœur qui semblaient s'intensifier au fur et à mesure de la soirée. Il avait du mal à interpréter cet étrange mélange entre malaise et attraction. Il était comme aimanté à cette table collante : tout lui disait de fuir, mais il n'en avait pas envie.
« Et toi, qu'est-ce qui t'a amené au Japon ? » le questionna-t-il à son tour.
Malefoy suspendit tout geste, se perdant dans la contemplation de ses souvenirs. Pensif. Ses lèvres s'activèrent alors que son regard appartenait encore au passé.
« Je suis parti pour le défi. Le Japon est réputé pour son honneur et sa recherche de performances », commença-t-il, avant de revenir poser son regard sur Harry. Il se redressa quelque peu, comme s'il avait été pris en flagrant délit d'indécence. « J'ai appris à garder mon sang-froid dans les situations de tension les plus extrêmes, tout en gardant en tête les objectifs de rentabilité. Je peux te dire que l'Angleterre, c'est de la vinasse en comparaison. »
Harry comprenait à présent pour quelle raison il paraissait si posé par rapport à l'adolescent de Poudlard. Il était assuré, confiant, déterminé. Il respirait l'élégance et la convoitise, nul doute là-dessus. Harry n'avait tout simplement aucune chance avec lui, mais il ne comprenait pas pour quelle raison ce constat l'attristait tant. De ce fait, il se sentait toujours aussi troublé.
« Alors pourquoi tu es rentré, dans ce cas ? »
Malefoy haussa les épaules.
« Le pays me manquait. Ma mère me manquait. Et j'avais une opportunité que j'ai saisie. »
Le silence se fit durant quelques instants, et Harry nota une fois de plus à quel point son rythme cardiaque s'emballait. Ce n'était pourtant qu'une discussion… Certes, Malefoy était attrayant. Il était même pire qu'attrayant, il était à tomber. Mais tout de même… il fallait qu'il se fasse une raison. Peut-être qu'il arrête de boire pour la soirée, aussi, songea-t-il en regardant le fond de son verre.
« Tu sais déjà dans quelle équipe tu vas jouer cette année ? » s'intéressa Malefoy.
Harry releva le visage dans sa direction. Il en aurait presque oublié que le sport était une passion qu'ils partageaient. Il secoua la tête.
« Non, j'attends d'être démarché, histoire de prendre une offre qui m'intéresse. Les médias ne sont même pas encore au courant que j'ai acheté un logement dans les environs. Je ne veux pas donner l'impression aux équipes locales qu'elles ont déjà gagné. »
Malefoy acquiesça.
« C'est encore le mieux à faire, en effet. Tu pourrais redorer leur image, ceci dit », affirma Malefoy.
Harry dévoila toutes ses dents, pas peu fier. Ce sport, il faisait partie de ses gênes. Ça avait toujours été une évidence… enfin, à partir de son premier match, en tout cas. Il n'oubliait pas qu'avant cela, il avait douté de ses réelles compétences.
Non, peut-être qu'il n'avait pas fait de grandes études, mais il aimait toujours autant se lancer à toute vitesse sur son balai dernier cri à la conquête de la petite boule dorée.
« Même si la meilleure des équipes reste indiscutablement celle des… », poursuivit Malefoy.
« … Les Flèches d'Appleby », l'interrompit Harry.
« … Les Faucons de Falmouth. »
Ils s'esclaffèrent en même temps. Leur rivalité s'exprimait toujours au sujet du Quidditch, apparemment. Et Harry avait presque les yeux en cœur, passionné par leur entrain mutuel, malgré leur désaccord flagrant.
« Remarque, je pourrais bien redorer l'image des Faucons en attrapant le vif d'or pour eux. Ils doivent toujours jouer des battes pour remporter les matches, non ? » s'amusa Harry, un peu pour le provoquer, beaucoup pour le plaisir de cette connexion mutuelle.
« Alors tu occupes toujours le poste d'Attrapeur ? » répondit-il sans répondre à sa boutade.
« Tu imagines bien que je n'aurais pas accepté sinon ! » s'exclama Harry, tout sourire.
Malefoy s'esclaffa une nouvelle fois.
« Le contraire m'aurait étonné, en effet. Même si tu as pris de la carrure pour un Attrapeur. »
Harry s'empourpra. Est-ce que c'était un compliment ?
« Hm ! Merci, je suppose », bredouilla-t-il. « Les entraînements doivent avoir une influence. »
« Je n'invente rien », ajouta Malefoy, comme s'il n'avait pas noté son trouble. « Et oui, effectivement. Est-ce que ça change de ceux de Dubois ? »
Il l'observait avec l'air malicieux de celui qui sait.
« Comment est-ce que tu es au courant, toi ? » s'écria Harry en éclatant de rire face à tant de malice assumée.
« Oh Potter, un Serpentard a plus d'un jeu dans sa stratégie », affirma-t-il, mystérieux. « Puis, surtout, on avait de vilaines tendances à écouter aux portes de votre vestiaire, quand on ne s'y cachait pas franchement. »
Ils éclatèrent de rire en même temps, si naturellement qu'ils n'auraient pas pu tricher.
« Tu n'es… qu'un… vil… Serpentard ! » s'insurgea Harry, à bout de souffle.
Le concerné lui répondit d'une œillade et Harry cessa immédiatement de rire, hoquetant de surprise. Il se reprit rapidement, toussant pour dissimuler son malaise.
« Dis », commença-t-il, toujours dans l'optique de dissimuler son malaise, cette fois avec la première chose qui lui traversait l'esprit. « Tu es sûr que tu te cachais dans les vestiaires uniquement pour écouter nos tactiques ? »
Il écarquilla les yeux d'horreur en écoutant ses propres paroles. Lui qui avait voulu éviter de se sentir mal était à présent horrifié. Il aurait mieux fait de tourner sept fois sa langue dans sa bouche… Mais Malefoy ne sembla pas le moins du monde offusqué. Un sourcil arqué, il affichait une mine amusée.
« Qu'est-ce que tu sous-entends, Potter ? Que je vous matais ? » répondit-il en jouant des arcades.
Harry déglutit. Quitte à être pris à son propre jeu, autant jouer…
« Allez, avoue qu'il devait bien y en avoir un qui te plaisait ! »
Malefoy se fendit un immense sourire, un sourire de vainqueur.
« Joker », déclara-t-il en se relâchant physiquement, allant jusqu'à s'appuyer contre le dossier de sa chaise et à tendre une jambe.
Harry le dévora littéralement des yeux alors que le blond portait son verre à ses lèvres, le regard rivé dans le sien jusqu'à ce que le contenant rende leur contact visuel laborieux. Malefoy reposa son verre, vide, avant d'accrocher ses pupilles aux siennes. Le gris brillait sous l'effet de l'alcoolisation.
Maintenant, il avait envie de savoir.
« Je me dois d'insister », persista Harry.
Sans le lâcher, Malefoy reprit la parole.
« Très bien. Mais je reprends un verre, d'abord. »
Il leva le bras en direction du serveur, le hélant.
« Je reprendrai une deuxième pression, s'il vous plaît. »
« Moi aussi », enchaîna Harry.
« Tout de suite, messieurs. »
Harry se mordit la lèvre. Ne s'était-il pas vaguement promis de cesser de boire pour ce soir ? Trop tard… À défaut, il vida le reste de son verre d'une traite, sentant les effets sur son organisme. Il avait la sensation d'être possédé par une entité maltée… orgique, pensa-t-il, riant intérieurement de son jeu de mots.
O.K., il avait trop bu.
Le serveur leur apporta leurs consommations, qu'Harry paya cette fois. Malefoy lui tendit une fois encore son verre pour qu'ils trinquent, et Harry nota qu'il avait de plus en plus de mal à soutenir son regard. Etait-ce possible d'avoir des iris aussi intenses ?
« Alors ? » murmura Harry après un silence prolongé.
« Le choix n'est pas très vaste », tergiversa-t-il.
« En effet. »
« Il y a quand même eu quelques changements, des remplacements… »
Harry déglutit. Pourquoi avait-il une mauvaise impression ?
« Dean Thomas », lâcha Malefoy.
« Quoi ?! » protesta Harry, avant de se reprendre. « Dean, sérieusement ? »
Malefoy haussa les épaules, désinvolte, reprenant une gorgée de sa bière.
« Admets qu'il est plutôt pas mal. »
Harry grommela dans sa barbe inexistante. Un peu qu'il était pas mal. On pouvait dire qu'il avait eu l'occasion de l'étudier sous toutes ses coutures…
« Ouais, il est pas mal… », admit-il à demi-mot.
« Jaloux que ta célébrité ait ses limites, Potter ? » le taquina Malefoy.
Cette fois, Harry grogna franchement.
« Ce n'est pas une question de célébrité », râla-t-il. « C'est juste que… »
« C'est juste que ? » releva Malefoy alors qu'il ne terminait pas sa phrase.
Harry soupira.
« C'est juste que moi aussi, je le trouve plutôt pas mal. À tout niveau, si tu vois ce que je veux dire », ajouta-t-il en baissant le ton de sa voix sur la fin.
Malefoy lui sourit, entre amusement et douceur.
« Thomas est Éthiopien, n'est-ce pas ? »
Harry se figea. Touché. Coulé. Enfin, grillé, surtout.
« Dean est Éthiopien », confirma-t-il en se raclant la gorge, gêné.
Malefoy hocha la tête, mais ne commenta pas davantage.
Il y eut soudainement de l'animation derrière lui et Harry se retourna. Des cris de déception, des poings sur les tables et des soupirs. Apparemment, l'équipe supportée par les moldus avait perdu. Il fronça les sourcils, réalisant qu'il n'avait pas entendu le moindre bruit de leur part jusqu'à présent. Étrange… Pourtant, des moldus devant un match de football, c'était la même chose que des sorciers devant un match de Quidditch. Il secoua la tête, reportant son attention sur Malefoy. Ce n'était pas si important.
Ce dernier était toujours appuyé sur le dossier de sa chaise, l'observant sans gêne. Harry se sentit rougir. Il lui semblait que jamais personne ne l'avait regardé de cette façon. Il n'en restait pas moins incapable de décrire ce que représentait cette façon en particulier.
Après tout, il n'avait que les regards de Dean comme comparaison. Et il n'avait jamais été très doué pour draguer ou pour décoder ce qui constituait de la drague.
« Messieurs-dames », lança alors le barman en haussant la voix pour se faire entendre de sa clientèle. « L'établissement va bientôt fermer ses portes. Je vous demanderai donc de terminer vos verres et de ne pas trop tarder à quitter les lieux. »
Harry regarda tour à tour Malefoy et son verre. Il n'avait pas envie de partir. Il n'avait pas envie de devoir dire au revoir à son ancien rival. Il ne voulait pas que la nuit se termine, il voulait au contraire qu'elle se prolonge.
Terminant leurs verres malgré tout, ils remirent leurs vestes et sortirent du bar en souhaitant la bonne nuit à son tenancier.
Malefoy et Harry se retrouvèrent sur le trottoir, se faisant face. Harry se sentit brusquement nerveux, au point de ressentir de l'étourdissement. Il baissa les yeux, observant avec attention ses chaussures qui se mouvaient en écho avec la tension qu'il ressentait.
Tout était confus pour lui. Il avait véritablement passé une bonne soirée à discuter avec son ancien ennemi. Ça n'avait pas du tout était le programme initial, mais en fin de compte, il sentait que ça lui correspondait davantage. Et maintenant… et maintenant, il ne voulait pas que ça s'achève. S'il y avait une personne avec laquelle il avait envie de conclure, c'était bien lui. Pas Malefoy, celui qui lui en avait fait voir de toutes les couleurs durant leur adolescence, mais Malefoy, celui qui lui faisait découvrir d'autres couleurs.
Des couleurs arc-en-ciel.
Nous y voilà !
Avant de rentrer dans le vif du sujet, je voulais attirer votre attention sur quelque chose : le nom de la boîte de nuit. Il s'agit d'un jeu de mots tiré de l'anglais : faggot signifie tapette, pédé (et aussi boulette de viande, pour l'anecdote. Oui, ça me fait rire). Fagg' est sa contraction, hot signifie chaud, canon. Clairement, c'est un lieu de consommation sexuelle. Ce que je voulais vous dire à ce sujet, c'est que faggot est une insulte, que les gays se sont réappropriée, au même titre que queer (qui va même plus loin, puisque c'est un parapluie d'identités). Celui-ci ne peut donc pas être utilisé par n'importe qui, tout comme les blagues sur des minorités.
Pour en venir au thème de cet OS, c'est assez particulier, parce que ça touche à quelque chose que l'on ne met généralement pas en mots : cette connexion qui précède la naissance de sentiments ou d'un désir sexuel. La frontière entre les deux est d'ailleurs très tenue. Comme pour tout, il y a la théorie et il y a la réalité, et les frontières se situent à différents endroits et sont de différentes intensités selon qui l'on est et avec qui nous sommes en interaction. Aujourd'hui, je vais donc vous parler de deux sujets très vastes, que l'on associe habituellement, mais qui ne le sont pas forcément : l'asexualité et l'aromantisme.
Je vous vois déjà froncer les sourcils : quel rapport avec cet OS, sachant qu'Harry est clairement attiré par Drago et que, pour celleux qui ont lu l'OS dans son entièreté (voir I need more of you), on sait qu'ils vont avoir un rapport sexuel ? Je ne vais pas vous expliquer les signes du désir ni de l'attirance ni de l'amour, tout simplement parce que ça sort du cadre des oppressions en tant que telles, mais sachez que c'est beaucoup plus complexe que ça en a l'air et que c'est variable d'une personne à l'autre. D'ailleurs, l'asexualité et l'aromantisme sont des spectres, c'est-à-dire des échelles sur lesquelles chacun-e se place différemment, et il y a fort à parier que ça vous parlera un minimum.
En fait, il y a deux extrémités : les personnes dites allosexuelles (qui éprouvent du désir sexuel dans des contextes très variés) et alloromantiques (qui n'ont pas spécialement besoin d'un contexte pour tomber amoureuses ou être attirées) et les personnes dites asexuelles (les personnes qui n'éprouvent pas de désir sexuel) et aromantiques (les personnes qui n'éprouvent pas de sentiments amoureux). Entre les deux, il y a une multitude d'orientations sexuelles et/ou romantiques, qui représentent à elles seules des façons de se définir.
Quelques exemples :
- les personnes demisexuelles ou demiromantiques ont besoin d'établir un lien, de bien connaître une personne avant d'éprouver du désir sexuel (comme Ginny dans Tu as les yeux de ton père, Elia) ou des sentiments amoureux.
- les personnes greysexuelles ou greyromantiques ont besoin d'un contexte particulier pour éprouver du désir sexuel (comme Marnie dans Tu as les yeux de ton père, Elia) ou des sentiments amoureux.
- les personnes sapiosexuelles ou sapioromantiques ont besoin d'une connection intellectuelle et/ou spirituelle pour éprouver du désir sexuel (c'est le cas d'Harry dans cet OS) ou ressentir des sentiments amoureux.
- etc.
A noter que par facilité d'exposé, je présente conjointement (a)sexualité et (a)romantisme, mais l'on peut parfaitement les scinder. Par exemple, on peut se dire hétérosexuel-le et aromantique, comme Mattheys dans ma fiction longue Tu as les yeux de ton père, Elia (et donc, éprouver du désir sexuel mais pas de sentiments amoureux). Toujours avec Mattheys comme exemple : les exceptions ne remettent pas en question la façon de se définir, sauf si les personnes elles-mêmes le ressentent de cette façon. Ainsi, Mattheys peut être (ou pas héhé) amoureux d'Elia mais toujours être aromantique. D'ailleurs, on peut se donner publiquement cette étiquette et en fait, se situer quelque part sur le spectre. Parce que tout simplement, si on n'a pas envie de le dire, bah c'est notre droit. Tout comme on peut se définir asexuel-le et avoir des rapports sexuels ! Ca ne veut pas dire que le sexe rebute. Ca peut être le cas, mais parfois on le fait parce qu'on en a envie. Ca va au-delà du désir sexuel, d'un besoin physique, il y a une interaction avec une autre personne (ou plusieurs autres) et c'est ce que l'on peut rechercher. Si vous trouvez tout cela compliqué, il y a fort à parier que vous n'êtes pas concerné-e. Et c'est parfaitement ok. Il faut simplement respecter celleux qui le sont.
Certain-e-s me diront : mais pourquoi a-t-on besoin de toutes ces étiquettes ? Eh bien parce que la société confond tellement tout (attirance, sensualité, désir, esthétique, romantisme) que certaines personnes ne s'y reconnaissent pas. Moi, par exemple, je ne définis pas de la même façon mon orientation romantique de mon orientation sexuelle, ni même de mon attirance esthétique. J'ai plus de mal avec l'attirance sensuelle, mais ça a du sens pour d'autres personnes de faire la différence.
Ces étiquettes, elles n'ont pas forcément pour vocation d'être développées et expliquées : elles nous appartiennent. Elles permettent de mieux nous comprendre et de savoir ce que l'on attend d'une relation, quelle qu'elle soit. Par exemple, on peut vouloir être en couple, mais avoir besoin de temps pour développer des sentiments (forme d'aromantisme) ou pour développer du désir sexuel (forme d'asexualité). Mais aussi pouvoir être en couple et redéfinir totalement les raisons de cette union : est-ce de l'amour sans rapprochement physique ? Est-ce une relation charnelle sans éprouver de sentiments ? Cela ne peut concerner qu'une seule personne et pas l'autre (ou les autres) et puis ouvrir des compromis. Par exemple, si on est asexuel-le, être d'accord avec le fait que saon conjoint-e aille voir ailleurs pour combler ses besoins. Les règles, c'est vous qui les créez, dans votre couple, ce n'est pas à la société de vous les imposer.
C'est là que le bât blesse.
Toutes sortes de règles informelles existent, et si on ne les suit pas, on est jugé-e et on nous pousse à rentrer dans le moule. Des exemples ? Eh bien déjà, il faut être couple, sinon c'est bizarre, surtout quand ça devient un "long" célibat. Et il faut être amoureux-se, mais pas trop, sinon c'est de la dépendance affective. Après un certain temps, il faut penser à s'engager : fiançailles, mariage, cohabitation, enfants... On doit être fidèle-s, sous-entendu ne pas aller voir ailleurs (alors que la fidélité, ce n'est pas ça : c'est respecter les règles décidées au sein du couple, ce qui est bien différent). On doit avoir des gestes d'affection, mais pas trop, sinon c'est gênant. On doit aimer le sexe, et si on n'aime pas ça, bah il faut quand même, c'est le devoir conjugal (non et re-non : respect et consentement. Sinon, c'est du viol). Dans les faits, il y aura des remarques, des moqueries, des tentatives de "remettre sur le droit chemin", des jugements de valeurs ("faire la morale"), des pressions pour des rancards, etc.
Comme je vous le disais un peu plus haut, les règles, c'est vous qui les créez. J'y reviendrai. Parce que cela porte un nom particulier lorsque le couple sort des conventions, et j'ai envie de développer ça avec vous : c'est le queerplatonisme.
C'est le moment d'aller reposer vos cerveaux en ébullition. Flux énergétique de scarabée sur vous,
Cailean.
