Merci pour les coms, ça me fait super plaisir ! Je suis contente de vous retrouver sur Zorro, ça faisait (trop) longtemps. J'espère que cette suite vous plaira !
2 – L'arrivée de la diligence
L'arrivée de la diligence était attendue avec impatience. Elle amenait avec elle le courrier et des nouvelles des autres villes, des pays plus lointain et des rumeurs dont les commères se faisaient les choux gras. Elle arrivait dans un nuage de poussière, suscitant l'imaginaire pendant quelques minutes. Puis elle déversait son lot de voyageurs aux airs d'ailleurs. Là se jouait les discussions du pueblo pour les semaines à venir. Qui arrivait à Los Angeles ? Pour quoi ? Pour combien de temps ? Il y avait matière à échanger pendant des jours rien que sur la descente des marches des voyageurs.
L'entrée de la diligence se jour-là se fit donc avec la même impatience. Les gens s'affairaient mine de rien, mais personne n'était dupe. Tout le monde attendait de savoir qui étaient les arrivants, même en étant le plus discret possible.
Don Nacho, don Alejandro et Bernardo n'échappaient pas à la règle. Les deux amis discutaient dans la rue sans quitter des yeux l'attelage. Le señor Torres expliquait combien Benito avait changé depuis qu'il fréquentait assidûment la mission pour acquérir le savoir et les manières qu'il estimait nécessaire pour conquérir la main d'Elena Torres. Don Nacho n'avait jamais rien demandé de tel au jeune homme, mais celui-ci avait ainsi su faire taire ses réserves quant à ses prétentions de mariage avec sa fille. Il avait aussi pu voir comme Elena était touchée par sa sincérité. La jeune femme avait fini par demander à son père de l'accepter comme prétendant. Les jeunes gens se fréquentaient comme le voulait les conventions sociales, toujours surveillés, mais la duègne s'éloignait de plus en plus d'eux pour les laisser discuter. Don Nacho estimait pouvoir annoncer leurs fiançailles avant la fin de l'année.
Il en était là de ses explications quand la porte de la diligence s'ouvrit. Une jeune femme d'une vingtaine d'année à la peau pâle et aux grands yeux noirs apparut. Le cocher tendit son bras pour l'aider. Elle descendit les marches avec grâce et assurance alors que les yeux se rivaient sur elle et que se murmuraient des compliments sur sa beauté.
– Lolita ! reprocha une voix à l'intérieur de la voiture pour s'être aventurer dehors la première.
La jeune femme eut une moue contrite qui n'avait rien de sincère tandis que ses parents la rejoignaient.
– Ma fille, que t'ai-je donc enseigné ?
L'homme, pas très grand tout comme elle mais robuste, lui faisait les gros yeux. La femme posa une main apaisante sur son bras.
– Pas d'esclandre, mon ami.
Avec un soupir, Carlos Pulido lui donna raison.
– Tu as raison, je ne devrais pas m'emporter.
Ce n'était bon ni pour ses nerfs, ni pour la quiétude familiale.
– Ne vous inquiétez pas ! s'exclama alors un autre voyageur en apparaissant à la lumière du soleil. Il n'y a rien de grave !
Vêtu d'un costume brun rutilant, il avait les manières d'un hidalgo.
– Vous avez raison, señor Del Amo, bien sûr, capitula don Carlos face aux regards posés sur eux.
Alejandro de la Vega et Bernardo fronçaient les sourcils. L'arrivée de Ricardo Del Amo au pueblo n'était pas la meilleure des nouvelles. Le jeune homme était comme à son habitude. Il parlait fort à grands recours de gestes. Ses manières élégantes flirtaient avec l'insolence et la malice dans ses yeux n'avait pas disparu depuis la dernière fois qu'ils l'avaient vu à Monterey, il y avait déjà plus d'un an.
Il parut évident au bout de quelques minutes que Ricardo faisait la cour à la señorita. Évident aussi qu'elle n'avait rien à faire de lui et le tolérait par égard pour ses parents. Doña Catalina ne semblait pas apprécier son exubérance mais être résolue à l'accepter. Don Carlos en faisait un peu trop pour être honnête et chacun put conclure que la señorita Pulido devait être fille unique et d'un caractère difficile pour que ses parents en soient rendus à vouloir la lier au señor Del Amo.
L'arrivée du sergent Garcia pour contrôler les voyageurs mit fin à la curiosité des habitants. Don Nacho et don Alejandro convinrent qu'ils salueraient les arrivants quand ils en auraient fini des contrôles. Il se dirigèrent vers la taverne, Bernardo sur les talons.
– Que venez-vous faire à Los Angeles ? demanda le sergent Garcia avec sa bonhommie habituelle une fois faites les présentations.
– Nous rejoignons l'hacienda de mon frère pour y régler des affaires. Quand il a hérité de la maison de nos parents et j'ai choisi de m'installer à Santa Barbara, nous n'avons jamais totalement réglé les partages de terrain. Je viens mettre les choses en ordre et visiter la famille. Bien entendu, ma femme et ma fille m'accompagnent.
– Oh, vous êtes le frère d'Ernesto Pulido !
– Et moi je suis Ricardo Del Amo, sergent, intervint Ricardo, mais vous vous souvenez de moi j'en suis certain.
Le sergent fronça les sourcils alors que des souvenirs revenaient à sa mémoire.
– Je m'en souviens bien, señor César.
– Hum... nous pouvons peut-être oublier ce regrettable incident ?
Son air embêté amusa la señorita Pulido au plus haut point.
– Señor César, vous dites ? Intéressant. J'espère que vous pourrez me raconter cette histoire, sergent Garcia. J'aime les histoires, particulièrement celles sur le señor Del Amo.
Ricardo se décomposa, au plus grand bonheur de la jeune femme. Elle n'avait pu l'éconduire jusqu'à présent mais devinait bientôt avoir plusieurs motifs pour le faire.
– Lolita ! s'offusqua doña Catalina à sa réaction. Ce n'est pas la conduite que doit avoir une personne convenable !
Lolita opina tout en gardant l'idée dans un coin de sa tête.
– Sergent, reprit Ricardo, vous pourrez me renseigner j'en suis sûr.
– Ah oui ?
– Oui. Je pensais rendre visite à mon vieil ami Diego de la Vega. Savez-vous s'il est chez lui ?
– Don Diego se trouve à son hacienda. Don Alejandro est venu au pueblo seulement accompagné de Bernardo aujourd'hui.
– Vous pensez à vous faire inviter chez lui ? s'enquit Lolita. Vous n'avez donc pas de pied à terre dans la région ? Ou une chambre à la taverne est-elle une pensée si horrible que ça ?
– Lolita ! s'écrièrent ses parents.
Elle ne s'excusa pas pour autant. Tandis que don Carlos se répandait en excuse et que Ricardo assurait qu'une chambre à la taverne conviendrait, Lolita s'éloigna vers les étals de la place. Une femme d'une trentaine d'années, à peu près aussi grande qu'elle, vendait des tissus et des foulards. Les motifs étaient originaux, elle n'imaginait pas en trouver de la sorte à Los Angeles.
– Puis-je vous aider, señorita ?
– Un autre jour peut-être. Je me contenterai de regarder aujourd'hui.
– Bien, señorita. N'hésitez pas si vous avez besoin de services de couture, demandez Sylvia.
Lolita hocha la tête en promettant qu'elle y penserait. La couturière était une femme sympathique. La señorita indiqua ses parents, le sergent et Ricardo qui discutaient toujours alors que la diligence était partie.
– Je résiderai à l'hacienda Pulido. Vous devez connaître.
– Don Ernesto et doña Constancia, sí. Vous êtes leur nièce ?
– Oui.
– Votre cousine, Estrella fait souvent appel à moi pour ses tenues.
– Ah oui ?
– Elle les abîme souvent, au désespoir de doña Constancia.
Estrella Pulido avait toujours suivi ses deux frères partout depuis toute petite. Les vêtements de la petite fille n'avaient jamais supporté le traitement qu'elle leur infligeait, à l'inverse des tenues des garçons.
En grandissant, elle ne s'était pas assagie. Si Romualdo, l'aîné, était devenu plus posé lors de son mariage et à la naissance de ses deux enfants, ce n'était pas le cas des deux autres, Estrella et Roman. Ils étaient plutôt du genre de tempérament de Ricardo Del Amo.
– Ma cousine n'est pas du genre à rester enfermée, confirma Lolita.
À vrai dire, elle non plus.
