NdA : Merci pour les commentaires ! C'est chouette que l'histoire vous plaise. :-) D'autant qu'entre ce que j'imaginais au départ et ce que ça a donné... disons simplement que les personnages n'en ont fait qu'à leur tête. D'ailleurs, vous le constaterez aujourd'hui avec don Alejandro, qui n'a pas apprécié le départ de son fils de fête. Mais alors pas du tout !
6 – Le réveil fut difficile
Le réveil fut difficile. Diego ne pouvait se lever tard et était de mauvaise humeur après sa courte nuit. Il avait réussi la veille à échapper à la fête en prétextant un horrible mal de tête. Réussissant sans peine à ce que Garcia lui propose de rentrer, il avait rappelé qu'il était venu accompagné de son père. Ce à quoi le bon sergent avait promis qu'il le raccompagnerait lui-même à l'hacienda avec le cheval du capitaine Toledano tandis que celui-ci prendrait la voiture avec sa femme. Diego avait donc pu s'esquiver de la fête avec Bernardo, revenir à l'hacienda familiale et aller patrouiller comme Zorro.
Seulement ça n'avait rien donné. Il n'avait surpris aucun voleur et à présent devait faire face à son père qui n'avait pas du tout apprécié son départ anticipé de l'hacienda Pulido.
Il n'imaginait pas une seule seconde que cette simple patrouille comme il en avait tant fait put avoir autant de conséquences. Il allait bientôt l'apprendre.
Les mots de Javier Montebello avaient conduit don Alejandro à repenser les choses sous un nouveau jour. Il devait voir son fils tel qu'il était. Le notaire avait donné plusieurs arguments qui auraient pu le rendre plus conciliant avec son fils. Jusqu'à ce qu'il découvre que celui-ci avait quitté la soirée.
Il s'était demandé si Diego ne s'était pas arrangé pour lui mettre Garcia et Reyes dans les pattes afin de filer sans qu'il s'en rende compte. Ce n'était qu'en terminant la conversation avec le notaire qu'il s'était aperçu de l'absence de Diego et Bernardo. Il avait dû se résoudre à demander à Ricardo Del Amo ce qu'il était advenu de son fils et celui-ci n'avait pas mâché ses mots sur la conduite de Diego avec Lolita Pulido. Il était peut-être jaloux, il n'en restait pas moins que la señorita avait confirmé les mots déplacés qu'il avait eu à son encontre pour terminer la danse. Suite à cela, le capitaine Toledano en personne était venu lui expliquer que ce n'était en rien un problème qu'il prenne la voiture avec sa femme pour rentrer à la caserne afin que Diego, migraineux, puisse rentrer chez lui. Le militaire était sincère, la conduite du jeune homme ne l'offusquait pas. Ce n'était pas le cas d'Alejandro.
Pour couronner le tout, Crescencia avait fait barrage pour qu'il ne force pas la porte de sa chambre en rentrant à l'hacienda afin de le laisser dormir. Elle travaillait pour eux depuis longtemps et il avait un profond respect pour elle. Néanmoins cela avait sauté aux yeux du notable, il s'était vu refuser par une domestique le loisir de sortir son fils du lit par la peau du cou parce qu'elle lui avait trouvé un teint affreux. C'était l'ultime humiliation après la fin de soirée exécrable qu'il avait passé. Il était plus furieux que jamais !
– Père ? s'inquiéta Diego devant son long silence.
– Tu m'as fait honte ! accusa-t-il avec une colère qu'il n'avait jamais eu jusqu'à présent.
Abasourdi par le ton employé par son père, Diego se figea.
– Tu as insulté Lolita Pulido, empêché Ricardo de lui faire la cour, ceci seul est contraire à la conduite d'un caballero. Don Carlos pourrait te provoquer en duel pour moins que ça !
– Lolita a mal compris ce que je voulais dire, je vous assure.
– Tu ne t'es pas excusé pour autant et as laissé se poursuivre le malentendu !
– Qu'aurais-je dû faire ? Comme vous l'avez rappelé, c'est Ricardo qui lui fait la cour.
– Es-tu donc stupide ?
La remarqua fit l'effet d'une claque à Diego qui se tint coi. Il ne pensait pas avoir atteint les limites de son père à ce point. Alejandro poursuivit sans mâcher ses mots.
– J'aurais pu accepter ton caractère doux pour ne pas dire paresseux voire inutile, mais tu n'as en réalité pas une once de bon sens ! Tu sembles avoir oublié tout ce qui fait un caballero ! Sais-tu comment j'ai eu honte quand le capitaine Toledano s'est excusé en ton nom ? Tu es parti comme un voleur !
– J'avais la migraine et…
– Parlons-en de ta migraine ! Elle ne t'empêche pas d'aller boire à la taverne avec le sergent et le caporal ! Tu te trouves des excuses pour ne rien faire !
– Je suis désolé, père, je ne voulais pas vous mettre en défaut lors de la fête.
– Il est trop tard pour tes excuses. J'ai dû déployer d'innombrables efforts pour que don Carlos et don Ernesto pardonnent ta conduite. Car Ricardo ne s'est pas privé pour la leur rapporter !
– Je vous ai dit qu'il y avait méprise. Je…
– Tu n'étais pas là ! Qui aurait pu croire autre chose que les paroles de Ricardo ? Je déplore parfois son comportement mais il est bien plus caballero que tu ne le seras jamais !
– Père !
– Il suffit ! Je n'ai aucune envie de t'entendre ! Don Carlos a accepté mes excuses pour ton comportement avec Lolita. J'ai dit qu'il y avait eu méprise, comme tu me le répètes si bien, car tu ne te sentais pas bien. Don Ernesto a pu ainsi accepter facilement ton départ.
Diego fronça les sourcils aux explications.
– Vous voulez dire que tout est réglé ?
– Réglé ?
Don Alejandro se dressa de toute sa hauteur et toisa son fils.
– Estrella t'a imité, scellant son cheval préféré pour une balade au clair de lune en pleine fête car elle ne s'y amusait plus !
– Ce n'est pas son genre. Il doit y avoir une autre explication ! Moi-même…
Les mots moururent sur ses lèvres tandis qu'il comprenait la véritable méprise qu'il y avait pu y avoir la veille pour les invités à les voir disparaître tous les deux.
Son père reprit.
– J'ai pris conscience que tu ne changerais pas, qu'importe les excuses que peuvent te fournir Javier Montebello, le capitaine Toledano ou le sergent Garcia. De la même façon la fille d'Ernesto ne changera pas. Nous avons donc décidé qu'Estrella et toi vous marierez dans six mois.
– Nous marier !? s'écria Diego stupéfait. Mais père nous ne pouvons pas !
– Tu peux trouver toutes les excuses que tu veux, c'est acté. Nous l'avons annoncé à tous les invités hier soir.
– Quoi !?
– Si l'un de vous avait-été là, les choses auraient pu être différentes. Vous ne nous avez pas laissés le choix.
– Père !
– Estrella et toi avez disparu pendant la fête ! Que crois-tu qu'ont dit les gens ? Nous ne pouvions que sauver le peu d'apparences qu'il nous restait encore !
– Mais nous n'étions pas ensemble ! J'étais ici et elle… eh bien, elle pourra assurément dire où !
– Qui peut le prouver ?
– Père !
– Je n'en ferai rien. Si on me demande, je soutiendrai que tu étais avec Estrella. Don Ernesto en fera de même. Nous dirons également que Bernardo et Sylvia étaient avec vous. Ils n'ont peut-être rien d'une duègne, mais au moins nous sauvons l'honneur.
– Sylvia ? Si elle était aussi absente, c'est qu'Estrella l'a raccompagnée chez elle ! Père, cette affaire est ridicule !
– Ton comportement l'est tout autant. Inutile d'en parler davantage, tu épouseras Estrella que cela te plaise ou non !
.
Bernardo eut toutes les peines du monde à faire réagir Diego quand son père eut quitté le salon. Choqué, le jeune homme s'était effondré dans un fauteuil. Il ne parvenait pas à comprendre comment la situation avait pu lui échapper à ce point.
Alejandro aurait pu commencer à accepter la nature de son fils après avoir discuté avec Javier Montebello. Diego s'était dit que le capitaine Toledano et lui pouvaient avoir du poids afin de le faire voir autrement. Son père aurait pu accepter l'indolent Diego. Les événements avaient pourtant pris une tournure qui le dépassait. Alejandro et Ernesto Pulido avait pris une décision radicale : le mariage avec Estrella.
Il comprenait les explications de son père, mais il ne parvenait toujours pas à admettre qu'il aie poussé sa chance trop loin. Sa fuite hier soir était la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Don Alejandro avait atteint ses limites.
Il en était là de ses réflexions quand le sergent Garcia fut annoncé. Le militaire voulait être le premier à le féliciter.
– C'est une excellente nouvelle, don Diego ! se réjouissait le sergent alors que le concerné nageait en plein cauchemar. Tout le monde était ravi de la nouvelle quand don Ernesto et votre père l'ont annoncé hier soir. Un mariage, c'est fabuleux !
– Comme vous dites, sergent.
– J'ai annoncé la nouvelle à padre Felipe, vous ne m'en voulez pas ?
– Padre Felipe ?
– Il est venu à la caserne ce matin.
– Quelque chose est arrivé !? s'exclama Diego avec inquiétude.
– Rien, rien ! Le padre a l'impression qu'un rôdeur est dans les parages. Il est persuadé que la mission a été visitée mais rien ne manque ni n'a été dérangé. C'est seulement une impression. Le caporal et des lanciers vont surveiller la mission quelques jours malgré tout. On n'est jamais trop prudent, n'est-ce-pas don Diego ?
– Oui, on n'est jamais trop prudent, acquiesça-t-il dépité.
Zorro n'avait rien trouvé lors de sa patrouille. Quitter la fête n'avait servi à rien et il était maintenant fiancé. Si quelqu'un avait assurément manqué de prudence, c'était lui.
