7 – Don Ernesto menait les affaires
Don Ernesto menait les affaires d'une main de fer. Sa dernière recrue en fit les frais. Il renvoya Sancho, le nouveau vaquero qu'il venait d'engager, avec autorité sans place pour la discussion. Il n'aimait pas trop l'homme, mais il était à court de personnel et le futur mariage nécessitait plus d'employés. D'autres haciendas engageaient également des saisonniers en ce moment. On arrivait au moment fort de l'année avec le bétail et les récoltes.
Estrella avait piqué une colère quand elle avait appris la nouvelle au réveil. La fiancer simplement parce qu'elle avait raccompagné une amie au pueblo la mettait en rage. Son père n'avait pas cédé. Il l'avait trop fait par le passé, il payait dorénavant le prix de ses caprices.
Sylvia s'était présentée chez eux une heure plus tôt pour s'excuser d'avoir mené à une telle situation. Elle n'était responsable en rien, Ernersto le lui avait fait comprendre avant de lui demander de réaliser la robe de mariée de sa fille. Estrella avait juré qu'elle la réduirait en lambeaux le matin même lors de leur dispute, il doutait qu'elle passe véritablement à l'acte si le travail était réalisé par son amie couturière.
De toute manière, Ernesto obligerait sa fille d'une façon ou d'une autre à aller jusqu'à l'autel. Il était même prêt à la marier de force à Diego de la Vega si cela pouvait faire taire les mauvaises langues et assagir sa fille. Il l'aimait, mais il était au bout de ce qu'il pouvait endurer. Il se demandait pourquoi le ciel lui infligeait une telle épreuve. Avant de se souvenir de la première fois où il l'avait tenu dans ses bras...
Secouant la tête, il convia son fils aîné à entrer dans son bureau. Ils avaient du travail.
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Estrella faisait les cent pas dans la cour arrière sous les yeux de sa cousine et leur amie commune.
– Comment père a-t-il pu nous fiancer ?
– Oncle Ernesto ne veut que ton bien.
– Mon bien ? Ha ! C'est la meilleure !
Personne n'arriverait à lui faire croire ça. Son père voulait surtout la paix. La marier aux de la Vega, c'était envoyer ailleurs le problème. Car Estrella était lucide, pour son père, elle était un problème.
Un domestique vint leur annoncer que Ricardo Del Amo était arrivé. Ce fut au tour de Lolita de faire la tête.
– Oncle Carlos ne veut que ton bien, lui retourna Estrella.
– Oh, ce n'est pas drôle.
Ça ne l'était pas, mais la pique fit du bien à Estrella. Au moins sa cousine comprenait-elle maintenant ce qu'elle ressentait.
Ricardo pénétra dans la cour d'un pas vif, suivi par Diego et Bernardo.
– J'ignorais que vous étiez là aussi, s'étonna Estrella.
– Nous sommes arrivés après le départ de votre domestique pour venir annoncer Ricardo, expliqua Diego. Pouvons-nous parler ?
Elle acquiesça et ils s'isolèrent. Pendant ce temps Ricardo, guitare en main, se proposait de jouer un morceau à Lolita. Bernardo et Sylvia décidèrent de concert qu'ils devaient entraver son projet. Tandis que le premier faisait tout pour améliorer son confort, l'interrompant successivement pour lui offrir un siège, à boire ou autre, la seconde accaparait Lolita dans une discussion. Tournant ostensiblement le dos à son prétendant, la señorita ne quittait pas des yeux Diego et sa cousine.
– Je n'ai pu convaincre mon père de renoncer, déplorait le jeune homme.
– Je n'ai pas réussi non plus, soupira Estrella. Je crains que nous soyons coincés cette fois-ci, Diego.
– Renoncez-vous ?
– Je n'ai nullement l'intention de vous épouser. S'il faut en passer par là, je dirai non devant le prêtre à l'église, mais j'aimerais autant régler la situation en amont et ne pas en arriver là.
– Je suis d'accord avec vous, Estrella, je suis cependant à court d'idées.
Il indiqua les autres occupants du patio.
– Je crois que votre cousine également.
Lolita cherchait à présent à renvoyer Ricardo à tout prix, sans nullement réussir. Le sang d'Estrella ne fit qu'un tour quand elle le vit s'emparer de son poignet pour appuyer une demande.
– Vous ! Laissez-la !
Ricardo sursauta et lâcha au passage le poignet de Lolita.
– Señorita ?
– Laissez ma cousine tranquille !
Celle-ci profita de la colère et la dispute imminente pour s'éloigner vers Diego. Il n'avait aucune inquiétude pour Estrella, elle était capable de mettre Ricardo Del Amo à la porte à coups de pied aux fesses si nécessaire.
Tandis que le houleux échange résonnait dans tout l'hacienda, Diego se répandait en excuse auprès de Lolita pour son comportement de la veille.
– Je n'ai jamais voulu vous offenser, señorita. Croyez bien que mes mots n'avaient aucun sens caché et que je regrette que vous les ayez mal interprétés.
– Je suis désolée moi aussi, don Diego. Si je ne vous avais pas poussé à partir, rien de ceci ne serait arrivé.
– En quoi cette situation pourrait-elle être votre faute ?
– Sylvia a décidé de partir quand elle a vu Bernardo vous aider à quitter l'hacienda, Estrella a donc décidé de la raccompagner. Si je ne m'étais pas énervée, rien de ceci ne se serait produit.
– C'est la faute à tout le monde et personne à la fois, señorita. Mon comportement et celui de Lolita face à nos pères respectifs sont les principaux responsable je le crains.
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Leur comportement fut effectivement un problème. Don Ernesto finit par quitter son bureau quand il entendit sa fille crier à Ricardo de décamper, le tout dans un espagnol digne de ses vaqueros après quelques bouteilles, bien loin des mots que devrait employer une señorita. Il découvrit par la même Lolita pendue au bras de Diego, inquiète de l'attitude de sa cousine, et à part Bernardo et Sylvia cherchant comment réagir à une telle situation.
Les mots que prononcèrent don Ernesto n'égalèrent pas ceux de sa fille, mais ils suspendirent toutes les conversations de l'hacienda. Diego eut l'intelligence d'annoncer leur départ avant d'y être contraint par l'hidalgo. Ricardo suivit sans émettre un mot.
L'altercation entre le jeune homme et sa fille convainquit Ernesto que le mariage avec Diego était plus que nécessaire. Il songea également qu'il était plus prudent de le hâter. Il fallait qu'il en parle avec Alejandro mais un mariage dans deux mois ne paraissait pas malvenu.
Don Carlos, qui avaient également assisté à la scène, décida qu'il était prudent d'accélérer aussi les choses.
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Deux semaines plus tard, Diego et Estrella étaient mis devant le fait accompli. Quant à Lolita, elle pleurait toutes les larmes de son corps sur son lit après l'annonce de son père d'avoir accordé sa main à Ricardo.
En enfilant les vêtements de Zorro ce soir-là, Diego se demandait bien comment tout avait pu tourner de si horrible manière.
