NdA : Aujourd'hui, changement d'ambiance. On entre dans le vif du sujet pour Zorro.
8 – Zorro faisait sa patrouille
Zorro faisait sa patrouille quotidienne depuis deux semaines. Suite à la fête chez les Pulido, sortir avec Tornado était une des rares choses qui lui apaisait l'esprit.
Il avait revu Estrella tous les jours, à la fois à la demande de son père et de don Ernesto, et aussi pour trouver une façon d'éviter le mariage. Chaque jour ressemblait sensiblement à l'autre. Diego se rendait chez les Pulido avec Bernardo ou Estrella venait chez les de la Vega accompagnée de Lolita. Ricardo s'invitait souvent sans qu'on lui demande chez Diego et Roman l'accaparait quand il était chez les Pulido. Rien ne l'exaspérait plus que de voir le señor Del Amo tourner autour de sa cousine et se disputer avec sa sœur.
Invariablement, Diego et Estrella échouaient à trouver une solution sensée. Il finissait par discuter avec Lolita de littérature et de poésie tandis qu'Estrella se disputait avec Ricardo. Tous deux semblaient ne pas savoir communiquer autrement. Parfois, Sylvia se joignait à eux, au grand plaisir de Bernardo.
Diego passait ainsi ses journées, au soulagement de son père. L'ambiance était plus calme entre eux. Diego avait renoncé à le faire changer d'avis et Alejandro était pour l'heure trop occupé avec le bétail et leurs terres pour se soucier d'autre chose.
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La nuit ce jour-là était froide. Avec la nouvelle lune, le ciel brillait d'étoiles mais les alentours étaient d'un noir d'encre. Cela n'avait jamais été un problème pour Zorro.
Il voulait faire le tour des terres de la Vega. Don Alejandro avait eu quelques hésitations dans la journée à propos d'un champ mitoyen à celui de don Nacho, près de l'hacienda voisine. Son vieil ami s'était proposé de lui acheter en vue du mariage qui finirait pas avoir lieu entre sa fille et Benito. La terre n'y était pas meilleure ou pire qu'ailleurs. Il n'y avait rien de mal à ce qu'Alejandro lui vende, d'autant qu'il en avait peu l'utilité. Néanmoins l'hidalgo hésitait, comme chaque fois depuis que Diego était revenu d'Espagne. Zorro irait donc vérifier en personne qu'il n'y avait aucun problème avant d'écrire au ranchero qu'il pouvait la lui céder sans crainte.
Zorro profiterait de l'occasion pour patrouiller autour de l'hacienda Torres. Plusieurs demeures de notables avaient été visitées récemment, du moins les propriétaires l'assuraient-ils à l'instar de padre Felipe. Les lanciers du roi n'avaient cependant trouvé aucune trace et rien n'avait jamais été volé. Zorro lui-même n'avait jamais croisé personne. La situation restait énigmatique.
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Tout était calme autour de l'hacienda de don Nacho. Trop calme jugea Zorro. Pas un bruissement de feuilles, pas un craquement. Les bruits étaient comme absents.
Le silence environnant le dérangea. Son instinct lui soufflait que quelque chose n'allait pas.
Il approcha Tornado du mur d'enceinte. Avec souplesse, il se hissa sur le mur puis se laissa couler au sol. Sur le qui-vive, il scruta les alentours.
Rien.
Ses yeux se levèrent vers la demeure. Quelques bougies étaient encore allumées dans les couloirs au cas où les habitants auraient besoin de se lever. Il repéra la fenêtre de la chambre de don Nacho. Elle était entrouverte pour laisser l'air frais entrer après la chaleur de la journée. Le début de l'été s'avérait déjà très chaud.
Il pouvait passer par là, mais il opta plutôt pour la porte du rez-de-chaussée.
À pas feutrés, il actionna la poignée. La porte valsa sur ses gonds sans un bruit. Il la referma derrière lui en détaillant la pièce. En venant de l'extérieur, avec les quelques bougies disséminées dans l'hacienda, il avait l'impression de voir comme en plein jour.
Il visita les pièces sans rien trouver quand un bruit lui fit tendre l'oreille. À l'étage, le parquet craquait.
Le bruit se répéta. Quelqu'un marchait doucement dans le couloir. Trop doucement pour qu'il ou elle soit de la maison. En vitesse, mais toujours en silence, il s'élança dans l'escalier. Il bifurqua dans le couloir menant aux chambres.
Et il le vit.
Un homme assurément, aux épaules larges, plus grand que lui, refermait la porte de la chambre d'amis. Il eut un sursaut en sentant sa présence. Sa main échappa la poignée qui termina de pivoter sur son axe avec grand fracas dans le silence environnant.
– Buenas noches, señor, murmura Zorro.
L'homme fit volte-face pour s'élancer dans le couloir. Zorro suivit.
L'intrus délaissa les autres chambres. Il voulait s'échapper. Zorro jugea qu'il connaissait l'hacienda aussi bien que lui car il passait dans une autre aile de l'hacienda réservée aux domestiques.
Zorro le rattrapa alors qu'il ouvrait la dernière porte donnant sur une pièce en bout de bâtiment. Il le tira par le bras, l'homme se dégagea. Ils se retrouvèrent tous deux dans la pièce uniquement occupée d'armoires et de coffres de rangement.
La lutte s'engagea presque sans bruit. L'intrus n'émettait aucun mot et Zorro devait dépenser trop d'efforts pour essayer de parler. L'homme était une force de la nature. Seule l'agilité du hors-la-loi lui permit d'échapper à ses poings. Peu de coups atteignirent leur cible.
Zorro n'avait pas eu le temps de dégainer son épée dans le couloir. Il ne pouvait maintenant qu'affronter son adversaire à mains nues. L'homme profita d'un déséquilibre de sa part, dû à un quelconque objet sur le sol sur lequel il glissa, pour le repousser. Il tira la poignée de la fenêtre que Zorro avait jusqu'à alors cru fermée.
Il se baissa pour faire passer sa grande carrure par l'ouverture. Zorro attrapa à deux mains le bras qui tenait l'embrasure. Alors qu'il allait s'arc-bouter pour le tirer vers lui, l'homme le surpris en tirant le premier. Avec horreur, Zorro le vit se jeter dans le vide, l'entraînant dans sa chute.
Il le lâcha avec l'espoir de pouvoir se réceptionner. Il n'en eut pas le temps. Tandis que l'homme faisait un roulé-boulé pour amortir le choc, le Renard s'effondra sur le sol de plein fouet. Sa jambe et son bras gauche, les premiers à atteindre le sol, lui permirent d'éviter que sa tête heurte brutalement la terre battue. Il s'effondra sur le flanc sans craquement d'os brisé, mais avec l'impression d'être déchiré de toute part.
L'intrus ne revint pas vers lui. Il était seul dans le silence et la douleur. Personne dans l'hacienda ne s'était rendu compte de l'échauffourée, encore moins de leur échappée par la fenêtre.
Zorro mit de longues minutes à pouvoir se redresser. Son corps entier lui lançait. Il se concentra sur sa respiration pour se calmer. Seul son côté gauche lui faisait vraiment mal. La jambe avait subi le choc mais plutôt bien amorti. Il ne pourrait que marcher lentement pendant quelques jours, mais à part des hématomes, tout irait de ce côté. Son bassin lui faisait mal, mais il n'y avait ni muscle déchiré ni os brisé, il le sentait. Ce n'était pas grave. Pour son flanc et son bras gauche en revanche, c'était une autre histoire.
Sa cage thoracique avait bien absorbé la chute, car il avait évité la cassure. Ses côtes lui faisaient pourtant extrêmement mal et il espérait ne pas les avoir fêlées. La douleur y pulsait au rythme des battements de son cœur, mais ce n'était rien comparé à son épaule et son bras. Sa main gauche avait tourné vers la droite lors du choc et son corps avait accompagné le mouvement. Cela avait évité à l'articulation de se briser mais son épaule avait pris la pleine violence de la rencontre avec le sol. Ses muscles du bras et ses pectoraux s'étaient pour certains déchirés. Il reconnaissait la blessure pour avoir déjà subi ça quelques semaines après son arrivée en Espagne en se réceptionnant mal lors d'une chute de cheval. Il avait depuis appris à tomber et se réceptionner. L'intrus de l'hacienda Torres l'avait pris par surprise.
Se concentrant toujours sur sa respiration pour faire refluer la douleur, il se leva. Comme il l'avait prévu, ses jambes étaient cotonneuse, la gauche lui faisait mal, mais il pouvait marcher.
Incapable de grimper au mur et voulant éviter d'aggraver ses blessures, il longea l'enceinte jusqu'à la porte d'entrée. Il l'ouvrit et se retrouva face à Tornado qui avait entendu son arrivée. Il parvint non sans mal à le lancer en selle et laissa l'étalon les ramener à la cachette.
