NdA : J'ai failli rater ce postage, mais voilà le nouveau chapitre. Harlock, Aur5d, Fe, merci pour votre soutien ! Préparez-vous, Diego va sombrer encore un peu avant de remonter dans les chapitres à venir. Mais ce n'est pas comme si on n'aimait pas ça. ;-)
10 – Arturo était perplexe
Arturo était perplexe. L'étude du notaire n'avait pas été retournée mais les feuillets épars sur le bureau et la chaise renversée lui disait qu'il en aurait été tout autrement s'il était arrivé quelques minutes plus tard.
En cette fin de soirée, le capitaine Toledano avait tenu à rencontrer Javier Montebello pour discuter avec lui de leur affaire. Les haciendas visitées dans la région l'étaient pour une raison précise. Il avait quelques idées et voulait les confirmer avec l'aide du notaire.
Il avait trouvé la porte de l'étude ouverte et surpris une scène peu ordinaire. Un homme masqué tentait d'étrangler le señor Montebello. Son arrivée avait suffisamment surpris l'agresseur qui avait filé par l'arrière. Arturo n'avait pas pu le rattraper. Il avait appelé ses lanciers qui patrouillaient à présent dans la ville. Ils n'avaient rien trouvé.
Quant au notaire, il se remettait doucement de son agression.
– Vous dites que cet homme était intéressé par Miguel Carmona ?
– Il a réclamé tous les documents que j'avais en ma possession à son propos. Il a semblé perturbé que j'en ai peu. Il ignorait que Miguel Carmona est un arrivant récent à Los Angeles. Il l'a pris pour le fils de Pedro Carmona et non pas un neveu éloigné en provenance d'Espagne qui a hérité de ses biens.
Arturo s'abîma un peu plus dans ses réflexions.
– Il ne m'aurait pas fait de mal, crut bon de préciser le notaire. Cet homme a été surpris de me trouver là si tard, il espérait fouiller sans être inquiété. Il a saisi l'opportunité de ma présence pour avoir des réponses plus rapides.
– Il vous étranglait !
– Je n'étais pas disposé à dévoiler des informations sur mes clients. Il voulait me faire peur, voilà tout.
Le capitaine leva les yeux au plafond. Javier Montebello avait beaucoup de qualités, mais son plus gros défaut tenait en sa naïveté autour des relations humaines. Il voyait le bien partout et en tout le monde même quand tout indiquait le contraire. L'agresseur l'aurait blessé qu'il aurait été capable de lui trouver des excuses.
– Vous n'avez pas noté de signe distinctif ?
– Pas que je me souvienne. Il faisait sombre et un foulard cachait son visage. Ses vêtements étaient quelconques. Physiquement, je serais incapable de l'identifier. Tout au plus pourrais-je reconnaître sa voix. Cet homme avait une intonation particulière et…
– Et ?
– Sa façon de poser des questions me dit qu'il connaissait son sujet.
– C'est-à-dire ?
– Cet homme est un connaisseur de la magistrature. Il a fait des études, ce n'est pas un simple péon.
Ces informations aidaient Arturo. Il avait reçu il y a peu un rapport du nord de la Californie. Les transactions illégales y avaient cessé depuis le début des visites des haciendas au sud. Même le vieux Raul Savatore n'était plus importuné pour vendre ses terres et sa demeure, la plus grande du nord. Pourtant les acheteurs avaient tout tenté. Arturo soupçonnait qu'ils étaient venus dans les environs de Los Angeles pour trouver un moyen de pression sur le vieillard et sur les autres. Pour une raison inconnue, la situation s'était sensiblement compliquée.
– Capitaine ! l'appela le notaire alors qu'il partait.
– Oui, señor ?
– Cet homme, une autre hacienda l'intéressait.
– Savez-vous laquelle ?
– Hélas non, mais elle a forcément quelque chose en commun avec celle des Carmona.
Restait à trouver quoi.
.
Lolita discutait dans sa chambre avec Sylvia. Elle prenait plaisir à titiller la couturière à propos de ses sentiments pour un certain serviteur.
– Bernardo vous plaît !
– Non, non, señorita. Vous vous trompez !
– Vous rougissez, s'amusa Lolita.
Sylvia se ferma comme une huître et détourna le visage. Lolita sourit davantage mais n'insista pas. Elle ne voulait pas perdre son amitié. De plus, la couturière risquait de lui retourner les remarques qu'elle venait de faire en parlant de Diego et elle. Lolita devait l'admettre, elle avait un coup de cœur pour Diego de la Vega, tout autant que Sylvia pour le serviteur.
Après les événements à l'hacienda Pulido une semaine plus tôt, Bernardo avait pris plaisir à jouer les facteurs entre son maître et elle. Il profitait de ses visites pour y rencontrer Sylvia, présente tous les jours, à qui il faisait la cour.
Lolita appréciait la présence de Sylvia qui repoussait efficacement Ricardo, son prétendant officiel. Ses cousins faisaient également barrage à l'impudent qui tentait d'obtenir sa main. C'était encore le cas cet après-midi.
Estrella et Ricardo ne s'entendaient toujours pas. Sylvia et elle pouvaient les entendre se disputer dans le patio encore une fois. Depuis l'annulation de son mariage, Estrella profitait de sa liberté et ne se privait pas pour user de tous les prétextes afin de nuire au señor Del Amo. Don Ernesto avait décidé d'attendre un peu avant de chercher un autre prétendant pour sa fille. Il la voulait mariée, mais pas à n'importe qui. Il refusait de faire comme son frère. Don Carlos ne démordait pas de son idée d'unir Lolita et Ricardo.
– Vous n'avez pas encore revu don Diego ? s'étonna Sylvia alors qu'elle lui expliquait ne pas avoir vu directement le jeune homme depuis bientôt une semaine.
– Nous nous sommes vus à l'église dimanche, il y a donc cinq jours.
Cela surprit Sylvia. Comme beaucoup d'hidaldos, don Diego se rendait peu à la messe. Les grands propriétaires se rendaient aux grandes cérémonies mais faisaient souvent l'impasse sur les rituels communs. Par habitude, ils se rendaient régulièrement à la mission pour se confesser, mais Sylvia ne les y avait jamais croisés souvent.
Don Diego n'échappait pas à la règle. Elle n'y voyait encore que Bernardo depuis qu'il était clair qu'elle acceptait qu'il lui fasse la cour. Elle appréciait profondément le serviteur et ses manières attentionnées. Qu'il soit sourd et muet ne l'empêchait pas de comprendre et se faire comprendre. Elle avait découvert qu'il était profondément intelligent. Ce qu'il ne parvenait pas à lui faire comprendre par gestes, il lui écrivait. Sylvia conservait précautionneusement chacun de ses mots dans une petite caissette de bois près de son lit.
Ce dernier dimanche, ils avaient échappé au sermon de padre Felipe pour faire une promenade. Elle ne se souvenait pas d'y avoir vu don Diego.
– Il était là pourtant, soupira Lolita.
– Ce n'était pas une bonne chose ?
– Nous avons échangé quelques mots après la messe, mais…
– Mais ?
– À chaque fois que je tente de me rapprocher de lui, il finit invariablement par dire ou faire quelque chose qui m'exaspère.
Lolita était excédée par son comportement. Cette fois-là encore il avait assuré ne pas pouvoir la raccompagner chez elle quand elle lui avait proposé. Elle lui avait proposé et il avait refusé !
– Sous prétexte qu'il n'en voyait pas l'intérêt !
– Don Diego comprend très mal les femmes.
– Quand Ricardo a souhaité donner la sérénade sous ma fenêtre, il ne m'a pas demandé la permission.
Cela, Sylvia le savait. Estrella avait attrapé le jeune homme par l'oreille il y a deux jours, pour le traîner dehors quand elle l'avait découvert. Tout Los Angeles était au courant, ce qui avait vexé Ricardo mais ne l'avait pas dissuadé de vouloir recommencer. À croire qu'il prenait plaisir à défier Estrella plutôt que l'éviter pour rencontrer Lolita.
– Quand je lui ai proposé de faire de même s'il tenait à moi, expliquait celle-ci, il m'a répondu que faire de la guitare sous mes fenêtres était éreintant. Il engagera quelqu'un pour le faire si j'y tiens tant, mais il ne comprend pas pourquoi je veux qu'on me joue la sérénade !
Sylvia posa une main compatissante sur le bras de Lolita. La señorita regrettait que son cœur la mène vers cet indolent aux qualités ternies par certains traits de son caractère. Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement tomber amoureuse de Ricardo ?
– Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point, récita Sylvia.
C'était loin de rasséréner la jeune femme.
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Zorro se hissa en scelle sous le regard noir de Bernardo. Deux semaines n'étaient pas encore passées depuis sa chute de la fenêtre de l'hacienda de don Nacho. Il était loin d'être remis de ses blessures. Aller à cheval dans son état n'était pas prudent.
– Je vais bien, soutint le Renard. Je peux conduire les rênes d'une seule main. Et puis Tornado veille sur moi.
Bernardo secoua la tête négativement. Ce n'était pas chevaucher qui remettrait ses muscles en état.
– Je dois rencontrer ce marin, mon ami, tu le sais. Ce que j'ai appris à la mission…
– Lequel marin habite sur la côte !
Zorro devrait chevaucher toute la nuit pour réussir à faire l'aller-retour avant le lever du soleil.
– Lui seul a les informations qui nous manque, Bernardo. Tu as entendu les nouvelles de Garcia. Quelqu'un s'en est pris au notaire et je devine de qui il s'agit. Si j'ai raison, je trouverai les réponses qui nous manquent chez ce marin.
Bernardo tenta encore de le convaincre qu'il devait rester ici, mais il dû bien vite abandonner l'idée. Zorro disparut dans la nuit.
