NdA : Petite précision, s'il y a eu des indices dès le début de l'histoire sur le retour de Greco et ses intentions, il n'a jamais été dit avant qu'Estrella avait été adoptée. ;-) Pour ce chapitre, vous retrouverez deux militaires qui ne font pas beaucoup d'apparition dans l'histoire (ce sera peut-être pour une prochaine fic).
18 – Estrella
Estrella ne s'attendait pas à cette réponse. Elle n'avait pas imaginé que Ricardo puisse la suivre car il s'inquiétait pour elle. Tout comme elle n'imaginait pas qu'il partirait le premier. Elle s'attendait à devoir partir la première et tout faire pour l'éviter.
En ayant terminé avec Zorro, elle le salua et s'élança sur les traces de Ricardo.
Le Renard caressa Tornado.
– Les sentiments sont plus difficiles à traiter que les bandits, lui dit-il. Je te souhaite de ne jamais connaître ça.
– Connaître quoi ?
De surprise, Zorro fit volte-face prêt à dégainer.
– Señorita Pulido ? s'exclama-t-il en découvrant Lolita en lieu et place de sa cousine.
Ricardo n'était pas le seul à avoir suivi Estrella apparemment. Il fit un tour d'horizon avant de l'interroger.
– Dois-je m'attendre à voir surgir vos cousins ou le reste de votre famille ?
– J'étais la seule à connaître le rendez-vous d'Estrella.
– La seule ?
– J'ignore pourquoi Ricardo se trouvait là.
Zorro en avait pour sa part une petite idée, mais ce n'était pas le sujet.
– Vous aviez juré ne pas lire la lettre, lui reprocha-t-il.
– Je ne l'ai pas lue. Estrella a accepté de m'en donner la teneur. Du moins, a-t-elle bien voulu dire qu'elle avait rendez-vous cette nuit et que je devais la couvrir.
– À la place de quoi vous l'avez suivie.
– Je m'inquiétais pour elle ! Elle ne pouvait avoir rendez-vous qu'avec vous. Vous ne pouvez me reprocher d'avoir veillé à sa sécurité.
– Je suis un hors-la-loi, votre inquiétude était justifiée. Je comprends.
Elle apprécia qu'il le reconnaisse.
– Puisque vous voilà rassurée, puis-je vous quitter ? Les lanciers font régulièrement des patrouilles dans les environs et je ne voudrais pas tomber sur eux.
– Vous n'avez pas à me demander la permission.
– Je l'ai cru un instant, s'amusa-t-il.
Lolita détourna les yeux. Ses parents auraient été outré s'ils l'avaient vu parlé de la sorte à un bandit recherché dans toute la Californie. Elle avait un aplomb et une autorité que le capitaine Toledano aurait pu lui envier. Elle le savait et regrettait son coup d'éclat en venant ici ce soir. Si cela venait à se savoir...
– Je n'en dirai rien, promit Zorro quand elle lui demanda. Souhaitez-vous que je vous raccompagne ?
– Je sais me défendre.
– Je n'en doute pas.
– Adios, señor Zorro.
– Adios, señorita.
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Non loin de là, Estrella Pulido lançait son cheval au galop pour rattraper celui de Ricardo. Sa brève explication ne lui suffisait pas. Elle pouvait admettre qu'il l'ait suivi par inquiétude pour elle. Quitter l'hacienda en plein milieu de la nuit était inquiétant en soi. Qu'il ait voulu s'assurer qu'elle allait bien était plutôt normal. En revanche elle n'arrivait pas à comprendre pour quelle raison il s'était rendu chez elle.
Sitôt que sa monture eut coupé la course du cheval de Ricardo, elle posa la question.
– Que faisiez-vous devant chez moi ?
– Je vous l'ai dit, je m'inquiétais pour vous.
– À cette heure ?
– Quelle importance ? Je vous ai vu partir secrètement, j'étais inquiet, je vous ai suivi. Qu'y a-t-il de plus à en dire ?
Ce n'était pas une réponse suffisante pour Estrella.
– Je veux comprendre pourquoi vous étiez devant chez moi cette nuit.
Il fuyait son regard. Cela lui mit la puce à l'oreille.
– Ce n'est pas la première fois !
Ricardo n'eut pas la force de nier.
– Vous épiez Lolita ! comprit-elle horrifiée.
– Non, je… enfin, ce n'est pas tout à fait exact.
– Vous n'étiez pas sous nos fenêtres ?
– Je l'étais, c'est vrai.
– Depuis quand cela dure-t-il ? exigea-t-elle de savoir en rapprochant son cheval du sien pour être au plus près de lui.
– Est-ce le sujet ? Je vous rappelle que vous aviez rendez-vous avec Zorro !
– Nous n'avons aucune relation telle que vous le pensez.
– Vraiment ? Vous étiez pourtant particulièrement proches.
Le sous-entendu venimeux piqua Estrella.
– Je n'aime pas Zorro !
– C'est une évidence.
– Je n'ai pas de sentiments pour lui !
– Bientôt vous allez me soutenir que vous n'avez aucun sentiment tout court.
– J'ai des sentiments !
– Pour un homme ? fit-il sournoisement.
La claque magistrale que lui asséna Estrella le prit par surprise.
– Je pensais qu'il s'agissait d'un homme, d'un caballero même, dit-elle le regard noir. Apparemment, je me trompais.
Sans autre mot, elle fit faire demi-tour à son cheval et le lança à vive allure vers la demeure familiale. La main frottant sa joue, Ricardo réalisa ce qu'elle voulait dire quand elle disparut de son champ de vision. Elle avait des sentiments pour lui.
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Ricardo Del Amo dormit très mal cette nuit-là. Sans comprendre comment, il se retrouva dès midi accoudé au comptoir de la taverne un verre de vin dans les mains. Ce n'était pas ce qui l'aiderait à mettre ses idées au clair, mais il jugeait en avoir cruellement besoin.
Sa présence fut une bénédiction pour Garcia et Reyes quand ils arrivèrent. Le premier se voyait refusé de boire à crédit par l'aubergiste et le second refusait de faire crédit à son supérieur. Le sergent regrettait le bon temps où son ami don Diego payait ses consommations. Le capitaine avait pourtant été clair, tant que Greco n'aurait pas été arrêté, Diego de la Vega ne mettrait pas un pied hors de son hacienda. Il ne voulait pas qu'il soit enlevé. Connaissant son passif lors de l'affaire de l'Aigle, Arturo tenait à prendre toutes ses précautions. Don Diego étant assigné à domicile, le sergent désespérait de boire à sa soif en pénétrant dans la taverne.
Le ciel devait être avec lui, jugea-t-il quand il reconnut Ricardo Del Amo. Qu'importe leurs échanges passés, Garcia était prêt à tout pour qu'il accepte de payer ses consommations.
– Buenos dias, señor !
Ricardo avait tellement besoin de se changer les idées qu'il prit les devants quand il vit les militaires.
– Sergent, caporal ! Venez donc boire avec moi !
Garcia ne se fit pas prier et entraîna Reyes vers le comptoir.
– Tavernier, à boire pour mes amis ! tonna Ricardo passablement éméché.
– Gracias, señor ! s'exclama le sergent qui ne se priva pas pour se resservir plusieurs fois.
– Vous êtes un bon ami, n'est-ce-pas, sergent ?
– Bien sûr !
– Vous me comprenez, alors.
Garcia opina du chef en entamant la deuxième bouteille alors que le caporal avait réussi à s'emparer de la première. Il ne parvint qu'à se verser un demi-verre.
– Vous parlez d'un ami, maugréa-t-il.
– Chut ! reprocha Garcia avant de reporter son attention sur Ricardo.
Enfin désaltéré, il se décidait à engager la conversation. Il avait des manières tout de même.
– Vous ne semblez pas bien, señor Del Amo.
– Les femmes, sergent, vous savez ce que c'est.
– Ah oui ! Enfin… pas vraiment. Mais si vous m'expliquez…
– Elle a dit qu'elle avait des sentiments pour moi ! Enfin je crois, ce n'était pas clair. Car elle a dit ensuite que je n'étais pas un caballero.
– Elle a dit ça ? Oh, il ne faut pas la croire !
– Elle est lucide, commenta Reyes.
– Taisez-vous, caporal ! Qui est « elle », señor ?
– Vous n'avez pas à le savoir.
– Oui, je vois.
Il voyait surtout que la deuxième bouteille était vide. Après un regard noir à Reyes qui avait su profiter de ses échanges avec Ricardo pour s'en emparer, il fit signe au tavernier qu'on les resserve.
– Je ne comprends pas, sergent, expliquait Ricardo pendant ce temps. Ce n'est pas à elle que je fais la cour, alors pourquoi me met-elle dans un tel état ? Et qu'a-t-elle eu à me dire cela ? Je suis un caballero !
– Sur qui on ne peut pas compter du fait de certains points de votre caractère, répondit Reyes.
– On ne vous a rien demandé, caporal !
– Vous croyez que j'ai mauvais caractère ?
– Bien sûr que non ! réfuta Garcia qui tenait à ne pas perdre sa source d'approvisionnement en vin.
– Bien sûr que si ! contredit aussitôt Reyes.
Le sergent voulut le faire taire, mais déjà Ricardo venait le trouver pour en savoir plus. Mis de côté, Garcia maugréa pour la forme et commanda une quatrième bouteille. Il devinait qu'il n'aurait bientôt plus l'occasion de le faire.
– Expliquez-moi, caporal, disait Ricardo. Qu'ai-je fait ou que n'ai-je pas fait qui est causé cette situation ?
– Vous n'aimez pas la dame à qui vous faites la cour. Vous aimez l'autre dame, celle qui a dit que vous n'êtes pas un caballero, voilà tout.
L'évidence sauta enfin aux yeux de Ricardo. Il n'aimait pas Lolita. La femme qu'il aimait, c'était Estrella.
