NdA : Je poste deux chapitres aujourd'hui ! Sinon, vu la fin de ce chap', je crois que vous m'en auriez voulu de vous faire attendre. ;-)


20 – Greco

Greco frappa la table de rage. Les nouvelles n'auraient pas pu être pires. Un de ses hommes lui avait confirmé avoir vu Roman Pulido quitter la caserne au petit matin escorté par des lanciers. L'arrivée la veille au soir du vieux Savatore était bien un leurre. Les militaires connaissaient donc ses plans ! Zorro avait une fois encore su les déjouer.

Après un long moment à se calmer, l'homme mit ses idées au clair. Tout n'était pas encore perdu.

Il était impossible que Savatore sache qui était son héritier. Zorro ne lui aurait jamais dit sans en avoir la preuve. Cette preuve, elle était chez les Pulido. Il fallait qu'il s'empare des papiers d'adoption. Là, il pourrait les utiliser en faisant passer un de ses comparses pour l'héritier, les copier pour mettre un au nom ou bien même les brûler et tenter son va-tout en allant rencontrer le vieux ranchero.

Oui, tout n'était pas encore perdu. Il fallait seulement agir vite. Se tournant vers ses hommes, il lança ses ordres. Il lui fallait se rendre à l'hacienda Pulido aujourd'hui.

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Le capitaine Toledano lorgnait d'un mauvais œil sur Ricardo Del Amo. Il avait tenu à l'accompagner quand il avait entendu qu'il se rendait chez les Pulido pour s'expliquer avec don Enersto et doña Constancia. Arturo leur devait des excuses pour avoir utilisé Roman comme appât sans leur accord. Raquel lui avait rappelé qu'il ne devait pas perdre leur confiance à un moment si crucial, même si cela ne lui plaisait pas de se dire désolé alors qu'il ne l'était pas.

Quant à Ricardo, après un moment d'abattement à vider bouteille sur bouteille à la taverne, il avait semble-t-il décidé de faire face à son destin et ses futurs beaux-parents. Arturo avait un doute sur l'identité des concernés, mais ça ne le regardait pas.

Tous deux chevauchaient donc ensemble sous le soleil caniculaire de l'après-midi en vue d'arriver chez les Pulido à la fin de la siesta.

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Zorro se hissa sur Fantôme. Il assura à Bernardo qu'il était impératif qu'il patrouille en plein soleil à cette heure de la journée.

– Vous êtes inconscient ! signa le serviteur. Vous devriez dormir. Vous avez déjà veillé toute la nuit. Tornado dort, lui !

– Je comprends, mais Greco tentera quelque chose lors de la siesta. Je dois être prêt.

– Comment le savez-vous ?

– À sa place, c'est ainsi que j'aurais agi.

Bernardo tenta encore de le retenir, en vain.

– Tu devrais en profiter pour passer voir Sylvia, termina Zorro. Je suis sûr qu'elle sera ravie de te voir.

Il avait autre chose en tête que d'aller conter fleurette à sa dulcinée. Zorro haussa les épaules et disparut dehors.

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L'hacienda Pulido était silencieuse. Comme partout en Californie, cette période chaude de la journée était dédiée au repos.

L'été était aussi chaud que les autres années, ni plus ni moins. Tout semblait indiquer qu'ils allaient éviter un épisode caniculaire violent. C'était une bonne nouvelle. Les précipitations de l'automne avaient été relativement faibles. Les réserves étaient étroitement surveillées.

Loin de ces considérations climatiques, Juan Greco profitait du calme ambiant pour faire son chemin jusqu'à l'imposante demeure de don Ernesto. Il n'eut aucun mal à entrer dans la maison. Restait à faire mieux que Sanchez ou Luis Carera chez don Nacho et trouver les documents dissimulés par le propriétaire.

Il commença par le bureau. À la place de don Ernesto, c'était ici qu'il les aurait cachés. Que de mieux pour dissimuler un document que le glisser au milieu de centaines d'autres documents ? C'était ça ou une cachette secrète comme il y en avait dans bon nombre d'haciendas.

Greco choisit de miser en premier lieu sur les documents. Son œil averti saurait vite faire le tri. Contrairement à ses hommes, il avait l'expérience des documents juridiques et savait traiter l'administratif.

Pris dans ses recherches, il oublia de surveiller l'entrée du bureau pendant quelques minutes. Bien mal lui en prit. La lame d'une épée sur son cou suspendit ses gestes.

– Vous ne devriez pas être ici, señor.

Il lâcha les feuilles qu'il tenait et leva les mains. Avec un mouvement prudent, il se tourna pour faire face à la dernière personne qu'il pensait trouver là, Estrella Pulido.

– Vous ne devriez pas être ici non plus, señorita. D'ordinaire, c'est la place de Zorro.

– Il a eu la gentillesse de m'informer que vous pourriez peut-être vous montrer ici.

Cela n'arrangeait pas les affaires de Greco qui connaissait le tempérament de la jeune femme. Il savait également par Sanchez qu'elle maniait l'arme dans sa main aussi bien que ses frères. Il ne connaissait pas leur niveau d'escrime et ne voulait pas le découvrir.

– Vous ne trouverez pas ici ce que vous êtes venu chercher, reprit Estrella. Les papiers d'adoption de mon frère ne sont pas ici.

– Vraiment ? Votre ton m'incite pourtant à croire le contraire.

– Libre à vous de croire ce que vous souhaitez. À présent, j'aimerais que vous avanciez lentement jusqu'à moi. Je pense que le patio serait un endroit tout indiqué pour attendre les lanciers.

– Vous imaginez qu'ils vont accourir comme par miracle ?

– Vous pensez pouvoir partir d'ici sans dommage ? rétorqua-t-elle.

Jusque là, il le pensait effectivement. L'assurance d'Estrella Pulido le fit douter.

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La jeune femme n'était pas la seule à ne pas dormir à cette heure. Sa cousine aussi était parfaitement réveillée. Elles discutaient dans sa chambre quand des bruits étranges leur étaient parvenus du rez-de-chaussée. Un coup d'œil prudent depuis le haut de l'escalier avait confirmé qu'un voleur était chez eux.

Estrella avait commandé à sa cousine de quitter l'hacienda pour aller chercher du secours auprès des lanciers. Elle-même irait réveiller Roman et faire face à l'intrus. En vérité, elle avait tenu à s'occuper seule du voleur. Son frère était de toute façon impossible à réveiller quand il récupérait d'une nuit blanche.

De son côté, Lolita avait suivi le même chemin que Zorro quand il était venu ici il y a peu. Imitant à la fois le Renard et Estrella, elle avait désescaladé le mur extérieur, longé l'enceinte jusqu'aux écuries… avant de s'immobiliser en découvrant deux hommes qu'elle ne connaissait pas et qui n'auraient pas dû se trouver là.

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Quelque chose dans l'air dérangeait Arturo. Il n'était pas serein mais ignorait pourquoi. D'une pression, il lança son cheval dans un trot plus rapide.

– Que se passe-t-il, capitaine ? questionna Ricardo en suivant l'allure.

– Sans doute rien.

– Votre réponse n'est pas claire.

– Tout est trop calme.

– Sous ce soleil, rien n'est plus normal.

– Appelez cela l'instinct militaire.

L'instinct et une ombre blanche et noire qui se matérialisa sur l'horizon une poignée de secondes.

– Qu'est-ce que…

– Zorro ! s'exclama Ricardo. Ah, je le reconnaîtrais entre mille et son satané cheval blanc aussi ! Il l'avait à Monterey.

L'hacienda Pulido était dans cette direction. Le capitaine comprit qu'il avait raison, quelque chose de grave était en train de se produire. Il lança sa monture au grand galop.

– Vite, señor ! lança-t-il à Ricardo. Nous devons être là-bas au plus vite.

Ricardo ne l'avait pas attendu pour s'élancer.

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Estrella Pulido et Juan Greco se firent face un long moment en silence. Estrella attendait qu'il obéisse ou tente un coup d'éclat. Greco réfléchissait à la meilleure option pour se sortir d'affaire.

Un bruit de cavalcade à l'extérieur leur parvint. Un cavalier venait d'entrer dans la cour de l'hacienda. Il avait franchi l'enceinte mais demeurait à l'extérieur du patio, cerné par un mur supplémentaire coupant la demeure du reste du ranchero. L'écho des sabots sur le sol caillouteux leur parvenait distinctement dans ce silence.

– Est-ce pour vous ou pour moi à votre avis ? s'amusa Estrella.

Greco savait que ce n'était pas pour lui. Il était arrivé par les écuries où deux de ses hommes attendaient son retour. Ils ne viendraient l'aider que s'ils voyaient de l'agitation dans la maison. Pour l'heure, il n'y en avait aucune.

– Devrions-nous faire des paris sur l'identité de ce cavalier ? proposa Estrella pour détourner son attention. Je pense pour ma part qu'il s'agit de Zorro.

– Je parie seulement lorsque j'ai une chance de gagner.

– Vous avez raison, señor, intervint le Renard en faisant son entrée dans le bureau, c'est le plus sage. Mes excuses pour ce retard, señorita.

– Excuses acceptées.

– Pourriez-vous relever plus haut vos mains, señor Greco ? Je les trouve bien trop près de l'arme à votre ceinture.

Greco grimaça mais obéit. Zorro alla jusqu'à lui, ôta son arme et la posa sur le bureau. Il attrapa ensuite ses mains pour les lier dans son dos.

Pan !

Alors que la situation était sous contrôle, le coup de feu qui résonna dans l'air en provenance des écuries changea la donne.