NdA : Et voilà le second chapitre du jour !


21 – De surprise

De surprise à l'entente du tir, Estrella abaissa son épée et tourna la tête vers la fenêtre. Greco sauta sur l'occasion. Il repoussa Zorro et se précipita hors du bureau, le Renard sur les talons.

La détonation avait réveillé toute la maisonnée. Zorro devait agir vite avant que l'arrivée du reste des Pulido et des domestiques lui fasse perdre sa trace.

Le cri d'Estrella le figea sur le seuil de la maison.

– Lolita ! Elle était aux écuries !

Zorro n'avait pas le temps de comprendre pourquoi. Il devait prendre une décision rapidement, c'était Greco ou Lolita. Attraper un criminel ou peut-être sauver une vie, le choix fut rapide.

– Je m'occupe d'elle.

– Je vais rattraper Greco ! assura Estrella en se lançant sur ses traces.

Zorro ne voulait pas qu'elle se mette en danger. Même désarmé l'ancien bras droit de l'Aigle restait dangereux. Il n'eut pourtant pas le temps de la retenir.

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Le cheval blanc près de l'enceinte n'attendait que lui. Juan Greco se précipita avant de s'arrêter quand l'animal rua. Fantôme avait été bien dressé par Zorro et Tornado depuis leur rencontre à Monterey. Il ne laisserait personne d'autre que le hors-la-loi le monter.

– Saleté de canasson ! pesta Greco.

Il abandonna son intention première et prit la fuite en longeant l'enceinte de l'hacienda. Il devait trouver un cheval.

Au même moment, le capitaine Toledano et Ricardo Del Amo arrivaient de l'autre côté de l'enceinte. Ils n'eurent que le temps de voir passer Estrella, arme à la main. Ils marquèrent un temps d'arrêt, stupéfaits.

– Suivez-moi ! Il est là-bas !

L'ordre qu'elle donna leur rendit leurs esprits. Ils se lancèrent à sa suite.

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Pendant ce temps, Zorro arrivait aux écuries. Les chevaux piaffaient, apeurés pour beaucoup. À l'abri dans leurs stalles, ils ne risquaient cependant rien. Le coup de feu n'avait pas été dirigé contre eux. La cible était Lolita Pulido, cachée derrière une charrette de foin.

Près de la porte perçant l'enceinte, deux hommes encagoulés la tenaient à distance, arme pointée vers elle. Le bruit était tout autant pour la dissuader d'approcher que de partir. Et assurément pour avertir Greco, comprit Zorro.

Aucun des deux hommes ne l'avaient encore vu. Il pouvait agir.

De gauche à droite se trouvaient la porte, les stalles et la charrette. Un des bandits était plus près de la porte avec leurs chevaux, l'autre à découvert fusil en main. La charrette était dans sa ligne de mire, mais Lolita était parfaitement protégée. Le poids de la charrette l'avait inclinée et elle touchait le sol.

Zorro avait approché sans être vu en se cachant derrière les murets de pierre et les bosquets du jardin adjacent. Arrivé au plus près, il décrocha le fouet de sa ceinture.

Clac !

Le bandit perdit son fusil dans un sursaut. Zorro se jeta au sol, dissimulé par un cyprès. L'autre homme déchargea son arme dans sa direction. Il ne le toucha pas mais le Renard sentit ses muscles se rappeler à son bon souvenir. La douleur lui coupa le souffle quelques secondes.

Réussissant à la refouler, il s'accroupit et s'empara de son pistolet. Il visa et tira sans tarder. Le second homme perdit lui aussi son arme.

Jugeant plus prudent de partir, les deux bandits se dépêchèrent de rejoindre leurs chevaux. Zorro se redressa et se lança à découvert. Il lui fallait les arrêter.

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Greco passa par dessus le mur d'enceinte et fit demi-tour. Il n'aurait pas le temps d'atteindre ses hommes. Il se ferait attraper avant.

Il entendit ses poursuivants continuer leur course autour de la maison. Soulagé, il se hâta jusqu'aux chevaux du capitaine et de Ricardo. Il s'empara du plus calme et se mit en selle.

– Arrêtez-vous, Greco, ou je tire ! tonna la voix d'Arturo Toledano.

Debout sur le mur d'enceinte, le militaire le visait de son arme. De l'autre côté, Ricardo Del Amo tentait tant bien que mal de retenir Estrella qui voulait l'imiter.

Greco ignora l'injonction et éperonna sa monture. Il ne se retourna pas quand il entendit une détonation. Il ne sentit aucune douleur, le capitaine l'avait manqué. Comme il l'imaginait, le militaire ne voulait pas toucher le cheval. Il avait tiré trop haut.

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Avec horreur, Zorro vit Lolita s'emparer du fusil abandonné sur le sol par le bandit.

– Non, señorita !

Elle releva la tête vers lui sans comprendre, puis ouvrit des yeux effarés sur les bandits.

Comme l'imaginait Zorro, leurs sacs de selle contenaient des armes. Ils comptaient simplement s'enfuir à l'origine mais, voyant la jeune femme prendre le fusil, ils attrapèrent chacun un pistolet, la visèrent...

Zorro se jeta sur Lolita.

Pan ! Pan !

Les balles se fichèrent dans le sol tandis qu'un roulé-boulé envoyait le Renard et Lolita à l'abri près d'une stalle. Il s'en suivit un bruit de cavalcade, signe de la fuite des bandits.

Lolita quitta l'étreinte du hors-la-loi maladroitement.

– Pardon, señor, dit-elle en s'excusant autant de son acte inconsidéré que de peur de lui avoir fait mal.

Aucun bruit ne lui répondit, pas plus qu'un mouvement. Le Renard restait inerte, affalé sur le côté.

– Zorro ! s'affola-t-elle.

Elle secoua son épaule avant de s'arrêter brutalement. Du sang mouillait ses mains. Elle baissa les yeux en proie à une peur terrible. Elle avait peut-être causé la mort de Zorro !

La chemise noire était coupée au niveau du bras. L'estafilade était longue et saignait beaucoup mais elle n'était pas dangereuse. Aucune des balles n'avait atteint sa cible.

Le Renard remua.

– Vous êtes vivant !

Avec peine, Zorro se redressa. Ses muscles déchirés lors de sa mauvaise chute chez don Nacho n'étaient pas guéris. Il était persuadé que son petit exploit avait même aggravé leur état. Son bras droit se porta à sa poitrine dans un grognement. Il ne pourrait pas utiliser son côté gauche, de son épaule à ses doigts, pendant plusieurs jours. La coupure au bras droit qu'il découvrit et qui avait fait si peur à Lolita n'était rien par rapport. En fait, il n'était pas sûr d'en ressentir la douleur.

– Vous ne devriez pas vous lever ! le supplia Lolita tandis qu'il se mettait sur ses pieds.

– Je dois poursuivre ces hommes.

– Ils sont trop loin et vous…

– Je vais bien.

Ses traits dissimulés par son masque et l'air de façade qu'il affichait aurait persuadé n'importe qui qu'il ne souffrait pas.

Lolita posa les mains de chaque côté de son visage. Il fut surprit du contact mais ne la repoussa pas tout le temps que dura son examen.

– Vous semblez dire vrai, jugea-t-elle.

– Je vous l'ai dit, reprit Zorro en posant sa main sur son poignet, je vais bien.

Lolita comprit qu'il voulait qu'elle enlève ses mains. Pourtant quelque chose la retenait. Le regard du Renard était étrange, comme s'il lui disait quelque chose.

– Señorita…

Elle quitta ses pensées et le relâcha. Zorro siffla Fantôme.

– Merci, le rappela Lolita alors qu'il s'éloignait. Sans vous…

Elle ne parvint pas à terminer sa phrase. L'adrénaline commençait déjà à disparaître de son corps, la réalité de ce qu'il venait de se produire lui arrivait en pleine face. Elle se mit à trembler.

Zorro hésita une seconde, puis dans un soupir choisit de rebrousser chemin. Il prit sa main dans la sienne.

– Vous avez fait ce que vous dictait votre instinct. Ce n'était pas la chose à faire mais c'était tout à votre honneur, señorita. Ne vous en voulez pas.

– Vous êtes blessé.

– Je vais bien.

Cette fois, elle le crut.

Un cheval piaffa près de la porte. Fantôme, fidèle à sa réputation de coursier le plus rapide de la Californie, venait récupérer son maître.

– Je dois vraiment y aller, señorita.

– Je comprends. Avant cela…

– Oui ?

– Non. Rien.

Bien que perplexe, Zorro ne chercha pas à comprendre.

Il voulut se détourner mais la main de Lolita le retint.

– Señorita ?

La jeune femme se pencha pour l'embrasser.

De surprise, Zorro ne répondit pas au baiser. D'ailleurs Lolita s'éloignait déjà de lui, chamboulée.

– Je ne sais pas ce qui m'a pris ! Excusez-moi ! C'est… j'aime Diego, pas vous. Il m'évite depuis notre dernière rencontre, mais nous avons des sentiments l'un pour l'autre. Un instant j'ai cru… je ne comprends pas. Je suis tellement désolée !

Zorro, lui, ne l'était pas. Choisissant pour une fois d'écouter son cœur et non sa tête, il attira Lolita à lui et l'embrassa. Lolita se demanda si elle ne perdait pas la tête. Ces lèvres, cette façon de l'embrasser...

– LOLITA ! hurla alors la voix d'Estrella depuis les jardins. Lolita, réponds !

Zorro se détacha de la jeune femme.

– Partez ! s'affola Lolita.

Zorro rejoignit Fantôme et sauta en selle. Sans pour autant s'en aller.

– Partez ! répéta-t-elle.

– Avez-vous peur qu'on nous surprenne ?

– Je ne peux pas… il y a...

– Don Diego ?

– Oui.

– Et moi ?

Les appels d'Estrella se faisaient plus proches.

– Partez, señor !

– Votre réponse, d'abord.

– J'aime Diego.

– Et moi ? répéta Zorro.

– Je ne vous connais pas.

– Le baiser...

– Partez ! implora-t-elle en tentant de pousser Fantôme en direction des collines.

– Votre réponse, d'abord, señorita.

– Je ne sais pas !

Elle leva ses yeux embrouillés vers lui. Il s'en voulut de la mettre au bord des larmes, mais il devait savoir.

– Dites-moi.

– Je… j'ai l'impression de vous aimer tous les deux.

Elle pleurait vraiment cette fois.

– Mais…

– Vous ? l'encouragea le Renard.

– Une Pulido n'aime qu'une fois ! répondit-elle comme si cela expliquait tout. *

C'était le cas pour Zorro. Malgré la douleur, il se pencha pour chuchoter à son oreille :

– Je crois que je vous aime aussi, señorita.

Sur quoi, il se redressa et éperonna son cheval. Fantôme fila comme le vent, l'emportant loin de l'hacienda. Derrière lui, accrochée au montant de la porte comme à une bouée de sauvetage, Lolita pleurait sans discontinuer.

Qu'avait-elle fait !?


* La phrase « Une Pulido n'aime qu'une fois » est tirée du livre de Johnston McCulley. J'ai choisi d'y faire référence et de m'en inspirer pour les relations Lolita-Diego-Zorro. Certains auront peut-être repéré la mention à la sérénade pour laquelle Diego veut engager quelqu'un ou son indolence plus grande que dans la série. Il y aura d'autres clins d'œil jusqu'à la fin de l'histoire. Pour le mouchoir avec lequel s'évente Diego sans cesse, même s'il apparaît dans le livre et le premier film de 1920 avec Douglas Fairbanks (version la plus proche du livre), la référence vient ici du film de 1940 avec Tyrone Power qui l'a sublimement incarné. Je ne peux que vous encourager à lire et visionner ces trois chefs-d'œuvre !