NdA : L'action est de nouveau au rendez-vous avec le chapitre du jour et ceux qui vont suivre, ce qui veut dire aussi que la fin se dessine. J'espère que ça va continuer de vous plaire. Merci vraiment pour votre suivi et merci pour les petits commentaires qui font du bien et permettent de tenir le rythme d'écriture et de postage. Bonne lecture !
25 – Sylvia
Sylvia détacha les rênes de son âne de l'anneau enfoncé dans le mur d'enceinte de l'hacienda Pulido. La brave bête la menait partout où elle voulait aller sans faillir. Âgé de quatre ans, Chardon était plus fidèle que bien des humains. Sylvia savait qu'il pouvait l'emmener ou la ramener de l'hacienda Pulido les yeux fermés. Elle ne s'inquiétait donc plus de partir parfois très tard de chez ses amies. Et qu'importe ce que pouvaient en dire les gens.
Ce soir-là, le soleil avait déjà disparu derrière l'horizon. Le temps d'arriver à Los Angeles, il ferait nuit noire. Le ciel était particulièrement nuageux et cachait le clair de lune. L'air n'était pas lourd, il ne pleuvrait pas. Personne n'attendait d'orage avant plusieurs jours.
Sylvia se hissa sur le dos de l'âne. Il profitait toujours de ses séjours dans les écuries Pulido et prenait un peu trop goût à s'y rendre. La nourriture y était délicieuse. Heureusement leurs longues promenades le maintenait dans un parfait état physique. Cette fois encore, il avait mangé plus que nécessaire et Estrella l'avait tiré d'une douce torpeur quand elle avait été le chercher pour l'amener devant l'entrée principale.
– Es-tu sûre que tu ne veux pas que nous t'accompagnions ? demanda-t-elle.
Elle voyait d'un mauvais œil son retour seule jusqu'au pueblo avec Greco dans les parages.
– Que voulez-vous qu'il me veuille ?
– Tout de même…
– Ne t'inquiète pas, Estrella, intervint sa cousine en arrivant, elle ne sera pas toute seule.
Vêtue de sa tenue de cavalière, Lolita tenait par la bride un des chevaux de son oncle, Saphir. L'animal était le plus calme de toutes ses bêtes. Il n'était pas le plus rapide, mais assurément le plus endurant. Il ferait l'aller-retour jusqu'à Los Angeles sans faillir.
– Si tu l'accompagnes, protesta Estrella, tu reviendras seule !
– Ou je peux dormir sur place. Sylvia m'hébergera.
– Dans ce cas, autant qu'elle reste dormir ici !
Chacune savait que ce n'était pas la chose à faire. Don Ernesto et don Carlos toléraient beaucoup de choses chez leurs filles, mais ils n'admettraient pas cela. De plus, Sylvia n'accepterait jamais, ni de rester chez les Pulido, ni d'héberger Lolita. Elle savait encore où était la limite et refusait de mettre ses amies dans une position difficile. Lolita se souciait bien moins qu'elle des conventions sociales. Estrella qui n'y tenait que peu était bien plus disciplinée à ce sujet. Ce n'était pas le moment de s'attirer les foudres paternelles en dormant au pueblo chez la couturière.
Les deux cousines continuèrent de débattre. Sylvia choisit de s'esquiver. Il était plus simple pour tout le monde qu'elle rentre seule.
Sitôt qu'elles s'en rendirent compte, Lolita sauta en selle.
– Je ne la laisserai pas rentrer seule !
Estrella n'eut pas le temps de la retenir ni de proposer d'aller chercher Roman pour qu'il les accompagne. Lolita lança Saphir au galop pour rejoindre Sylvia.
Sa cousine comprit enfin ce que ressentait son père lors de ses escapades. Elle fila aux écuries seller son propre cheval pour les rejoindre. Avec un peu de chance, l'une d'elle tomberait sur Ricardo. Il avait promis de venir lui jouer la sérénade sous sa fenêtre ce soir. Il se promenait toujours armé. Il pourrait les escorter jusqu'au pueblo.
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Lolita et Sylvia se trouvaient déjà loin quand Estrella quitta le domaine Pulido. Elles avançaient au trot en devisant tranquillement. Elles oublièrent de rester sur leurs gardes et bien mal leur en prit.
Juan Greco avait décidé de fuir Los Angeles cette nuit-là, comme l'avait escompté Zorro. Il avait ordonné à Sanchez d'en faire de même par un chemin opposé. Ils ne se reverraient pas, à présent c'était chacun pour soi.
L'ancien secrétaire de l'Aigle avait choisi sciemment la direction de l'hacienda Pulido. Personne ne devait en sortir la nuit en ce moment. Il était possible qu'il y croise les lanciers ou Zorro, mais la région était particulièrement boisée par ici. Il pourrait facilement passer inaperçu et rejoindre El Camino Real. Personne ne s'attendait à ce qu'un bandit emprunte le chemin du roi, et certainement pas par le nord alors que Raul Savatore en venait.
Fort de son plan, il ne s'inquiétait pas outre mesure de mauvaises rencontres lors de sa fuite. Certains auraient pu penser qu'il craignait de rencontrer Zorro. C'était tout le contraire. Il aurait aimé affronter le Renard en face et régler avec lui les différends qui les opposaient depuis l'affaire de l'Aigle. Pour autant, il n'irait pas tenter le diable. Il avait déjà beaucoup poussé sa chance ces derniers mois.
Et la chance tourna ce soir-là quand au détour d'une colline il tomba sur Lolita Pulido et Sylvia. À cent mètres de lui, impossible qu'ils se manquent. Les deux femmes perdirent leurs couleurs en comprenant qui était le cavalier. Greco pesta. S'il les laissait s'échapper, elles préviendraient tout le monde et il ne pourrait pas s'enfuir.
Il se dit ensuite que c'était peut-être la chance qui les avait menées sur son chemin. Avec une assurance pareille, il pourrait fuir la région sans être inquiété.
Un sourire mauvais étira ses lèvres.
– Yah ! lança-t-il son cheval en tirant son pistolet de sa ceinture.
– Fuyez ! cria Sylvia à Lolita.
La jeune femme éperonna son cheval et fila plein ouest. Elle le dirigea ensuite vers le nord et l'hacienda Pulido. De son côté, Chardon se lança à l'assaut de la colline d'un pas sûr et disparut avec Sylvia sous le couvert des arbres.
Greco se lança à la suite de Lolita.
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Les coups frappés à porte réveillèrent tous les occupants de l'hacienda. Crescencia fut la plus rapide pour ouvrir. Alejandro terminait de nouer sa robe de chambre quand apparut le visage de leur visiteuse.
– Sylvia ?
Celle-ci n'avait d'yeux que pour le domestique qui arrivait derrière le maître de maison.
– Bernardo !
Elle se jeta dans ses bras en pleurs sans que celui-ci comprenne.
– J'ai eu si peur !
Avec des gestes empruntés, Bernardo tapota son dos pour la calmer. Il ne comprenait pas ce qui avait bien pu se passer pour qu'elle arrive ici dans cet état.
– Que se passe-t-il ? voulait savoir don Alejandro.
Avec douceur, Bernardo obligea Sylvia à le regarder et demanda par geste ce qui se passait. Une lueur illumina les yeux la couturière. Elle se tourna pour faire face au maître de maison.
– Oh, don Alejandro ! dit-elle tout en signant ses mots pour que Bernardo puisse comprendre. C'est affreux ! C'est cet homme, Greco, il poursuit Lolita !
Alejandro ordonna à Crescencia d'aller chercher Jaime. Il irait à Los Angeles avertir les lanciers. De son côté, il prendrait quelques hommes pour se rendre au dernier endroit où avait été vu Lolita.
Il leva les yeux vers l'étage de la maison. Diego n'avait pas quitté sa chambre. Avec un soupir, il reporta son attention sur la couturière de nouveau dans les bras de Bernardo. Inutile de réveiller son fils, il ne les accompagnerait pas. Bernardo l'informerait plus tard.
Avec un pincement au cœur, il se dirigea vers les écuries. Il avait un moment oublié que Diego n'était pas le fils qu'il aurait voulu avoir. Le rappel était cruel.
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Le capitaine Toledano allait quitter Los Angeles quand Jaime arriva. Il reçut le message de l'hacienda de la Vega au pire moment. Un de ses lanciers venait de le prévenir que Sanchez avait été repéré par Garcia et Reyes au sud du pueblo. Ils tentaient de le rattraper et Arturo devait les rejoindre.
Il dut se résoudre à envoyer trois de ses hommes en soutien à Garcia et emmener les autres avec lui vers le nord. Il espérait que le sergent ne faillerait pas à la tâche cette fois et que l'entraînement intensif qu'il avait imposé porterait ses fruits. Si le sergent et le caporal laissaient échapper Sanchez, Arturo devrait sévir. Il ne voulait pas dégrader ses officiers, mais il y serait contraint.
Espérant trouver une bonne nouvelle à la caserne à son retour, il laissa Jaime les mener jusqu'à Alejandro de la Vega. Ses vaqueros et lui tentaient de remonter la piste jusqu'à Greco et Lolita.
Ils ne trouvèrent ni l'un ni l'autre. La nuit et le terrain caillouteux qu'ils avaient suivi la dernière fois que Sylvia les avait vus ne ne permettaient pas de distinguer des traces.
Ils finirent par tomber sur deux cavaliers, mais il s'agissait de Ricardo Del Amo et Estrella Pulido. Le duo les avait vu disparaître dans un bois. Comme les lanciers et les vaqueros de don Alejandro, ils n'arrivaient pas à les retrouver.
Au bout de plusieurs heures, il fallut se résoudre à accepter l'évidence. Greco et Lolita avaient disparu.
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Les chevaux comme les hommes commençaient à fatiguer quand un lancier vint prévenir le capitaine que Garcia et Reyes avaient arrêté Sanchez. Il se trouvait dans une cellule de la caserne.
C'était la première bonne nouvelle de la nuit. Arturo décida d'interrompre les recherches. Il demanda à ses hommes de rentrer au pueblo se reposer quelques heures. Dès l'aube ils reprendraient les recherches.
Don Alejandro invita le capitaine, Ricardo et Estrella à prendre un peu de repos chez lui. Personne n'avait envie de tirer du sommeil les Pulido pour leur annoncer la nouvelle. Estrella promit qu'elle irait elle-même au matin le faire. Elle préférait accorder à sa famille quelques heures de repos bénéfique avant le cataclysme que serait une telle annonce. Personne ne pourrait faire mieux qu'eux cette nuit. On n'y voyait rien, il était plus dangereux de patrouiller que de rester chez soi.
Leur seul espoir, c'était encore Zorro.
