NdA : Merci pour les avis ! Je sais, j'ai osé couper le chapitre précédent comme ça. XD Et je plaide coupable par avance pour celui-là. Encore que j'ai laissé le dernier paragraphe qui ne devait pas y être à l'origine, alors c'est moins suspens que ça pourrait l'être. Vous comprendrez en lisant.
26 – La course-poursuite
La course-poursuite dura des heures. Greco n'était pas habitué au terrain. La vitesse de son cheval, ne valait pas grand-chose face à l'expérience de Lolita. Elle tenta de le perdre dans les environs du domaine Pulido sans réussir.
Elle finit par obliquer vers l'ouest en s'enfonçant dans les bois. Quand ils retrouvèrent un terrain dégagé, l'endurance égale de leurs chevaux ne permit pas à Greco de combler son retard. C'était à qui abandonnerait le premier.
Lolita menait la danse, elle continuait vers l'ouest. Si Saphir tenait le rythme jusqu'à la côte, c'était encore là qu'elle réussirait le mieux à perdre son poursuivant. Du moins le pensa-t-elle jusqu'à ce qu'elle réalise qu'elle serait alors loin de toute personne connue pour lui apporter de l'aide.
Mettant à profit le relief du terrain, elle fit faire demi-tour à son cheval sans que Greco la voit. Elle le lança au trot pour qu'il fasse moins de bruit et économise ses forces. Elle l'arrêta dans un fourré.
Greco fila sans la voir. Lolita relança Saphir au pas dans le long bois qu'ils avaient traversé à l'aller, puis au trot quand elle jugea Greco suffisamment loin. Le bruit des sabots de son cheval s'était perdu au loin. Elle évaluait avoir quelques minutes avant qu'il se rende compte de sa disparition.
Satisfaite du silence, elle prit le temps de souffler et flatta l'encolure de Saphir. Le cheval avait encore des réserves pour prendre le galop dans la seconde si nécessaire.
Le cliquetis d'une arme les figea sur place tous les deux.
Avec horreur, Lolita découvrit Greco debout sur un rocher à dix pas d'elle en train d'armer son pistolet.
– Moi aussi je sais ruser, dit-il.
Il l'avait vue amorcer le demi-tour. Devinant ses intentions, il avait envoyé son cheval tel un leurre puis attendu qu'elle revienne vers lui.
Passé la surprise et l'effroi, Lolita reprit ses esprits.
– Pourquoi faites-vous cela, señor ? Vous pourriez fuir.
– Derrière moi, je ne trouverai que des lanciers, devant moi également. À la demande du capitaine Toledano, la totalité des militaires que compte la région sont en train de patrouiller. Je ne suis pas un de ces hommes vivant à cheval. Je n'ai aucune chance de leur échapper ainsi. Chevaucher de nuit en Californie en évitant les lanciers n'est possible que pour Zorro. Je dois user d'un autre stratagème.
– Moi ?
– Vous ferez un otage parfait.
– Qui vous ralentira.
– Ai-je dit que je comptais vous emmener ? Vivante de surcroît ?
Un frisson glacé parcourut la colonne de Lolita. Cet homme la tuerait sans hésiter.
– Je vous laisse le choix, señorita. Me laisse vous attacher vivante ou morte à cet arbre.
Il en indiquait un au hasard sans la quitter des yeux. Les nuages s'étaient dissipés. Habitués à la pénombre, ils distinguaient parfaitement leur environnement à présent, une petite clairière entourée d'arbres.
Lolita voyait à ses traits qu'il ne mentait pas. Elle savait aussi qu'il ne la raterait pas. Elle était trop proche et trop visible.
– Qu'avez-vous à gagner ? demanda-t-elle souhaitant gagner du temps et comprendre ses intentions.
– J'enverrai votre cheval avec un mot signifiant que je vous ai enlevée et que je veux ma liberté en échange de votre vie. Pendant qu'on vous cherchera et qu'on hésitera à se plier à mes demandes, je prendrai la route jusqu'au Mexique. Personne ne cherchera un péon le long d'El Camino Real si tout le monde croit que je vous ai enlevée.
C'était bien pensé. Lolita comprit pourquoi il n'avait pas besoin d'elle vivante. En fait, il aurait même été mieux de la tuer de cacher son corps. Ainsi personne n'aurait pu soupçonner la vérité. Greco ne voulait pas la tuer sauf s'il y était contraint, mais il n'hésiterait pas longtemps. Lolita ne voulait pas lui donner raison de la tuer. Elle leva les mains.
– Je me rends, attachez-moi si vous le souhaitez, mais laissez-moi la vie sauve !
– Bon choix, señorita.
Il apprécia sa décision et la vit descendre de cheval avec satisfaction. Son sourire disparut quand il sentit le canon d'une arme se poser sur sa fête et la pointe d'une épée toucher son dos.
– Zorro !
– Lui-même. Lâchez votre arme, señor.
Le Renard les avait suivis depuis tout ce temps. Il n'avait pas été assez rapide pour l'empêcher de menacer Lolita. Il avait donc compté sur l'intelligence de chacun et leur volonté de rester en vie pour ne pas commettre d'acte inconsidéré, avant d'intervenir au moment opportun.
– Cette impression d'être suivi, c'était donc vous, dit Greco.
– J'ai dit votre arme.
Greco remit la sécurité et obéit. Le pistolet tomba au sol.
– Vos mains, à présent, continua Zorro. Levez-les.
Une fois encore, l'homme obtempéra. Satisfait, le Renard risqua un coup d'œil pour Lolita. Elle était cachée de sa vue par son cheval. Il ne distinguait que ses bottes et une partie de son pantalon de cavalière.
– Señorita, tout va bien ?
Profitant de la brève distraction du Renard, Greco donna un coup de pied dans l'arme. Le pistolet percuta la patte du cheval. Saphir poussa un hennissement et rua.
Greco profita de la surprise de Zorro pour l'attaquer. Le pistolet du hors-la-loi rejoignit l'autre à terre tandis que Lolita calmait son cheval. Elle devait à tout prix l'écarter du pistolet. Si jamais un coup de sabot malencontreux l'armait…
Greco se jeta à terre pour éviter l'épée de Zorro. Il s'empara de son pistolet dans un roulé-boulé et se remit sur ses pieds deux mètres plus loin. Dans sa hâte de l'utiliser, il ne put ajuster le tir et la balle manqua Zorro. Il jeta le pistolet désormais inutile et dégaina son épée. Les deux hommes se firent face, en garde, puis attaquèrent.
De son côté, Lolita avait perdu le contrôle de Saphir. Terrifié par le coup de feu, il rua plusieurs fois. Lolita fut contrainte de s'écarter jusqu'à ce qu'il soit moins agité. Son regard inquiet oscillait entre le pistolet entre les sabots de Saphir et les épéistes. Le combat qu'ils avaient engagé était à mort.
Elle cherchait quoi faire quand un cheval noir apparut à sa gauche. L'animal parut jauger la situation puis, jugeant qu'il ne pouvait rien faire pour les combattants, se tourna vers Saphir et elle.
– Tu es le cheval de Zorro ? s'exclama Lolita. Ma cousine m'a dit que tu étais très intelligent ! Comment ton maître t'a-t-il appelé déjà… Tornado ! C'est ça ? S'il te plaît, aide-moi ! Saphir ne se calme pas !
Elle ne s'attendait pas à ce qu'il comprenne. Pourtant ce fut le cas. Il s'approcha de Saphir et hennit plusieurs fois. Saphir cessa de frapper le sol de ses sabots. Tornado hennit encore et poussa le cheval de la tête. Abasourdie, Lolita le vit entraîner Saphir sous les frondaisons. Ils disparurent dans le silence. La jeune femme réalisa que les épées ne s'entrechoquaient plus.
Greco avait perdu son épée et reculait vers elle. Elle se décala sur le côté, prête à suivre les chevaux et aller se mettre à l'abri. Aucun des deux hommes n'avait un regard pour elle. Faisant preuve de bon sens, elle se mit à courir à la suite de Saphir et Tornado. Elle devait se mettre à l'abri du danger et laisser Zorro régler la situation. En restant là, elle risquait seulement de le gêner.
– Rendez-vous ! ordonnait celui-ci.
Greco n'y était pas décidé. Il recula encore et fut arrêté dans sa course par un arbre. Zorro marqua un temps, cherchant à savoir ce qu'il allait faire. L'homme esquissa un pas vers la droite, prêt à contourner le tronc et fuir. Zorro se jeta en avant. Greco, trompant son ennemi, se jeta sur le côté.
Le Renard comprit la ruse et les intentions de l'ancien secrétaire trop tard. Greco tenait déjà le pistolet dans ses mains.
Pan !
La balle l'atteignit en plein ventre. Sa main échappa son épée. Seul le tronc de l'arbre que venait de lâcher Greco l'empêcha de s'effondrer. L'homme se relevait déjà, abandonnait le pistolet déchargé, reprenait son épée et filait dans la direction où avait disparu Lolita.
Il s'arrêta avant de disparaître sous les arbres. Il tourna la tête pour vérifier que le Renard était bien hors d'état de nuire. Satisfait, il porta la main à sa son visage et le salua comme Zorro avait toujours eu l'habitude de le faire. Ultime insulte, il siffla pour attirer les chevaux. Il ne lui restait plus qu'à mettre en application son plan initial, trouver à Lolita, la tuer par mesure de sécurité et filer vers le sud.
Zorro ne lui laissa jamais l'occasion de le mettre en application. Il s'empara du couteau qu'il portait toujours. Un lancer parfait plus tard, la lame se fichait dans le dos du fuyard. Greco s'écroula, mort avant d'avoir touché le sol.
