Ce chapitre est assez court et frustrant je pense, mais il est nécessaire pour nous amener vers la fin. A vos théories ;D

Nathalea


Je referme le journal lentement. Hermione est partie quelques heures plus tôt, et je me félicite d'être seul. Le sang qui bat à mes oreilles, mon cœur qui s'affole dans ma poitrine : tout m'indique que je suis sur le point de comprendre quelque chose, quelque chose qui changera ma vision de cette fameuse nuit de décembre, à tout jamais. Une sorte de signal d'alarme résonne dans mon esprit. Est-ce que je veux vraiment savoir ? Probablement pas. Mais je n'ai pas le choix. Ma décision est déjà prise, aussi certaine que la mort de Drago, aussi certaine que l'horreur qui m'a frappé, pour toujours…

Je laisse tomber le journal. Il faut que je sache. Il n'y a qu'un seul moyen de savoir…

Machinalement, je mets de l'ordre dans ma tenue pour avoir l'air un tantinet normal. Alors seulement, je transplane jusqu'au Ministère de la Magie.

Dans les couloirs, les gens me dévisagent. Tout le monde sait que je suis en congé depuis plus de deux semaines sans réellement comprendre pourquoi. Tout le monde sait que j'ai tué Drago Malefoy, alias la Ronce, et je me précipite dans mon bureau avant que l'un de mes collègues ait la bonne idée de venir me féliciter.

J'ai tenté de me faire discret en traversant le service des Aurors, mais je ne me fais aucune illusion. Je suis le patron ici, et je sais d'ores et déjà que ma présence ne passera pas inaperçue. Très bientôt, Ron sera mis au courant, aussi dois-je me dépêcher de trouver ce que je cherche avant qu'il ne me tombe dessus pour m'interroger…

J'ai laissé des traces derrière moi, au fil de mon enquête. Tôt ou tard, Ron et ses hommes finiront par remonter la piste de Malefoy jusqu'à son appartement au-dessus de l'armurerie, et le propriétaire leur dira qu'un homme est déjà venu l'interroger… Alors, j'aurai à répondre de mes actes. Mais pas encore.

M'enfermant à double tour dans mon bureau, j'ouvre frénétiquement tous les tiroirs jusqu'à tomber sur celui que je cherche. Exhumant un classeur épais comme mon bras, je l'ouvre en grand et fait défiler les pages. Duval, Duval…

Je finis par le trouver. Juste là. William Duval. Bel et bien fiché comme informateur auprès du service des Aurors depuis six ans. Quelques efforts de mémoire supplémentaires me permettent également de retrouver le second agresseur de Malefoy : Henry Boyle. Lui aussi informateur, criminel à la petite semaine, à la solde des Auros depuis quatre ans.

Je compare les fiches des deux hommes sans oser comprendre, préservant mes pires craintes jusqu'à la toute fin… Mais mes pires craintes se réalisent. Pire que ça, même. C'est pire que tout ce que j'avais imaginé…

Je m'écroule soudain dans mon fauteuil, avec l'impression que mon estomac s'est changé en pierre. Ce n'est pas possible. Ça ne peut pas être ça la réponse… Le monde ne peut pas être aussi cruel, ironique et abject. Il me reste une dernière preuve, un dernier recours…

Monopolisant toutes mes forces pour me relever, j'ouvre un nouveau casier à l'autre bout de la pièce, et je pars à la recherche des dossiers relatifs à octobre 2006. En tant que directeur du service des Aurors, j'ai accès à tout : toutes les informations sont là, à portée de main… Et grâce à Drago, je connais la date précise de la mort d'Astoria. Dans son journal, il indique que cette dernière a transplané chez lui avant de mourir, ce qui explique qu'on n'ait jamais retrouvé son corps. Mais si elle a bel et bien été interpellée par des Aurors, ces derniers auront certainement rédigé un rapport. Même s'ils ne l'ont pas reconnue, même s'ils ont été incapables de l'identifier… Il y aura eu un rapport.

Je remonte le temps, remonte le fil des dossiers, avec l'espoir viscéral que la réponse sera différente, que cette idée terrifiante qui s'est frayée en moi ne deviendra pas réalité, que je n'aurai pas à vivre avec les conséquences…

Je tombe enfin sur un dossier daté du 13 octobre 2006. Le signalement d'une femme pouvant être Astoria Greengrass, qui s'est échappée avant d'avoir pu être appréhendée. Lentement, je parcours le déroulement des faits, le rapport des agents présents, le dénouement de l'histoire… Les noms des principaux intéressés…

Je laisse tomber le dossier sur le sol. Pendant de longues secondes, je reste ainsi, comme suspendu dans le temps, incapable de bouger, incapable de penser. Mon cerveau rejette en bloc cette horreur de plus qu'il ne peut supporter. Et puis soudain elle arrive, plus forte que le choc, plus forte que le chagrin : la colère, froide, mortelle et terrifiante, une colère sans limite, sans nom, une colère folle.

Brusquement, je sais ce qu'il faut faire sans même me poser la question. Je ramasse le dossier, ramasse les fiches des informateurs sur mon bureau. J'en fais aussitôt des copies que j'emporte avec moi, avec les originaux. Je quitte le Ministère avant que qui que ce soit ait eu le temps de me mettre la main dessus. De retour chez moi, je m'empare de tous les journaux un par un, et à leur tour, j'en fais des copies, beaucoup de copies. Je suis épuisé et en sueur, lorsque j'ai enfin terminé. Mais le temps joue contre moi. Mon escapade au Ministère sera bientôt connue, et les journaux ne sont pas saufs…

Je laisse une copie de tous les documents à l'appartement. Les autres, et les originaux, je les emporte avec moi jusqu'à la banque de Gringotts, où je m'empresse de les enfermer dans un coffre, à l'abri des regards, là où je sais que personne ne pourra venir les reprendre.

Je ne garde que les trois derniers journaux. Ceux que je n'ai pas encore lus. Je les ai copiés quand même, mais je ne les ai pas encore lus. J'ai le pressentiment étrange que peut-être, je sais déjà ce qu'ils contiennent… Ce qu'ils risquent de me révéler, au fil du temps et des pages… Je ne sais pas si je le supporterai. La lecture des rapports m'a donné toutes les réponses, et je ne sais pas si je supporterai de voir Drago foncer dans ce piège, s'enfoncer jour après jour dans une machination qui, à son terme, lui sera fatale… Je ne sais pas si je supporterai de voir ses adversaires gagner, page après page…

Mais il le faut, pas vrai ? Jusqu'à ce que la mort nous sépare, Drago… J'aurais aimé pouvoir te dire ces mots. Aujourd'hui, j'ai le sentiment que c'est mon devoir de t'accompagner jusqu'en enfer, de vivre tes dernières années avec toi, d'apprendre à te connaitre durant tout ce temps passé loin de moi…

A la sortie de Gringotts, je m'assois sur un banc, et pour la première fois depuis plusieurs heures, la réalité de ta mort me rattrape. Le contenu des journaux, aussi… Je songe aux trois années qui ont suivi notre rupture. Je songe au regard que tu as porté sur moi, toi qui as continué à m'épier, toi qui as observé mes tentatives plus que vaines de t'oublier, de passer à autre chose, de fréquenter d'autres gens…

Quand j'y repense, j'ai honte. La première fois que j'ai couché avec quelqu'un d'autre que toi, j'ai tellement eu l'impression de te tromper que je n'ai plus jamais cherché à le recontacter. Après, c'est devenu plus facile, mais seulement physiquement. Je n'ai plus jamais été capable de garder quelqu'un très longtemps après toi. Même aujourd'hui, ma rupture avec Gabrielle me semble tellement secondaire…

Je secoue la tête. Ça a été dur de lire ces pages, Drago. Pas seulement à cause de ce que j'y ai découvert. Mais à cause de ce que tu y as décrit. Ton évolution, de plus en plus loin de moi, jusque dans les bras d'Astoria…

Tu as raison, j'ai été triste, jaloux, mais aussi heureux pour toi. Heureux que tu arrives à te reconstruire sans moi. Heureux que tu trouves quelqu'un d'autre pour partager ta vie, quelqu'un qui te permettait de te sentir en paix, serein, épanoui… Je suis heureux qu'Astoria ait représenté toutes ces choses pour toi… Et je suis dévasté qu'elle soit morte… Mais ça a été dur, Drago. Dur de lire tes pensées et de constater que tu étais passé à autre chose… Que tu avais réussi à te détacher de moi, pour regarder vers l'avenir… Moi je n'ai jamais pu le faire. Quelque chose en moi me dit qu'à présent, je n'y arriverai plus jamais.

Est-ce que je le voudrais, de toute façon ?

Inspirant profondément, je fais appel à toute ma volonté pour me relever et transplaner jusque chez moi. Encore une fois, je sais que le temps m'est compté. Je dois lire les derniers journaux avant qu'ils ne viennent. Ceux dont tu parlais dans ton dernier journal, Drago. Ceux qui t'ont piégé. Je dois lire les derniers journaux avant qu'ils n'arrivent. Avant de leur faire avouer la vérité…