NdA : Voilà maintenant LE chapitre tant attendu !
28 – Alejandro de la Vega
Alejandro de la Vega passa une main las sur son visage fatigué. Personne n'avait vraiment dormi depuis qu'il avait proposé à Ricardo, Estrella et le capitaine de se reposer chez lui. Seule Sylvia avait réussi à prendre quelques heures de sommeil après avoir pleuré tout son soul dans les bras de Bernardo. Le serviteur restait le regard fixé sur la porte de l'hacienda, comme celui du capitaine semblait fasciné par la lueur des torches suspendues dans la cour. Comme les autres, ils attendaient que les nouvelles arrivent.
Le don envia son fils parti à la mission chercher de l'aide auprès du père Felipe. Il avait trouvé le mot à son retour, tendu par Bernardo. Diego avait songé demander au padre le soutien des indiens. Ils connaissaient la région mieux que personne, ils sauraient peut-être trouver Lolita et Greco.
Alejandro était surpris de cette décision de son fils, mais il devait reconnaître qu'elle était judicieuse. Et puis toutes les bonnes volontés étaient bonnes à prendre. Dans une heure le soleil se lèverait et il faudrait annoncer la nouvelle aux Pulido. Si le père Felipe était là, cela pourrait les aider. Alejandro ne craignait rien d'autre que d'annoncer une telle nouvelle à don Carlos. Il refusait de penser à pire que la situation actuelle.
Son attention se tourna vers le docteur Avila assis dans un fauteuil. Ricardo avait demandé à ce qu'on aille le quérir. Au cas où. Alejandro ne voulait même pas savoir ce qu'entendait Ricardo par là.
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Lolita était complètement perdue. Elle ne savait pas vers où se diriger. Elle laissait Tornado décider pour eux depuis presque deux heures qu'ils chevauchaient. Derrière eux, elle entendait le bruit des sabots de Saphir et de l'autre cheval, le corps de Greco toujours accroché sur son dos. Elle refusait l'idée de devoir faire la même chose avec Zorro.
Elle reconnut les terres de la Vega quand ils approchèrent de l'hacienda.
– Non, Tornado ! Nous devons aller à Los Angeles trouver le médecin ! Le médecin Tornado !
Elle ne parvenait pas à tirer sur les rênes pour obliger le cheval à changer de sens. Ce dont avait besoin son maître se trouvait en face de lui, il reconnaissait son odeur. Tornado continuait obstinément sa course sans se soucier d'elle.
– Lolita…
La voix faible de Zorro capta son attention. Elle ne pensait pas qu'il reprendrait conscience.
– Ne dis rien, supplia-t-elle, économise tes forces.
– Ça va aller.
Comment cela pourrait-il aller ? Elle ne le voyait pas. Elle sentait la respiration de Tornado devenir plus anarchique, l'étalon arrivait au bout de ses forces à l'instar de son maître.
Pourtant il continuait. Devant eux se dessinait l'hacienda de la Vega où il savait trouver l'homme qui avait par le passé sauvé son cavalier.
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Bernardo eut un sursaut. Personne ne comprit pourquoi il se précipita vers la porte de l'hacienda. Personne ne remit non plus en doute sa certitude que quelqu'un arrivait quand il ouvrit grandes les deux portes et recula.
L'un après l'autre, ils se levèrent. Ils n'osèrent pas bouger même quand ils entendirent les premiers bruits de sabot. Ils étaient à deux doigts de penser qu'ils étaient victimes d'une hallucination car rien ne franchit les portes. En fait, ce fut même brusquement le silence.
Et soudain le cheval noir entra. Zorro et Lolita sur son dos.
Il y eut comme un instant de flottement, comme si chacun cherchait quoi faire. Avant que le cri d'Estrella relance la course du temps.
– LOLITA !
Ricardo porta la main à son oreille malmenée tandis qu'Estrella le quittait pour se précipiter à la rencontre de sa cousine. Elle se laissa tomber au sol et être réceptionnée dans son étreinte avec soulagement. Tornado avait eu raison. Elle avait reconnu le médecin, là, au fond du patio.
La tête d'un second cheval apparut sur le seuil, puis d'un troisième. Le capitaine repéra aussitôt qu'il portait quelque chose.
– Greco est mort, annonça Zorro d'une voix fatigué au militaire alors qu'il approchait.
– Sanchez a été arrêté. Cette histoire est terminée, Zorro.
– Sí.
– Allez-vous bien ?
Le Renard n'était pas vraiment en état de répondre. Il luttait pour garder les paupières ouvertes depuis qu'il avait repris conscience et la soudaine luminosité du patio n'aidait pas.
Lolita passa dans les bras de Sylvia puis de Ricardo avant de revenir à ceux d'Estrella. Elle eut beaucoup de mal à se détacher d'eux pour revenir vers Zorro.
Le capitaine était près de lui et découvrait le bandage autour de sa taille.
– Docteur ! héla-t-il Avila. Cet homme est blessé !
– Greco lui a tiré dessus, expliqua Lolita. La balle est toujours à l'intérieur.
Le capitaine comprit alors deux choses. La première, c'était que Zorro n'irait plus nulle part. Il avait besoin de soins immédiats. La seconde, c'était que dès qu'il mettrait un pied au sol, il remettrait son identité et sa vie entre leurs mains.
Cela, Zorro l'avait lui aussi parfaitement compris.
– Personne n'ôtera votre masque, promit Arturo et le Renard savait qu'il tiendrait parole. Je jure que le docteur sera le seul à s'occuper de vous et que personne n'entrera dans la pièce où vous vous trouverez. Un mot de vous et je pars sur le champ. Nous le ferons tous.
Zorro croyait tout cela. Il posa son regard sur chacune des personnes présentes attendant sa décision. Il termina par don Alejandro qui se tenait légèrement en retrait, puis Bernardo et son visage inquiet. Il reporta ensuite de nouveau son attention sur militaire.
– Un mot, un signe de vous, Zorro, jura encore Arturo.
– Ce n'est pas la peine, capitaine…
Il attrapa l'arrière du foulard qui masquait son visage.
– ...il y a plus simple.
Et tira d'un coup sec pour l'enlever.
– Diego !
Ce fut la voix de son père qu'il entendit le mieux. Les cris de surprises de Ricardo et des autres ne furent rien en comparaison. Avec difficulté, mais soutenu par Bernardo et le capitaine, Diego se coula au sol.
– Diego ! répéta son père ahuri.
Le jeune homme n'entendit rien de plus. Il tomba inconscient dans les bras d'Arturo.
Sans s'occuper de l'instant de stupeur qui s'emparait des autres, le docteur Avila força le passage jusqu'au blessé.
– Je dois l'opérer tout de suite, dit-il. Dégagez la table du salon et que quelqu'un amène des linges propres, je n'aurais peut-être pas assez de bandages si j'en juge par tout ce sang.
Sylvia, Ricardo et Estrella disparurent dans la maison. Le médecin se tourna vers Alejandro.
– Mon ami, ressaisis-toi, je t'en prie ! Diego n'a pas besoin d'un père apathique en ce moment.
Le don hocha la tête en reprenant pied.
– Capitaine, poursuivit Avila, amenez-le à l'intérieur. Oui, Bernardo ?
Le serviteur le secouait par le bras. Il indiqua l'épaule gauche de Diego puis le haut de sa poitrine. Après plusieurs signes, le médecin comprit.
– Des muscles déchirés ? Bien, je ferai attention. Et une blessure au bras droit ? Je regarderai.
– Nous sommes prêts ! lança Ricardo du seuil de la maison.
Arturo se leva, son précieux chargement dans les bras. Il gagna le salon où Ricardo l'aida à étendre Diego. Le médecin découpa prestement la chemise noire et le bandage, faisant nettement apparaître la blessure par balle, la marque de la précédente, reçue deux ans plus tôt, et une musculature que personne n'aurait jamais imaginé chez lui. Quand il fut clair que pas une des personnes présentes ne souhaitait quitter la pièce, Avila s'énerva.
– Partez tout de suite ! Sylvia restera m'aider, ses talents en couture seront précieux. Capitaine, vous avez un cadavre dont vous devez vous occuper et un autre criminel en cellule. Señoritas, vos familles vont vous attendre. Ricardo vous raccompagnera. Alejandro, le cheval de Zorro ne peut pas rester indéfiniment dans le patio. Bernardo saura vous dire quoi faire avec lui. Maintenant, dehors !
