NdA : Avant dernier chapitre aujourd'hui, avant d'éventuels bonus si vous le souhaitez (une discussion que vous aimeriez lire par exemple). Dans ce cas, partagez vos envies en review.


30 – Diego dormit longtemps

Diego dormit longtemps. Après avoir dû endurer tant de choses, son corps avait besoin de se remettre. Le jeune homme ne reprit que brièvement conscience durant les trois jours qui suivirent sa blessure par balle. Cela permit à Bernardo et don Alejandro de le faire boire et de lui faire avaler ses médicaments, sans qu'il réalise ce qui se passait. Le docteur Avila s'occupa des soins et du reste. Il n'était pas inquiet. Diego n'avait eu que très peu de fièvre et tout indiquait que ses blessures guérissaient bien. Il lui fallait seulement du repos, beaucoup de repos.

Quand Diego ouvrit les yeux le quatrième jour, il ne se rendormit pas. Bien qu'épuisé, il était aussi pleinement conscient.

– Diego ! s'écria son père en le voyant réveillé.

Son cri amena aussitôt dans la chambre Bernardo qui faisait les poussières du salon.

– Père… murmura le blessé qui peinait à sortir de sa léthargie.

– Comment te sens-tu ? Demanda Alejandro soulagé d'entendre sa voix. Non, ne bouge pas ! Je vais faire prévenir le docteur Avila.

Il laissa sa place près du lit à Bernardo, soulagé de voir son maître.

– Je suis heureux que vous soyez réveillé ! signa-t-il.

– Moi aussi. Combien de temps…

– Quatre jours.

– Record battu.

Bernardo secoua la tête mécontent. Ce genre de record ne le réjouissait pas.

Alejandro était déjà de retour dans la chambre qui, Diego s'en rendait compte maintenant, n'était pas la sienne.

– Le docteur Avila ne devait passer que ce soir, mais j'ai envoyé Jaime le prévenir que tu étais réveillé.

Diego sentait qu'il n'allait pas le rester longtemps. Les bras de Morphée l'appelaient désespérément.

– Ne t'inquiète pas, lui assura son père, nous avons expliqué que tu avais malencontreusement rencontré Greco en te rendant à la mission. C'est là qu'il t'a blessé avant que Zorro ne se charge de lui.

Cela rappela à Diego de tout ce qui avait précédé son évanouissement dans le patio. Son père et ses amis savaient.

– Je suis désolé, mon fils, s'excusa don Alejandro. Je t'ai blessé par mes mots et mon comportement.

Ils devraient en parler en profondeur plus tard, mais ces deux petites phrases mirent du baume au cœur de Diego.

– Si j'avais su… continua son père avant de s'arrêter en voyant son regard.

Ils savaient tous deux que ça ne se serait pas passé au mieux s'il l'avait appris tant la relation entre eux s'était détériorée. La révélation impromptue était une bien meilleure chose, même si chacun regrettait d'avoir dû en arriver là.

Voyant que Diego s'endormirait bientôt, son père alla à l'essentiel.

– Tout est réglé. Le capitaine a rendu son rapport grâce aux explications de Lolita Pulido. Le corps de Greco a été enterré et Sanchez transféré pour répondre de ses actes devant le juge Vasca. Raul Savatore est à Los Angeles. Il a rencontré Estrella. Tu nous as tous trompés en faisant croire que l'enfant adopté était Roman ! Enfin, je crois que les deux s'entendent bien. C'est un peu plus compliqué avec don Ernesto, mais le temps finira bien par calmer les choses. Et… non, cela, ce n'est pas à moi de te le dire.

Mais Diego n'eut pas l'occasion de lui en demander davantage. Le sommeil l'emporta de nouveau.

.

La nouvelle du réveil de Diego avait fait le tour de ses amis. Les uns après les autres, ils se présentèrent à l'hacienda de la Vega le lendemain matin. Le médecin assurait qu'il devrait se réveiller sous peu et personne ne voulait manquer une occasion de le voir ou de discuter avec lui. Avila désespérait de faire comprendre à tout le monde que ce dont le blessé avait vraiment besoin c'était de calme et de repos, pas de visite. Installé dans le patio, il s'entretenait donc en ce moment avec Ricardo et Lolita, les plus tenaces, qui ne voulaient pas entendre raison.

Estrella et Sylvia, les plus raisonnables, discutaient tranquillement à l'écart tandis qu'Alejandro entretenaient la conversation avec le capitaine et que Bernardo veillait sur son maître. Les domestiques de leur côté préparaient le déjeuner pour tout le monde.

Les échanges allaient bon train quand une voiture et des chevaux s'arrêtèrent devant l'hacienda.

– Sergent Garcia ? chercha à comprendre le capitaine quand il entra. Que faites-vous ici ? Un problème est-il survenu ?

– Oh, non, non, capitaine, le rassura aussitôt le sergent. Tout va bien. C'est que… eh bien, nous avons entendu que don Diego allait à se réveiller et nous souhaitions le voir.

– Nous ? releva-t-il.

– Le caporal, moi-même et…

– Raquel !

La señora Toledano venait de quitter la voiture avec l'aide du caporal Reyes et entrait dans le patio, son nouveau-né dans les bras.

– Ma chérie, tu devais rester chez nous !

– Buenos días, salua-t-elle tout le monde en l'ignorant superbement.

– Ce n'est pas prudent ! Tu dois te reposer !

Raquel Toledano leva les yeux au ciel, exaspérée.

– Je vais parfaitement bien. Tu peux le demander au docteur Avila.

Le praticien confirma avant de tempérer.

– Señora, votre mari a raison. Vous devriez être au repos chez vous.

– Être au repos chez moi ou ici ne change rien. Je pense même qu'il est plus prudent que nous soyons ici le bébé et moi.

Son mari et le docteur se trouvant chez les de la Vega, elle avait raison. Cela lui permettait aussi de sortir pour la première fois de chez elle depuis la naissance. Le bébé n'avait d'ailleurs pas été éprouvé un seul instant par le voyage. Sa mère avait pu constater que la voiture avait même aidé à l'endormir quand ils avaient quitté le pueblo.

– Comment s'appelle ce petit ange ? demanda Estrella. Nous avons cru comprendre que vous souhaitiez garder le secret quelques jours.

– Eh bien, expliqua Raquel, nous avions choisi son prénom sur le bateau qui nous ramenait en Californie. Si c'était un garçon, nous avions convenu de l'appeler Diego, mais après les récents événements, nous craignions cela malvenu.

– Diego ? souffla Alejandro touché.

– Je lui dois beaucoup, dit Raquel, il a toujours été un ami précieux. Je voulais que mon fils porte son nom. Au dam de mon mari qui l'aurait appelé Arturo !

– Je n'ai jamais dit ça ! s'offusqua le concerné.

Raquel lui lança un regard qui en disait long. Il avait essayé de la convaincre pendant des jours. Elle avait juré qu'elle ferait annuler leur mariage s'il insistait à l'appeler comme ça et Arturo savait qu'elle n'avait pas dit ça en l'air. Il avait donc sagement renoncé.

– Ce petit s'appelle donc Diego ? demanda le docteur.

– Ce n'est pas encore officiel. Nous avons demandé au padre d'attendre encore une journée avant d'enregistrer la naissance.

C'était un fait inédit à Los Angeles. S'il n'avait tenu qu'à Arturo, leur fils aurait déjà été nommé et baptisé. Sa femme n'avait pas sa foi. Au padre qui s'était inquiété de l'avenir de l'enfant si le pire arrivait, elle avait répondu qu'il n'était pas dans sa mission de faire peur aux parents en imaginant le pire, avant de partir dans un longue diatribe qui avait conduit père Felipe à reconsidérer les choses sous un angle nouveau en partant de chez eux. Arturo tenait à son mariage, il avait accepté sans broncher.

– Qu'attendez-vous dans ce cas ? demanda Alejandro.

– Nous voulons l'accord de votre fils. Nous espérons aussi qu'il acceptera d'être le parrain.

– Ce serait avec joie, Raquel.

La réponse de Diego de la Vega fit sursauter tout le monde. Le jeune homme se tenait debout devant la porte menant au salon. Il avait une main posée sur l'épaule de Bernardo, mais rien ne laissait penser chez lui qu'il était alité il y a une heure encore. Estomaqués, ils le virent s'avancer sans aide jusqu'à Raquel et le bébé. Il caressa du bout des doigts le visage endormi du nourrisson.

– Diego Toledano, c'est un très joli nom.

Raquel et lui échangèrent un regard complice qui titilla la jalousie d'Arturo et Lolita. Sans comprendre d'où venait l'étrange malaise et la surprise des autres, Garcia s'approcha de son ami.

– Don Diego, vous allez bien ? s'enquit-il.

– Très bien, sergent, comme vous pouvez le voir. Ce n'est pas ma première blessure par balle.

– Oh, je me souviens, mais je vous trouve très courageux de vous lever.

– Il ne le devrait pas ! coupa le docteur Avila mécontent. Vous devriez être au lit, Diego.

– J'avais besoin de prendre un peu l'air.

Son sourire innocent avait un côté tête à claque. Alejandro se souvint pourquoi il y a quelques jours encore il n'imaginait pas son fils derrière le masque du Renard.

– Allez vous asseoir, ordonna le médecin.

– Je vais vous aider, proposa aussitôt Garcia.

S'il l'avait fallu, il l'aurait même porté jusqu'à son lit. Diego se retrouva donc rapidement confortablement installé dans un fauteuil, le docteur vérifiant son état d'un côté, le sergent de l'autre. Le bilan de santé fut positif mais Avila ne se priva pas pour faire la leçon au jeune homme.

Crescencia choisit ce moment pour venir annoncer que le repas était prêt. Il se ferait sous forme de buffet. Une table était dressée à l'ombre du mur. Ils attendaient l'accord de don Alejandro pour servir, lequel le leur donna.

Ils se répartirent par petits groupes sur des chaises et des bancs que les domestiques installèrent. Ils faisaient cercle autour de Diego, guettant le moment où ils pourraient lui parler.

Garcia accaparait toute son attention, en racontant par le menu son arrestation -notre arrestation, rappela Reyes- de Sanchez. Il n'y avait que Bernardo et Raquel pour se rendre compte que le jeune homme faisait exprès de ne pas remarquer les autres personnes autour de lui. La malice du Renard était toujours là.

Le sergent termina son histoire, mais continua de raconter des choses et d'autres. Excédé, don Alejandro alla chercher un verre et une bouteille de vin et le tendit au sergent. L'idée de boire domina celle de raconter et le militaire se tut enfin quelques secondes.

– Nous avons aussi des nouvelles à partager, dit Alejandro à son fils.

– Puis-je commencer ? demanda Estrella.

– Bien sûr.

– Vous connaissez tous ma situation. Les relations entre mon père et mon grand-père sont complexes à l'heure actuelle. Cependant j'ai pris la décision de suivre mon grand-père jusqu'à l'hacienda Savatore. Je souhaite faire plus ample connaissance loin de Los Angeles. Nous ferons un crochet par la côte. Je souhaite rencontrer l'homme qui m'a sauvée du naufrage.

– Je l'accompagnerai, ajouta Ricardo.

– Pour quand est prévu le mariage ? taquina Diego.

Son ami lui répondit d'un regard noir. Cela fit sourire Estrella qui répondit :

– Tout dépendra de Ricardo.

– Quoi ? s'étrangla-t-il.

– Eh bien, si tu es suffisamment convaincant, j'accepterai peut-être de t'épouser avant l'année prochaine. Sois prévenu, je n'ai pas la patience d'Elena Torres ou de Moneta Esperon.

Cela fit rire tout le monde sauf Ricardo.

– Toi, prévint-il Diego, tu n'as pas le droit de te moquer. Tu ne vaux pas mieux.

– Vous allez vous marier, don Diego ? s'étonna Garcia.

– Je n'ai pas fait ma demande.

– Je doute qu'elle refuse, sourit Lolita.

Garcia se gratta le crâne sans comprendre. Quelque chose lui échappait.

– Je vous expliquerai à notre retour à Los Angeles, sergent, compatit Raquel.

Cela convenait très bien à Garcia qui se resservit un autre verre de vin.

– Roman accompagnera mes parents chez nous à Santa Barbara, poursuivit Lolita. Il apprendra les affaires auprès de mon père tandis que je resterai quelques temps chez mon oncle et ma tante. Je dois aider Sylvia à préparer certaines choses.

Cette fois, ce fut Diego qui ne comprit pas. Il vit un regard s'échanger entre Bernardo et la couturière.

– Je vous ai écouté, signa le serviteur.

La lumière se fit dans l'esprit de Diego.

– Sylvia et toi allez vous marier !? C'est formidable !

L'élan joyeux le rappela vite à l'ordre quand un tiraillement à l'abdomen lui arracha une grimace. Il assura qu'il allait bien mais Avila n'attendrait pas cinq minutes avant de l'envoyer au lit. Ça lui était égal. Pour la première fois depuis des mois, des années peut-être, Diego pouvait être lui-même.