31 – Diego de la Vega
Diego caressa tout à tour Tornado et Fantôme. Les deux chevaux savouraient le retour de leur maître après des jours sans le voir. Le jeune homme voyait à leur comportement qu'ils guettaient le moment où ils iraient en promenade. Les chevauchées nocturne étaient devenues un rituel dont ils ne sauraient se passer.
– Nous irons bientôt, promit Diego.
Il lui faudrait pour cela échapper à la surveillance de son père et de Bernardo, qui suivaient à la lettre les recommandations du docteur Avila. Pour Zorro, ce ne serait qu'une formalité. En attendant, ils pouvaient déjà tous trois quitter la grotte et se balader un peu aux alentours.
Ils restèrent longtemps dehors. Suffisamment pour inquiéter don Alejandro et Bernardo quand ils découvrirent que Diego n'était plus dans l'hacienda et que la grotte était vide. Les deux hommes s'élancèrent au dehors avec inquiétude, l'un appelant, l'autre sifflant. Diego se dégagea d'un rocher derrière lequel il était dissimulé avec un soupir quand il vit Tornado et Fantôme les rejoindre.
– Je vais bien, inutile d'ameuter toute la Californie.
– Tu as disparu depuis deux heures ! reprocha son père.
– Déjà ?
– Diego !
Le jeune homme luttait contre les coups de tête affectueux des chevaux.
– Doucement ! Oui, vous m'avez trouvé. Bravo.
– Diego ! appela de nouveau Alejandro exaspéré.
– Vous êtes arrivé trop tôt, nous n'avions pas fini notre jeu.
– Votre jeu ?
Pour peu, l'hidalgo se serait étranglé.
– Tu devrais être en train de te reposer ! Il y a une semaine encore tu étais inconscient, gravement blessé.
– Je guéris bien et je m'ennuyais. Eux aussi. Cela fait longtemps que nous n'avons pas joué ensemble. Père, savez-vous que Fantôme devient aussi doué que Tornado pour jouer à cache-cache ?
Cette fois, Alejandro vit rouge. Alors qu'il allait exploser en reproches d'avoir agi contre les avis du médecin et le bon sens, Bernardo l'arrêta. Il signa à Diego l'inquiétude qu'il leur avait causé avant de l'inviter à rentrer. Beaucoup plus diplomatiquement que don Alejandro en aurait été capable.
– Entendu, capitula Diego. Il est vrai que je fatigue un peu.
Il n'en fallut pas plus pour que Bernardo se précipite le soutenir. Diego le remercia d'un sourire.
– Sylvia a beaucoup de chance de t'avoir. Et moi aussi.
Les fiançailles du domestique et de la couturière étaient officielles depuis quelques jours. Cela réjouissait Diego.
Bernardo avait tenu à rester habiter à l'hacienda. Il ne voulait pas quitter son maître. Sylvia viendrait s'installer ici après leur mariage. Il avait eu peur que don Alejandro ou elle refusent, mais chacun avait accepté et Diego avait été enchanté de la nouvelle.
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Ils regagnèrent l'hacienda où le jeune don accepta docilement de s'asseoir dans un fauteuil pour se reposer un peu. Il observa la douce agitation de la demeure avec la sensation de redécouvrir un plaisir simple mais essentiel.
Bientôt, tout serait plus animé. Sylvia viendrait les rejoindre le mois prochain, elle serait tout aussi discrète que Bernardo, mais Diego gageait que sa simple présence changerait leurs habitudes de garçons célibataires. Dans deux mois, ce serait Lolita qui les rejoindrait à son tour.
Diego n'avait pas fait sa demande officiellement, Lolita s'en était chargé à sa place en annonçant à tous qu'ils étaient fiancés.
– Pourquoi perdre du temps ? avait-elle demandé. Nous nous aimons et nous nous marierons. Que je l'annonce moi-même est un gain de temps. De plus, je doute que tu veuilles affronter mes parents s'ils se décident à t'interroger sur tes intentions au vu de ta réputation actuelle.
Diego avait dû lui donner raison. Pour tous encore, il était l'indolent incapable de courtiser une femme. Que Lolita prenne les devants était contre les conventions, cependant ses parents ne perdraient pas l'occasion de la marier. De toute façon, Diego était un de la Vega, la plus riche fortune de Californie. Qui serait assez fou pour refuser une telle union ou pour en discuter ?
La situation n'était pas la même que pour Ricardo Del Amo qui, lui, devrait faire les choses dans les règles pour obtenir la main d'Estrella. Il l'obtiendrait, ça n'avait pas lieu d'inquiétude. Diego leur souhaitait en revanche bien du courage pour organiser la cérémonie vu les caractères des familles Pulido et Savatore, celle de Ricardo n'étant pas en reste. Les mois à venir promettaient d'être agités.
Chez les de la Vega, tout serait plus simple. Le mariage de Bernardo et Sylvia dans trois semaines aurait valeur de test pour celui de Diego et Lolita qui viendrait ensuite.
S'il n'avait tenu qu'au jeune homme, Tornado et Fantôme seraient déjà en train de les emmener auprès de padre Felipe pour qu'ils les unissent. C'était peut-être dû à Zorro, il ne savait pas trop, mais l'idée d'être sur le devant de la scène devant autant de gens en tant que Diego l'inquiétait un peu. Il ne pouvait toutefois pas priver ses proches d'une grande cérémonie et d'une fête comme on en n'avait plus vu à Los Angeles depuis des années.
Avec un soupir, Diego se laissa aller dans son fauteuil. Tout changerait ces prochaines semaines. Il aiderait son père avec le rancho. Il continuerait aussi son travail avec le notaire, il avait pris goût à ces affaires juridiques et Javier Montebello appréciait son aide. Se rendre à Los Angeles serait aussi l'occasion de retrouver Garcia, leurs discussions à la taverne lui manquaient. Le sergent était un véritable ami.
Il savait aussi que les Toledano ne tarderaient pas à l'inviter chez eux pour déjeuner. Arturo n'avait rien dit de l'identité du Renard à sa femme, mais Diego la soupçonnait de la deviner. Ou peut-être le voyait-elle simplement tel qu'il était ? À l'instar de Bernardo, elle voyait au-delà du personnage qu'il avait façonné.
Raquel était devenue une amie sincère, presque une sœur avec qui Diego pouvait parler différemment d'avec les autres. Il aimait vraiment ça.
En y réfléchissant, le jeune homme se rendait compte que son avenir serait composé de bien des personnes qui tenaient à lui et pour qui il avait de l'affection. Il n'était plus seul.
Bernardo lui apporta de quoi se désaltérer. Il vérifia qu'il allait bien puis lui tendit le courrier qu'il venait de recevoir. Il n'y avait que quelques lignes, mais Diego éclata de rire.
– Je crois que Ricardo ne changera jamais !
– Que dit-il ?
– Il veut combattre Zorro en duel à son retour à Los Angeles. Il prétend que notre précédent combat n'était pas réglementaire !
– Car il ignorait qui était Zorro ?
– Tout à fait. Et nous ne voudrions pas le décevoir, n'est-ce-pas ?
– Eh bien…
– Mon ami, affûte nos épées. Dès demain, nous reprenons l'entraînement.
Le visage de Bernardo perdit toute couleur.
– Vous êtes encore blessé !
– Je vais bien.
Bernardo constata que Diego était déterminé. Il songea à le menacer de tout dire à son père pour le contraindre au repos. Las, il connaissait trop bien le regard qu'avait son maître en cet instant.
– Je ferai attention, promit Diego, je n'ai qu'une main valide pour l'instant. Et tu auras le droit de m'obliger à m'arrêter quand tu veux.
Bernardo leva les yeux au ciel pour la forme. Comme s'il était possible de le contraindre à quelque chose !
– De toute façon, ajouta Diego, il faudra bien que Zorro reprenne du service. Tornado et Fantôme auront besoin se de dégourdir les pattes.
Le clin d'œil qui ponctua sa phrase fit sourire Bernardo. Ce que Diego lui proposait en cet instant, c'était de garder Zorro pour eux. Les autres savaient, mais certaines choses n'appartiendraient jamais qu'à eux. Le Renard était avant tout une amitié profonde entre eux deux.
– Je finirai par vous battre, assura Bernardo.
– Mon ami, je n'attends que ça !
Les sourires se firent plus grand, les yeux pétillèrent. Peu importe ce que l'avenir leur réservait, Zorro ne disparaîtrait pas. Aujourd'hui commençait la légende…
Fin
NdA : L'histoire est terminée, déjà ! Je suis vraiment contente d'avoir menée cette fanfic à son bout et de vous l'avoir fait partager. Je sais que certains vont rester sur leur faim, donc je réitère la proposition de faire des bonus. Même si vous ne vous êtes pas manifesté(e) avant, c'est le moment de partager vos impressions et vos envies. Alors à vos claviers !
