NdA : Ce bonus aura été bien compliqué à écrire, allez savoir pourquoi. Il clôt véritablement l'histoire, il n'y en aura pas d'autres. J'espère qu'il vous plaira et que vous y trouverez ce qui a pu vous manquer entre Diego et Alejandro.


Père et fils

Diego envoya Tornado rejoindre Fantôme dans le corral. Il épousseta ses vêtements avec la satisfaction d'une chevauchée parfaite, sans rencontres fortuites qui auraient pu gâcher cette fin de soirée. Il y en aurait d'autres bien sûr, mais rien n'équivaudrait celle-ci, la première depuis qu'il avait été blessé.

Son sourire disparut quand il releva les yeux vers l'entrée de la grotte. Debout devant le feuillage se trouvait don Alejandro, le visage sévère. Son père n'avait pas goûté sa petite excursion. Il était soulagé de le voir revenir entier, mais la peur qu'il lui avait infligé en disparaissant sans rien dire une fois encore était toujours là.

– Tu ne m'as pas prévenu de ton absence, Diego !

– Vous ne m'auriez pas autorisé à partir.

C'était vrai. Il avait dû attendre que Bernardo se rende à Los Angeles et que le vieux don soit occupé ailleurs pour s'éclipser.

– Tiens-tu à ce point à ce que je m'inquiète ?

– Je suis désolé de vous avoir fait peur, père.

Don Alejandro leva les yeux au ciel. Comme si c'était suffisant pour qu'il passe l'éponge !

Ça devait l'être. Diego ne regrettait pas son escapade et recommencerait d'autres fois.

– Tout était plus simple quand je ne savais pas, soupira Alejandro.

– Le croyez-vous ?

Le don haussa les épaules sans répondre. Il ne savait plus ce qui était bien ou non ces jours-ci. Tout le laissait perplexe depuis que Zorro avait retiré son masque.

– Père ? s'inquiéta Diego face à son silence inhabituel.

Alejandro choisit de s'asseoir sur un rocher un peu plus loin et invita son fils à en faire de même. Diego s'installa à ses côtés avec la conviction que le moment de se dire les choses était venu. Ce moment qu'il redoutait autant qu'il l'espérait depuis longtemps.

Son père poussa un soupir profond en proie à des souvenirs et des regrets qui empoisonnaient son existence depuis des jours, si ce n'était davantage.

– Je tente de faire face à tout cela, Diego, dit-il. Sincèrement j'essaye, cependant il s'est passé bien des choses depuis ton retour d'Espagne. Trop pour que tout se règle en quelques jours.

– Vous êtes soulagé de savoir que je suis Zorro mais vous regrettez aussi de ne l'apprendre que maintenant, devina Diego.

– Pas seulement. Nous savons l'un comme l'autre que savoir plutôt ton identité n'aurait pas permis d'améliorer notre relation.

Le jeune homme le savait, mais l'entendre dire était autre chose. Il laissa son regard de perdre au loin comme pour éviter d'affronter une vérité qui faisait si mal.

– Quand tu es revenu d'Espagne, reprit son père, j'étais plein d'espoir. Ton changement d'attitude m'a complètement dérouté. J'ai cru que tu étais Zorro et cela me soulageait.

– Seulement j'ai réussi à vous convaincre du contraire.

Il acquiesça.

– Cela m'a fait mal. J'ai eu le sentiment de perdre mon fils. Ce que tu donnais à voir m'exaspérait. Aujourd'hui encore, en sachant tout, j'ai du mal à supporter le rôle que tu endosses. Tu ressembles plus à ta mère que moi. Elle a toujours eu un caractère doux et posé, pas sanguin comme le mien. Tu ne te mets pas en colère comme je peux le faire et ton calme olympien me fait perdre mes moyens.

– Je n'ai pas toujours su garder mon calme.

– Tu le gardes bien plus que je ne le ferai jamais. Certes avant ton départ pour l'Espagne tu n'étais pas aussi calme, mais tu étais également plus jeune.

Lui en revanche n'avait jamais perdu la fougue de la jeunesse.

– J'ai supposé que tu t'étais assagi sur le vieux continent ou peut-être s'était-il passé quelque chose qui t'avait fait changer. J'ai essayé de comprendre. J'ai réussi, en partie. Suffisamment pour tolérer ton inaction mais pas assez pour accepter les raisons que tu me donnais. Les prétextes que tu usais pour sortir en Zorro, n'est-ce-pas ?

– Oui, mais pas que cela. J'étais aussi sincère dans ma volonté de ne pas tout régler par les armes, de faire appel au bon sens et à la force des mots.

– J'en ai conscience, soupira Alejandro. Je m'en accommodais. Est alors arrivé l'Aigle…

Là était le tournant dans la dégradation complète de leur relation.

– Quand tu as accepté l'offre de Varga de lui remettre la liste… à ce moment tu m'as considérablement déçu. J'espérais pourtant encore ! Et puis Zorro a confirmé que mon fils avait vraiment eu l'intention de la remettre, de trahir tout le monde. Là, quelque chose s'est cassé.

Et ne s'était jamais réparé jusqu'à ce jour.

Diego devinait que si l'affaire de l'Aigle n'avait pas tourné de la sorte, son père aurait pu comprendre qui était Zorro. Seulement ce n'était pas ce qui était arrivé. Le Renard avait été dans le sens de l'Aigle. Rien n'y personne n'était venu détromper Alejandro quant à la couardise de son fils et sa brève intention de trahison.

– Après ça, soupira le vieil hidalgo, tu es devenu plus renfermé. Tu as même arrêté de m'aider à la tenue du rancho au retour de Monterey. Plus le temps passait et plus j'étais confronté à un étranger. Je ne supportais plus ce que tu étais devenu et la situation a atteint le point de non retour ces dernières semaines.

– Si je vous avais révélé que j'étais Zorro… Ou bien si je m'étais démasqué...

– Je n'y aurais pas cru.

– Je vous l'aurais prouvé en montrant les passages secrets, la grotte, Tornado...

– Et je me serais mis en colère.

– Je vous ai menti tout ce temps, elle aurait été compréhensible.

– C'est au-delà de ça, Diego. Tu es tombé si bas dans mon estime ces dernières années en prenant ce rôle que je me serais senti trahi plus qu'en colère, comme j'ai pu l'être quand tu as ôté ton masque dans le patio. Bien sûr, en réfléchissant, je comprends et ce sentiment a fini par disparaître. Si tu m'avais révélé la vérité il y a six mois, j'aurais été blessé mais ma fierté aurait pris le dessus. Il ne serait plus resté que l'incompréhension. Je me serais dit « Qui est l'homme en face de moi ? » et je n'aurais pas trouvé de réponse, seulement des questions. Est-il sincère dans son envie d'action ? Ce calme apparent au quotidien est-il vrai ou faux ? Pense-t-il vraiment tout ce qu'il a pu dire jusqu'à présent ?

– Ces questions, demanda doucement Diego, vous les posez-vous toujours ?

– Non. Je sais que ton calme et ta volonté de toujours temporiser étaient sincères. Ce n'était pas seulement un rôle que tu te donnais. L'avoir compris rendait plus dur encore de te supporter. En sachant que tu es Zorro aujourd'hui et au regard de tout ce qui a pu se produire depuis ton retour à Los Angeles, je comprends que mon fils est l'homme que j'ai retrouvé à son retour d'Espagne, sans l'indolence de ces derniers mois. Je repense au moment où j'ai pensé et que tu étais Zorro et je sais comment est mon fils. Je comprends par la même que si tout ne s'était pas produit comme tel, si Zorro n'avait pas ôté son masque dans mon hacienda dans le contexte qu'il y avait à ce moment-là, je ne l'aurais pas admis. Je ne t'aurais pas reconnu, je n'aurais pas su où se trouvait la vérité et le mensonge. Je ne te reconnaissais plus et je crois qu'à cet instant tu aurais perdu ma confiance.

– J'aurais dû vous dire la vérité après l'affaire de l'Aigle si ce n'est dès le début. Après cela je me suis enfermé dans mon rôle et je l'ai accentué davantage. J'étais arrivé à un point où je ne pouvais plus m'en échapper et chaque jour devenait plus douloureux que le précédent. S'il n'y avait pas eu les Pulido, Ricardo et le retour de Greco, je ne sais pas comment tout cela aurait pu tourner. Mal sans doute.

– Je ne veux pas le savoir, décréta son père.

Pas plus que Diego il ne voulait y penser. Affronter le présent était bien assez éprouvant comme ça.

– Je n'arrive pas encore à accepter tout ce que tu es. Les deux facettes que je connais de toi ne se sont pas fondues en une seule. Il y a les souvenirs que j'ai et ce que je devine être… et il y a qui tu es.

Alejandro posa une main sur l'épaule de son fils. Leurs regards se rencontrèrent...

– J'apprends chaque jour qui est Diego de la Vega, poursuivit-t-il. J'aime ce que je découvre mais je suis aussi surpris. Comme je l'ai dit, il y a certaines facette de toi qui me sont opposées et il me faut du temps pour les accepter. Cela viendra, j'en suis convaincu. Peut-être nous disputerons-nous aussi parfois. Nos avis divergeront, mais nos débats seront sincères. Plus de mensonges, plus de faux-semblants. Nous reprenons sur de nouvelles bases.

– J'en suis heureux, avoua Diego en posant une main sur celle de son père.

Ils se sourirent doucement, complices.

L'instant de grâce dura quelques minutes. Quand Alejandro le rompit et signifia qu'il était temps de rentrer, Diego eut un regard pour l'horizon. Il lui semblait que quelque chose manquait.

– Diego ! appela son père.

– Oui ? dit-il en se retournant.

– Il y a deux choses que je ne t'ai pas dites.

– Lesquelles ?

– La première, c'est que je suis fier de toi.

Un poids s'envola des épaules de Diego. Le sentiment d'oppression qui ne le lâchait pas depuis un an commença à disparaître doucement. Il eut l'impression de pouvoir mieux respirer, comme si l'étau qui lui comprimait la poitrine se desserrait enfin.

Alejandro vit le changement s'opérer sans mot dire. Chaque moment en compagnie de Diego était une façon d'apprendre à le connaître à nouveau.

– Et la seconde ? osa finalement demander celui-ci.

Le don prit son temps avant de lui répondre avec la plus grande douceur :

– Je t'aime, mon fils.

Le poids qui restait encore s'évapora. Diego rejoignit son père incapable de parler. Le vieux don n'en avait pas besoin pour comprendre, il lisait sur son visage et dans son regard en particulier tout l'amour et la tendresse qu'il avait pour lui.

– Viens, dit-il, il est temps de rentrer à la maison.

Et pour la première fois depuis bien longtemps, Diego suivit à son père sans chercher à esquiver.


Et... fin ! Merci d'avoir lu.