Chapitre 2, plus long et plus fourni. J'espère qu'il vous plaira ! :)

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11 juillet 2019


Les yeux parfaitement secs, Narcissa Malefoy fixait le cercueil que le mage célébrant faisait progressivement descendre en terre. Le cimetière était plongé dans le silence mais, dans sa tête, un millier de voix chuchotaient.

Sans vraiment en avoir conscience, elle tourna la tête vers Daphné, plantée elle aussi devant la nouvelle demeure d'Astoria, à quelques pas de là, entre Scorpius et William. Entre la réussite de sa sœur et son échec. Elle eut envie de rire mais ne le fit pas, préférant pousser doucement Drago en avant pour qu'il aille jeter la première poignée de terre.

Son fils sembla sortir de sa léthargie et s'avança lentement, Scorpius sur ses talons. Daphné et son fils s'insérèrent derrière eux puis, enfin, Narcissa s'autorisa à prendre leur suite. Quand elle plongea la main dans le tas de terre laissé à la disposition des proches d'Astoria, elle ferma très fort les yeux pour ne pas repenser à toutes les personnes qu'elle avait déjà ainsi recouvertes. Mais ce fut peine perdue. Quand elle lâcha les grains bruns, ce ne fut pas seulement sa belle-fille qu'ils vinrent ensevelir, mais Bellatrix, Andromeda et Lucius avec elle.

« Les meilleurs partent en premier », lui avait-on souvent dit lorsqu'elle était enfant. Elle s'était toujours efforcée de ne pas y croire, trop consciente de sa propre existence pour pouvoir encore se regarder dans la glace en le sachant, mais, pour la première fois, elle eut l'impression que l'adage populaire avait raison. Car comment expliquer, sinon, qu'elle et Daphné soient toujours debout quand leurs sœurs plus douées et plus vertueuses croupissaient six pieds sous terre ?


Le cimetière se vidait déjà quand Daphné l'aperçut, debout devant l'unique tombe devant laquelle il daignerait jamais s'arrêter, une femme blonde au nez orné de lunettes dont rien que la monture devait équivaloir à son salaire mensuel à ses côtés. Elle hésita longtemps. Si longtemps à vrai dire que, quand elle se décida à aller à sa rencontre, il ne restait plus que William, effritant du bout de sa chaussure vernie l'herbe roussie qui les entourait.

— On y va ? demanda-t-il, incertain. Ils vont nous attendre...

Daphné posa sur lui un regard inexpressif, sa grande taille l'obligeant à lever les yeux. Il lui ressemblait, c'était un fait que personne ne pouvait nier. Ils avaient les mêmes cheveux, les mêmes yeux, le même visage un brin allongé. Mais sa morphologie... Daphné ricana, jeta un œil aux deux silhouettes qui se tenaient toujours à quelques rangées de tombes de là, lui tournant résolument le dos, puis reporta son regard sur la maigreur du corps de son fils.

Prise d'un élan soudain de douceur, elle caressa doucement son front, comme elle se plaisait à le faire quand il n'était qu'un bébé et elle une adolescente refusant de grandir.

— Il y a quelque chose que je dois faire avant, murmura-t-elle. Mais vas-y, Narcissa aura sans doute besoin d'aide.

— Tu vas sur la tombe de Papa ?

— En quelque sorte.

William hocha la tête, habitué à ses réponses évasives, puis planta un baiser sur sa joue et disparut en un craquement sonore qui, sans raison valable, la fit papillonner des yeux.

Avec un dernier regard pour la pierre tombale de sa sœur dont le marbre neuf était obstrué par les nombreux bouquets que les participants à l'enterrement avaient apportés, elle prit une grande inspiration et se mit en marche en direction des deux individus aussi immobiles que des statues.

— Theodore, les apostropha-t-elle quand elle fut arrivée à leur hauteur.

Contre toute logique, la femme fut la première à se retourner, et Daphné et elle se toisèrent longuement, sans un mot, avant que Theodore Nott ne daigne enfin faire de même. Cependant, Daphné comprit rapidement que, pas plus qu'à Poudlard, il ne fallait trop lui en demander concernant la bienséance. Il s'était retourné en moins d'une minute, c'était déjà une grande victoire, attendre qu'il la salue et entame la conversation n'était qu'un espoir vain. Et idiot. Surtout idiot, en fait.

— Daphné Greengrass, reprit-elle donc en tendant une main à la femme qu'elle n'avait jamais vue autrement qu'en photo.

— Gaïa Nott, répondit la blonde en la lui serrant.

— J'avais deviné.

Elle se mordit la langue pour ne pas ajouter autre chose et se tourna de nouveau vers Theodore qui avait suivi l'échange en silence.

— Vous auriez pu nous rejoindre, reprit Daphné, avec une assurance qui l'étonna.

— Cela aurait été déplacé de la part de quelqu'un que vous n'avez pas vu depuis vingt-ans.

Daphné haussa les épaules, lui trouva la voix plus grave que la dernière fois qu'elle l'avait entendue, se força à ne rien remarquer d'autre.

— Sauf que, Merlin merci, la morale n'a jamais eu une grande place dans nos cœurs. Alors venez à l'apéritif. Tout ce qui pourra distraire Drago sera une victoire.


Loin des orgies auxquelles il se livrait dans l'intimité de son appartement crasseux, c'est après deux minutes d'insistance de la part de Pansy que Blaise consentit à accepter la coupe de champagne qu'elle lui tendait.

— Contente ? grommela-t-il en en avalant une gorgée.

— Très, répartit-elle, ses lèvres rouges s'ourlant en un sourire vainqueur alors qu'elle finissait d'une traite son verre d'eau, une main négligemment posée sur son ventre arrondi, comme pour rappeler au monde entier qu'elle était encore assez jeune pour donner la vie.

Son sourire chut cependant très vite quand les tenues qu'ils portaient tous se rappelèrent à elle et elle s'empressa de le remplacer par un visage fermé de circonstance. Qui fut à son tour remplacé par une bouche formant un rond parfait et des yeux écarquillés.

— Quoi, tu as vu un fantôme ? ricana Blaise.

— Presque, murmura Pansy en pointant un doigt verni par-dessus l'épaule du métis qui se retourna, pour finir par arborer la même mine que son amie.

— Est-ce que c'est vraiment...

— Theodore Nott ? Oui, c'est lui. Et sa femme.

Un rire nerveux s'échappa de la gorge de Blaise.

— Si je m'attendais à le revoir un jour autrement que dans les journaux...


Déambuler dans le manoir Malefoy vingt-quatre ans après sa dernière visite était sans conteste une expérience étrange. Mais pas désagréable comme il l'aurait pensé, bien au contraire. Partout, il pouvait revoir le petit garçon qu'il avait été, à se cacher dans les jupes de sa mère quand elle était encore en vie puis derrière le silence de son père après sa mort.

— Est-ce que c'est vraiment Hermione Granger que je vois là-bas ?

Theodore se tordit le cou pour regarder dans la direction que lui montrait Gaïa.

— Oui, c'est elle.

L'excitation embrasa aussitôt les joues de sa femme.

— Je te fausse compagnie, dans ce cas.

Theodore haussa les épaules et attrapa au hasard un canapé sur un plateau qui voletait près de lui.

— Vu la tête que tu tires, tu n'aimes définitivement pas le foie gras, nasilla une voix alors qu'il s'emparait d'une coupe de champagne pour rincer le goût désagréable qu'avait laissé le canapé dans sa gorge.

— Pansy Parkinson, salua-t-il la nouvelle arrivante.

— Pansy Von Hoff en réalité.

Le regard de Theodore glissa sur la bague qu'arborait Pansy à la main gauche et, inévitablement, tomba sur la proéminence du ventre de son ancienne camarade.

— Félicitations.

— Comme si tu en avais quelque chose à faire.

— Heureux de voir que les années n'ont pas changé ta franchise. C'est toujours ce que j'ai préféré chez toi.


Pas bien difficile, compte tenu du nombre de choses qu'il déteste à mon sujet, se moqua intérieurement Pansy. Trop fière pour lui laisser le dernier mot, elle traça du bout de l'ongle le rebord de son verre, puis lâcha, moqueuse :

— Tu apprécieras sans doute que je te fasse remarquer que tu as vieilli, alors.

Il leva les yeux au ciel.

— J'ai pris vingt ans dans la tronche. Comme toi.

— Sauf que j'ai trop d'estime personnelle pour ne pas cacher mes premiers cheveux blancs.

Il sourit, de ce petit sourire qui l'avait tant agacée lorsqu'ils étaient encore à Poudlard, il y avait ce qui lui semblait des siècles.

— Qu'est-ce que tu fous là ? questionna-t-elle, tout à coup abrupte.

— Je rends visite aux fantômes. Les vivants comme les morts.

Pas préoccupé pour un sou par la moue irritée que formaient désormais ses lèvres écarlates de Pansy ou par le fait qu'il se trouvait au beau milieu du salon Malefoy, il sortit un paquet de cigarettes de la poche intérieure de sa veste, s'en alluma une et lui en proposa narquoisement une autre. Refusant de le laisser se ficher d'elle et de ses six mois de grossesse, elle s'en empara avec insolence et embrasa aussitôt l'extrémité.

— Ouah... souffla-t-elle après avoir recraché la fumée par le nez. Ça doit faire sept ans que j'avais pas touché à cette merde.

Elle en prit bien quatre taffes avant de rouvrir la bouche pour demander, d'un ton plus doux :

— Sérieusement, Nott. Pourquoi t'es là ?

— Pour l'enterrement d'Astoria.

— Joue pas à l'idiot avec moi. T'es pas revenu des États-Unis pour la mort de ton propre père et maintenant tu veux me faire avaler que celle d'Astoria Greengrass t'a fait un tel effet que tu n'as pas pu t'empêcher de traverser l'océan ?

— C'est toi qui joue à l'idiote, Parkinson. J'en avais rien à foutre d'Astoria, exactement comme j'en avais rien à foutre de mon père. La différence, c'est que sa mort à lui, il n'y a que moi qu'elle pouvait affecter, alors que celle d'Astoria...

— Affecte Daphné. Bien vu. Mais, pour rappel, c'est toi qui es parti.

— Pour rappel, quand je suis « parti », tu étais en train de te terrer dans les cachots après avoir cherché à vendre Potter. Alors viens pas me faire croire que tu as la moindre idée de ce qui s'est passé.

— Tu crois que tu m'insultes en me le rappelant ? ricana Pansy. Réveille-toi, Nott. La seule façon que j'aie de pouvoir vivre avec moi-même, c'est en intégrant à quel point je suis lâche. En vingt putains d'années, j'ai eu le temps d'y arriver. Je n'ai aucun problème avec la façon dont je me suis comportée ce soir-là.

— Et je n'ai aucun problème avec la façon dont j'ai fui.

Pansy éclata de rire.

— Alors pourquoi il a fallu que Daphné intervienne pour te faire transplaner du cimetière jusqu'ici ?

Ce fut la première fois qu'elle parvint à clouer le bec à Theodore Nott. Trente-neuf ans lui avaient été nécessaires, mais c'est un immense sourire qu'elle afficha en tournant les talons.