10 août 2019


Narcissa feuilletait distraitement un ouvrage sur l'évolution de la mode sorcière, retranchée dans la petite bibliothèque du manoir, quand la porte de celle-ci s'ouvrit brusquement, laissant entrer Scorpius, les cheveux tout ébouriffés et la gamelle de sa chatte à la main. Sans la voir, il la posa sur une étagère et son regard se fit scrutateur tandis qu'il répétait :

— Phœbé ? Phœbé ?!

Il était à présent presqu'à quatre pattes et tentai d'apercevoir quelques chose dans l'espace sombre ménagé entre les rayonnages et le sol.

— Qu'est-ce que tu fabriques encore, Scorpius ? finit par s'agacer Narcissa en le voyant faire.

Son petit-fils sursauta et se cogna contre l'étagère. Il frottait vigoureusement son front quand il se redressa pour lui répondre.

— Grand-mère ! Je… Je cherche Phœbé, elle a encore disparu et il faut qu'elle mange.

Il appuya ses propos en secouant doucement la gamelle. Le tintement des croquettes dont il l'avait remplie importuna Narcissa qui grommela :

— Laisse-la donc vivre sa vie ! Elle viendra manger quand elle aura faim.

— Mais le vétérinaire a dit qu'elle devrait prendre sa potion à heure fixe et elle ne la supporte pas quand je la lui donne en-dehors des repas !

La septuagénaire leva les yeux au ciel.

— Potion ou pas, Phœbé est un chat, elle perdra forcément des poils.

— Mais Maman aime pas quand il y a des p…

Les sourcils froncés de sa grand-mère l'interrompirent et, un instant, Scorpius eut l'air prêt à lui demander pourquoi elle la dévisageait ainsi. Puis ses traits se figèrent alors qu'il se rendait compte de sa bêtise et il manqua de lâcher la gamelle et de laisser les croquettes imbibées de la potion miracle qu'avait achetée Astoria quelques mois avant son hospitalisation se répandre sur le parquet ciré. Irritée – aussi bien intérieurement que physiquement – par les touffes de poils blancs qu'elle retrouvait partout, sa belle-fille avait effectivement jugé utile d'acheter à un prix astronomique quelques gouttes d'un élixir censé empêcher la nature féline du chat d'opérer. Daphné avait rigolé pendant des heures quand sa sœur lui avait raconté, et c'était bien la seule fois de sa vie que Narcissa avait rejoint son point de vue : cette potion était ridicule.

— Scorpius… soupira-t-elle. Tu ne crois pas qu'il faudrait que…

— Que je trouve Phœbé ? Si, exactement !

Elle ferma les yeux le temps qu'il lui fallut pour ravaler les remarques acerbes qui inondaient déjà sa gorge. Une fois qu'elle fut certaine de pouvoir faire preuve de suffisamment de délicatesse pour ne pas froisser son petit-fils, elle braqua son regard dans le sien et, tout doucement, déclara :

— Je dois aller acheter un cadeau pour le petit Alexander. Tu ne veux pas m'accompagner, plutôt ?

Scorpius refusa d'un signe de tête.

— Il faut que je trouve Phœbé, répéta-t-il une dernière fois.

Et, sa gamelle à la main et son déni au cœur, il quitta la bibliothèque.

Narcissa s'autorisa un long soupir en entendant la porte claquer. Ces séances chez la psychomage n'étaient de toute évidence pas suffisantes pour que Scorpius accepte l'absence de sa mère. Elle rumina encore quelques instants, puis s'appuya sur les accoudoirs de son fauteuil pour s'en extirper. Que le blond l'accompagne ou pas, elle devait trouver un cadeau au fils de Pansy avant sa fête d'anniversaire qui commençait dans quelques heures.


— Tu as reçu un hibou.

Daphné abandonna l'examen des grains de beauté égarés sur son avant-bras pour relever la tête vers Blaise.

— Merde. On peut pas me foutre un peu la paix ? s'agaça-t-elle.

Elle avait encore le front transpirant de plaisir et l'esprit embrumé par la poudre jaune rapportée d'Amérique du Sud que le métis avait tenu à tester avec elle avant qu'ils ne passent dans la chambre, et la réalité ne trouvait rien de mieux que de se rappeler à elle.

— C'est William, lui apprit son amant.

Les traits de la brune se détendirent aussitôt et elle tendit une main impérieuse. Respectueux, Blaise n'avait pas décacheté la missive et elle mit bien une minute à y parvenir, la chaleur inhabituelle ayant fait fondre la cire de sorte qu'elle en avait partout sous les ongles quand le sceau céda.

— Oh, putain… jura-t-elle, sa lecture terminée.

— Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit son amant, qui s'affairait déjà à renfiler son sous-vêtement.

— La fête d'Alex. J'avais complètement zappé. Will m'attend à dix heures pour qu'on lui achète un truc.

Il parut mettre quelques instants à se rappeler de qui était Alex. Mais Daphné n'aurait pas su dire si c'était la drogue ou l'indifférence qui était à l'origine de son trou de mémoire.

— Pourquoi t'y vas ? On sait l'un comme l'autre que tu détestes ce genre de concours de bite.

— Bonne question. Faut croire que les menaces de Pansy sont efficaces.

— Ou alors ce gosse t'attendrit malgré toi.

Elle sourit. Il était vrai qu'elle éprouvait une forme d'affection pour Alexander. Ou, peut-être, plus vraisemblablement, une forme de pitié. Ces goûters d'anniversaire, il fallait être bien stupide pour être convaincu qu'elles avaient lieu pour lui faire plaisir. Comme Blaise le disait si vulgairement, cette fête, ce n'était rien d'autre qu'un concours de bite.

— T'as pas un petit pétard pour m'aider à tenir la conversation aux mégères dont le manoir sera infesté ?

Zabini roula des yeux tout en boutonnant sa chemise et se pencha pour atteindre la table de nuit. Il ouvrir le tiroir et en sortit un joint déjà roulé qu'elle porta à son nez et renifla avec délice.

— Putain, tu te fous pas de moi, c'est de la bonne. Je vais devoir la payer de mon corps ? pouffa-t-elle.

Blaise ne réagit pas et lui tendit plutôt une boîte d'allumettes. Sans que Daphné ne comprenne pourquoi, il avait toujours préféré le craquement du souffre aux flammes bleues de l'Incendio. Cela rajoutait à son charme, supposait-elle. Ingrate mais pas trop, elle répartit équitablement les taffes et écrasa consciencieusement le mégot dans la coupelle abandonnée au sol avant de se lever.

Quelques minutes plus tard, un peu trop euphoriques pour ne pas rigoler comme des imbéciles, ils quittaient l'appartement du métis.


Assis à la terrasse du Chaudron Baveur, Theodore profitait du rendez-vous de Gaïa à Gringotts pour savourer en toute tranquillité son tête à tête quotidien avec les chiffres de la bourse. Trop accaparé par ses pensées, il ne parvenait cependant pas à se réjouir des hausses de ses investissements et finit par replier le journal pour sortir de son sac la lettre qu'il avait personnellement reçue de la Ministre la veille. Sans doute agacée par son silence, Granger avait effectivement fini par prendre la plume pour lui demander de participer à la Journée de la Réconciliation.

La lettre ne s'encombrait pas des formules de politesse inutiles qui auraient dû être de mise, et c'était à vrai dire ce qui perturbait Theodore. Allant droit au but, Hermione Granger lui avouait avoir une aussi basse opinion que lui de la Journée de la Réconciliation, mais disait son élection trop fraîche pour qu'elle puisse déjà se permettre de remettre en question tout ce sur quoi s'était fondée la reconstruction du pays après la guerre. Ses déboires politiques, il s'en foutait complètement, bien évidemment. Mais le désespoir de Granger à le convaincre lui donnait envie d'en profiter.

Après avoir vidé cul-sec sa troisième tasse de café, il s'empara donc d'un parchemin et d'une plume, et sollicita un entretien « de quelque longueur qu'il lui plairait » à la Ministre pour discuter d'une éventuelle participation à la Journée de la Réconciliation. S'il calculait bien son coup, son ancienne camarade, dans l'urgence, n'aurait d'autre choix que d'accepter. Satisfait, il glissa la missive dans une enveloppe, la cacheta de quelques gouttes de cire qu'il laissa vierge, ayant depuis longtemps abandonné les armoiries familiales, et la rangea dans le revers de sa veste en attendant de pouvoir trouver un hibou.

Il allait quitter la terrasse quand il le grincement lointain d'une porte cochère retint son intention. La porte d'un immeuble de la rue s'était ouverte et, d'un pas maladroit, Blaise Zabini et Daphné Greengrass en étaient sortis. Theodore fronça les sourcils et jeta un œil à sa montre. Il était à peine dix heures. Même quelqu'un de moins intelligent que lui aurait d'emblée compris ce que cela impliquait et il suivit des yeux le drôle de couple, qui remontait désormais en direction du bar, avec un intérêt qu'il était bien loin de parvenir à mettre en sourdine. Ils n'étaient qu'à quelques tables de lui quand ils s'arrêtèrent et que Daphné posa une main douce sur l'épaule d'un brun aussi maigre que dégingandé qu'il n'eut aucun mal à reconnaître.

William. Il avait toujours autant de mal à admettre qu'il s'agissait du fils de l'ancienne Serpentard. À les voir à côté, pourtant, le doute n'était pas permis. Si le garçon avait été plus en chair, il aurait littéralement pu se faire passer pour sa mère en se laissant pousser les cheveux.

Zabini était parti d'un côté et les deux Greengrass de l'autre quand une question qu'il n'avait même eu l'idée de se poser auparavant s'imposa à lui. Qui pouvait donc être le père de ce gamin ? S'il avait été stupide, ce qu'il venait de surprendre l'aurait fait pencher pour Zabini, mais la peau du garçon était trop claire pour qu'il daigne insulter son intelligence.

Alors qui ? Réaliser qu'il avait plongé tête la première dans un océan des possibles fit accélérer les battements de son cœur.


Quand sa grand-mère quitta le manoir en claquant sèchement la porte derrière elle Scorpius avait atteint le dernier étage du manoir. La gamelle toujours fermement coincée entre son pouce et la paume de sa main, il persistait à chercher Phœbé, espérant que le bruit des croquettes finirait par la faire venir. Mais plus les minutes passaient et plus il désespérait. Sa grand-mère avait raison : il était inutile de s'obstiner à la faire manger à heure fixe, inutile de s'obstiner à lui faire avaler cette potion qui n'empêchait pas son édredon de recueillir quelques échantillons du pelage du félin dès qu'elle l'honorait de sa présence.

Il soupira en se laissant tomber au sol, le dos appuyé contre une commode surmontée d'un vase si hideux qu'il était aisé de deviner la raison pour laquelle il avait été banni des pièces à vivre. Les motifs chinois juraient avec le papier peint et, un instant, Scorpius alla jusqu'à se demander pourquoi sa grand-mère ne l'avait pas relégué au grenier. Des plinthes du couloir, son regard glissa jusqu'au plafond où le renfoncement de la trappe donnant accès aux combles était discernable entre deux fissures. Scorpius l'examina de longues secondes et c'est quand un scintillement fit briller les clés glissées dans la serrure qu'il réalisa qu'il n'avait jamais mis les pieds au grenier.

Abandonnant la gamelle de Phœbé par terre, il prit appui sur ses poignets pour se relever et tendit la main. Aussitôt, une échelle descendit de la trappe et il la gravit avec une solennité qui le rendit fébrile. Parvenu en haut, il empoigna la clé et la tourna, une fois, deux fois. La trappe s'ouvrit sans rechigner et cela étonna Scorpius. Personne ne venait jamais ici, mais les gonds semblaient huilés et, quand il se hissa sous les toits, il découvrit des empreintes dans la poussière.

L'endroit était sombre. Les quelques rais de lumière qui parvenaient à se frayer un chemin dans la pièce ne permettaient à Scorpius que de distinguer de part et d'autre de la trappe deux amoncellements de souvenirs. Il opta pour le coin le plus éclairé et s'avança en direction des deux malles positionnées côte à côte. Il s'accroupit devant l'une d'elle et tenta de faire glisser le loquet Il resta bloqué.

Il jura intérieurement. Il aurait aimé savoir ce qui avait été entassé à l'intérieur. Sa curiosité s'emballa d'autant plus quand il souffla sur le dessus de la malle et que deux lettres apparurent. « A. G. » Les initiales de sa mère. Il réserva le même traitement à l'autre malle et, comme il s'y était attendu, il put lire celles de Daphné. Espérant avoir plus de chances avec son coffre, il s'empara du verrou qui, après avoir résisté quelques secondes, finit par céder.

Scorpius fut déçu en ne trouvant dans la malle que des fournitures scolaires. Des manuels, deux boules en cristal, quelques parchemins que le temps avait rendu fragiles et des encriers dont l'encre avait séché. Mais, son succès l'ayant rendu confiant, il se remit à s'acharner sur le loquet de celle de sa mère. Il faillit s'écrouler au sol quand le cadenas s'illumina et que le couvercle de la malle s'ouvrit, mais se reprit rapidement. Le contenu du coffre était bien plus intéressant que la douleur de ses membres.

Il y avait l'uniforme de sa mère, usé et élimé, mais dont les détails verts et argent étaient toujours visibles. Puis, comme dans le coffre de Daphné, des manuels scolaires qu'il posa sur le côté. En-dessous, des objets avaient été jetés pêle-mêle. Un pendentif, un Rapeltout qui ne devait plus fonctionner depuis des lustres, une montre sur le couvercle de laquelle un T et un N étaient gravés qu'il s'empressa de passer autour de son cou, et enfin des tas et des tas de lettres et de photos. Une fois qu'il les eut toutes enlevées, il trouva même un journal intime écrit à l'encre invisible. Il sourit. Il avait une Gomme Révélatrice dans le tiroir de son bureau.

Quand il regarda la montre, il vit que l'heure avait déjà bien tourné et que sa grand-mère ne devrait pas tarder à rentrer. N'ayant pas envie qu'il la trouve encore une fois occupé à ressusciter le souvenir de sa mère plutôt qu'à vivre sa vie, il glissa les lettres et les photos entre les pages du journal, rangea le reste dans la malle, cacha la tocante sous sa chemise et s'empressa de quitter le grenier.

En bas de la trappe, penchée sur sa gamelle, Phœbé mangeait.


— Cette fête est si charmante !

Daphné se retint de vomir son dégoût en voyant Mrs Machintruc s'extasier de la façon dont Pansy avait décoré le manoir pour l'anniversaire d'Alexander. Elle dut carrément s'étouffer avec un mini pain d'épice pour éviter de ricaner quand toutes les autres poules qui étaient de la réception approuvèrent à grand renfort de point d'exclamation.

— Vous n'êtes pas d'accord, Daphné ?

Elle mâcha bruyamment, se cura les creux de dents avec la langue et offrit un sourire merveilleusement ironique à la connasse qui venait de lui adresser la parole. Merlin qu'elle les détestait. Leurs robes issues de la dernière collection d'Astoria, leurs alliances ridicules, la parfaite manucure de leurs ongles. Même les minois parfaits de leurs gosses la mettaient hors d'elle. Et puis cette façon qu'elles avaient de se parler de Mrs à Mrs quand tout ce à quoi elle avait droit, elle, c'était un Daphné méprisant.

— Alex a l'air de se faire chier. Vos moutards aussi.

Son interlocutrice adopta un air proprement stupide durant de longues secondes que Daphné savoura précieusement. Mais, évidemment, elle n'en resta pas là et persista à vouloir lui faire la conversation.

— Vous n'auriez pas eu envie d'organiser la même chose à William ?

— Pour quoi faire ? Vous donner l'occasion de le plaindre de la petite taille de son appart, de la mauvaise cuisine de sa mère et de son manque cruel d'éducation ? Non, je n'ai jamais eu envie.

Elle abandonna là le petit groupe et se dirigea vers la cheminée du salon. Les boissons avaient été installées sur une table décorée d'un joli napperon, mais Daphné savait que c'était derrière le pare feu du foyer condamné qu'elle trouverait les vraies vivres. Sans prêter attention aux regards scandalisés que les mégères du dimanche laissaient traîner sur elle, elle se servit un whisky et le sirota avec délice avant de s'allumer une clope. Par égard pour la femme de ménage et pour ses oreilles, elle eut cependant la délicatesse d'attendre d'être sur la terrasse pour fumer ses premières taffes. De là où elle était, elle avait une vue plongeante sur le jardin des Von Hoff. Désert, bien sûr. Ç'aurait été trop beau de profiter du beau temps pour organiser une partie de Bavboules pour les enfants sur la pelouse.

Elle se mordit la langue en se rendant compte qu'elle avait parlé trop vite. Dans un coin, affalé dans l'herbe, il y avait Scorpius, qui avait l'air de frotter les pages d'un cahier avec une gomme. Elle sourit, abandonna sa cigarette à peine entamée sur la balustrade de la terrasse et le rejoignit en quelques enjambées.

— Qu'est-ce que tu fais ?

Son neveu sursauta. S'empourpra. S'affola. Et s'empressa de ranger le cahier dans un sac, sans voir la feuille qui s'en échappa dans la manœuvre. Daphné retint un éclat de rire. Scorpius écrivait donc un journal intime. Elle trouvait ce genre de pratique risible, mais lui reconnaissait volontiers un intérêt thérapeutique, aussi elle ne se moqua pas.

— T'as l'heure ? lui demanda-t-elle à la place. Pour savoir combien de temps il nous reste à tirer.

Ravi de pouvoir rompre le malaise, le blond acquiesça vivement et plongea sa main entre sa chemise et son torse et en extirpa une montre. Daphné se figea en la voyant.

— Où est-ce que tu as eu ça ?

— Euh, je… C'était pas à Maman ? Je l'ai trouvé dans ses affaires.

Daphné fit glisser son index sur le cadran. Il y a vingt-et-un ans, elle s'était usé les yeux dessus, le pire étant sans doute que ce n'était même pas pour voir le temps passer.

— Non, c'était pas à elle.

— C'était à toi, alors ?

— J'ai fait en sorte que ça le soit, ouais.

— Tu… tu veux que je te la rende ?

Elle laissa la montre s'échapper de ses doigts et se recula.

— Tu peux la garder. Elle te va bien. Cache-la juste sous ton pull. Ta mère n'aurait pas voulu que ton père la voit. Et puis, de toute façon, il t'offrira la tienne dans trois ans.

— T'en as offerte une à William, toi ?

Daphné détourna les yeux.

— Non. J'avais pas assez de fric pour lui donner ce qu'il méritait. C'est ta mère qui s'en est occupée. Moi je lui en ai dessinée une.


— Maman ?

Pansy retint un long soupir en sentant qu'on tapotait le bas de son ventre. Le goûter était terminé, tous les invités étaient partis et Björn était allé s'enfermer dans son bureau, de l'autre côté du manoir. Elle était de nouveau seule. Pour un peu, elle se serait presque versé un shoot whisky avec la même nonchalance que Daphné un peu plus tôt dans l'après-midi.

— Calme-toi, Alexander. Je t'ai déjà dit de ne pas taper sur mon ventre.

— Ah oui. Bébé.

Elle ne put empêcher un sourire attendri de lui chatouiller les lèvres et recoiffa tendrement les cheveux bruns du garçonnet.

— Qu'est-ce que tu voulais ?

Il lui glissa une feuille dans la main pour toute réponse. Elle fit la moue.

— Où est-ce que tu as trouvé ça ?

— Dans le jardin. C'est à Csopius.

Elle ricana. Elle avait hâte de répéter à Drago comment son fils appelait le sien.

— Scorpius, Alex. Pas Csopius. C'est gentil de l'avoir ramené. Je lui rendrai. Tu vas jouer avec le mini balai que t'a donné Papa ? Maman doit ranger.

Il obéit mais, bien loin de s'emparer du Nimbus miniature que Björn lui avait acheté, il lui préféra le livre illustré que Daphné et William avaient apporté. Elle secoua la tête. Elle ne comprendrait jamais cet enfant.

Profitant d'avoir la paix, elle se laissa tomber dans le canapé, pestant encore une fois contre son ventre énorme qui l'empêchait de se mouvoir comme elle le voulait. Si elle l'avait remercié au cours de la journée parce que ses sept mois de grossesse lui avaient valu plus d'admiration que nécessaire pour avoir organisé cette réception – c'était en vérité la nounou d'Alexander qui s'était occupée de tout –, c'était désormais terminé.

Sans gêne aucune, elle déplia le parchemin égarée par Scorpius et le parcourut des yeux. Il s'agissait d'une lettre adressée à une Miss Greengrass – Daphné lui ayant toujours tout dit, elle devina qu'il devait s'agir d'Astoria – et datée du 19 octobre 1998. La date lui paraissait familière. Mais elle ne parvint pas à se souvenir pourquoi. Passant outre, elle lut la suite. Ses sourcils se haussèrent au fur et à mesure de sa lecture. Les quelques lignes avaient été rédigés par un certain Mr Iverny, qui affirmait à Astoria qu'il s'occuperait de ce qu'elle lui avait demandé dès qu'il aurait reçu un versement de 1 000 gallions sur son compte à Gringotts. Après quoi, il jurait de disparaître dans la nature et garantissait que personne n'apprendrait jamais ce qui s'était passé.