Le dernier chapitre ;)


31 AOÛT 2019


Narcissa ne s'était pas attendue à ce que les choses soient si simples. Certes, l'adresse qu'elle avait retrouvée dans les documents de Lucius conduisait à un lotissement qui n'existait plus et avait été, plusieurs années plus tôt, rasé et remplacé par une résidence de luxe, mais il lui avait suffi d'entrer dans un bar voisin et de feindre l'amnésie pour qu'on lui fournisse la rue et le numéro de la nouvelle demeure d'Iverny.

De là, elle n'avait eu qu'à transplaner, frapper à la porte défraichie et dégainer une bourse bien garnie du prix de son savoir.

Les Gallions avaient eu un effet bien plus satisfaisant sur Iverny que la vérité sur sa tranquillité d'esprit.

Quand elles étaient jeunes, Bellatrix avait coutume de répéter, dès que leur mère lui reprochait de s'impliquer plus qu'il n'était raisonnable pour une fille de bonne famille dans ses études et, plus tard, dans la magie noire, que, savoir, c'était pouvoir. Jusque-là, Narcissa avait toujours été d'accord. Ce n'était après tout pas l'hubris de Lucius qui l'avait sauvée de quoi que ce soit, mais bien le mensonge qu'elle avait, en connaissance de cause, proféré dans la Forêt Interdite lors de la Bataille de Poudlard.

Mais, là, alors qu'elle marchait sans but dans les rues de Bristol, indifférente au matin qui étirait ses pâles limbes au-dessus des bateaux de la marina, elle ne se sentait pas plus puissante que la veille, bien au contraire. Elle qui n'avait respiré que pour sa famille du début à la fin de sa vie, elle se sentait trahie par sa jalousie, celle qui s'était installée en elle le jour où Drago lui avait annoncé ses fiançailles avec la parfaite Astoria Greengrass. Elle se sentait trahie, exactement comme Daphné l'avait été par sa propre sœur.

La seule différence, c'était qu'elle avait tout le loisir de porter plainte, là où Daphné était prisonnière d'un sort ancestral auquel personne n'avait jugé utile de fournir un antidote.


Il avait passé la nuit seul au manoir. Ni sa grand-mère ni son père n'étaient rentrés et, malgré la présence de Phœbé qui ronronnait sur ses genoux, Scorpius se sentait abandonné.

Le train pour Poudlard partirait à onze heures le lendemain matin et ils étaient tous les trois censés passer l'après-midi au Ministère pour la Journée de la Réconciliation. Il ne voyait pas comment il aurait le temps de s'excuser, auprès de Daphné pour ne pas avoir échoué à cacher la montre, auprès de son père pour l'avoir gardée avec lui. Et, surtout, il ne voyait pas pourquoi une simple montre les affolait autant. Elle ne faisait que donner l'heure !

Un frisson parcourut son esprit dorsale alors qu'il repensait aux derniers événements et, soudain, la serrure qui, jusqu'à ce qu'il la déverrouille, avait scellé la malle de sa mère lui revint en mémoire. C'était une serrure de sang, un artefact illicite. Il se sentit bête. Pourquoi sa mère se serait-elle donné la peine de risquer des démêlés avec la justice si sa valise d'écolière ne renfermait pas un secret des plus lourds.

Il avait l'impression d'être sali. Et si la montre était un objet de magie noire ? L'hôte de sombres de desseins que personne n'avait jamais identifié chez sa mère ? L'idée lui donna la chair de poule et, se résignant enfin à quitter son lit, reposa Phœbé sur le matelas et s'empara du journal intime qu'il n'avait toujours pas osé lire. Depuis qu'il l'avait trouvé, il avait résisté à la tentation, trop moral pour violer l'intimité de sa mère, et l'avait rangé dans sa bibliothèque. Mais ses principes lui semblaient désormais bien futiles à côté de la vérité à laquelle leur violation lui permettrait d'accéder.

Attrapant sa gomme révélatrice, il ouvrit le journal et, page après page, frotta, presque à en déchirer le papier. Les mots apparurent les uns après les autres. D'abord maladroits, ils étaient les témoins des premiers émois amoureux de sa mère. Puis, à mesure que la fantaisie de la calligraphie s'amenuisait, ils devinrent plus durs, perdirent leur innocence, et Scorpius la sienne avec eux.

Daphné doute, disaient-ils. L'autre jour, quand on prenait le thé chez les Parkinson, elle a entendu des cris et elle s'est retrouvée dans les cachots du manoir, à entendre un homme se faire torturer par le père de Pansy et Adrian. Le prisonnier est un Sang-Pur et elle ne comprend pas pourquoi le Seigneur des Ténèbres a ordonné son arrestation. Elle a entendu ce qu'il avait fait, pourtant. Un de ses collègues, un Langue-de-Plomb corrompu, Iverny, l'a livré contre une somme d'argent. Il s'appelle Melchior et il cache des Nés-Moldus, mais il refuse de dire où et je ne pense pas qu'il le fera.

Puis : Je crois que moi aussi je doute. Poudlard n'existe plus. Sans Dumbledore, rien n'est pareil et, on a beau me dévisager pour me faire comprendre que je suis du côté des gagnants, je n'arrive pas à y croire. Mais je sais faire semblant. Daphné, elle, elle se perd. Elle ne comprend pas qu'elle ne peut pas montrer qu'elle a peur et que ses convictions s'effritent, et ça m'énerve. Pourquoi ne voit-elle pas qu'elle met Papa et Maman en danger, et notre nom avec ? Notre noblesse, notre réputation, c'est tout ce qu'il nous reste.

Et encore après : Daphné est enceinte. E.N.C.E.I.N.T.E. Comment est-ce qu'elle a pu nous faire une telle chose ! Papa et Maman sont à Azkaban, on a perdu la guerre, et, elle, elle en rajoute une couche, sans même vouloir me dire qui est le père !. Elle est tellement égoïste !

Quelques pages plus loin : C'était la bonne chose à faire. Je le sais. Non ? Iverny est trop corrompu pour pouvoir révéler quoi que ce soit sans être envoyé à Azkaban illico, Nott ne sait rien. Daphné ne peut plus rien dire, personne ne saura jamais. Et Crabbe est mort. Qu'il ait été dans le mauvais camp, ça ne comptera pas vraiment. C'était un gamin, et il est mort en pleine bataille parce que Potter et sa bande n'ont pas réussi à le sauver avec Drago et Goyle. Il fait pitié et, avec un peu de chance, suffisamment pour que Daphné en bénéficie aussi.

Et, enfin, rajouté des années plus tard : Merlin merci, sa maigreur mise à part, William est le portrait craché de Daphné.


Theodore se préparait à transplaner jusqu'à l'entrée des visiteurs du Ministère lorsqu'une main s'abattit sur son épaule sans douceur. Prêt à réprimander l'homme qui rompait sa tranquillité, les mots moururent cependant dans sa gorge lorsque, malgré ses cernes foncés et ses vêtements froissés, il reconnut face à lui celui que, dans une autre vie, il aurait pu qualifier d'ami.

— Malefoy, le salua-t-il. Que puis-je faire pour toi ?

Drago le dévisageait si mauvaisement qu'en temps normal il se serait senti agressé, mais, pour l'heure, il était juste désorienté. La nuit blanche qu'il avait passée sur son discours pour la Réconciliation avait dû adoucir son caractère.

— Je crois que j'ai quelque chose qui est à toi.

Avant qu'il ait eu le temps de s'étonner, le blond lui tendit un objet dont la vue manqua de le faire exploser de rire.

— Ma montre ? Où est-ce que tu l'as trouvée ? On me l'a volée il y a...

— Vingt-et-un ans, oui, je sais. Ma femme aurait sans doute pu te fournir des explications, mais je crois qu'il va falloir que tu te contentes de celles de Daphné.

Trente secondes plus tard, Drago disparaissait dans un craquement.


Daphné hésitait à profiter de l'absence de William pour se fumer un des joints que Blaise lui avait donnés lorsque l'on enclencha la sonnette de l'appartement. Refermant à regret l'étui à cigarettes dans laquelle elle les avait rangés, elle ouvrit la porte, prête à virer l'importun, mais changea bien vite d'avis lorsqu'elle découvrit les pieds nus, le pyjama et les joues inondées de larmes de son neveu qui tremblait sur le paillasson.

— Scorpius ?

Elle avait à peine prononcé son prénom qu'il se jetait dans ses bras, la serrant avec force.

— Hé, souffla-t-elle en remettant à plus tard l'idée de fermer la porte. Qu'est-ce qu'il y a ?

Scorpius refusait de déloger sa tête de son cou, ce qui rendait la compréhension de ce qu'il baragouinait délicate.

— Je suis désolé, finit-elle par discerner entre deux sanglots. Je suis désolé.

Puis, après quelques minutes de silence.

— Où est William ?

— Parti faire les courses. Tu vas me dire ce qu'il se passe, maintenant ?

Les pleurs reprirent de plus belle, mais, cette fois, la voix articulait clairement.

— Je sais ce que Maman t'a fait. Et je suis désolé.


William venait de commencer l'ascension des deux étages qui menaient à leur appartement, les sacs de course lévitant devant lui, lorsqu'il avait entendu la voix de Scorpius. Initialement tenté de gravir quatre à quatre les marches qui les séparaient pour le réconforter, son prénom dans sa bouche l'avait figé sur place. Les paroles qu'il avait entendues ensuite avaient brisé son sort de lévitation et, conscient que le bruit du sac dans la cage d'escalier avait trahi sa présence, il n'avait pas mis plus de deux secondes à prendre la fuite. En courant d'abord, s'enfonçant dans les dédales de rues du quartier sorcier, puis en transplanant ensuite.

Il n'avait pas vraiment prévu de se rendre au cimetière. Pressé par une urgence chimérique, c'était le premier lieu auquel il avait songé. Mais, finalement, c'était bien. Les allées étaient désertes, tous les sorciers qui auraient pu avoir des morts à saluer devant se préparer à se rendre au Ministère pour la Journée de la Réconciliation. Il avait le mémorial pour lui tout seul et il avait donc laissé les heures s'écouler sans songer à trouver un refuge plus approprié.

Personne n'était venu le chercher. Pas que son sort intéresse les foules, mais il se doutait que, depuis qu'il avait abandonné les courses sur les marches de l'escalier, sa mère et Scorpius avaient compris que leur conversation avait été épiée.

William soupira en relevant la tête pour fixer le marbre encore blanc devant lequel, sans savoir pourquoi, il avait trouvé refuge. Était-ce bien sa tante, qui reposait là-dessous ? Astoria n'était-elle pas qu'une étrangère qui l'avait injustement poussé à cultiver une jalousie pour Scorpius depuis qu'il était suffisamment grand pour interpréter les regards lourds de jugement que la société réservait à sa mère ?

Astoria n'avait pas le droit de disparaître. Pas comme ça. Pas en emportant une moitié de secret dans la tombe. Pas en laissant sur terre le moyen de détruire la réputation qu'elle avait mis tant de temps à construire. William avait envie de la déterrer pour la ramener à la vie et lui demander des comptes. Pour la tuer lui-même, peut-être aussi. Pour regagner un peu de ce qu'on lui avait dérobé.

Sa tante lui avait pris son ascendance, la maladie qu'elle avait contractée sa vengeance, et les fleurs posées là pour honorer Astoria lui rappelaient douloureusement qu'on avait fait de sa vie un spectacle dans lequel il n'avait pas son mot à dire.

Alors il se leva et rejoignit la sortie. Il ne savait pas où aller mais, soudainement, la présence des morts lui était devenue insupportable. Il avait l'impression que, à son tour, digne fils de sa mère, on le jugeait. Il brûlait de leur crier qu'ils étaient injustes, qu'il n'était pas celui qu'ils croyaient. Mais, dans le fond, lui aussi se sentait scandaleux.

Il avait presque atteint les portes lorsqu'il tourna la tête vers la droite et les aperçut. Les deux tombes accolées dont seule une était fleurie. Tout doucement, il s'approcha et effleura les pétales écarlates ombrageant la dalle funéraire dont il aurait dû connaître les moindres recoins. Depuis son médaillon, Perya Nott lui souriait avec une douceur qui fit se dérégler sa respiration.

L'écho de ses halètements emplit le cimetière, anéantissant ce qui lui restait de conscience. Et il perdit le contrôle.


Tout était prêt. L'estrade sur laquelle Granger ferait son discours, les voiles symboliques d'une banalité manichéenne navrante, même Theodore était déjà là et écoutait distraitement les instructions qu'on lui donnait, non loin de la tribune où Björn les avait tirés quand ils étaient arrivés. Cependant, en-dehors de son mari qui était allé saluer des collègues de bureau et d'Alexander qui avait niché sa main poisseuse dans la sienne, Pansy ne reconnaissait personne de son entourage. Daphné et Blaise ne venaient jamais, mais Drago, Narcissa, William et Scorpius n'avaient jamais manqué une seule édition de la Journée de la Réconciliation et leur absence l'angoissait.

— C'est votre fils ?

Elle manque de hurler quand Gaïa Nott rompit le fil de ses pensées, l'obligeant à arrêter de se tordre le cou dans l'espoir de voir Drago débarquer. Depuis qu'il avait quitté le manoir au petit matin, avec l'idée de rendre sa montre à Theodore et de lui demander des explications, elle n'avait plus eu de nouvelles.

— Oui, répondit-elle en se retenant d'ajouter « tu crois vraiment que je donne la main à des inconnus ? ».

Gaïa fixait Alexander avec un ébahissement sincère qui faisait rosir les joues du garçonnet.

— Comment tu t'appelles ? lui demanda l'Américaine.

Il se cacha derrière Pansy et celle-ci eut envie d'éclater d'un rire triomphant et immature. C'était son fils, il n'y avait qu'à elle qu'il accordait sans appréhension sa confiance.

— Il s'appelle Alexander.

— Quel âge a-t-il ?

Pansy retint un soupir. Gaïa Nott allait-elle réellement lui faire la conversation ? Et puis cette nostalgie dans son regard quand elle fixait Alex...

— Cinq ans.

— Il est adorable. Vous avez de la chance...

Cela suffit à la curiosité de Pansy qui haussa un sourcil. Gaïa baissa la tête et fixa la foule qui, en contrebas, s'amassait déjà en prévision de la cérémonie.

— J'aurais aimé avoir un enfant, moi aussi.

— Votre mari n'en a jamais voulu ? demanda-t-elle en se retenant à grande peine de ricaner.

— Non. Je ne peux pas en avoir. Je suis certaine que Theodore aurait été ravi d'avoir un fils.

Pansy ne sut pas exactement le temps qu'il fallut à la vérité pour tracer un chemin jusqu'à son cerveau. Deux secondes, trente, ou peut-être même cinq minutes. Mais quand l'image envahit son esprit, l'hilarité explosa dans sa gorge et elle se mit à rire à gorge déployée, si fort qu'il réduisit l'Atrium du Ministère au silence avec plus d'efficacité qu'une formule magique.

Elle rigolait, et elle rigolait, et elle rigolait, et elle n'était pas sûre d'avoir en elle la force de se calmer. Björn avait honte, elle le voyait dans son regard, Gaïa ne savait comment réagir, Alexander commençait à avoir peur et l'heure du début de la cérémonie avait sonné, mais elle était incapable de s'arrêter, chaque inspiration n'étant qu'un carburant vite dilapidé dans un nouveau spasme de folie.

— Cette indécence, entendit-elle sur sa gauche. C'est la Réconciliation, tout de même.

Et son rire prit un nouvel accent, perdant davantage de son humanité alors qu'elle braquait ses yeux dans celle de la sorcière qui avait parlé.

— C'est la Réconciliation ? parvint-elle à articuler. Oooooh, pardon. C'est vrai. Le Grand Pardon.

Elle ricanait pour de bon, désormais.

— Vous voulez savoir quelque chose ? Tout le monde s'en branle, de votre pardon ! Vous croyez quoi ? Que Theodore Nott est désolé pour des crimes qu'il n'a pas commis ? Que j'en ai quelque chose à faire d'avoir voulu vendre Potter pendant la Bataille de Poudlard ? Surprise ! Je pourrais pas m'en foutre plus ! Vos petits mensonges pour feindre la paix, votre morale de merde... Vous êtes tellement fermés d'esprit que j'ai l'impression de voir mes parents ! Oui, vous savez, ceux qui croupissent en prison qu'on doit se traîner comme des boulets, à ranger aux oubliettes tout sens de la famille et toute notre éducation ! Vous pensez vraiment que c'est cette putain de journée qui change quoi que ce soit ? Non, cette journée, c'est juste une collaboration de plus qu'on ajoute sur notre ardoise par lâcheté, parce qu'on veut une belle vie, une existence tranquille, avec un peu plus de soleil si possible.

Le visage de Daphné s'imposa à elle et, soudain, elle ne trouvait plus tout cela si drôle.

— Vous nous reprochez de trahir des idéaux, mais c'est quand on ne les trahit pas que vous jetez les pierres.

Elle avait envie de continuer. De les achever tous, de laisser ces mots dont elle savait autrefois si bien se servir s'enfoncer dans leurs bouches qui feignaient l'étonnement. Mais un employé de garde de la Brigade de la police magique débarqua alors, scandalisé, en criant :

— Une tombe du cimetière a été vandalisée !

Il ne mit pas longtemps à annoncer laquelle et, finalement, Pansy décida que, si, c'était tordant.


Drago venait de venir chercher Scorpius et la nuit était déjà tombée quand, pour la deuxième fois de la journée, la sonnette retentit à travers l'appartement. Daphné n'avait pas envie de se lever. Quelle que soit la personne derrière la porte, elle savait que ce ne serait pas la seule qu'elle avait envie de voir. Mais les coups insistèrent et elle finit donc par aller ouvrir.

— Miss Greengrass.

Elle écarquilla les yeux en découvrant la robe bleue d'un officier de la Brigade de police magique et, machinalement, jeta un œil à l'étui à cigarettes posé sur la table basse. Peut-être que les petits trafics de Blaise avaient été découverts ?

Elle ne pouvait pas avoir plus tort. Lorsqu'il lui attrapa le bras après lui avoir expliqué la raison de sa venue, le fonctionnaire ne transplana pas dans un des bureaux de l'administration du Ministère, mais au cimetière sorcier qu'elle n'avait jamais vu plus bondé. La scène était incongrue. Aussi endimanchées que pour un enterrement, les personnes dont émanait toute cette agitation l'étaient bien, mais les teintes colorées de leurs tenues détonnaient et, pour une fois, Daphné eut le sentiment que c'était elle qui était en droit de les juger.

Tout le gratin du Ministère était là. Le saccage de la tombe de Vincent Crabbe avait interrompu la cérémonie. Malgré l'obscurité, elle aperçut Björn, Alexander et Pansy dans un coin, Blaise et Gregory dans un autre, Hermione Granger qui tentait de garder son calme mais ne savait de toute évidence pas quoi dire à tous ceux qui la pressaient de faire une déclaration. Partout, des anciens camarades, des anciens patrons, des anciens amis. Mais pas la moindre trace de William.

Elle sursauta quand un raclement de gorge se fit entendre sur sa gauche. L'officier de police l'avait laissée, prenant son ahurissement pour un état de choc et, maintenant, c'était Theodore qui se tenait là, juste devant elle, plus tangible que jamais malgré les vingt-et-une années qui les séparaient.

— Je t'avais préparé des papiers, tu sais, lui dit-il. Pour les États-Unis. Je voulais vraiment que tu partes avec moi. Mais j'ai pas osé te le dire.

Oui, elle le savait. Elle avait toujours su que, la nonchalance qu'elle était venue chercher en sa compagnie alors que tout son monde se fracassait sous ses yeux, lui l'avait perdue à mesure qu'elle lui imposait sa présence.

— Et moi je voulais vraiment partir avec toi. Mais...

L'étau lui chatouilla la gorge et Theodore l'interrompit avant qu'il ne la force à tousser.

— Je sais. Pansy vient de me dire ce qu'Astoria avait fait. Comme quoi, son plan ne pouvait pas être parfait. Il n'y a des secrets qui se transmettent sans paroles, elle aurait dû le savoir.

Daphné haussa les épaules. Pas parce qu'elle s'en fichait – elle avait beau faire semblant, elle n'avait jamais complètement réussi –, mais parce qu'elle ne savait vraiment pas quoi faire d'autre. Elle ne pouvait pas répondre à Nott au risque de finir étouffée et, fuir face à la révélation, elle n'y pensait même pas. Cela faisait longtemps que ce secret n'était plus le sien. Astoria le lui avait arraché, exactement comme, elle, elle avait arraché sa paternité à Theodore.

— Je suis venu te rendre ça, reprit ce dernier en lui tendant un objet qui scintilla dans la nuit.

— Ta montre ?

— Il a toujours été à toi.

Les doigts de Daphné tremblaient lorsqu'ils se refermèrent sur les maillons dorés. Il.

— Je te l'ai volé, pourtant.

— Mais je t'ai laissée faire.

Daphné venait de mettre la montre dans la poche de sa cape lorsqu'un autre officier de la Brigade de police magique se dirigea vers eux.

— Je suis désolé pour votre père, Mr Greengrass.

Il ne fixait pas Daphné, mais un point derrière elle. En se retournant, elle découvrit William, négligemment appuyé contre la tombe de celle qu'il aurait dû appeler Grand-Mère, à quelques pas de là. Quatre enjambées lui suffirent pour rejoindre sa mère et attraper sa main. Puis, toute trace de naïveté envolée, il déclara, comme Daphné avait toujours rêvé de le voir déclarer :

— Je n'ai pas de père.

Yeux dans les yeux, ils se sourirent alors que, sur leur gauche, Theodore reculait jusqu'à se faire absorber par les ténèbres. Sans doute avait-il compris, lui aussi, que William n'avait pas existé pour Daphné tant qu'il était là et que lui n'existait plus pour elle depuis que William était né.


FIN


Parce que les fins dans les cimetières, il y a que ça de vrai.

Vous n'imaginez pas la galère que cela a été d'écrire la fin de cette histoire. Les non-dits, c'est chouette, mais c'est vraiment terrible quand il y a une réelle intrigue à développer, des secrets à révéler, des chemins de personnages à tracer. À se demander pourquoi ça reste mon pêché mignon.

Je ne sais honnêtement pas trop quoi penser de ce dernier chapitre. D'un côté, je l'aime, parce qu'il apporte la conclusion que je voulais pour Les Immorales. Chacune des obsessions des personnages a trouvé explication, à défaut de solution. (Sauf pour Scorpius et Drago, mais je me suis jamais caché du fait que, l'un comme l'autre, ils étaient davantage des personnages outils pour l'intrigue que des personnalités que je voulais développer... j'ai essayé de les rendre humains, mais, forcément, vu que je ne suis pas partie dans l'optique d'en faire des personnages principaux, ils n'ont pas eu le droit au même développement que les autres.) Pansy a enfin admis à voix haute ce qu'elle doit et à qui, Narcissa a compris que, finalement, elle n'avait rien à envier à sa belle-fille et William voit enfin sa mère telle qu'elle est et non telle qu'Astoria a fait en sorte qu'elle soit. Et Daphné... Eh bien, disons juste que vous devez mieux la comprendre, maintenant.

Également, si la réaction de Theodore vous paraît étrange, sachez que c'est voulu. Déjà, j'ai volontairement laissé en hors champ le moment où il apprend qu'il est le père de William. Ensuite, il faut avoir à l'esprit que cette fin est une fin ouverte et qu'elle est du point de vue de Daphné. C'est sa fin à elle, rien n'indique que, par la suite, William ne cherchera pas à nouer une relation avec son géniteur, peu importe ce que laissent penser ses dernières paroles (il est sous le choc, rappelons-le). Rien n'indique non plus que Theodore va rester avec Gaïa avec ce nouveau paramètre qui pèse dans la balance. Bref, tout est possible, ce n'est pas parce que Daphné, a un instant t, a eu l'impression que William et Theodore se satisfaisaient de la même situation qu'elle que c'est le cas.

Mais d'un autre côté, cette fin me frustre. Et je sais pourquoi. À cause de Nonchaloir. Voyez, le problème, c'est qu'au début, c'était Nonchaloir que je voulais écrire, comme histoire. Mais je n'y arrivais pas, alors j'ai écrit Les Immorales pour me libérer de ces personnages qui voulaient parler de leurs regrets. Et puis il y a eu les thèmes du Christmas Challenge 2019 et Nonchaloir a voulu sortir. Et j'en suis heureuse, honnêtement, surtout maintenant que je sais que cette édition du CC était la dernière. Je m'en serais voulu de ne pas avoir participé. Mais ça m'a poussée à développer outre mesure le personnage de Theodore et sa relation avec Daphné et, putain, j'aurais voulu leur donner une autre fin, une belle fin. Pas celle-ci, qui est pourtant celle que j'avais en tête dès le début des Immorales. William et Theodore n'ont jamais coexisté et il n'en a jamais été question. Vous le verrez si jamais vous lisez Nonchaloir, mais l'un est l'antagoniste de l'autre, même dans cette autre histoire où Theodore prend tant de place.

Et puis je crois que je suis aussi frustrée parce que, Theodore et Daphné comme personnages centraux d'une histoire, c'est fini. Il y a eu Asphodelus, Les Immorales et Nonchaloir, j'ai largement fait le tour de ce que j'avais à dire (avec des thèmes assez récurrents, d'ailleurs), mais en même temps j'ai encore envie d'écrire sur eux. Une jolie petite histoire, pour une fois. Alors peut-être que je leur dirai au-revoir avec un ultime OS. Mais après il faudra vraiment que je les laisse partir.

Bref, il est temps de clôturer cette note d'auteure qui n'en finit pas et, évidemment, c'est vous, lecteurs, que j'aimerais remercier dans cet ultime paragraphe. Que vous vous soyez manifesté ou non dans les reviews ou dans les ajouts en favoris / follows, c'est grâce à vous que cette histoire vit, donc je ne peux que vous remercier encore et encore de l'intérêt que vous lui avez porté. J'espère ne pas vous avoir déçus avec cette fin !