Chapitre 2 : Révélations

A San Francisco, dans un manoir de Prescott Street, une femme de trente-sept ans s'était assise à sa coiffeuse et s'observait avec tristesse. Dans la chambre d'à côté, elle pouvait entendre son mari recoucher leur fille de presque deux ans. A l'autre bout du couloir, elle savait que ses fils dormaient profondément, inconscients de la tornade qui allait s'abattre sur leur famille.

-Piper ? Appela doucement l'homme appuyé contre le chambranle de la porte. Que s'est-il passé là-bas ?

Jusque là, elle avait relativement bien tenu mais devant l'inquiétude de son époux, elle fondit en larmes.

-Léo, gémit-elle.

Léo s'approcha d'elle et la serra dans ses bras, lui laissant le temps. Depuis le temps, il la connaissait, il ne pouvait pas la forcer à dire les choses. Il lui caressa le dos et les cheveux pour la réconforter mais son mal semblait important. Alors il baissa sa tête et murmura à son oreille :

-Je ne quitte pas, je suis là. Après tout ce que nous avons vécu, nous pourrons survivre à cela.

Sa voix calme et douce trahissait son passé d'ange. Le corps secoué de sanglots, elle leva les yeux vers lui et raconta une partie de son passé oublié. Plus elle avançait dans son récit, plus la rage envahissait Léo. Pourquoi avait-elle subit tout cela ? Il ne l'admettait pas.

-Je me suis souvenue de tout quand nous l'avons touchée toutes les trois, conclut-elle en se serrant davantage contre lui.

Il déglutit pour ravaler sa colère.

-Tu penses que cela lui a permis de retrouver son pouvoir ?

-Je ne sais pas. Nous allons la voir avec les filles demain soir. Tu viens avec nous ? Demanda-t-elle avec espoir.

-Et les enfants ?

-Papa sera ravi de les garder.

-Victor ? Ravi de garder les enfants ? S'étonna-t-il en repoussant sa femme du bout des bras. Depuis quand ton père est ravi de garder ces monstres ?

Le ton dubitatif de Léo finit par avoir raison des larmes de Piper. Un faible sourire éclaira son visage.

-On lui demandera de venir dans l'après-midi afin de tout lui expliquer.

-D'accord, fit Léo en la reprenant contre lui.

Ils se couchèrent, dans les bras l'un de l'autre, cherchant réconfort et amour.

Plus loin, dans la même ville, une journaliste terminait son article pour le lendemain alors que son mari lisait une dernière histoire à leur fille aînée, Prudence. Cette petite fille de trois ans ne s'endormait jamais avant minuit. Les jeunes parents se demandaient encore comme cela était possible.

-Voilà, je crois que cette fois c'est bon, soupira Coop en s'étirant.

Phoebe tapa le point final de l'article et l'envoya à Élise, sa chef. Elle se retourna sur sa chaise pour faire face son époux.

-Connais-tu un démon du nom de Perry ?

Le cupidon arqua un sourcil :

-Il existe un démon qui s'appelle Perry ? Sérieux ?

Ils éclatèrent tous les deux de rire.

-Oui, sérieusement, reprit-elle. Il semblerait qu'il s'est attaqué à Piper il y a dix-huit ans. Mais à l'époque, nous n'avions pas nos pouvoirs. Et à ce moment, je venais d'arriver à New-York pour tenter de retrouver mon père.

-Non, je ne crois pas. Qu'est-il arrivé à Piper ?

-Je n'ai pas toute l'histoire, elle voulait absolument en parler avec Léo d'abord. Après toutes les épreuves qu'ils ont traversés, ils se disent toujours tout. Mais ce que je sais, c'est que le démon aurait tué son petit-ami et a failli la tuer. Grand-mère serait arrivée pour le renvoyer en enfer. Elle n'a pas voulu nous en dire plus.

Le couple continua de discuter dans leur lit jusqu'à ce que le sommeil les rattrape.

Dans un autre quartier de San Francisco, Paige se mordait la lèvre nerveusement. Elle attendait impatiemment son mari, agent de probation. Ses sœurs et elle s'étaient mises d'accord sur la manière d'agir le lendemain. Léo serait la diplomatie et le calme, Coop également tout en ayant un autre point de vue et Henry serait plus qu'utile pour l'aider à assimiler les nouvelles. Son fils et les jumelles dormaient depuis un moment déjà, incapable d'attendre leur père pour le bisou du soir. Alors qu'elle se levait pour faire les cents pas, une lumière bleue apparut dans son salon.

-Bonsoir Paige, fit une voix grave.

-Bonsoir papa, salua-t-elle en serrant Sam dans ses bras. Que fais-tu ici ?

L'être de lumière semblait mal-à-l'aise. Elle n'aimait pas l'air qu'il avait.

-Il faut qu'on parle. C'est important.

Oh non, Paige n'aimait pas cet air sur le visage de son père. C'était généralement le signe que des ennuis arrivaient.

Le lendemain, au manoir, Victor Bennett écoutait sa fille avec de grands yeux stupéfaits. Sur ses genoux, le petit Chris, six ans, le regardait avec adoration. Son frère veillait sur les autres enfants de la fratrie dans le jardin d'hiver. A un moment, Paige prit le relais de l'histoire et rapidement, de nombreux regards noirs se dirigèrent vers Sam, qui se faisait tout petit près de la cheminée.

-Piper, Phoebe, vous connaissiez Penny. Comment aurais-je pu dire non ? Elle a joué sur ma culpabilité.

-Tu aurais pu nous le dire ! Tu aurais pu me le dire la première fois que je t'ai rencontré, accusa Piper, les yeux remplis de tristesse et de colère.

-Et qu'aurais-tu fais ? Se défendit-il. Tu maîtrisais à peine tes pouvoirs, Piper. Vous étiez sans cesse attaquées par des démons. Comment aurais-tu pu veiller sur elle ? Elle a grandi en sécurité et aimée.

Piper souffla et plissa les yeux mais Léo posa doucement sa main sur son épaule, l'aidant à se calmer. Bien sûr qu'il avait raison, mais ce n'était pas plus facile de l'admettre.

-Que faisons-nous alors ? Demanda Henry qui surveillait les enfants du coin de l'œil.

Les trois sœurs échangèrent un regard.

-Il faut tout lui dire. Pas de secret. Même si c'est dur.

Les trois époux étant d'accord avec leurs femmes, ils hochèrent la tête.

-Donc, intervint Victor. Vous partez ce soir pour... Forks ? Et vous me laissez avec les enfants ? Avec tous les enfants ?

Phoebe rigola devant l'air affolé de son père et le rassura.

-Non, Billie arrive dans deux heures. Elle passait son dernier partiel aujourd'hui.

Deux heures plus tard, à l'heure convenue, la jeune sorcière blonde arriva pleine de vie.

-J'ai fini ! Les filles, dès la semaine prochaine j'aurais enfin mon master de psychologie.

Les sœurs sourirent devant la bonne humeur de leur amie – presque sœur. Il lui avait fallut longtemps avant de la retrouver après la mort de sa sœur. Mais plus que ce deuil, elle avait dû apprendre à vivre avec la culpabilité de l'avoir tuée. Rapidement, elles lui expliquèrent la situation et Billie se précipita dans les bras de Piper pour la réconforter.

-Comment te sens-tu ? Lui demanda-t-elle.

-Je ne sais pas. En colère. Triste. Honteuse. Et j'ai peur.

-De quoi, Piper ? Si tu lui expliques tout, elle n'a aucune raison de te repousser ou de te haïr. Tu es une femme bien, Piper Halliwell. Je suis sûre qu'elle saura le voir, comme moi j'ai su le voir chez vous trois.

-Et sur ces surprenantes paroles pleines de sagesses de la part de Billie... commença Henry, peinant à retenir un fou rire.

-Parce-que tu t'y connais en sagesse toi ? Rétorqua l'étudiante avec hargne.

Elle savait qu'il disait cela pour plaisanter et elle jouait le jeu sans soucis. Depuis la mort de ses parents et de sa sœur, elle s'était retrouvée une famille et Henry était un peu le frère qu'elle n'avait jamais eu.

-Malgré tout, intervint Léo, il faudrait y aller, Isabella risque d'attendre.

Les parents embrassèrent les enfants et se réunirent autour de Paige et de Coop avant de disparaître, les uns dans la lumière bleutée, les autres dans un nuage en forme de cœur.