Voici mon premier chapitre de cette fic qui me trotte dans la tête depuis un bon moment déjà, j'espère que vous apprécierez ! Je tiens à prévenir que j'ai gardé le nom anglais Snape au lieu de Rogue en français car je préfère l'anglais tout simplement.
Trêve de bavardages et place à Severus !
En se réveillant, Severus Snape sentit immédiatement que quelque chose clochait. Son cerveau avait beau s'être à peine mis en route, il lui fit remarquer l'évidence : il ne se trouvait pas dans ses appartements à Poudlard au niveau des cachots. Rien ne correspondait, la qualité de l'air, la température de la pièce, la sensation des draps sur son corps et pire que tout, l'absence de sa baguette sous son oreiller. Or la dernière chose qu'un sorcier qui joue l'agent double pour le compte des deux plus puissants sorciers vivants souhaite, c'est se réveiller dans un endroit inconnu sans avoir la moindre idée de comme il y est arrivé et désarmé.
Tout son corps lui hurlait de se lever sans attendre, d'ouvrir les yeux pour découvrir où il se trouvait mais ses réflexes d'espion prirent le dessus, le forçant à demeurer immobile, à conserver une respiration profonde et régulière et à garder les yeux fermés. Pour l'instant, il avait l'avantage. Il était seul et il n'était entravé par rien et ce n'était pas un euphémisme car il réalisa qu'il n'avait même pas de vêtements. Peut-être que ce point n'était pas un avantage finalement, même s'il devait reconnaître que le frottement des draps de soie contre sa peau réchauffée par le soleil matinal qui s'échappait d'une fenêtre était mille fois préférable aux draps rudes en coton dans sa chambre sombre où trainait continuellement l'odeur de moisissure caractéristique des cachots.
Voilà la chose qui l'intriguait le plus : l'environnement semblait chaleureux et pour une des rares fois dans sa misérable vie, il ne se sentait pas menacé mais en sécurité, un sentiment qu'il n'avait pas ressenti depuis si longtemps qu'il en venait à le craindre, comme il est dans la nature humaine de craindre tout ce qui n'est pas familier.
Le professeur de potions patienta ainsi quelques instant. Aucun son, aucune présence ne s'était manifesté alors il décida qu'il était temps de prendre le risque et il ouvrit un oeil. Immédiatement, la lumière l'éblouit, lui faisant fermer les yeux à nouveau. Cette fois, il tourna sa tête vers sa droite pour éviter d'être aveugler et renouvela sa tentative. La première chose sur laquelle il posa son regard fut sa baguette, intacte, identique à ce à quoi elle avait toujours ressemblée, délicatement posée sur une table de nuit et quand il étira le bras pour refermer ses longs doigts pâles et fins autour du morceau de bois magique, personne ne vint s'interposer. Une fois sa baguette à sa place naturelle c'est-à-dire dans sa main, Severus se sentit suffisamment en confiance pour découvrir ses environs et il se redressa, rejetant les draps soyeux qui cachaient sa modestie et sortit du lit.
La chambre était belle. Pas étonnant qu'il ait chaud, même nu, étant données les grandes fenêtres qui permettaient à la lumière de venir abreuver la pièce. Le mobilier était de qualité lui aussi, le lit était imposant, un monstre à baldaquin en bois odorant qui semblait avoir coûter une fortune avec, de chaque côté, une table de nuit. Celle sur laquelle il avait retrouvé sa baguette était ordonnée avec soin mais en faisant le tour du meuble, il découvrit que sa jumelle croulait sous une pile gigantesque de livres qui menaçaient de s'étaler au sol tant l'équilibre de l'ensemble semblait précaire. Toute la chambre était ainsi, des meubles de qualité et des bibelots choisis avec soin et beaucoup de goût ce qui lui donnait un aspect luxueux mais aussi des preuves de vie comme un habit qui trainait, une porte entrouverte, des produits de beauté sur la coiffeuse… La chambre transpirait la domesticité à plein nez.
Tout cela ne répondait pas à la question principale : où se trouvait-il et qu'est-ce qu'il faisait ici ?
Severus réfléchit un instant à la tactique à adopter. Certes il était armé mais il était nu. Certes il était nu mais il était armé. Est-ce qu'il valait mieux faire abstraction des contraintes matérielles et oublier les vêtements pour gagner du temps ? S'il devait se lancer dans l'exploration d'un endroit large et inconnu, il était sans doute préférable de ne pas se faire repérer et un homme comme Severus Snape se baladant à poil dans les couloirs avec sa baguette magique dans la main, ce n'était pas une vision anodine que l'on pouvait oublier comme cela. En scandant la pièce du regard, il remarqua une robe de chambre, en soie noire comme les draps, qui gisait par terre abandonnée ainsi qu'un pantalon, noir également et visiblement à sa taille. Il s'en contenterait, il ne voulait pas se risquer à ouvrir l'armoire qui faisait face au lit, rien ne lui indiquait qu'une alarme ne pouvait pas se déclencher s'il tentait de l'ouvrir.
Le pantalon était à sa taille, une nouvelle fort surprenante car la plupart de ses pantalons étaient faits sur-mesure, une obligation que lui imposaient ses longues jambes aux muscles discrets mais bien présents tout de même. En passant la robe de chambre, il entendit un bruit. Des bruits de pas. Plusieurs personnes, deux à en juger les sons. Sans prendre la peine de serrer la ceinture du vêtement, Severus se glissa sans un bruit derrière la porte tout en faisant de son mieux pour ne pas faire de bruit et il agita sa baguette, regardant avec satisfaction sa magie faire effet sans qu'il ait eu à prononcer une parole. Le courant glacé dans son dos lui indiquait que le sortilège de Désillusion était bien en place et il n'avait pas besoin de vérifier si l'Assurdiato fonctionnait. Les pas se rapprochaient, il distinguait des voix également mais elles ne lui disaient rien, impossible d'identifier leurs propriétaires…
- Tu penses qu'il est réveillé ? demanda une première voix étonnamment aiguë.
- Mais oui ! Tu as vu l'heure qu'il est ? répondit une seconde où transparaissait une assurance assez incroyable. Il ne fait jamais de grasses matinées.
Merde, jura-t-il, des enfants. Pas le genre d'enfants qu'il méprisait parce qu'il les fréquentait à l'école et qu'ils n'étaient pas foutus de retenir ce qu'il s'acharnait à leur apprendre mais le genre qu'il détestait, des enfants trop petits pour qu'il ait eu affaire à eux en classe car de toute évidence leur cerveau n'était pas encore suffisamment bien formé pour qu'il puisse en tirer une seule parole intelligente. Et d'abord, que venaient foutre des enfants ici ? Il avait été enlevé, il s'attendait à être mis dans un cachot crasseux sous le Manoir Malfoy en compagnie de ses collègues du Premier Cercle, pas à ce que la personne qui l'avait amené ici le laisse nu, libre de ses mouvements, armé et en présence de ses enfants. N'importe quoi de sain d'esprit ne laisserait pas ses gamins à proximité de la chauve-souris des cachots volontairement. Et pendant qu'il se demandait où il avait atterri, les deux enfant entrèrent dans son champ de vision.
- C'est quoi ce bordel ? murmura-t-il, si choqué qu'il en oublia presque d'être prudent.
La petite fille fut la première qu'il vit et même lui devait reconnaître qu'elle était adorable : elle ne semblait pas avoir plus de trois ou quatre ans, encore hésitante dans ses pas mais son beau visage aux joues roses, aux lèvres boudeuses, accompagnées d'un petit nez et de dents parfaites exprimait une détermination inhabituelle pour une enfant de son âge. Ses yeux en particulier le frappèrent : des orbes d'un noir profond dont on ne pouvait distinguer la pupille, une réplique presque parfaite des siens. Le tout était encadré par de soyeuses petites boucles brunes qui rebondissaient à chaque mouvement de la petite tête, laquelle se tourna vers la seconde personne qui était entrée dans la chambre.
- Aurélien, tu avais dit qu'il serait là ! Il n'est pas là ! Pourquoi il n'est pas là ?
- Je sais pas Sophie, Maman m'a dit de venir le réveiller. Peut-être qu'il est dans la salle de bain, tu as vérifié ?
Le petit ange brun se rua vers la porte qui, apparemment, donnait sur la salle de bain et la deuxième personne la suivit, se dévoilant à Severus. Il crut halluciner au départ : c'était un garçon, un peu plus âgé que celle qui devait donc être sa soeur, Severus lui donnait sept ans environ. Mais surtout, le sorcier eut l'impression de se revoir au même âge tant le garçon lui ressemblait. Tout y était, le teint pâle, les cheveux noirs et fins, les lèvres fines, le visage ciselé, mais ce n'était pas lui. Ce n'était pas lui car son nez était moins imposant, ce n'était pas lui car ses dents étaient droites et blanches, ce n'était sûrement pas lui car ses yeux n'étaient pas noirs mais d'un marron chaud et surtout il avait l'air heureux alors ça ne pouvait vraiment pas être lui.
La petite fille agrippa la main de son frère et se précipita hors de la chambre et dès qu'ils eurent enfin disparus, Severus respira enfin. Par Salazar, dans quel bordel extrême est-ce qu'il était venu se foutre ? La piste de l'enlèvement n'était plus certaine mais s'il n'avait pas été enlevé, pourquoi était-il ici et pas à Poudlard ? Ne pas savoir ne faisait que l'inquiéter davantage cependant il n'avait pas d'autres choix que de continuer son exploration pour découvrir où il se trouvait et pourquoi il se trouvait là. Alors Severus sortit de sa cachette en conservant les sorts le rendant invisible et il s'aventura dans le couloir, la baguette au poing, les pieds nus s'enfonçant dans le tapis moelleux et sa robe de chambre flottant derrière lui comme ses habituelles robes de sorcier à la seule différence que son torse pâle et imberbe restait exposé. S'il s'était baladé ainsi dans les couloirs de Poudlard, il aurait perdu en une journée sa réputation de pire professeur de Poudlard et son surnom de chauve-souris des cachots.
Severus se contenta de suivre le couloir en silence en s'arrêtant à chaque fois qu'une porte se présentait. Dans ces cas-là, il lançait en informulé le sortilège de Détection Humaine. Rien. Il en vint à se demander s'il n'avait pas imaginer les deux enfants après avoir tourner en rond pendant dix minutes sans avoir croisé âme qui vive.
- C'est pas possible, se mit-il à marmonner. C'est quoi cette baraque qui fait la taille de Poudlard ? Même chez Lucius, j'aurais déjà dû croiser quelqu'un…
Il commençait à perdre patience et en conséquence, à s'énerver. Puis, il entendit enfin une voix, une voix qui ne lui était pas du tout inconnu et à ce moment précis, il eut deux réactions très différentes : d'une part l'incrédulité et de l'autre la rage.
L'incrédulité prit un peu le dessus quand il suivit la voix qui le mena à la cuisine et à la personne coupable de sa situation mais la rage n'avait pas disparu, bien au contraire. Ce qu'il découvrit dans la cuisine était certainement la chose la plus incroyable qu'il ait jamais vu : les deux enfants qui étaient partis à sa recherche se trouvaient dans la pièce et étaient occupés à couvrir de câlins une femme à la chevelure brune et bouclée qui tentait de les faire s'assoir, vraisemblablement pour les préparer à manger ce que l'elfe était en train de préparer.
Il connaissait cet elfe et en regardant attentivement la physionomie de la jeune femme, il s'aperçut qu'il la connaissait aussi. Severus sentit la colère l'envahir et sans réfléchir, il annula les sorts qui le rendaient indétectable et il déboula dans la cuisine, irradiant de colère. La jeune femme se tourna vers lui avec un grand sourire qui la rendait encore plus belle qu'elle ne l'était déjà et il en fut certain : elle était plus vieille, plus belle, plus mature, plus tout mais il s'agissait bien de la terrible Miss-je-sais-tout, la fameuse princesse des Gryffondors, Hermione Granger.
Une potion de Vieillissement sans aucun doute, la dernière fois qu'il l'avait vu à son cours de Défense Contre Les Forces du Mal, son corps était en accord avec son âge. Mais il avait beau se dire que ce n'était que l'effet d'une potion, il ne pouvait s'empêcher de remarquer à quel point elle était ravissante ainsi.
- Severus, tu es enfin debout ! Les enfants…
- Mademoiselle Granger, beugla le maître des potions, je vous donne précisément quinze secondes pour me dire où je me trouve et comment vous et vos petits amis de Gryffondor avez fait pour m'amener dans cet endroit ! Chaque seconde en plus vous vaudra cinquante points de maison en moins. Donc je vous conseille de vous mettre à parler avant que je fasse avoir une crise cardiaque au professeur McGonagall en faisant passer vos points au négatif !
L'air de stupeur totale qu'elle afficha était de toute beauté et il aurait voulu la voir afficher cet air en classe, là où il aurait pu pleinement le savourer mais sa joie de voir le sourire de la jeune femme disparaître s'estompa quand il vit les deux enfants devenir d'une pâleur inquiétante et les yeux de la petite fille se remplir de larmes. Pourtant, il décida de ne pas relâcher la pression sur la sorcière. Il voulait des réponses et il les aurait. Comme Miss Granger le regardait fixement sans bouger, la colère s'empara de lui et il frappa violemment sur la table, plus fort même qu'il ne prévoyait. Cela eut plus d'effet qu'il ne pensait, plusieurs assiettes s'écrasèrent par terre, la jeune femme se crispa et les deux enfants poussèrent un cri aigu. La petite fille, Sophie se rappela-t-il, faillit tomber de sa chaise et se rattrapa à son frère qui, malgré ses larmes et sa peur, se posta devant sa soeur pour la protéger.
- J'attends, Mademoiselle Granger. Et je vous conseille de vous dépêcher, vous ne souhaitez pas que je m'énerve devant vos… enfants, termina-t-il avec un rictus méprisant en dévisageant les deux enfants.
Enfin, elle parla. Sa voix tremblait légèrement mais elle s'efforçait de demeurer impassible, il pouvait au moins lui reconnaître ce courage. Elle se leva et dirigea le plus gentiment possible les deux gamins vers l'elfe qui, témoin silencieux de la scène, tremblait de tous ses petits membres. Ses oreilles en particulier tremblaient tellement qu'on on aurait dit les ailes d'un colibri attachées à sa tête.
Cet elfe, c'était Samy, le dernier elfe de la maison ancestrale des Princes. Il allait devoir lui demander pourquoi elle était parti de l'Impasse du Tisseur et comment elle avait pu se laisser entraîner dans cette combine.
- Samy, tu peux amener les enfants dans la salle de jeux s'il te plaît ? lui demanda la sorcière.
La créature n'était pas capable de lui répondre tant elle était paniquée, elle se contenta de hocher de la tête à plusieurs reprises avant d'agripper les mains des enfants et de les entraîner hors de la cuisine. Dès qu'ils eurent disparus, elle se retourna vers le sorcier qui avait l'air beaucoup trop fier d'avoir effrayé des enfants. Et en effet, il était assez fier de lui comme le prouvait le rictus sadique qu'il affichait. Ce petit sourire d'autosatisfaction s'effaça quand Severus vit la jeune femme le foudroyer du regard.
- Est-ce que je peux savoir ce qui t'as pris Severus ? Tu as intérêt à avoir une putain de bonne excuse pour avoir fait pleurer Aurélien et Sophie ou bien moi aussi je peux te promettre des conséquences. Et c'est quoi ce bordel avec les Mademoiselle Granger et cette histoire de points, tu te crois de retour à Poudlard ?
- D'abord, Mademoiselle Granger, je vous conseille de ne pas tester ma patience en utilisant mon prénom. Vous allez me faire le plaisir de vous contenter de Professeur Snape ou Monsieur. Ensuite, j'enlève cinquante points à Gryffondor pour vous apprendre à me respecter. Enfin, vous allez me dire pourquoi je me suis réveillé ailleurs que dans mes appartements, sans aucun vêtement, pourquoi Samy se trouve ailleurs qu'à mon domicile et qui sont ces gosses.
- Tu es hilarant quand tu t'y met Severus, tu le sais j'espère ? grinça la jeune femme sans se démonter.
- Granger, tonna Severus en sortant sa baguette, je vous conseille de me répondre immédiatement ou je vous fais expulser !
- Arrête avec ça, s'il te plaît ! Je te l'accorde, ce petit jeu du professeur qui engueule son élève en retenue est drôle et même très sexy dans la chambre mais je ne suis pas d'humeur ! Tu viens de faire pleurer tes enfants et j'espère pour toi que tu n'es pas réellement en train de me menacer, gronda-t-elle en désignant le bout de bois magique. Je ne sais pas ce qui t'arrive ce matin Severus mais tu vas me faire le plaisir de te calmer, ranger ta baguette et aller t'excuser auprès de tes enfants en t'excusant auprès de Samy pour l'avoir terrifiée au passage !
La tirade laissa le Serpentard pâle et rigide, le sorcier se retenant de laisser exploser sa colère mal contenue. Il n'acceptait déjà pas un tel traitement de la part d'un être humain depuis la fin de sa scolarité pour des raisons évidentes mais qu'une de ses élèves se permettent de lui parler ainsi, en l'appelant par son prénom, en lui racontant une histoire à dormir debout et en lui ordonnant de faire des choses comme s'ils étaient égaux… Il ne prenait des ordres que de Dumbledore et du Seigneur des Ténèbres, c'était bien suffisant. Que ce soit Granger qui se permette de lui parler de cette manière acheva de lui faire perdre son légendaire sang-froid. Il ne l'avouerait jamais à personne mais la petite je-sais-tout l'agaçait en réalité encore plus que Potter, surtout en cours.
Elle voulait jouer à ça ? Très bien, il allait se plier aux exigences de l'insupportable gamine. Si elle ne le traitait pas avec le respect dû à son statut de professeur, il n'avait aucune raison de la traiter comme une élève. Alors il se pencha vers elle, remarquant au passage que si la potion de Vieillissement lui avait accordé un corps plus adulte que celui de ses seize ans, elle ne lui avait en revanche pas accordé un centimètre. Tant mieux.
- Mademoiselle Granger, susurra Severus, je ne sais pas ce que vos petits camarades ont glissé dans votre jus de citrouille ce matin pour à la fois transformer votre apparence et vous faire imaginer que vous et moi partageons une relation dont soit dit en passant l'idée même me révulse mais je penche pour une potion de Vieillissement couplée à un philtre d'amour quelque peu modifié. Je me doute que vos deux pathétiques acolytes, oui je parle bien de Potter et Weasley, ne pensaient pas que vous alliez vous enfoncer si loin dans votre délire que vous alliez kidnapper deux enfants et moi-même. Je vous conseille donc d'aller voir Madame Pomfresh au plus vite. Vous en profiterez pour m'indiquer la sortie et relâcher ces deux enfants. Je ne vais pas vous dénoncer aux Aurors, je vous rassure, fit-il en souriant bien trop tendrement pour que le sentiment soit véritable, je vais simplement rapporter votre attitude déplorable au directeur.
Il avait regardé la jeune sorcière perdre progressivement toutes ses couleurs durant son discours et désormais, elle donnait l'impression qu'elle pouvait s'évanouir d'une seconde. Ce n'était que la honte, se répéta-t-il quand il la vit vaciller, comme si elle était physiquement atteinte par ce qu'il lui disait. C'était la faute des potions qui affectait sa perception de la réalité. Décidé à ne pas se laisser attendrir par la détresse de Granger, il reprit, sa voix dégoulinant de venin :
- Ne vous en faites pas, je ne manquerai pas de mentionner au professeur McGonagall le travail prodigieux de métamorphose que vous avez exécuter sur ces gamins pour vous convaincre dans votre délire que je pourrais un jour vous touchez : le garçon est particulièrement bien réussi, j'aurais pu me laisser berner…
Il ne ressentit pas autant de plaisir qu'il aurait cru en voyant les yeux de Granger se remplir de larmes. Pourtant il l'avait vu pleurer à de nombreuses reprises, parfois à cause de ses propres mots et jamais ça ne l'avait déranger plus que ça. La voix brisée avec laquelle elle lui répondit ne lui plut pas non plus, elle s'insinuait dans sa poitrine et venait tourmenter l'organe glacé qui s'y trouvait, le priant d'agir et de cesser ses conneries. Il n'en fit rien.
- Je ne sais pas ce qui te prend Severus mais que Merlin m'en soit témoin, prononce une parole de plus de ce genre et tu vas trouver la sortie plus vite que tu ne le souhaites.
- Pour la dernière fois Granger, fulmina Severus à bout de nerfs, vous êtes en train d'halluciner votre fantasme dont je suis apparemment le sujet alors je vous en prie, montrez-moi la sortie parce que je ne pense pas pouvoir supporter une seconde de plus le fait de vous regarder vous humilier de la sorte en imaginant que je puisse un jour avoir envie d'une insupportable je-sais-tout telle que vous, siffla le professeur de potions.
Il sut tout de suite qu'il avait prononcé les mots magiques quand la sorcière recula, ses mots ayant autant d'impact qu'une véritable claque.
- Samy, murmura Granger en s'efforçant de ne pas craquer devant témoin, peux-tu accompagner le professeur Snape vers la porte ? Transplane avec lui s'il le faut à l'endroit qu'il t'indiquera mais je ne veux pas le voir une minute de plus ici.
- M-m-mais maîtresse, protesta l'elfe qui tremblait encore, Samy ne peut pas quitter les jeunes maîtres et maîtresses dans cet état ! Samy n'a pas fini de réconforter maître Aurélien et maîtresse Sophie fait semblant de ne plus pleurer mais Samy voit bien que…
Cette fois, Severus ne put se contrôler et il interrompit la créature magique rudement.
- Samy, je t'ordonne de m'amener à Poudlard immédiatement. Tu vas me déposer devant le bureau du directeur puis tu vas rentrer à l'Impasse du Tisseur. Nous discuterons là-bas de ta punition pour avoir pris part à cette mascarade.
L'elfe pâlit et faillit se mettre à se punir sur le champ. Severus se sentit tout de suite coupable mais il devait demeurer ferme malgré la culpabilité et les regards noirs que lui lançait mademoiselle Granger.
- Non ! protesta cette dernière pour être ignorer par le sorcier.
- Samy, maintenant.
Les oreilles basses, Samy rejoignit son maître et disparut avec lui dans un tourbillon de couleurs, abandonnant sa maîtresse, sa maison et les deux enfants à l'étage à contre-coeur pour suivre son maître qui avait l'air d'avoir perdu la boule.
Ils arrivèrent en un instant devant la statut de pierre. Severus congédia l'elfe et il prononça le mot de passe cependant elle refusa de bouger.
- Suçacides !
Rien.
- Ballongomme ?
La statut demeura immobile.
- Citron Sorbet ?
Encore une fois, la stupide gargouille resta impassible. Il commençait à s'énerver et à envisager de la faire exploser histoire de se calmer les nerfs dessus mais une voix l'interrompit quand il formula le sort dans sa tête.
- Severus ? Que faites-vous ici ? Vous n'êtes pas là les week-ends d'ordinaire. Et puis qu'est-ce que c'est que cette tenue ?
Pourquoi fallait-il qu'il tombe sur cette vieille chouette timbrée, maugréa-t-il. Cependant, il afficha un sourire crispé et fit de son mieux pour paraître aimable.
- Sibylle, je ne me souviens pas du mot de passe, j'ai eu une matinée difficile et je dois voir le directeur alors est-ce que, au lieu de me bombarder de questions, vous seriez disposée à m'ouvrir le passage ?
- O-oui bien sûr, le, le mot de passe est Dumbledore. Bon, bégaya la professeur de divination une fois le passage ouvert, je-je vais vous laisser, saluez Hermione de ma part.
Et elle se sauva sans demander son reste, laissant le sorcier s'interroger sur ce nouveau mot de passe un peu trop évident et franchement égocentrique. Mais c'était Albus, il avait ses lubies, aussi ne se posa-t-il pas plus de questions. Quand il pénétra dans le bureau, il eut la même sensation que ce matin en se réveillant ; les choses n'étaient pas à leur place et c'est en voyant Albus Dumbledore assoupi dans un cadre au mur et Minerva McGonagall derrière le bureau qu'il sut que vraiment quelque chose clochait.
- Bordel, qu'est ce qui se passe ici ?
