Ce n'était pas possible, ce devait être un cauchemar, forcément. Il allait se réveiller seul dans la semi-obscurité de sa chambre dans les cachots, habillé comme à son habitude car il revenait d'une nuit au service du Seigneur des Ténèbres et l'un de ses collègues avait dû le droguer pour le faire halluciner, par jalousie ou simplement par ce que ce n'était pas des individus recommandables qui hésitaient à empoisonner quelqu'un. Il allait se lever, se laver et se préparer à prendre son petit-déjeuner dans la Grande Salle avant de commencer à enseigner la Défense contre les Forces du Mal. Autrement il ne voyait aucune explication à son réveil, à Granger, aux gosses, à Minerva et à Albus Dumbledore dans son putain de cadre. En admettant que ce qu'il avait devant les yeux était réel, cela ne pouvait signifier qu'une chose, qu'Albus était mort, qu'il l'avait tué.

Il manquait des éléments à Severus. Pourquoi ne se souvenait-il de rien ? Quand l'assasinat avait-il eu lieu ? Encore une fois, pourquoi était-il libre et accueilli par un sourire de Minerva si le plan avait fonctionné et qu'il était bel et bien le meurtrier du sorcier le plus puissant de sa génération ? Des milliers de questions différentes se bousculaient dans sa tête et pourtant, la seule chose qui sortit de sa bouche fut :

- Où sont passés les bonbons au citron ?

À peine les mots eurent-ils quittés ses lèvres qu'il les regretta. Ce genre d'imbécilités étaient dignes de Potter et de son acolyte roux au QI déficient, pas de Severus Snape, espion et maître des Potions mais au moins cela eut le mérite d'attirer enfin l'attention de la sorcière qui n'avait pas levé les yeux de ses papiers.

- Severus ? Que fais-tu ici ? Et dans cette… tenue ? demanda-t-elle en examinant le sorcier dont l'apparence négligé tranchait avec son habituel pudeur.

Ce dernier, voyant le regard de Minerva s'attarder un peu trop longtemps à son goût sur son torse certes mince mais mieux formé qu'il n'en avait le souvenir, s'empressa de refermer les pans de sa robe de chambre. Encore un mystère à résoudre.

- J'ai posé une question en premier, répliqua-t-il.

Il savait qu'il se comportait d'une manière tellement puérile que même un gamin pas encore assez grand pour être à Poudlard n'aurait pas osé agir ainsi mais dans l'immédiat, il était plus préoccupé par le fait qu'il voyait son mentor dans un cadre et qu'il ignorait totalement ce qu'il se passait. Il tenta cependant de conserver une expression à la fois neutre et hautaine, une tentative d'impressionner Minerva qui échoua lamentablement à en juger au visage de cette dernière. Visiblement, selon elle, Severus devait avoir perdu la boule.

- Les bonbons au citron ? Il y a des lustres que je les ai fait disparaître, tu le sais bien c'est toi qui était venu me menacer parce que Aurélien en avait piqué des poignées entières quand ni toi ni Hermione ne regardaient et qu'il vous avait gardé éveillés toute la nuit à vomir à cause de son indigestion. Tu es sûr que tu vas bien ?

- Si je vais bien ?! Je me suis réveillé dans un endroit que je ne connaissais pas, tout ça pour ne rien trouver d'autre à me mettre que ça et qui je découvre dans la cuisine quand je décide d'explorer pour savoir où je suis ? GRANGER ! HERMIONE PUTAIN DE GRANGER AVEC DEUX PUTAINS DE GOSSES ! Ton élève préféré m'a drogué, foutu à poil dans un lit dans une maison que je ne connaissais pas, s'est drogué à la potion de Vieillissement et s'est amusé à métamorphoser les deux gamins précédemment mentionnés pour qu'ils me ressemblent à un point effrayant. Et quand j'arrive enfin à quitter ce cauchemar, c'est pour me faire reluquer dans le couloir par cette vieille chouette de Trelawney, découvrir que le mot de passe a changé sans que je sois mis au courant, que tu t'es installé dans le bureau d'Albus et que Albus est dans un cadre ! Donc non ! Je ne vais pas bien et je veux que tu me dises immédiatement ce qui se passe et pourquoi tu soutiens le délire de ta petite chouchoute de Gryffondor en me faisant croire que ces chairs ont véritablement un rapport quelconque avec ma personne. Tout De. Suite.

Durant sa tirade, il s'était approché du bureau de la professeur de métamorphose pour s'y appuyer, faisant de son mieux pour paraître aussi terrifiant qu'il pouvait l'être en cours de potions. Son attitude marchait sur les Gryffondors modèle junior alors pourquoi pas sur les seniors ? La malédiction qu'elle lui envoya lui prouva que non, le projetant au passage dans l'une des chaises en face du large bureau de bois qu'il avait délibérément ignoré en rentrant dans la pièce. Severus, dès qu'il eut repris ses esprits, voulut protester mais le regard de reproches que lui lança par la suite Minerva, un regard qu'il avait déjà vu trop de fois quand il était élève et qu'il voyait encore en tant que professeur, le fit taire.

- Severus, en premier lieu, tu vas te calmer, ordonna la sorcière écossaise puis, voyant qu'elle avait toujours de l'autorité sur son ancien élève à en juger par le silence qui suivit, elle reprit. Bien, maintenant que tu t'es un peu calmé, tu vas pouvoir m'expliquer ce qui te prend.

- Je te demande pardon ? s'insurgea Severus mais il fut coupé par Minerva.

- Tu as trop bu ? À cette heure-ci, si c'est le cas, je suis franchement déçue… Ou alors Sophie a réussi à te faire avaler un produit des frères Weasleys ?

- Je t'ai dit ce qu'il m'ait arrivé Minerva, protesta Severus qui commençait à être à la fois indigné mais également fatigué d'être une nouvelle fois désigné comme le coupable. Si tu veux savoir ce qu'il m'est arrivé, je te le répète : va voir Granger ! C'est elle qui m'a foutu dans cette situation et tu ne m'a toujours pas dit ce qu'Albus foutait dans un cadre là-haut.

Désormais, Severus n'était pas le seul à avoir l'air énervé, Minerva semblait tout autant irritée même si elle tentait de le cacher, une tâche qui n'est pas des plus évidentes quand il s'agit de le faire face à celui qui pouvait se vanter de tromper Voldemort. La sorcière examina son cadet un instant : Severus ne se plaignait jamais pour rien, il ne laissait jamais rien transparaître, mettait un point d'honneur à régler les situations lui-même en ne demandant de l'aide que rarement et dans ce cas-là, il ne s'adressait qu'à l'une des seules personnes à qui il accordait sa confiance. Autant dire que la liste des dites personnes était courte. Alors oui, la situation lui semblait grotesque mais si Severus s'était tourné vers elle ou vers Albus en réalité et non pas vers Hermione, il devait y avoir quelque chose qui clochait.

Soudain, elle fut prise d'un doute affreux… Albus lui avait appris une chose, c'était de ne jamais rejeter une situation car elle semblait trop invraisemblable pour être réelle. « Si un jour, une personne me demande de l'aide et que tout le monde cherche à me convaincre que cette personne est folle, je l'aiderai. Dans le meilleur des cas, j'aurai aidé quelqu'un. Dans le pire, je me serais amusé. », voilà ce qu'Albus lui disait quand elle protestait contre ses méthodes et sa tendance à faire confiance beaucoup trop vite aux gens. L'attitude de Severus lui rappelait celle qu'il avait il n'y a pas si longtemps, avant la fin de la guerre. Après tout qu'est-ce qu'elle perdait à demander ? Elle jeta de nouveau un coup d'oeil au sorcier à peine habillé dans le fauteuil face à elle. Il était d'une humeur exécrable pour changer et perdait très, très, très visiblement patience.

- De quoi te souviens-tu ?

Les yeux de Severus s'écarquillèrent tellement que Minerva crut un instant qu'elles allaient rouler hors de l'orbite. La bouche du sorcier s'ouvrit à peu près autant sous l'effet de la surprise avant de se refermer à toute vitesse pour se transformer en un rictus devenu iconique pour inspirer la peur à tous les élèves de l'école sans aucune distinction d'âge et de maison.

- C'est une plaisanterie, j'espère ? Je ne veux pas de ta psychologie de comptoir Minerva, cracha Severus avec autant de venin dans la voix qu'un basilic, je veux savoir ce qui m'est arrivé.

Il rouspéta ainsi durant un bon quart d'heure. En s'apercevant finalement que sa collègue était déterminée à utiliser la technique moldue sans envisager avoir recours à l'Occlumencie, il se résigna : plus vite ce cauchemar prendrait fin, plus vite il pourrait punir les responsables (très certainement Granger, Potter et le plus jeune des fils Weasley), plus vite il pourrait retourner dans ses appartements et se vêtir plus convenablement. La robe de chambre avait beau être confortable et douce ainsi que plus luxueuse que la plupart de ses vêtements, il n'appréciait pas vraiment le fait que les sorcières qui l'entouraient se passionnent pour son torse nu, surtout quand il s'agissait de Minerva et Trelawney.

- Je me suis mis au lit, grommela de mauvaise foi le maître des potions.

Il se serait bien contenté de cela mais il surprit une lueur familière dans les yeux de Minerva ; quand elle avait fini d'attendre et qu'elle se réfrénait de sauter sur son interlocuteur dans sa forme d'Animagus, ses yeux prenaient cette teinte jaune ambrée assez caractéristique. Severus n'étant pas un grand fan des félins, il décida qu'il pouvait bien élaborer un peu si cela lui évitait de se battre contre les griffes de la directrice des Gryffondors.

Son visage n'était pas celui d'une gravure de mode de base, il ne pouvait pas se permettre de se faire défigurer en plus. Alors il commença à raconter les évènements de la soirée, portant inconsciemment sa main droite à son bras gauche, couvrant de sa paume l'endroit où se trouvait depuis presque vingt ans la preuve de ses fautes qui était pourtant invisible, dissimulée par la soie noire du vêtement.

- Je n'avais pas été appelé hier soir. C'était inhabituel mais après avoir enquêté, je me suis aperçu que personne d'autre ne l'avait été donc j'ai passé la soirée à corriger des copies dans mes appartements. Laisse-moi te dire au passage que les notes des troisièmes années de ta maison sont déplorables mais en bref, j'ai fini mes corrections, je me suis enfermé dans mon laboratoire pour le reste de la nuit puis je suis allé me coucher.

- Où étais-tu ? demanda Minerva d'une voix presque neutre mais dans laquelle Severus pouvait percevoir de la nervosité.

- Où j'étais ? Tu deviens sénile Minerva, où voulais-tu que je sois ? J'étais dans mes appartements dans les cachots, tu sais le taudis humide que Albus a jugé digne de ma personne quand les elfes de maison ont refusé de les utiliser comme quartiers ?

- Toute la nuit ?

- Oui, je viens de te le dire.

- Quand ? insista la professeur de métamorphose, la panique à présent évidente dans sa voix.

Il n'aimait pas ça, Minerva McGonagall paniquée, cela n'augurait rien de bon mais il répondit tout de même et en faisant un effort pour être plus poli que précédemment, juste histoire de la calmer. Il avait déjà fait face à une sorcière hystérique dans la journée, il préférait éviter de devoir en confronter une seconde.

- Jeudi, soupira le Serpentard en se frottant les tempes mais vu le regard que lui lança sa collègue, ce n'était pas suffisant alors il précisa. Si tu veux la date précise d'hier, c'est le 17 février 1996 mais je doute que ton Alzheimer soit à ce point…

Les mots moururent dans sa gorge. Minerva était devenue aussi pâle que l'un des nombreux fantômes qui peuplaient le château, le dévisageant comme s'il en était devenu un lui-même. La voyant tituber, ses jambes rendues tremblantes avec le reste de son corps à cause du choc de ce qu'il venait de lui annoncer, il eut le réflexe de venir en aide à la seule figure maternelle qui lui restait dans ce malheureux monde et il se leva pour la soutenir mais elle se déroba. Ce simple mouvement réveilla au fond de Severus un sentiment dont il n'avait jamais réussi à se débarrasser totalement : le rejet mêlé au dégoût, la sensation que son moldu de père lui avait si souvent décrit avec une poésie rare, le fait que personne ne voulait de lui et qu'il n'appartenait pas à la société. Pourtant Minerva avait toujours fait de son mieux pour le faire se sentir intégré, pour lui faire croire qu'il faisait parti de cet ensemble que formait l'École de Sorcellerie de Poudlard. Ce n'était rien, se rassura-t-il, simplement le choc.

En effet, quand il voulut à nouveau lui prendre délicatement le bras pour la mener vers la cheminée où se trouvaient les fauteuils les plus plaisants, l'écossaise se laissa faire, amorphe. Cet état ne lui plaisait pas mais au moins, il pouvait s'occuper d'elle sans qu'elle ne proteste. Comme s'il avait senti l'état d'agitation de sa maîtresse, un elfe apparut tout aussi fébrile que celle-ci et il disparut pour réapparaître, porteur d'un plateau où se trouvaient une théière, deux tasses et de petits gâteaux parmi lesquels Severus reconnut les gâteaux à la cannelle dont elle était friande, ceux qu'il évitait à tout prix. Severus installa donc Minerva sur le fauteuil le plus utilisé, visiblement son favori, lui versa une tasse de thé en ajoutant un demi-sucre et assez de lait pour presque faire déborder sa tasse. L'ordinaire.

- Tu t'en souviens.

Le murmure venait de la sorcière. Severus ne réagit pas, jugeant préférable de lui tendre sa tasse en ajoutant deux biscuits au passage. Après s'être assuré que Minerva avait bien pris une gorgée, il se servit également, pas de sucre et une goutte de lait à peine et surtout pas de biscuits puis il prit place face à la sorcière chamboulée. Ils demeurèrent un long moment en silence : Severus n'avait plus rien à dire et Minerva hésitait, elle ouvrait la bouche simplement pour la refermer la seconde suivante quand son regard se posait sur l'homme aux cheveux et aux yeux noirs assis face à elle.

- Severus, je ne sais pas bien comment t'annoncer cela. Par Morgane, je ne sais même pas ce qu'il se passe, je ne peux que te dire ce que je sais et ce ne sera évidemment pas suffisant pour toi ! se désola Minerva.

Elle s'interrompit pour s'obliger à se calmer, balayant le bureau du regard et quand son regard s'arrêta sur Albus qui demeurait endormi dans son cadre, les lunettes en demi-lune posées sur son nez aquilin mettant en évidence les paupières fermées qui abritaient d'ordinaire des yeux bleus qui pétillaient de malice, il devint évident qu'elle hésitait à le réveiller. Finalement, inspirant un grand coup, elle se retourna vers Severus. Ce dernier s'efforçait à ne pas s'agiter pour ajouter au trouble de Minerva mais il commençait à perdre son sang-froid. Alors, quand enfin elle se décida à recommencer à parler au lieu de marmonner, il ne put retenir son appréhension.

Tout ça pour que la sorcière qui l'avait traumatisé ce matin débarque dans le bureau. Elle ignorait visiblement qu'il était venu rapporter les nouvelles des évènements de ce matin en premier puisqu'en le découvrant sa haute stature drapée de noir, son élan se stoppa soudainement et son visage toujours vieilli et toujours bien trop beau pour une je-sais-tout se colora de rouge de manière immédiate. Elle était en colère, comme c'était mignon…

Elle n'était pas la seule et il allait lui faire comprendre ça.

- Granger ! tonna Severus en se levant et en brandissant sa baguette, déterminé à se débarrasser de cette intruse. Vous ne manquez pas de toupet. Je vous préviens qu'il est inutile de venir plaider votre cause auprès du professeur McGonagall, elle est déjà au courant de toutes vos actions et nous discutons en ce moment précis à une punition adéquate qui, vous pouvez me croire, s'inscrira dans les annales de l'école et fera le plaisir de Rusard. Peut-être devrait-on l'autoriser à ressortir les fouets et les chaînes ? Je dois avouer que cette perspective est plaisante si c'est ce qu'il faut pour vous apprendre le respect, acheva-t-il en affichant un large rictus malsain.

Cependant, dans toute son arrogance de sa confiance en ses capacités, il ne vit pas venir la gifle. Ce n'était pas douloureux ; son père frappait bien dix fois plus fort mais il détestait que l'on touche son visage. Il envisagea un instant de lui rendre la pareille, sa main sans baguette lui démangeait mais sa morale, dotée de la voix de sa mère sans surprise, l'empêcha de succomber à la tentation. Avant qu'il ne puisse faire un geste, Minerva s'interposa.

- Hermione, calme-toi enfin ! Je suis sûre qu'il y a une explication à son comportement.

- Non, je vais pas m'assoir gentiment et l'écouter débiter à nouveau ses conneries, je ne ferais rien de ce genre à moins que Severus n'ait de sérieuses excuses à nous présenter, à moi et aux enfants ! Dans son petit délire personnel, je parie qu'il ne t'a pas avoué qu'il les a renié, qu'il a nié leur existence même sous leurs yeux ! J'ai deux enfants qui pleurent toutes les larmes de leurs corps en ce moment parce qu'ils sont persuadés que leur papa ne les aime plus alors ne me dis surtout pas de ma calmer, cria la jeune femme apparemment remontée contre son professeur de potions et peu impressionnée par ce dernier.

- Granger, je ne vous le répèterais pas : ne me touchez pas et arrêtez de m'appeler ainsi, siffla Severus. Nous avons des questions plus importantes et plus urgentes que votre petite personne auxquelles nous devons répondre alors SORTEZ !

Les deux plus jeunes s'apprêtaient à en venir aux mains alors Minerva, la seule relativement calme, agit, frappant les deux jeunes gens avec son sort de Silence et un autre d'Immobilisation Complète. Informulé, cela va de soi.

- ASSSSSEEEEEZZZZ !Tous les deux, vous allez vous calmer ! Hermione, ce n'est pas vraiment de la faute de Severus. Severus, je vais te demander te garder un esprit ouvert et surtout, surtout, de te taire le plus possible avant de dire quelque chose que tu pourrais regretter. J'espère me faire comprendre, menaça-t-elle en jetant un regard mortel aux deux personnes qui avaient jugé bon d'envahir son bureau ce matin.

Tous deux ne pouvaient pas répondre alors Minerva se contenta des hochements de tête qu'ils lui offrirent et, espérant qu'ils se comporteraient enfin en adulte, elle les relâcha des effets du sort. Tout ça pour les entendre protester dans la seconde.

- C'est de sa faute…

- Elle m'a…

- JE NE VEUX PAS ENTENDRE D'EXCUSES, coupa Minerva en les assassinant du regard.

Hermione eut la décence de rougir un peu, honteuse de se faire réprimander mais Severus semblait sur le point de véritablement assassiner quelqu'un et pas seulement avec son regard mais plutôt en mettant à profit les techniques très lentes et très douloureuses qu'il avait vu être utilisées par Bellatrix Lestrange et son mari sur des moldus sans défense et à en juger par les regards qu'il envoyait en direction de Granger, il devait bien l'imaginer à la place des moldus qui avaient supplié pour la mort durant une journée entière avant que Severus ne les achève par pure pitié. Quand enfin tout le monde fut plus ou moins calmé, Minerva força Hermione et Severus à s'assoir et à boire une tasse de thé avant d'envisager de reprendre ses explications.

- Bien ! Maintenant que tout le monde est assis, nous allons pouvoir commencer. Non Severus, je ne veux pas t'entendre et pour le moment, tu peux supposer que tout ce que je vais dire est destiné à Hermione donc tu peux écouter si tu le souhaites mais je te serais reconnaissante de ne pas prononcer un seul et simple mot pendant que je l'informe de toute cette situation. Nous sommes d'accord ? demanda-t-elle en souriant comme si elle venait de parler à un enfant particulièrement énervant.

Minerva ne reçut pas d'autres réponses qu'un grognement et un regard noir, rien d'inhabituel de la part de Severus quand on lui ordonnait de se tenir tranquille. Il fut un temps où il avait eu exactement la même réaction, il était alors tout jeune élève, déjà martyrisé par James Potter et sa bande et Minerva l'avait sermonné sur la nécessité pour lui de se rendre à l'infirmerie pour soigner son oeil au beurre noir. Le problème était donc réglé d'un côté mais Hermione fulminait encore et regardait la théière fixement. Si elle avait été une enfant capable de faire voler le récipient empli de liquide brûlant et de faire en sorte que tout son contenu se renverse sur la tête graisseuse du professeur de potions, le tout sans sortir sa baguette ni se faire prendre, elle n'aurait pas hésiter une seconde. Minerva ne put retenir un long soupir en réalisant ce qu'elle devait apprendre à la jeune sorcière et la réaction que cette dernière ne manquerait pas d'avoir. Or, ce que l'on oubliait souvent de mentionner au sujet d'Hermione Granger, c'est que lorsqu'elle est en colère, son tempérament n'est en aucun cas préférable à celui de Severus.

- Hermione, je te demande la même courtoisie, je me doute que ce que je vais t'annoncer et troublant et j'imagine, assez incroyable mais si tu pouvais éviter de balancer à Severus une malédiction qui le rendrait stérile, la discussion ne pourrait être que plus agréable.

Encore une fois, ce fut des sons qui constituèrent sa réponse, des marmonnements inaudibles mais commençant à en avoir assez de jouer la médiatrice entre les deux sorciers, Minerva décida que cela suffirait.

- Severus prétend que nous sommes en février 1996.

- 1996 ?

- Comment ça, je « prétend » ? tonna le maître des potions en surgissant de sa chaise, oubliant toute promesse qu'il avait fait de rester calme et patient. Serais-tu en train de me traiter de menteur en plus d'idiot ? Ou alors tu voudrais me faire croire que je connais pas la date ? TU NE ME PRENDRAIS PAS POUR UN DEMEURÉ SI PROFOND QU'IL FERAIT PASSER LONDUBAS POUR UN PRIX NOBEL PAR HASARD ? J'en ai ras-le-chaudron de t'écouter, dis-moi où est Albus, il sera plus utile que je lui parle directement.

- Severus, tu es certain que tu vas bien ? demanda Hermione, plus pâle encore que ce matin lorsqu'il lui avait crié dessus. Albus est dans son cadre, comme d'habitude.

- Comme d'habitude ?! Mademoiselle Granger, en cette période plus que troublée, vous m'excuserez si je m'attends à ce que Albus Dumbledore, sorcier surpuissant et directeur de cette école, ait sans doute mieux à faire que de se cacher et de prétendre qu'il fait désormais partie de l'ameublement au lieu de participer activement à la lutte contre le Seigneur des Ténèbres. Je n'en reviens pas de devoir vous le rappeler mais le Seigneur des Ténèbres renforce son armée jour après jour, il en veut à l'un de votre meilleur ami et vous, vous faites partie de la liste des personnes qu'il serait ravi de faire tuer, non seulement car vous êtes d'ascendance moldue mais surtout car vous êtes une petite emmerdeuse qui a réussi à se faire suffisamment remarquer par son intelligence et sa tendance maladive à aider Harry Potter à se sortir vivant de tous les pièges qu'il met en place pour se débarrasser de ce gamin !

Pour une fois, aucune des deux femmes ne chercha à le faire taire alors il ne vit aucune raison de s'arrêter de parler.

- Vous me prenez pour un abruti et pensez que je ne comprend rien, siffla Severus, visiblement enragé. Je vais vous dire ce que je pense qu'il se passe en réalité : vous m'avez sorti de ma chambre, drogué, enlevé et mis dans un lit après m'avoir retirer mes vêtements. Merlin seul sait ce que vous avez bien pu me faire après mais quand je me suis réveillé, vous avez envoyé les deux enfants dans la chambre, des enfants qui ne sont certainement pas les miens malgré ce que vous leur dites puisqu'il aurait fallu que je sois présent lors de la conception et que je ne vomisse pas à la simple perspective de vous toucher d'une autre façon que platonique. De plus, quand vous aurez fini de vouloir me faire passer pour un taré, je vous ferais savoir, à toutes les deux que nous sommes bien en 1996, que vous Granger, êtes une élève de sixième année dans cette école et n'avez aucun droit d'utiliser mon prénom puisque je suis votre professeur, que toi Minerva, tu es supposée être la vice-directrice de l'école dont je viens de parler en plus de sa directrice de maison donc je ne vois pas pourquoi tu encourages son délire. Pour finir, je suis Severus Tobias Rogue, je suis professeur de Défense Contre les Forces du Mal et je ne vois toujours pas le directeur de cet établissement de fou.

Il aurait pu aussi bien frapper les sorcières à qui il s'adressait à en juger la tête qu'elles faisaient. Ça ou bien tuer un chat, de préférence le familier de Granger sous les yeux horrifiés de Minerva. Il ne put apprécier cette vue particulièrement plaisante aussi longtemps qu'il l'aurait souhaiter. Malheureusement, cette petite bien trop Gryffondor à son goût décida de répliquer. Décidément, la je-sais-tout qui n'osait pas auparavant de contredire ses professeurs et s'étouffait de respect pour eux avait bien changé, cependant il n'appréciait pas du tout ce qu'elle faisait de sa confiance en elle nouvellement gagnée.

- Je ne sais pas quelle expérimentation tu as bien pu rater à ce point pour que les vapeurs de ta potion te fassent suffisamment halluciner pour que tu dises des trucs pareils mais tu vas me faire le plaisir de te rendre à l'infirmerie pour que Madame Pomfresh t'arrange parce que je n'apprécie pas vraiment la version 1996 de Severus Snape.

- Qu'est-ce qui ne me dis pas quelle n'est pas vous qui êtes encore sous les effets de la potion de Vieillissement et que vous délirez, Mademoiselle Granger ? Avez-vous des preuves de ce que vous avancez ?

- Une preuve ? c'est ce que tu veux, tout ce que tu veux pour me croire ? le confronta la jeune sorcière.

- Je m'en contenterai, répliqua Severus, un rictus satisfait plaqué sur ses fines lèvres pour ne ne pas dévoiler ses dents jaunâtres, un rictus qui disparut quand Granger se planta devant lui avec un air décidé.

- Vas-y, déclara-t-elle, une lueur de défi dans les yeux.

- Je vous demande pardon ?

- Utilise ce que tu veux. Légilimencie, Véritasérum, ce que tu veux. Si c'est le seul moyen pour te faire entendre raison alors ne te gêne pas.

Le sorcier jeta un regard incrédule à son élève, incertain de ce qu'il devait faire. D'un côté, il voulait connaître la vérité. De l'autre, performer la Légilimencie sur une élève… Il ne préférait pas imaginer les conséquence pour lui si Albus l'apprenait une fois qu'il se déciderait à se montrer. La sécurité faillit l'emporter, la seule chose qui le décida à jeter cette dernière par la fenêtre fut la perspective de prouver à cette première de classe à quel point elle se serait embarrasser. Alors il pointa sa baguette vers la tête de la sorcière, attendant qu'elle se rétracte dans un éclair de lucidité, cherchant la peur dans ses yeux. Elle n'en fit rien, remplissant Severus à la fois d'une petite déception mais plus que cela, il se senti étrangement fier du courage de la sorcière. Peut-être que les Gryffondors n'étaient pas si horribles que ça. Pour la première fois depuis un moment, Minerva décida d'intervenir, elle s'était contenté de regarder la confrontation mais là, cela allait trop loin.

- Severus, je ne pense pas que ce soit très prudente pour toi de…

- Minerva, fais-moi plaisir et ferme-là je te prie. Mademoiselle Granger, vous êtes prête ?

- Finissons-en, déclara Hermione toujours déterminée.

- Legilimens, murmura le sorcier et immédiatement il se sentit aspiré par le marron chocolat des yeux qui le fixaient sans faillir, plongeant dans les souvenirs et la tête d'Hermione Granger.


De toute évidence, son élève possédait des notions de Légilimencie et avait sélectionné les souvenirs qu'elle souhaitait lui faire voir. Tous le concernaient.

D'abord, il se vit, il vit Dumbledore, et la présence de son mentor affaibli par la malédiction qui gangrénait sa main et sa magie le rassura pour la simple et bonne raison qu'il savait que cela s'était vraiment passé. Puis il se vit enseigner comme il pouvait s'y attendre de Granger.

Les souvenirs devinrent d'un coup plus sombre, l'atmosphère était oppressante, lourde. Le premier ce genre lui présenta le corps sans vie d'Albus Dumbledore, tout le monde pleurait le directeur et Harry Potter l'accusait, il l'avait vu assassiner le sorcier de sang-froid et en compagnie des Mangemorts qui avaient envahi l'école. Au moins, Draco avait réussi sa mission.

Les souvenirs suivants ne le mettaient pas en scène mais c'était évident pourquoi. Il assistait à une traque, la traque des Horcruxes, Granger, Potter et Weasley dans une tente, à Gringotts, au Ministère, au Manoir Malfoy, rassemblant et détruisant les Horcruxes. Il vit la Bataille de Poudlard, il vit Minerva se mettre à glousser de joie en utilisant un sort pour animer les statues du château, il vit l'endroit qu'il considérait comme sa maison se faire détruire à cause de Voldemort et les élèves qu'il avait essayé de protéger à tout prix fuir, être blessé et pour certains, mourir. Il se vit appeler par Voldemort : même sans tout entendre, il sut tout de suite pourquoi se détraquer l'avait appelé à l'écart de la foule.

Il ne vit pas le serpent se jeter sur lui, il dut se contenter des sons d'agonie et des chocs de son corps contre le mur. Puis il se vit donner ses souvenirs à Potter. Puis il ne vit plus rien.