Avant le début de chapitre, je voulais juste dire un grand merci à tous ceux qui ont laissé un review, ont follow ou mis cette histoire en favori. Je n'était même pas sûre de publier le premier chapitre alors ces retours m'ont vraiment encouragé, je ne peux pas suffisamment vous remercier.
Réponse à Guest : je ne parle pas italien donc j'espère ne pas avoir mal compris ton review mais oui, bien sûr que Hermione va l'aider à découvrir ce qu'il s'est passé
Bonne lecture !
Peu de sorciers peuvent se vanter de s'être vu mourir. En vérité, à sa connaissance, aucun sorcier, sorcière, moldu, goblin, elfe, centaure ou autre créature d'une sorte quelconque, magique ou non, ne pouvait se vanter d'avoir été témoin d'un tel évènement. D'ailleurs, si cela avait été possible, Severus doutait fortement que la réaction de la personne serait de se vanter car lui en était loin. En voyant le corps de son double s'immobiliser et ses yeux devenir vides sans que le flot de sang qui s'écoulait de son cou ne semble ralentir, une larme lui échappa.
Il savait. Il avait réalisé il y a bien longtemps qu'il n'avait aucune chance de sortir vivant de cette guerre. Cependant voir son corps sans vie sur le sol poussiéreux, cela eut raison de son courage car il avait tout de même espéré pouvoir survivre puis enfin vivre. Il aurait pu disparaître, se faire oublier, reconstruire sa vie en changent d'identité, en changeant de pays, vivre en solitaire, exclu de la société en vendant ses potions pour subvenir à ses besoins. C'était sans doute orgueilleux de sa part mais il aurait au moins souhaité partir autrement, il n'y avait aucune raison dans sa mort ici : il avait tout fait pour réparer ses erreurs et il mourrait en traître seul. Seul car le Trio d'Or l'abandonna, laissant son cadavre déchiqueté dans la cabane. Ils avaient mieux à faire. Granger fut celle qui s'attarda le plus, il le sut car le souvenir ne s'effaça pas immédiatement. Elle le contemplait et soudain il ne tint plus, il tomba à genoux et dans un élan de désespoir, il mit ses mains au cou de son reflet, tentant de ralentir le flot carmin pour ne voir que ses mains traverser son corps et son essence vitale former une mare à ses pieds. Et Granger regardait, elle n'agissait pas.
Non seulement la sorcière n'agissait pas dans le souvenir mais elle refusait de changer de souvenir, Severus s'en aperçut quand, ne pouvant en supporter plus, il tenta de s'éjecter de sa tête. Elle l'en empêcha. La sale petite garce ! C'était ce qu'elle souhaitait depuis le début alors ? Lui montrer qu'il était mort, le torturer pour se venger de son comportement envers elle en classe ? La sorcière contempla quelques secondes encore son ancien professeur et ce dernier surprit une lueur de pitié ou de compassion dans ses yeux avant qu'elle ne tourne les talons et fuit la cabane et le corps amorphe et sans vie de Severus Snape. L'espion, toujours à genoux, abattu par ce à quoi il venait d'assister, remarqua à peine ce qu'il se passait autour de lui, il ignora avec brio le tumulte de la bataille, relevant à peine la tête quand son ancien maître pénétra dans la cour suivi de Hagrid qui portait Potter. À ce moment-là, le rire de Voldemort le secoua au plus profond de lui-même.
- Harry Potter est mort, clama le sorcier au physique de serpent.
Tout ce qu'il avait fait n'avait servi à rien, il avait échoué. Son sacrifice n'avait pas été suffisant à sauvé le fils de Lili et à cette pensée, son coeur que tous disaient inexistant ou fait de pierre, déjà mis à mal par le souvenir précédent, se compressa dans sa poitrine, si fort qu'il eut l'impression que quelqu'un lui avait plongé la main dans la cage thoracique et qu'il serrait l'organe à l'en faire exploser. Puis tout se déroula très vite ; Londubas boita en direction de Voldemort, il prononça un discours assumant dont Severus ne retint pas un traitre mot et il tira l'épée de Gryffondor du Choixpeau. Potter s'anima et la pression autour de sa poitrine disparut d'un coup.
Les souvenirs s'enchaînèrent à toute vitesse à partir de ce point, le rythme frénétique l'amena à ce qu'il souhaitait voir le plus au monde en un instant et une seconde larme fit son apparition au coin de son oeil quand Granger fut témoin de la mort de Tom Elvis Jedusor. Severus eut un réflexe étrange, celui de vérifier sa Marque pour découvrir que l'encre noire et agitée avait été remplacée par une version si pâle qu'elle se confondait presque avec sa peau. Enfin…
Il prit une profonde inspiration et se calma. Cette fois, il attendit le changement de décor avec une tranquillité qu'il n'avait pas éprouvé depuis très longtemps, plus longtemps qu'il ne pouvait se souvenir. Peut-être que son sacrifice valait la peine dans ce cas. Toujours accroché à cette pensée, il ne broncha pas quand il se retrouva une nouvelle fois dans la Cabane Hurlante. Au contraire, il fut bizarrement touché : Granger avait eu l'idée de venir chercher son corps.
- Merci.
Les mots sortirent de la bouche de la jeune femme si doucement qu'il crut un instant l'avoir imaginé mais elle poursuivit, s'accroupissant à ses côtés sans se laisser perturber par le sang qui commença à imprégner
- C'était vous. La biche, c'était votre Patronus, celui que vous avez envoyé pour nous guider vers l'épée.
La remarqua provoqua un reniflement hautain de la part du sorcier. Quel coeur d'artichaut cette gamine ! fut sa première réaction. Cependant, il devait bien admettre qu'un peu de reconnaissance lui faisait un peu plaisir mais rien qu'un peu.
- Vous autres Gryffondors êtes bien trop sentimentaux, ricana Severus.
Il savait qu'elle ne pouvait pas l'entendre, cela lui faisait juste du bien de lui parler. Si en effet il était bien mort, il se doutait que cette interaction serait sa dernière. Mieux valait ne pas la gâcher. La jeune femme le surprit en étendant sa main et quand il la vit lui caresser doucement le visage du bout des doigts, écartant les longues mèches qui étaient tombés devant ses yeux, il ne put s'empêcher de se sentir rougir comme un adolescent. Hermione Granger, Gryffondor, Miss Je-sais-tout et son cauchemar vivant durant six années de cours était la première femme à la toucher avec tant de tendresse et volontairement depuis beaucoup, beaucoup trop longtemps et aussi soudainement qu'il s'était senti rougir, il sentit la jalousie s'emparer de lui. De la jalousie envers son double.
Oui, il était jaloux de celui à qui cette caresse était offerte, cet idiot qu'il était de ne même pas être en mesure de l'apprécier. Lui l'aurait apprécier. La dernière femme à lui exprimer autant d'affection, c'était Minerva donc une expérience très différente de la jeune sorcière qui, malgré les coupures, les bleus, les vêtements déchirés et les cheveux en bataille, conservait la maturité dont il avait souvent été témoin ainsi la grâce et la beauté qu'il n'avait commencé à remarquer qu'aujourd'hui.
Severus se trouva si absorbé par le lent et sensuel mouvement de ses doigts fins sur sa joue couverte de sang qu'il ne s'aperçut pas tout de suite de la chose qui captivait désormais Hermione. Pourquoi Granger était devenu Hermione ? Pourquoi pas ? Il était mort, il pouvait bien apprécier ce dernier cadeau de la vie, la vision d'une jolie sorcière qui semblait ne pas lui tenir rancoeur des horribles années qu'il lui avait fait passé, des nombreux Optimals qu'il ne lui avait pas donné alors qu'elle les méritait amplement, des remarques qu'il avait fait sur son intelligence, son comportement, ses dents (il s'en souvenait maintenant) et qui lui offrait un dernier souvenir plus agréable que sa vie n'avait été en général.
Mais Hermione ne semblait pas décidé à le laisser profiter, elle se mit s'agiter et soudain elle enleva sa main quand elle frôla sa bouche.
- Hé ! protesta Severus, une protestation qui mourut dans sa gorge quand la jeune fille plaqua la tête contre son torse.
Oui, c'était peut-être mieux ainsi, se dit-il, un sourire satisfait s'étalant sur son visage.
- Professeur ! Réveillez-vous !
Bon, là, elle s'attachait un peu trop. Mais ensuite elle se releva et saisissant sa baguette, elle fit jaillir son Patronus, une loutre adorable et bondissante qui vint s'intéresser à son pauvre corps mutilé comme pour le faire réagir et le sortir de sa léthargie.
- Harry, je suis à la Cabane Hurlante, Snape est vivant ! Apporte-moi des potions, tous les anti-poisons que tu trouveras et prends dans un bézoard plus tous les bandages que tu trouves ! Préviens Pomfresh ou McGonagall, Flitwick, Slughorn même s'il le faut mais fais vite !
- Oh merde, souffla Severus en regardant la jeune fille regarder frénétiquement autour d'elle en quête de quelque chose pour stopper le saignement.
Ne trouvant rien sur le coup, elle plaqua sa main sur la chaire en charpie pour réduire l'hémorragie.
- Non, non, non, s'il vous plaît Professeur, il faut que vous vous battiez ! Vous n'avez pas jouer l'espion et tout sacrifié pour abandonner maintenant, je vous en prie il faut que vous teniez bon : Voldemort a été vaincu, les Mangemorts sont en fuite ou en train d'être arrêtés et si Harry ne révèle pas la vérité sur votre allégeance dans la seconde, je le maudirais sur cinq générations.
Normalement Severus n'aurait pas dû être amusé par cette promesse mais la scène était presque cocasse alors il laissa échapper un ricanement rauque. Pendant ce temps Hermione avait amené jusqu'à elle un objet qu'il n'eut pas le temps d'identifier avant qu'elle ne le change d'un coup de baguette experte en un tas de bandages d'un blanc immaculé pour remplacer sa main. D'abord il fut impressionner par son travail de métamorphose puis il vit les linges absorber une quantité impressionnante de sang et devenir rouge presque instantanément et il commença à s'inquiéter ; sa respiration était déjà faible au point de passer pour inexistante, il ignorait si son double allait tenir le coup. Il n'avait plus qu'à faire confiance à la sorcière, quelque chose qu'il n'eut pas de mal à faire après l'avoir observé s'acharner à le maintenir en vie.
Il aurait voulu rester avec elle, voir quelqu'un se battre pour lui était un spectacle si rare. Mais Mademoiselle Granger en décida autrement et le souvenir commença à s'estomper. Il eut tout juste le temps d'entendre les voix de Potter et Minerva ainsi que plusieurs autres qu'il ne réussit pas à identifier. Il réussit pourtant à saisir ce que la sorcière lui murmura avant que tout ne disparaisse :
- Tout ira bien, je veille sur vous.
Ses lèvres effleurèrent son front et tout disparut, Severus se sentant expulsé de l'esprit de la jeune femme. Sauf que cette fois il ne se laissa pas faire. Il voulait en savoir plus, de toute évidence il n'était pas à la bonne époque mais cela n'expliquait pas qu'il se soit réveillé dans la maison de son élève avec les deux enfants, elle lui cachait des choses. La pression dans son crâne se fit plus intense, Hermione s'apercevait qu'il refusait de quitter son esprit et qu'elle perdait le contrôle qu'elle avait uniquement gagné à cause de sa détresse face aux évènements. D'un geste, il la fit s'éclipser, la reléguant à un coin dans sa tête et il attaqua, explorant ses souvenirs sans se préoccuper des protestations de plus en plus sonores de Granger à mesure qu'il forçait les barrières mentales qu'elle avait érigé autour de son esprit.
D'abord il eut la confirmation qu'il était bien vivant, elle était venue lui rendre visite à Sainte Mangouste, il avait des cicatrices et un comportement irascible vis-à-vis de sa sauveuse mais il était vivante. Toujours pas ce qu'il cherchait alors il décida d'aller plus loin.
Apparemment il l'avait pris comme apprentie… Étrange, il n'en avait jamais pris jusqu'alors. Ils avaient l'air de bien s'entendre… Est-ce que c'était un sourire qu'il lui adressait ? Pourquoi ses dents étaient-elles blanches et droites ? Et ses cheveux, ils paraissaient débarrasser de leur couche perpétuelle de gras. Pourquoi le regardait-elle comme ça ? Dans ce souvenir, elle était très proche de lui, certains diraient trop et oh putain…
Est-ce que Hermione Granger était en train de lui rouler une grosse pelle dans ce souvenir ?! Il sentit la concernée tenter de reprendre le contrôle mais il ne lui en accorda pas une miette, préférant se plonger dans la contemplation du souvenir suivant où lui était assis sur la chaise de son bureau à Poudlard mais elle était assise sur lui et ils étaient tous les deux très occupés à se… Il aurait voulu dire embrasser mais ce n'était pas que ça, chacun des participants de cet échange buccal semblait ravi de la position dans laquelle il ou elle se trouvait et s'efforçait de coller son corps respectif le plus possible à celui de son compagnon en promenant ses mains sur chaque centimètre carré de l'autre. Severus suivit du regard le trajet de ses propres mains et après cinq secondes de ce spectacle il eut la confirmation qu'il n'aurait jamais deviné qu'un corps aussi voluptueux appartenait à Granger.
S'il s'en était aperçu plutôt, il aurait passé les cours de potions à la regarder se pencher sur son chaudron.
À partir de là, les séquences s'enchaînèrent à un rythme fou : encore un baiser, un lit défait, une bague, celle de sa mère qu'il avait réussi à sauver de son père qui avait essayé de la vendre une semaine après sa mort, un autel, une robe blanche, Poudlard, Granger assise à ses côtés à la table des professeurs, Hermione qui criait…
Il força l'esprit de la sorcière à se calmer à ce moment-là pour s'attarder sur ce cri qui l'avait inquiété : il se retrouva dans une chambre d'hôpital et il prit peur. Puis le cri reprit et en voyant quelle petite paire de poumons avait crié, Severus se figea. Des orbes d'un noir profond le fixaient, du moins ils fixaient le Severus qui tenait dans ses bras l'un des plus beau bébés qu'il ait jamais vu. Aussitôt il compris ce qu'il avait déjà entendu, que lorsque votre enfant vous regardait pour la première fois dans les yeux, votre coeur ne vous appartenait plus vraiment ; le Severus du souvenir affichait un si grand sourire qu'il en avait mal aux joues pour son lui du futur ou du passé, il ne savait plus bien, exposant une nouvelle fois ses dents plus blanches que nature. Ce dernier s'approcha par la suite du lit sur lequel reposait Hermione, Hermione qui rayonnait malgré la sueur qui dégoulinait sur son visage et la fatigue évidente qui s'y lisait pour déposer un tendre baiser sur le front de la jeune femme et lui remettre l'enfant. Leur enfant.
C'était impossible. Il aimait Lili, il n'aimait que Lili. Comment… Forcément, Granger avait du lui faire boire un philtre d'Amour, de l'Amortentia ou sans soute une potion qu'elle aurait créée toute seule, histoire de brouiller les pistes. Pourtant l'homme qui se tenait devant lui et qui étreignait sa femme et son fils nouveau-né transpirait le bonheur. Il n'y avait dans ses yeux aucun signe d'un esprit contraint et soumis, juste un amour comme il en avait rarement vu et quand Hermione leva les yeux de son sein où tétait le petit ange, Severus fut assailli par une vague de chaleur, une chaleur si réconfortante dont l'étreinte semblait si juste que la refuser lui semblait être le pire crime qu'il puisse jamais accomplir. Non, il ne méritait pas ça ! Un tel amour, une telle adoration, dirigée vers lui, qui lui appartenait ? À lui ?
Alors il tenta de le combattre, de le rejeter, de conserver les ténèbres qui l'entouraient depuis si longtemps car c'était à eux qu'il appartenait, à eux qu'il s'était voué ! C'est ce qui permit à Hermione de reprendre le contrôle et sans attendre, elle l'expulsa de son esprit.
Le rejet fut violent, tant sur le plan mental que celui physique : mentalement, la connexion entre les deux esprits ne se rompit pas instantanément, augmentant la souffrance dans la tête des deux sorciers puisque Severus se battait pour regagner le contrôle ou ne serait-ce que de demeurer dans son esprit pour découvrir d'autres choses alors que la jeune femme mettait toutes ses forces à le bloquer. Quand elle réussit enfin à l'éjecter hors de ses souvenirs, sa magie s'activa par réflexe pour la protéger physiquement de l'agression et frappa le sorcier qu'il jugeait responsable en plein torse, l'envoyant s'écraser contre l'un des murs du bureau.
- Par Merlin Severus, tu n'as rien ? S'il te plait, pardonne-moi je ne me suis pas rendu compte…
- Hermione, s'insurgea Minerva, scandalisée par la réaction de son ancienne élève qui avait commencé à pleurer à gros sanglots et s'était réfugié dans ses bras.
- Il ne se souvient de rien ! Je l'ai senti dans ses réactions, il ne se rappelle pas de moi, il ne se rappelle pas de nous. Il disait la vérité, il a tout oublié !
La plus jeune des sorcières fut incapable d'en dire beaucoup plus, se contentant de pleurer toutes les larmes de son petit corps sur celui de l'écossaise. Elle parvient tout de même à balbutier quelques autres mots à Minerva, Severus qui s'était relevé avec un grognement de douleur n'entendit pas grand chose. Il discerna tout de même des bribes de leur conversation:
- Je ne voulais pas lui montrer…
Chut, je sais ne t'en fais pas, la rassura Minerva en lui caressant les cheveux d'un geste maternel.
Ce geste pourtant innocent ne manqua pas de déclencher un élan inexplicable de jalousie dans le coeur de Severus. C'est à moi de la consoler, s'exclama une voix dans sa tête qu'il fit taire aussi vite qu'il put mais pas assez tôt pour qu'il ne ressente pas la vérité de ce qu'il venait de penser. Minerva ne voyait pas que ça ne marchait pas, que la jeune femme n'était pas à sa place dans ses bras à elle, qu'elle ne pourrait se calmer que dans les siens ?!
Quand les pleurs s'intensifièrent, il ne put résister, il fit un pas vers les deux femmes, tout cela pour se faire assassiner du regard par Minerva qui, il le supposait, avait dû prendre la suite de Dumbledore comme directrice de Poudlard, regard qu'il lui rendit avec grand plaisir.
- Si c'est pour empirer la situation et la faire pleurer plus encore, je te conseille vivement de la fermer Severus.
- Mademoiselle Granger, appela Severus d'une voix douce en ignorant délibérément la professeur de métamorphose et quand la sorcière sanglota de plus belle, il décida de changer son approche. Hermione ?
Cette fois, la brune produit un son étrange entre l'étranglement, le rire et le reniflement et se détacha un peu de son mouchoir humain pour se tourner vers son mari amnésique. Elle était belle même avec ses cheveux en bataille et ses yeux rouges d'avoir trop pleuré : comment son lui du passé avait-il fait pour paraître ne serait-ce qu'un minimum attirant aux yeux d'une telle sorcière, il ne cesserait jamais de se le demander.
- Hermione, pensez-vous qu'il serait possible que nous discutions ? Seuls ? ajouta-t-il avec une oeillade en direction de Minerva. Nous avons beaucoup de choses à nous dire, vous êtes d'accord ?
Hermione ne répondit pas, se contentant de hocher frénétiquement de la tête et Severus eut le plaisir de voir que dans ses yeux brillaient une étincelle d'espoir qui avait remplacé l'humidité qui s'y trouvait quelques secondes avant.
Mais évidemment, alors qu'il étendit sa main vers Hermione pour qu'ils puissent discuter tranquillement, Severus entendit Minerva protester. Que Merlin lui donne de la force, cette sorcière ne savait pas ce qu'elle voulait ! Elle se plaignait quand il s'énervait à propos de la situation, elle se plaignait quand il essayait de l'améliorer et qu'il voulait parler à sa femme qu'il venait de découvrir des enfants qu'il venait de découvrir également, qu'était-il censé faire ?!
Heureusement pour lui, Hermione sortit enfin de sa coquille et fonça pour s'emparer de sa main toujours tendue et la serra à un point presque douloureux.
- Non ! s'écria la sorcière brune puis rougissant, honteuse de s'être emportée. Non, il a raison, nous devons se parler. Nous allons te laisser Minerva, nous allons rentrer. Je crois qu'il serait intéressant et plus simple de tout lui expliquer…
- Tu n'y penses pas, l'interrompit la directrice, tu le laisserai en présence de Aurélien et Sophie alors qu'il a renié leur existence il y a moins d'une heure ? Je refuse…
- Oui je lui fais confiance, déclara Hermione sur un ton qui ne laissait aucune place à l'argumentation. Il est toujours l'homme que j'aime, celui que j'ai épousé et j'espère très honnêtement que tu ne comptes pas le blâmer pour quelque chose qu'ils fait alors qu'il a perdu la mémoire et que l'on ignore encore ce qui en est la cause, n'est-ce pas ?
A ce moment précis, Severus commença à réaliser un petit peu pourquoi il avait dû s'intéresser à la sorcière en premier lieu : non seulement Hermione Granger était encore plus magnifique quand elle était en colère et en colère était un doux euphémisme pour décrire l'état de rage dans lequel elle se trouvait mais aussi, son affirmation et sa confiance en lui le toucha infiniment plus que sa beauté. Lili elle-même ne l'avait jamais défendu avec un aplomb pareil face aux Maraudeurs, se contentant de leur trouver des excuses et de leur dire d'arrêter de le maltraiter sans vraiment insister. Et pourtant Lili Evans était capable de convaincre quelqu'un, elle l'avait prouvé en lui faisant bien comprendre qu'elle ne voulait plus jamais lui parler ou le voir.
Il était toujours en train de contempler le spectacle assez plaisant d'Hermione en train de sermonner son ancien professeur et directrice de Maison, il aurait apprécié que la jeune femme continue car il s'était rarement autant amusé au dépend de la sorcière écossaise . Au final, Hermione, toujours accroché à sa main comme s'il était une bouée de sauvetage, en eut assez. Sans prononcer un mot, elle resserra son emprise sur son bras et sortit en trainant un Severus de bien meilleure humeur que précédemment à ses côtés. Inutile de préciser que d'une part, le sorcier portait encore la robe de chambre dont la ceinture s'était défaite, révélant ainsi à tout le personnel et les élèves qu'ils croisèrent sur le chemin de la sortie le torse pâle et ferme de Severus et de l'autre, son bras était pressé contre le corps de la sorcière, plus précisément contre l'un de ses seins. Il était presque certain qu'il assassinerait sur place la personne qui ferait remarquer cela à Hermione, il avait le sentiment que si elle s'apercevait de la proximité dans laquelle ils se trouvaient tous les deux, elle aurait tôt fait de s'éloigner.
Pour le moment, la seule chose qui l'empêchait de craquer face à l'absurdité de la situation, c'était la poitrine de la sorcière en contact étroit avec son propre corps donc malheur à celui qui tenterait de lui enlever ça.
Ils arrivèrent au point de transplanage en un temps record. Hermione persistait à le tenir aussi près que possible d'elle, si bien qu'elle se contenta de l'avertir de leur transplanage immédiat avant de les faire disparaître.
- Quoi ? Attendez, où allons…
Il fut coupé par le sentiment familier du tourbillion qui les emportât. Une seconde plus tard, ils atterrirent dans le parc d'une grande demeure assez superbe mais Severus ne s'en préoccupa pas, trop occupé à se retenir de vomir.
- Par les couilles poilues de Merlin, vous auriez pu prévenir, grinça Severus en forçant son escorte à le lâcher.
Il détestait le transplanage d'escorte, cela lui donnait l'impression d'être un assisté et surtout d'être à la merci de la personne qui décidait de la destination.
- Je sais que tu n'aimes pas ça mais comment voulais-tu trouver la maison si tu ne sais pas où elle se trouve ?
- Vous auriez pu me donner l'adresse, c'est ce que les gens normaux font.
- Nous savons tous les deux que tu ne râles qu'à cause du transplanage d'escorte, je n'ai pas envie de me disputer avec toi, en tout cas pas à ce sujet. Si tu veux, nous pouvons entrer, prendre un petit déjeuner tardif, parler et avant ça, tu peux même aller t'habiller pendant que je vais rassurer les enfants.
- Vous comptez leur dire la vérité ?
Pour une fois, Hermione perdit un peu de son assurance en répondant, sa voix plus faible que tout à l'heure.
- Je ne sais pas, souffla Hermione. Je pense que je vais juste leur dire que tu étais dans ton laboratoire tôt ce matin et que l'une de tes expériences a mal tourné, provoquant une amnésie temporaire ou des hallucinations. Quelque chose du genre, acheva-t-elle en haussant les épaules, l'air clairement vaincu.
- Et comment savez-vous que ce scénario ne peut pas correspondre à la réalité Hermione ? Après tout, nous ne savons pas où je me trouvais cette nuit… N'est-ce pas ?
La jeune femme avait fortement rougi suite à son commentaire mais elle se tourna tout de même face à lui.
- D'abord il serait préférable que tu me tutoies. Ensuite… mais le sorcier, outré par l'audace de celle qui était son élève il y a une journée à peine si ce n'est moins de douze heures, ne la laissa pas terminer.
- Ne me donnez surtout pas d'ordres Granger, je vais être très clair sur ce point : je me suis peut-être réveillé en tant que votre mari mais certainement pas comme votre elfe de maison. De plus, je vous ai posé une question alors vous allez me faire le plaisir de faire la même chose que vous faisiez à chacune de mes putains de classe et répondre à ma question. Comment. Saviez-vous. Où. Je. Me. Trouvais. Hier soir ?
- Hier soir Severus, toi et moi ne nous sommes pas quittés de toute la soirée et je le sais pour la simple et bonne raison que nous sommes aller nous couchés ENSEMBLE alors que tu étais profondément enfoncé en moi et que nous n'avons pas arrêté de la nuit ou plus précisément tu m'as réveillé cinq fois pour exercer tes droits et tes devoirs de mari en ne me laissant me reposer que trente minutes entre chaque. Donc oui, je suis à peu près certaine que tu ne t'es pas levé pour aller faire des expérimentations dans ton laboratoire tôt ce matin car tu n'en avais pas l'énergie ! Tu as beau être endurant et insomniaque à en crever au point que trois heures de sommeil par nuit te suffisent, il n'y avait pas moyen que tu réussis à te lever à une heure si matinale après autant… d'exercice.
Severus Snape avait rarement été rendu à un tel état de mortification dans sa vie et encore plus rarement réduit au silence, sa femme le savait mieux que quiconque, elle n'était donc pas peu fière de l'effet de sa tirade sur lui. Au début. Quand il demeura immobile plus de trente secondes, elle commença à se demander si il ne venait pas de faire un infarctus. Elle détestait le lui rappeler mais il en avait l'âge après tout.
- COMMENT OSEZ-VOUS, GRANGER !
Non, ça allait, pas d'infarctus en vue mais il risquait peut-être l'anévrisme s'il continuait à s'énerver comme ça. La veine de son front pulsait dangereusement, signe qu'il était énervé si son air de tueur d'enfant ne le montrait pas suffisamment.
Severus, quant à lui, n'était pas enragé juste à cause de ce que la jeune femme venait de dire ou même la façon dont elle l'avait dit. S'il devait être honnête une fois dans sa vie, il devait admettre qu'il enviait comme un fou cette version de lui qui avait eu l'opportunité de jeter la sorcière sur un lit et de la convaincre à de multiples reprises d'y rester. Surtout, elle ne semblait pas s'en plaindre. Pas le moins du monde.
Non, ce qui lui donnait envie de revenir à l'époque bénie où il aurait pu la punir en lui faisant nettoyer les chaudrons sans magie était le fait qu'elle n'était pas impressionnée du tout par son attitude. Elle était inquiète. Réalisant qu'il ne servait à rien qu'il la fusille du regard, il laissa la curiosité l'emporter et se força à se calmer.
- Pourquoi vous… tu t'inquiètes ?
- La réponse ne va pas te plaire, marmonna Hermione en se prenant soudainement de passion pour ses pieds, refusant de le regarder dans les yeux car elle savait qu'il essayerait d'utiliser la Légilimencie sur elle et elle doutait que découvrir qu'il ne pouvait pas envahir son esprit lui plaise.
- J'aimerai tout de même une réponse. J'attends, fit Severus de sa meilleure voix d'enseignant.
- Javaispeurquetufasseunanévrisme.
- Pardon ?
- J'avais peur que tu fasse un anévrisme, d'accord ? craqua Hermione rouge de honte. Je t'aime de tout mon coeur mais à chaque fois que j'évoque ton âge, tu te braques comme si le fait que nous avons quelques années de différence était la fin du monde et puis quand j'ai évoqué pour la première fois le fait que tu approchais des cinquante ans et qu'il fallait que tu fasses attention à ta santé et qu'on ne pouvait plus passer des nuits entières à… Enfin, je pense que tu as compris… Bref, depuis quelques années, je me préoccupe de ta santé parce que le venin de Nagini a fait augmenter ton rythme cardiaque et les Médicomages et Guérisseurs ont dit qu'il valait mieux surveiller ton coeur, juste pour être sûr et depuis je m'inquiète comme une folle pour toi et je me dit que en ce moment, tu dois faire face à du stress, de l'inquiétude et tu as fait une tête si bizarre en t'énervant ! J'ai cru que c'était ton coeur ou ton cerveau ou n'importe quoi et je m'inquiète et j'ai l'impression que tu ne veux pas que je m'inquiètes, ce qui est normal et je me rappelle que toi tu ne te rappelle de rien et tout ça me fait peur parce que je me dis que si tu ne te rappelles de rien, tu vas vouloir me quitter et honnêtement, ça me détruirait parce que merde à la fin, j'ai tellement ramé pour te convaincre de m'embrasser à l'époque que je ne sais pas si je réussirais une seconde fois !
Wahou, c'était direct. Avait-elle eut le temps de respirer en disant ça : la réponse était sûrement non. Mais le maître des potions la comprenait ; si tous les deux voyaient leur monde mis sans dessus dessous, lui en ignorait presque tout et rien ne lui manquait. Hermione était en manque de Severus Snape, non pas son professeur de potions mais son mari, son amant, son compagnon.
À ce moment précis, pieds nus sur la pelouse d'une maison qui lui était inconnue, vêtu tout juste décemment, il se fit la promesse de ramener à Hermione Granger Snape son mari.
