Ils demeurèrent un instant ainsi, un instant qui sembla durer l'éternité à chacun d'entre eux. Ils avaient beau être tous les deux des héros de guerre ayant fait face à mille dangers et un mage noir surpuissant pour apporter la paix au monde sorcier, aucun des deux ne semblait décidé à regarder l'autre dans les yeux. Hermione en particulier refusait de rencontrer les iris noirs de son mari amnésique. Si elle abandonnait maintenant et qu'elle le regardait dans les yeux, elle allait soit mourir de honte, éclater en sanglots ou recommencer à bredouiller des excuses.
Option une : mauvaise idée de mourir maintenant, elle ne pouvait pas laisser les enfants avec un Severus amnésique. Les enfants ne risquaient rien mais Sev se ferait bouffer ! Il n'y avait aucune preuve que Sophie n'en ferait pas tout ce qu'elle souhaiterait, il était d'une faiblesse déconcertante devant la petite moue qu'elle avait savamment concocté au fil des années donc option un, un grand non.
La seconde était hors de question également. Severus détestait les pleurs en général et en particulier ceux de toute autre personne qui ne s'appelait pas Snape donc il ne fallait sous aucun prétexte qu'elle, Hermione Granger Snape, Ordre de Merlin Première Classe et Cerveau du Trio d'Or, se mette à pleurer comme une gamine de première année dans les toilettes. Et la troisième… Hermione n'était pas certaine de pouvoir se lancer une nouvelle fois dans un tel monologue. Et Severus déteste les monologues. Il y a tellement de choses qu'il détestait et qu'il déteste encore et pour le moment, la sorcière était trop terrifiée par la perspective de faire elle-même partie de ce groupe de choses ou personnes détestées par Severus Snape. Elle s'était beaucoup trop démenée pour passer dans l'autre groupe, celui des choses ou personnes que Severus Snape aime pour que tout soit réduit à néant par une pauvre amnésie de rien du tout !
Et pendant que Hermione réfléchissait, le sujet de ses réflexions l'analysait également. Et le moins que l'on puisse dire, c'était que le résultat de ses propres analyses ne lui plaisait pas du tout, mais alors vraiment pas du tout. Oh par les couilles de Merlin, pitié ! Tout mais pas ça ! Il connaissait ce regard de concentration intense, ces yeux rivés dans le vide et ces lèvres qui s'agitaient si discrètement que n'importe qui d'autre aurait pu ne pas s'en rendre compte… Elle marmonnait dans sa barbe et Hermione Granger qui marmonnait dans sa barbe, cela ne pouvait signifier qu'une chose : sa tête déjà bien faite commençait aussi à être bien pleine, voir à déborder. Et quand ça débordait, ça donnait un flot de paroles impossible à stopper.
- Hermione, interpella Severus.
Sans s'en rendre compte, il avait utilisé sa voix d'enseignant, la voix sèche et grinçante qui avait le pouvoir de faire obéir tout élève, y compris les plus récalcitrants. Il réalisa à quel point c'était une mauvaise idée quand la jeune femme, en entendant cette voix si caractéristique, cette voix qui lui avait si souvent fait des reproches, eut un sursaut de frayeur.
Ce n'était pas la voix de son mari, ce n'était pas la voix de Severus, celle qu'il utilisait pour lui dire « Je t'aime », qui prononçait son prénom avec adoration ou qui riait avec ses enfants. Non, c'était le professeur Snape, l'homme asocial qui détestait Harry et toute personne qui ne possédait pas la même haine pour ce denier.
De toute évidence, ce n'était pas la bonne stratégie, déduisit Severus en voyant Hermione se refermer encore plus sur elle-même. Alors, une petite voix se manifesta dans son esprit, une voix qui ressemblait étrangement à la sienne mais qui lui ordonnait très fermement d'arrêter de faire le con. Son premier réflexe fut de l'ignorer : depuis quand une voix dans sa tête se permettait de lui donner des ordres ? De lui dire de traiter la jeune femme avec gentillesse, de la prendre dans ses bras et de s'excuser sans attendre ?
S'excuser de quoi ? Voilà ce que le véritable Severus Snape se demandait mais son corps, ce traître, devait avoir apprécier le plan que proposait la voix. Ainsi, sans que le sorcier ne s'en aperçoive, sa main se leva et lentement, très lentement, ses longs doigts fins attrapèrent le délicat menton d'Hermione. La peau était douce sous ses doigts, une surprise qui n'en était pas vraiment une. Au fond, tout au fond de lui-même, Severus eut l'impression de revivre un souvenir, comme s'il avait déjà effectué un tel geste, déjà ressenti cette merveilleuse sensation d'apaisement quand sa main avait effleuré la joue d'Hermione. Il se sentait comme possédé, un sentiment qu'il aurait dû haïr mais qu'il était incapable de détester et de mettre sur le même plan que les agressions mentales que lui faisaient subir le Seigneur des Ténèbres.
Aussitôt, le contact apaisa la sorcière qui cessa de s'agiter mais elle refusait de lever les yeux. Hermione tentait d'ignorer les doigts qui déposaient désormais des caresses sur sa joue, des caresses qui l'affectaient au plus profond d'elle-même. Morgane soit maudite, elle avait l'impression de retrouver le sorcier affectueux qui était dans son lit hier soir, ce qui rendait encore plus difficile le fait de l'ignorer.
- Hermione ?
Cette fois, elle leva la tête sans attendre, l'espoir lui compressant le coeur si fort qu'elle avait peur qu'il explose. Voilà la voix qu'elle voulait entendre, celle qu'elle entendait tous les matins, grave et posée à la place du grincement autoritaire de tout à l'heure !
Face à elle se trouvait pourtant toujours Severus Snape, le même sorcier aux longs cheveux noirs, à l'expression neutre et…. au torse encore exposé, elle le réalisait maintenant. Est-ce qu'elle l'avait véritablement traîné à travers tout Poudlard dans cette tenue ? Qu'est-ce qui lui avait pris ? Ce spectacle n'appartenait qu'à elle !
- Désolée, je crois que j'étais un peu perdue dans ma tête, murmura Hermione en rougissant, d'une part en pensant à ce qu'elle venait de dire à Severus et de l'autre parce qu'elle continuait à se rincer l'oeil et elle ignorait quand le sorcier allait s'apercevoir qu'elle n'arrivait pas à quitter des yeux son corps.
- Dois-je m'inquiéter du cours de tes pensées ? lui demanda Severus en affichant un sourire bien trop satisfait à son goût quand il la vit rougir de plus belle.
- Tu devrais plutôt penser à te couvrir, ronchonna la jeune femme. Toi qui est si pudique d'ordinaire, je n'arrive pas à croire que tu m'ai laisser te traîner jusqu'au point de transplanage dans cette tenue.
- J'étais un peu préoccupé par autre chose que les élèves en train de me reluquer.
- Oh oui, bien sûr ! C'est vrai que c'est un choc tout ce que je venais de te dire, t'apprendre que nous sommes mariés, que la guerre est finie, que…
- À vrai dire, tu me serrais tellement fort et près de ton corps que mon bras s'enfonçait entre tes seins et ça m'a un peu… captivé, disons-le comme ça.
Qui aurait cru que taquiner la petite je-sais-tout serait aussi satisfaisant ? C'était sa revanche pour toutes les fois en cinq minutes où elle avait fait référence à son âge ; à croire qu'il était un vieux sorcier croulant à ses yeux, même s'il devait bien avouer que sentir l'émotion dans la voix d'Hermione quand elle s'inquiétait pour lui avait provoqué une palpitation étrange dans sa poitrine. Hermione était devenue véritablement rouge écarlate, une magnifique couleur digne de la Gryffondor qu'elle était et Severus, de son côté, se sentait incapable d'effacer le sourire satisfait qui lui bouffait le visage. Il n'était même pas sûr d'avoir utiliser une fois dans sa vie autant de muscles et d'efforts pour quelque chose d'aussi trivial et inutile qu'un simple sourire mais à en croire le fait que sa mâchoire ne s'était pas décochée, il devait le faire souvent.
Pas trop souvent tout de même, il espérait : il avait une réputation à conserver.
En attendant, hormis sa réputation, il avait d'autres choses à régler. En premier lieu, il devait empêcher sa femme - le mot était étrange mais franchement pas désagréable - de mourir de honte, puis découvrir sa maison, rencontrer pour la première fois de sa vie ses enfants et en plus de devoir réapprendre sept ans de sa vie, il allait devoir découvrir ce qui lui était arrivé. Hermione n'avait toujours pas prononcer un mot, se contentant de maintenir une rougeur impressionnante et adorable et d'ouvrir et fermer la bouche en laissant échapper de petits couinements à l'occasion qui évoquait au maître des potions un strangulot.
Évidemment, il garda cette comparaison pour lui. Il se considérait comme courageux mais pas au point d'avouer une chose pareille à Hermione Granger. Il se souvenait trop bien de Draco Malfoy, son filleul pourri gâté qui, durant l'une de leurs sessions d'Occlumencie en quatrième année, avait laissé échappé ce souvenir de la « Sang-de-Bourbe » lui cassant le nez. Lucius l'avait supplié de former son fils à l'époque, sentant que la compétence serait utile avec le retour du Seigneur des Ténèbres et Severus en avait profité pour amasser de quoi faire chanter les Malfoys. Ce souvenir de nez cassé et la fascination presque dérangeante de Draco pour la jeune Gryffondor qui en avait résulté lui avait fourni des munitions contre cette famille de malheur.
Alors qu'il était à son tour perdu dans ses pensées, il entendit Hermione se manifester. En baissant les yeux, il s'aperçut d'abord qu'Hermione avait enfin cessé de rougir, bien que conservant les joues roses. Une fois cette découverte faite, il dut résister à un réflexe stupide, celui de déposer un baiser affectueux sur une partie aléatoire du magnifique visage qui était à sa portée, soit son front qui était le plus proche soit ses joues pour remédier à cette persistante rougeur.
Avant qu'il ne puisse accomplir une telle folie, l'objet de ses rêveries le ramena à la réalité.
- Dois-je m'inquiéter du cours de tes pensées ?
La question, posée avec une telle légèreté, une telle espièglerie innocente, possédait une réponse si simple et pourtant complexe qu'elle fit se colorer de légères touches de roses aux joues le visage de l'ancien Mangemort et qu'il ne put s'amener à répondre. À la place, il se mura dans un silence assourdissant, espérant la décourager. Jamais elle n'aurait le cran de lui arracher une réponse, se rassura-t-il. Autant dire qu'il ne s'attendais pas à ce qu'elle décide de se coller à lui en parcourant du bout des doigts son torse.
Doux Salazar, il n'arrivait même pas à se souvenir de la dernière sorcière qui l'avait approché de cette manière volontairement. Ou touché de cette manière. Ça le dépassait : comment pouvait-elle le toucher ainsi sans se rappeler son rôle de professeur ? Comment pouvait-il être aussi sensible à son toucher et surtout aussi réceptif alors qu'il fuyait d'ordinaire le contact physique comme la dragoncelle ? Et par les burnes imberbes de Merlin, comment son lui du passé ou du futur avait-il réussi à séduire cette sorcière ? Il était tellement perdu dans son appréciation qu'il n'arrivait pas à déterminer lequel il devait remercier pour ce petit miracle qui lui tombait dessus.
Dire qu'il avait osé se plaindre en présence de Minerva ! Mais quel genre d'abruti refuserait pareil cadeau de l'univers et n'échangerais pas sa vie solitaire et misérable contre ce genre de compagnie ? Et la compagnie en question semblait très satisfaite de son effet vu la façon dont elle lui souriait.
- Alors, tu es disposé à me répondre, Sev ?
- Tu oses utiliser mes propres sortilèges contre moi, Hermione ?
Un instant, Hermione eut peur de l'avoir vexé mais un coup d'oeil au rictus qu'affichait son mari lui fit comprendre qu'il était ravi de la tournure des évènements.
- Une simple manière de te professer mon admiration sans faille, minauda Hermione sans cesser de tracer des cercles paresseux sur la poitrine de Severus.
- Si nous sommes mariés, j'imagine que tu sais que la flatterie ne marche pas sur moi.
- Ce n'est pas de la flatterie si je le pense vraiment. Mais tu n'as jamais su accepter les compliments de toute façon, pour toi, tout ce qui ne ressemble pas à une insulte est de la vaine flatterie.
- Et puis-je savoir quel genre de… compliments je suis, selon toi, incapable d'accepter ?
- Ça ne sert à rien que je te le dise, répondit la jeune femme et quand Severus lui lança un regard interrogateur, elle soupira. Je ne m'attends pas à ce que tu les acceptes maintenant alors que cela fait plus de neuf ans que tu les refuses.
- Tu ne perds pas grand-chose à me les répéter, ce sera comme si je les entendais pour la première fois, remarqua le sorcier.
Il accompagna sa requête d'un de ses très rares sourires et au début, il crut qu'il avait gagné. Puis la lueur de défi dans les yeux d'Hermione lui fit comprendre qu'il n'aurait peut-être pas dû lui donner comme mission de chercher à regonfler un ego qu'une vie entière de maltraitance, de méfiance et d'insultes avait mise à mal.
- Alors si je te dis que je te trouve beau ?
- Idioties, fut la réponse qui fusa sans qu'il réfléchisse.
Lui, beau ? Où était-elle allée chercher des sottises pareilles ? On la disait pourtant la sorcière la plus brillante de sa génération et pourtant elle trouvait le moyen de sortir des conneries de la taille d'Hagrid ? Cependant elle ne se laissa pas abattre et elle poursuivit en ignorant ses remarques sarcastiques.
- Que tu es le plus intelligent ?
- Ça, je peux l'accepter.
Il dut d'ailleurs empêcher son torse de se gonfler d'orgueil cette fois-ci, juste pour ne pas montrer à la jeune femme à quel point elle l'affectait. D'ordinaire quand une personne le complimentait sur son intelligence, ce qui arrivait très rarement soit dit en passant, c'était pour lui demander de faire quelque chose : à l'école, c'était des filles de Serpentard qui lui demandaient de faire à leur place leur devoir de Potions, en dehors, c'était Voldemort qui lui demandait de créer une potion pour tel ou tel usage. Il se méfiait donc des compliments en général mais bizarrement, tout au fond de lui, il était persuadé
- Que tu es un homme d'exception ?
- Foutaises.
Elle commençait à le mettre mal à l'aise et il en fallait beaucoup pour le laisser dans cet état d'esprit. Il voulait qu'elle arrête : l'homme qu'elle décrivait, ce n'était pas lui, l'homme qu'elle regardait avec autant d'adoration dans les yeux, ça ne pouvait pas être lui. Et quand elle s'en apercevrait, elle ferait comme toutes les femmes qu'il avait déçu dans sa vie, elle s'en irait. Et il ne voulait pas qu'elle s'en aille.
- Que tu es le sorcier le plus courageux que j'ai jamais connu ?
- Tiens donc et depuis quand ai-je détrôné l'illustre jeune Mr Potter dans le classement des sorciers les plus courageux du monde magique ?
- Pour ton information, pour beaucoup de monde, tu es à la seconde place ou ex aequo.
Devant son air surpris et incrédule, elle ne put retenir un gloussement et se sentit obligée à élaborer sa réponse. Elle retira ses doigts de son torse à contre-coeur et à la place entreprit de remettre de l'ordre dans sa masse de cheveux noirs et continua son explication en scrutant les expressions de son visage. S'il avait semblé un instant déçu de la voir s'écarter de lui, il avait cependant accueilli ses attentions sur son cuir chevelu avec un petit soupir de plaisir qui la rassura.
- Non seulement tu es vu comme un héros pour ton rôle d'espion au cours des deux guerres car ta véritable loyauté a été révélé, ce qui te place au même rang que Harry mais tu es aussi très populaire auprès de la gente féminine qui te voit comme une héros romantique tragique. Vous êtes les deux seuls à avoir obtenu l'Ordre de Merlin Première Classe, tout le reste de l'Ordre a obtenu la Seconde Classe. Non, ne t'énerve pas maintenant, tu avais déjà l'air de vouloir tuer Kingsley quand il te l'a appris à l'époque ! le gronda-t-elle.
- Et je suis supposé réagir comment, je te prie ? grinça Severus.
- Déjà en te calmant, soupira gentiment la jeune femme en appuyant plus fermement sur les zones sensibles de son crâne pour l'obliger à se détendre, ce qu'il fit avec un gémissement de plaisir. Je doute que tu fais envie d'un autre sermon sur la fragilité de ton coeur et crois-le ou non, j'y tiens plus que tout au monde.
- Je ne m'y connais pas trop en amour maternel mais ce ne sont pas les enfants qui sont censés passer en premier ?
Elle ne répondit rien. Son sarcasme ne marchait pas sur elle. Il essayait toujours cette technique pour l'attirer sur un autre sujet lorsqu'elle évoquait ses sentiments pour lui, elle connaissait la technique alors elle ne prit pas la peine de rentrer dans son jeu. A la place, elle promena délicatement le bout de ses doigts, un contact aussi léger qu'une plume mais qui parvenait toujours à le faire frémir. Tant mieux, se dit-elle en souriant quand elle le vit fermer les yeux et pousser un petit soupir de bien-être, sa combine à elle fonctionnait toujours.
Severus en revanche n'en menait pas large : il avait espéré pouvoir s'échapper de cette situation décidément trop sentimentale pour lui et Hermione avait non seulement vu sa diversion venir à des kilomètres mais elle l'avait écarté comme ça, d'un simple geste de la main. A ce moment précis, il n'en avait plus rien à foutre du monde entier, rien ne comptait plus que elle.
Oui, il était parfaitement conscient qu'elle faisait de lui ce qu'elle voulait d'un simple toucher. Oui, il savait qu'il devait avoir l'air d'un drogué qui recevait enfin sa dose alors qu'elle ne faisait que l'effleurer. Oui, il ne la connaissait autrement que son élève que depuis quelques heures mais encore maintenant, la voix qu'il avait entendu tout à l'heure lui assurait que cette femme était un don du ciel, une théorie qui se confirma lorsqu'elle déposa un baiser délicat sur sa joue.
- Encore, grogna Severus en sentant les mains d'Hermione cesser le ballet magique qu'elles effectuaient depuis ce qui lui paraissait être des heures mais qui n'était en réalité que quelques minutes.
A son grand désespoir, les mains et la sensation d'apaisement qui allait avec disparurent et il rouvrit les yeux fortement mécontent pour découvrir Hermione souriante et très satisfaite d'elle-même.
- Tu es calmé, constata-t-elle.
- Je ne me sens pas calme, répliqua Severus plus sèchement qu'il n'aurait voulu. Qu'est-ce que tu m'as fait au juste, je me sens… à peu près comme un boursouflet doit se sentir à chaque instant de sa vie, doux… Gentil et en flagrant manque d'affection… Par les seins tombants de Rowena, j'ai envie de te prendre dans mes bras et de ne jamais te lâcher ! Ce n'est pas normal, s'écria-t-il.
- Je crois au contraire que tu es dans le parfait état d'esprit pour rencontrer tes enfants, mon chéri.
A ce moment, il eut vraiment peur.
- Tu te souviens de ce que l'on doit leur dire ?
- Hermione, j'ai enseigné dans une école à un nombre incalculable d'enfants durant un nombre incalculable d'années, je ne suis pas désoeuvré face à un gamin.
- Severus Tobias Snape, ce ne sont pas des gamins, encore moins des élèves, ce sont tes enfants ! Tu vas t'en tenir au plan ou tu risques de les faire pleurer et ce sera à toi et à toi uniquement qui te chargera de les consoler ! Et je te préviens que tu n'as aucun pouvoir face à Sophie qui pleure. Celle-là finira à Serpentard vu sa capacité à se faire obéir par tous les hommes de la maison dès qu'elle commence à verser ne serait-ce que le début d'une larme…
- Je suis vraiment tombé aussi bas ?
- Tu n'as pas idée, mon chéri, gloussa Hermione.
Ils s'arrêtèrent devant la porte de la salle de jeux des enfants. Pour être plus exact, Severus, au moment de tourner la poignée, resta figé. S'il n'arrivait pas à regagner l'amour de ses enfants ? Il avait vu tant de bonheur dans les souvenirs de sa femme nouvellement découverte, s'il n'était pas à la hauteur ? S'il ne retrouvait pas la mémoire ? Pire, si les enfants s'apercevaient que quelque chose clochait, qu'ils les voyaient comme un intrus ? S'il détruisait l'harmonie de cette parfaite petite famille par sa simple présence ?
Il était perdu dans ses inquiétudes quand il sentit une main bien plus petite se poser sur la sienne qui tenait la poignée. Gentiment, elle enveloppa les jointures crispées et blanches qui menaçait de briser la poignée et il se détendit tout de suite.
- Severus, fais-moi plaisir et n'oublie pas une chose, c'est le fait que nous sommes une famille. Tu n'es plus seul à porter un fardeau, je suis là, avec toi et pour toi, tout comme le sont les enfants. Je me doute que pour toi, tout cela est un choc énorme. Je sais que tu penses sans doute ne pas pouvoir me faire confiance pour l'instant parce que je dois donner l'impression de crever de peur à l'idée de perdre mon mari, et c'est le cas parce que je suis morte de trouille à l'idée que tu réalises que je ne suis qu'une gamine par rapport à toi ou que tu ne retrouves jamais la mémoire ou que ton amnésie s'étende et que tu nous oublie à nouveau mais sache que tu es libre de faire ce que tu souhaite. Si… Si tu décides de t'en aller - sa voix se brisa légèrement et Severus vit ses yeux briller une seconde-, sache que je respecterais ton choix. Quel qu'il soit.
Cette dernière phrase était à peine audible, prononcée du bout des lèvres. Le message était clair, ils étaient sur le même balai, et le balai en question était loin d'être le dernier Nimbus mais plutôt un des vieux balais dans la remise de Madame Bibine qui dataient sûrement des Fondateurs. Pourtant, Il trouva dans ce discours la force qu'il lui manquait. Il n'était certes pas habitué à dépendre et s'appuyer sur quelqu'un mais s'il devait choisir, il estimait que se fier à Hermione Granger était sans doute la chose la plus intelligente à faire. Il inspira un grand coup et, sans penser un instant à repousser la main de la jeune femme et en lui présentant son bras qu'elle accepta instantanément, il ouvrit la porte.
Dans sa jeunesse, il aurait tué pour se retrouver dans un endroit pareil. La salle de jeux était bien plus que ce que son nom seul laissait imaginer, non pas juste une pièce de taille moyenne dans laquelle s'accumulait des jeux d'enfants. Non seulement les jouets étaient présents en une quantité impressionnante mais ils occupaient en réalité une place minime. Les murs étaient recouverts de livres, deux immenses bibliothèques menaçaient de craquer tant elles croulaient sous le poids des volumes de qualité, auteurs moldus et sorciers se battaient en duel dans les rayons, livres d'images et lectures plus complexes s'alternaient et à la vue d'un rayon entièrement dédié à l'éducation, Severus ne put retenir un petit rictus moqueur, rictus qui lui valut une légère tape sur le bras. Quand il ne vit personne dans la pièce, il commença à s'inquiéter et il raffermit sa prise sur le bras d'Hermione.
- Où sont-ils ?
- Ne t'en fais pas, ils doivent être au fond, c'est là-bas qu'ils se réfugient toujours pour bouder ou se cacher.
- Il y a encore plus ? Cette pièce fait la moitié de la Grande Salle ! Comment pouvons-nous vivre dans une maison de cette superficie ? Ce n'est pas avec mon salaire de professeur de Potions ou de Défense Contre les Forces du Mal que j'aurais pu m'acheter un manoir pareil.
- Cette maison était l'une des demeures de la famille Lestrange. A la fin de la guerre, les propriétés des familles de Mangemorts morts durant la guerre ont été distribués aux plus vaillants combattants de la Lumière. Le Ministère, plus précisément le nouveau Ministre, a insisté à ce que j'accepte ce manoir en compensation. Au départ, j'ai refusé tout net. Je ne voulais rien qui me rappelle ces monstres mais j'étais plus occupée à faire mon deuil, déprimer et aider à la reconstruction de Poudlard pour prêter une réelle attention à ce que le Ministère trafiquait et ils ont fait passer une loi disant qu'une propriété avait été attribué à chaque membre méritant. Le seul moyen de refuser était de prouver des liens familiaux avec la famille anciennement propriétaire.
- Une entreprise complexe pour une née-moldue, à mon humble avis, ricana discrètement le sorcier.
- Impossible, tu veux dire, s'insurgea Hermione au grand amusement de son mari. En bref, j'ai hérité de cet endroit qui était infesté d'un nombre impressionnant d'artefacts qui empestait la magie noire à dix kilomètres. Je m'attendais presque à découvrir un Horcruxe dans le tas tant l'aura de la maison était maléfique.
- A ce point-là ?
- Au départ, je me suis demandée si je ferais pas mieux de tout brûler. J'ai tenté d'allumer un feu dans le salon. Sans magie, juste un bidon d'essence, des allumettes et une bouteille de Whisky Pur Feu et moi. C'était censé être une petite séance de thérapie mais rien n'a vraiment fonctionné comme je voulais.
- Laisse-moi deviner : ton feu de joie n'a pas fonctionné.
- Toutes les saloperies que je voulais brûler et faire disparaître ont survécu comme tu peux t'en douter. Je me suis acharnée tout un week-end pour rien. Harry et les Weasleys ne savaient pas où j'étais et le dimanche après-midi, ils ont débarqués en bande, tout ça pour me trouver par terre en pleurant toutes les larmes de mon coeur, ivre et puant la fumée. C'était à l'époque où j'étais ton apprentie donc autant te dire que tu n'as pas apprécié mon apparence, mes yeux bouffis, mes reniflements incessants et encore moins mon odeur de brûlé, tu as commencé à me hurler dessus puis tu m'as offert une tasse de thé et tu m'as ordonné de te dire ce qu'il s'était passé. Quand je t'ai tout avoué, tu m'as d'abord traité d'idiote : j'étais tellement choquée que j'ai arrêté de pleurer immédiatement. Tu m'as fait la morale durant, je ne sais pas, je dirais une heure minimum et tu m'as ramené là-bas. Là, tu as rassemblé tous les artéfacts que tu pouvais, tu les a mis en tas sur la pelouse et tu as foutu le feu, des flammes noires comme je n'en avais jamais vu qui dévoraient les objets et leur faisaient pousser des cris, comme s'ils étaient vivants et qu'ils ressentaient la chaleur des flammes. Quand tout a fini de brûler, tu m'as juste dit : « Ainsi Hermione, il n'y a plus rien pour vous détourner de vos études. » Tu nous a ramené à Poudlard sans un mot. C'était la première fois que tu m'appelais par mon prénom.
Il demeura silencieux. De toute façon, que pouvait-il répondre à une déclaration pareille ? Les actes parlaient mieux que les mots, n'est-ce pas ? Alors il l'attira encore plus vers lui pour lui montrer son soutien comme il l'avait apparement fait il y a des années de cela. Il s'attendait à ce que Hermione soit réticente à son contact mais il n'en fut rien, elle s'empressa au contraire de se presser le plus possible contre lui. La position était inconfortable pour marcher mais quand il le lui fit remarquer, elle rétorqua que s'il osait s'écarter d'un centimètre, elle l'abandonnait avec les enfants.
Enfin, le bout de la salle se dévoila, laissant apparaître un coin qui ressemblait étrangement à un petit laboratoire de potions, une mezzanine d'où l'on pouvait apercevoir un télescope et d'autres instruments d'astronomie mais surtout juste en dessous de la dite mezzanine était érigé un colossal fort composé de coussins et de peluches en tout genre.
- Les enfants ? appela Hermione en sentant le corps de Severus se tendre sous l'effet du stress.
Aucune réponse. Severus commençait à désespérer quand la sorcière lui donna un petit coup de coude dans le côté, accompagné d'un petit sourire d'encouragement. Il se racla la gorge et se jeta à l'eau.
- Aurélien ? Sophie ? C'est Papa, je…
- On ne veut pas te voir, coupa une voix enfantine et suraiguë qui se voulait tranchante mais on discernait sans peine l'émotion qui faisait trembler la petite voix.
- Je suis venu m'excuser, avoua Severus dans un souffle.
- Moi, je ne veux pas de tes excuses, trancha une seconde voix plus assurée et plus sèche. Tu m'as toujours dit de protéger Sophie, que je pouvais détester toutes les personnes qui lui faisaient du mal et toi tu l'a fait pleurer !
Les petits sanglots qui accompagnèrent cette déclaration lui brisèrent le coeur. C'était sa fille qui pleurait. A cause de lui… Peut-être que son fils n'avait pas tort de le détester… Mais il voulait essayer, il voulait donner une chance à cette vie que l'on lui avait offert.
- Aurélien, Sophie, je ne pourrais jamais m'excuser assez de la manière dont je vous ai parlé. Je n'étais pas en colère contre vous deux, j'étais en colère contre moi et j'ai été idiot, j'ai déversé tout ça sur vous deux et sur votre mère. Je suis vraiment désolé, les enfants. Je n'aurais jamais dû faire ça.
Il crut qu'il avait lamentablement échoué, plus aucun son ne sortait de la forteresse enfantine. Puis il dut se retenir de pleurer de joie quand la petite frimousse adorable de Sophie émergea à moitié de la pénombre. Derrière elle se tenait son frère qui faisait de son mieux pour afficher l'air sérieux de son père et s'afficher comme le protecteur de sa petite soeur. Dès qu'il vit la petite fille le regarder dans les yeux, il tomba à genoux et se trouva incapable de se relever. Il comprenait mieux le sacrifice de Lily à présent, il les découvrait à peine mais il se sentait près à tuer lentement et très douloureusement la personne qui tenterait de faire du mal à ses enfants. Ses enfants… Encore une chose qu'il n'aurait jamais cru possible.
- C'est vrai, Papa, tu n'es pas fâché contre nous ?
- Non mon coeur, s'empressa de rassurer le sorcier qui sentait son coeur se serrer de plus en plus à chaque fois que l'un d'eux l'appelait « Papa ». Je ne le suis pas, tout est de ma faute, rien que de ma faute et toi et Aurélien n'avaient rien fait d'autre que d'être des enfants merveilleux, les meilleurs dans tout le monde sorcier.
- Juste du monde sorcier ? demanda Sophie avec une moue boudeuse.
- Du monde entier ! corrigea-t-il en un instant.
Il fut récompensé par un éclat de rire cristallin et un grand sourire qui lui fit fondre le coeur. Cependant, il déchanta bien vite en voyant les yeux emplis de larmes de son fils. Lui ne se ferait pas avoir par des compliments, il était plus grand, plus mature s'il était bien le fils de son père. Il savait que quelque chose clochait.
- Aurélien, mon grand, je suis dé…
- Je m'en fiche ! Tu as mal parlé à Maman ! Tu lui as crié dessus, tu m'as toujours dit que jamais un homme digne de ce nom n'insultait sa compagne et toi, et toi…
C'était donc ça. Il était son modèle et il l'avait trahi. Lui-même se souvenait bien du moment où il n'avait plus vu Albus Dumbledore comme son mentor, son sauveur et le sorcier impressionnant mais d'une gentillesse extrême. Cela avait fait mal de se rendre compte que toute sa confiance était placée dans la mauvaise personne. Il savait ce qu'il devait faire et il n'hésita pas une seconde. Il sortit sa baguette et d'une voix assurée, prononça un Serment.
Le jeune garçon se figea, réalisant ce que son père comptait faire et quand les paroles atteignirent ses oreilles, les larmes commencèrent à couler.
- Non, Papa !
Son père l'ignora, en même temps qu'il fit taire les cris de sa femme et de sa fille.
- Moi, Severus Tobias Snape, jure solennellement et sur ma magie que…
Il ne put aller plus loin, Aurélien se jeta dans ses bras en sanglotant, lui faisant lâcher sa baguette au passage. Les tourbillons de magie qui s'étaient formés se dissipèrent et bientôt, la pièce retrouva son calme, un calme relatif que seules venaient troubler les supplications de son fils qui était coller à sa poitrine.
- Non, non, s'il te plaît, ne fais pas ça, pas encore un. Je suis désolé, Papa, s'il te plaît, n'en refais pas un.
- Tout va bien mon grand, je te le promet.
- Tu promets ? Pas de Serment ?
- Pas de Serment, souffla Severus, sans comprendre pourquoi son geste avait provoqué une telle frayeur chez son fils. Allez, viens, on va aller prendre ce petit déjeuner que Samy nous a préparé avec ta mère et ta soeur et je vais vous expliquer tous les deux ce qu'il se passe. Tu es d'accord ? demanda-t-il en agitant sa baguette au dessus du visage d'Aurélien pour le débarrasser des larmes qui le souillaient.
- D'accord, Papa.
- Parfait.
Ils se relevèrent tous les deux et main dans la main, ils se dirigèrent vers la cuisine. Quand ils arrivèrent, ils trouvèrent Hermione et Sophie déjà attablées, cette dernière contemplait avec fascination la plus grande assiette de pancakes que Severus avait jamais vu.
- Les enfants, Papa et moi avons quelque chose à vous dire.
Être sur le même balai : version sorcière de l'expression moldue « être dans le même bateau »
