Bonjour à tous !
Je vous présente aujourd'hui la suite d'"Un long voyage" qui, sans grande surprise, se déroule à Melbourne.
Merci beaucoup pour vos reviews et à tous les lecteurs silencieux qui lisent cette fic. J'espère qu'elle vous plaira.
Bonne lecture !
Melbourne
Une violente rafale de vent accueillie Hermione lorsqu'elle arriva à destination. Elle avait transplané au hasard dans la ville en espérant que personne ne le verrait et elle constata avec soulagement que la rue était déserte. Une pluie glaciale et drue lui fit immédiatement comprendre pourquoi. D'immenses nuages noirs assombrissaient le ciel et en quelques secondes, elle se retrouva trempée des pieds à la tête.
Elle tenta de se précipiter vers un abri avant de se souvenir qu'elle était une sorcière et d'un Impervius informulé, elle parvint à se protéger de la pluie qui tombait de plus en plus fort. Un éclair zébra le ciel, presqu'immédiatement suivi d'un fracas assourdissant. Elle commençait à regretter la douceur de Sydney, mais elle avait une mission à accomplir et ne renoncerait pas avant de l'avoir remplie. Voyant la lumière d'un café un peu plus loin dans la rue, elle y courut pour se réchauffer et retrouver un peu ses esprits.
Celui-ci était bondé car elle n'était pas la seule à avoir eu l'idée de s'y refugier, mais un peu de patience lui permit de trouver une place dans un coin. Elle sortit la carte que lui avait donnée Florence et tenta de se repérer. Par chance, elle ne se trouvait pas trop loin du petit quartier résidentiel où ses parents s'étaient installés. Enfin, pas trop loin à l'échelle de l'Australie.
Tout en sirotant un thé qui la réchauffa un peu, elle se mit à observer les gens qui l'entouraient. Elle s'amusa à noter les différences qu'il y avait entre ces australiens et les britanniques qu'elle connaissait. Bien sûr, il y avait quelques différences vestimentaires, la mode ici étant un peu plus exotique que ce qu'elle voyait en Angleterre, le short et les tongs étaient bien plus courants ici. Les Australiens semblaient aussi plus ouverts, ils n'hésitaient pas à parler ou rire fort, ce qu'elle trouvait assez agréable. Mais par-dessus tout, ici, elle n'était pas observée comme une bête curieuse. C'était ce qu'elle appréhendait le plus concernant son retour. Jamais elle ne pourrait plus se promener tranquillement, les sorciers connaitraient sûrement son nom et peut être son visage. Elle était la meilleure amie d'Harry Potter, et même avant la guerre, il avait fallu qu'elle apprenne à gérer cette célébrité. Ce qu'il s'était passé pendant la Bataille de Poudlard rendrait les gens hystériques. Le simple fait d'y penser la faisait déjà angoisser.
S'efforçant de chasser ces sombres pensées, elle jeta un coup d'œil par la fenêtre et s'aperçut que l'orage s'était éloigné. Il restait encore quelques gouttes d'eau qui tombaient, mais rien d'insurmontable. D'ailleurs, elle n'était pas la seule à l'avoir vu, car le café commençait à se vider et les rues se remplirent à nouveau.
D'un pas vif, elle se mit à marcher en direction de la maison de ses parents. En réalisant cela, son cœur se mit à battre de plus en plus vite. Une angoisse sourde se répandit dans ses veines et son cœur se mit à battre plus fort que de raison. Les questions se bousculaient dans sa tête. Et si elle ne les retrouvait pas ? Et si elle ne parvenait pas à contrer le sort ? Et s'ils lui en voulaient pour ce qu'elle avait fait ? Et si... Tant d'hypothèses se bousculaient qu'elle faillit faire demi-tour. Elle serra les poings pour tenter de maitriser le tremblement de ses mains, mais rien n'y fit. La panique l'enveloppait sans lui laisser la possibilité de s'en sortir.
Lorsqu'elle arriva au bout de la rue fatidique, elle respira profondément pour se donner du courage. C'était un numéro pair, donc il devait se trouver sur sa droite, elle observa les numéros et comme si le destin avait voulu se jouer d'elle un peu plus longtemps, elle s'aperçut rapidement qu'elle était arrivée depuis le mauvais côté. Il allait lui falloir descendre toute la longueur de la rue pour atteindre cette maison tant redoutée.
12... 10bis... 10... Enfin ! Le 8 se dressait devant elle, maison à la fois coquette, simple et terriblement menaçante. Tous ses rêves, ses espoirs étaient concentrés à cet endroit. Elle sonna et entendit le bruit étouffé d'une sonnerie à l'intérieur. Brutalement, elle se rappela qu'ils devaient être au cabinet et que la maison devait être déserte à cette heure. Elle se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt et elle commença à tourner les talons lorsque la porte s'ouvrit.
Une jeune femme lui ouvrit, elle devait avoir une trentaine d'année et la regardait d'un air étonné.
"Euh, bonjour. Que puis-je pour vous ?" demanda-t-elle d'un ton aimable.
Hermione resta là quelques instants, stupéfaite. Ce n'était pas sa mère, assurément, mais elle ignorait qui était cette jeune femme. Soudain, elle comprit et sourit à nouveau. Cette femme travaillait peut-être pour eux, une femme de ménage par exemple.
"Je m'appelle Hermione, et je viens voir le Docteur Granger et sa femme. Pouvez-vous les prévenir ?"
Mais à la grande surprise d'Hermione, son interlocutrice ne rentra pas dans la maison et la regarda avec surprise.
"Hum... Ils ne sont pas là. Il s'agit des précédents propriétaires, mais ils sont décédés. Nous avons acheté la maison, et maintenant, mon mari et moi y vivons. Ça va, mademoiselle ? Mademoiselle !" S'écria-t-elle envoyant Hermione pâlir d'un coup et ses jambes se dérober sous elle.
S'il n'y avait pas eu la petite clôture à laquelle se rattraper, Hermione se serait étalée sur le trottoir, incapable de réagir au choc. Elle avait senti une pierre tomber au creux de son estomac et sa vision se brouiller. Non ! C'était impossible ! C'était un malentendu ! Ils ne pouvaient pas être morts, pas eux, pas ici !
Les idées se succédaient de plus en plus confusément, sans qu'elle ne puisse réellement les comprendre. Seuls ces quelques mots résonnaient sans fin "ils sont décédés... ils sont décédés...ils sont décédés...".
Elle sentit confusément une main qui se posait sur son épaule, et au loin une voix qui lui parlait. Elle ne comprenait pas ce qu'elle disait et elle s'en fichait. Rien ne pouvait l'atteindre, elle était dans un cocon silencieux et assourdissant, protecteur et terriblement douloureux.
Elle ne savait plus quoi faire, des sanglots étaient bloqués dans sa gorge, l'empêchant de respirer. C'était impossible, il devait y avoir une erreur et elle devait se concentrer pour comprendre ce qu'il se passait :
"Mademoiselle ? Ça va aller ? Ils étaient proches de vous ?"
La voix sur sa droite était douce, comme si elle parlait à un enfant. Elle s'y raccrocha pour reprendre le contrôle de son esprit.
"Ils étaient dentistes et venaient d'Angleterre. Ils ne sont arrivés que l'année dernière. Ils ne peuvent pas être morts, c'est un malentendu, n'est-ce pas ?
- J'ai bien peur que non. Je ne les ai jamais rencontrés, mais j'ai effectivement entendu dire qu'ils étaient anglais. Vous les connaissiez bien ?
- J'étais... Oui, je les connaissais. J'ai été très proche d'eux pendant un temps, mais je les avais perdus de vue depuis leur départ. Je pensais renouer les liens en venant ici.
- Je suis désolée. Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous ? Un thé vous fera peut-être du bien ?
- Non... C'est gentil, mais ça va aller. Je vais y aller, je ne veux pas vous déranger plus longtemps. Excusez-moi de vous avoir fait perdre votre temps.
- J'aurais aimé vous donner des informations plus réjouissantes. Encore une fois, je suis désolée." Termina la jeune femme en retournant vers sa maison.
De temps en temps, elle tourna la tête par-dessus son épaule pour vérifier qu'Hermione était toujours debout.
Comme mues par une volonté extérieure, Hermione tourna les talons et commença à marcher d'un pas un peu raide. Elle se sentait un peu déconnectée de son corps, comme anesthésiée et son cerveau tournait dans le vide. Que faisait-elle ici ? Que devait-elle faire maintenant ? Quel but poursuivre maintenant que tous ceux qu'elle aimait disparaissaient les uns après les autres ?
"Mademoiselle ? Mademoiselle !"
Une voix dans son dos la fit se retourner brutalement. Trottinant vers elle en agitant une main, une dame la regardait avec insistance. Vêtue d'un peignoir rose en flanelle, elle avait dû s'habiller à la hâte pour la rejoindre.
"Mademoiselle, je vous ai aperçue devant l'ancienne maison des Granger. Est-ce que vous les cherchiez ?"
Hermione, en entendant ces mots, plissa les yeux d'un air soupçonneux. Qu'est-ce qu'elle lui voulait ?
"J'ai vu votre choc, alors j'ai deviné que vous veniez d'apprendre la terrible nouvelle. Leur décès a été un choc pour tout le quartier. Surtout aussi brutalement. Les Smith sont gentils, bien sûr, mais les Granger étaient vraiment très sympathiques. Ils avaient été aimables avec tout le monde. Je les regrette tellement...
- Vous étiez proche d'eux ? Que savez-vous de leur décès ? Vous avez dit qu'il était brutal.
- Oui, un malheureux accident de la route. Ils étaient partis faire un voyage dans le Bush et malheureusement... Jean m'en avait beaucoup parlé, elle était tellement heureuse d'y aller. C'est surtout avec elle que j'avais sympathisé.
- Oui, elle était très avenante.
- Voulez-vous venir chez moi ? Nous pourrons parler plus à notre aise, si vous le souhaitez."
Sur le point de refuser à nouveau, Hermione changea finalement d'avis. Après tout, qu'avait-elle à faire a présent ? Retourner en Angleterre, sur cet échec terrible pour affronter la réalité maussade qui l'attendait là-bas ? Il valait mieux ne pas y penser...
"Vous voulez du sucre ou du lait dans votre thé ? Demanda Amanda en versant l'eau chaude sur les feuilles noires et rabougries.
- Ni l'un ni l'autre merci."
Un silence s'installa tandis qu'Hermione soufflait distraitement sur sa tasse pour la faire refroidir. Elle avait l'impression d'évoluer dans un univers parallèle et qu'elle allait se réveiller en sursaut, loin de toute cette horreur. C'est Amanda, voyant qu'elle n'était pas d'humeur à entamer la discussion, qui commença à l'interroger.
"Et vous alors Pénélope, comment est-ce que vous les connaissiez ?
- J'habitais dans le même quartier qu'eux et j'ai grandi à leurs côtés. J'allais souvent chez eux et je les appréciais beaucoup. L'année dernière a été assez difficile pour moi et je voulais les revoir."
Elle avait donné ce nom d'emprunt par reflexe. C'était stupide, elle le savait, mais son année de cavale lui avait appris à laisser le moins de traces possible.
"Cela ne m'étonne pas. Jean adorait les enfants, malgré ce drame. C'est terrible, n'est-ce pas ?
- Ce drame ? L'accident de voiture, vous voulez dire ?
- Non, je parle de cette disparition. Leur petite fille qui a disparu sans laisser de trace. La petite Hermione."
En entendant ces mots, Hermione se figea. De quelle disparition parlait-elle ? Elle avait effacé tous leurs souvenirs, cela ne pouvait tout de même pas dire que...
"Je suis désolée, j'étais petite a l'époque et je n'ai pas eu tous les détails. Pouvez-vous m'en dire plus ?
- Oh oui, bien sûr. Je suppose qu'elle évitait de vous en parler. D'après ce que Jean m'a dit, elle devrait d'ailleurs avoir à peu près votre âge, je pense. C'était un sujet sensible pour elle et c'est un peu la cause de leur départ d'Angleterre, je pense. Ils avaient une petite fille de quatre ou cinq ans, Hermione. Elle m'a montré des photos, elle était vraiment mignonne, mais un jour, elle a disparu. Personne n'a plus jamais trouvé la moindre trace. Il y a eu une enquête, bien sûr, mais elle s'était volatilisée.
- Et vous en savez plus sur les circonstances ? Etait-ce à l'extérieur ou...
- Je ne sais pas. Ce sujet était sensible alors nous préférions parler d'autres choses, vous comprenez ?
- Et ils sont venus pour cela ? Mais... Et si leur fille était vivante et voulait les retrouver ?
- Ils ont attendus pendant des années malgré la fin de l'enquête, ils sont restés dans la même maison au milieu de tous leurs souvenirs avec elle. Ils ne partaient jamais en vacances pour être sûrs d'être là, au cas où... Et tout cela dans l'espoir qu'elle revienne un jour. Mais finalement, ça a été trop dur et ils ont perdu espoir. Ils ont donc décidé de partir, le plus loin possible. Remarquez, à leur place, je ne suis pas sûre que j'aurais pu tenir aussi longtemps. "
Hermione hocha pensivement la tête. Ces nouvelles informations la perturbaient. Elles étaient trop nombreuses et il allait lui falloir du temps pour les digérer. Est-ce que ses parents avaient mentis et raconté une fable ? Mais alors pourquoi ? Ou est-ce qu'ils y croyaient réellement ? Les implications de cette hypothèse lui donnaient le tournis. Elle devait y réfléchir seule, dans le calme et sans le babillage incessant de cette bavarde voisine.
"Je vous remercie de votre accueil, mais le choc a été rude, et je pense qu'il est préférable que j'y aille." Prétexta-t-elle en se levant, sa tasse de thé à peine effleurée.
"Je comprends, vous les connaissiez bien, c'est normal. Vous êtes vraiment pâle, êtes-vous sûr que ça va aller ?
- Oui, ne vous inquiétez pas.
- Et où comptez-vous aller, si je peux me permettre ? Je ne veux pas vous laisser partir si vous n'avez pas un lieu sûr où aller. Je m'en voudrais s'il vous arrivait quelque chose.
- Je... J'ai loué une chambre dans un hôtel, j'ai laissé mes affaires là-bas en arrivant. Merci encore pour votre gentillesse, Amanda.
- De rien, c'est normal. Je suis vraiment désolée pour vous que vous ayez fait tout ce chemin pour apprendre cette triste nouvelle."
Hermione hocha la tête dans un maigre sourire et quitta la maison. Elle ne pouvait plus prononcer le moindre mot sans que les larmes ne débordent et qu'elle ne perde le contrôle total.
Dans toutes les hypothèses qu'elle avait pu envisager, celle-ci n'avait jamais figuré dans la liste. Dans tous les cas, elle aurait dû avoir des réponses, les revoir ne serait-ce qu'une fois. N'importe quoi, mais pas ce silence insupportable. Cette fin absurde à ce voyage.
Mais c'est ce qu'Amanda lui avait dit à propos de la disparition de cette petite fille qui la tourmentait davantage encore. Ses parents se souvenaient d'elle ! De son prénom, de son visage... Une seule explication s'imposait à son esprit : son sort avait mal fonctionné et n'avait pas effacé toutes les traces de son existence. Les conséquences de cette idée lui donnaient la nausée. Ses parents avaient dû souffrir pendant des années, espérant son retour, ou au moins des réponses. Ils avaient dû imaginer tous les scenarii possibles, des plus sordides aux plus compliqués. Soudain, elle s'arrêta au milieu de la rue. Elle venait de réaliser qu'il n'y avait jamais eu de disparition à proprement parler dans son enfance, la police n'avait jamais été avertie, et aucune enquête n'avait été menée. De tout cela, ses parents étaient persuadés, mais ils étaient les seuls. Leur mémoire avait été modifiée, mais pas le monde autour d'eux. Ils se souvenaient d'avoir eu peur, de s'être angoissés pour la disparition de leur fille et en souffraient encore visiblement lors de leur venue en Australie. Et tout cela pour rien. En lançant un sort défaillant, Hermione avait rendu leur vie plus difficile encore. Sans baguette, sans arme, elle les avait tués plus lentement et plus douloureusement que toutes les tortures les plus raffinées de Voldemort.
En comprenant cela, Hermione se mordit la lèvre pour s'empêcher de pleurer. A quoi bon verser des larmes aujourd'hui alors qu'ils étaient morts par sa faute ? Morts alors qu'ils tentaient de fuir leur chagrin imaginaire ? Si elle avait correctement effacé son existence, ils n'auraient pas vécu cette terrible sensation de manque, tout comme elle la vivait depuis un an.
Non ! Elle ne devait pas s'apitoyer sur son sort. Elle avait fait une erreur, ses parents en avaient payé le prix fort. Ce n'était pas à elle de pleurer, elle n'en avait pas le droit !
Elle marchait d'un pas automatique, n'ayant pas la moindre idée de l'endroit où elle se rendrait à présent. Les gens passaient autour d'elle comme des ombres sans visage ni consistance. Les rues se déroulaient sous ses pas, toutes identiques. Elle était seule, plongée dans une foule anonyme. Elle n'avait aucune idée du temps qu'elle avait passé à marcher, et elle s'en fichait. Il était peut être midi, vu le monde qui se pressait dans les restaurant, mais l'orientation du soleil lui avait fait perdre tous ses repères. Et de toute façon, à quoi bon se poser cette question ? Personne ne l'attendait nulle part. Elle était arrivée trop tard, et ne pouvait plus rien faire pour arranger les choses. Elle avait perdu du temps, enfermée dans sa frustration et sa passivité au Terrier pendant qu'elle aurait pu venir ici et sauver ses parents. Elle aurait pu arriver à temps et reprendre sa vie auprès d'eux. Ils l'attendaient depuis des années et tout aurait pu s'arranger.
Si seulement elle était arrivée à temps.
Ce chapitre est maintenant terminé. Ceux qui s'attendaient à du fluff, je suis désolée, mais ce n'est pas le choix que j'ai fait. J'espère néanmoins que ce chapitre vous aura plu.
Si c'est le cas, n'hésitez pas à me laisser un petit commentaire, ça fait toujours plaisir de voir ce que vous en pensez.
Le prochain chapitre devrait être publié la semaine prochaine, soit le 29 avril.
A bientôt
