Bonjour à tous !
Nous retournons une fois de plus en Australie pour la suite d'"Un long voyage". J'espère qu'elle vous plaira.
J'ai mis un peu plus de temps que prévu pour l'écrire car certains passages ne me satisfaisaient pas. Ils ont été retouchés et me conviennent mieux ainsi.
Je voudrais faire un énorme merci à tous les lecteurs silencieux qui suivent cette histoire, ainsi qu'à ceux qui prennent le temps de me laisser un petit commentaire. Vous ne vous en rendez peut être pas compte, mais il influencent la suite du texte. Si, si !
Merci beaucoup et bonne lecture !
McKinley
Le vent qui soulevait une poussière fine la fit tousser. L'air était tellement sec qui la faisait larmoyer mais Hermione était certaine d'être au bon endroit. Elle venait de transplaner et sentait encore la désagréable sensation de tournis, mais elle regardait déjà partout autour d'elle. Le paysage qui s'offrait à elle était époustouflant. Une immense étendue plate s'étendait à perte de vue, aucun arbre, aucune habitation, rien ne venait troubler cette parfaite monotonie. Seules des gerbes de poussières rougeâtres s'élevaient parfois pour retomber mollement quelques mètres plus loin. Une route, rectiligne et solitaire, s'égarait vers l'ouest, vers cet horizon lointain et inconnu. Hermione sourit de satisfaction. C'était ici, à quelques centaines de mètres d'ici que ses parents avaient perdu la vie et il n'y avait rien qui puisse causer le moindre accident. Conclusion : son intuition était bonne, et ce n'était pas un accident.
En se retournant, elle aperçut le long de la route, une maison. Elle n'était pas très grande, mais ne semblait pas abandonnée. Des rideaux étaient visibles aux fenêtres et du linge était étendu sur un fil un peu plus loin. La jeune femme se demanda brièvement qui pouvait avoir envie de vivre là, au milieu de cette étendue désertique, mais elle se morigéna intérieurement. Heureusement qu'une personne au moins était là, et avait vu ce qu'il s'était passé.
Elle pressa le pas pour rejoindre le petit portail, ce maigre repart contre les intrus et elle le poussa sans difficultés, le propriétaire de la maison n'ayant même pas pris la peine de le verrouiller.
Elle signala sa présence avec le heurtoir rouillé qui ornait la porte et attendit. Ayant vécu plusieurs déceptions dans sa quête, elle s'empêchait d'avoir trop d'espoir. Elle était fébrile, c'est vrai, mais elle ne voulait pas trop espérer de cette rencontre. Malgré tout, les secondes s'écoulaient et aucun bruit ne se faisait entendre à l'intérieur de la maison. N'y tenant plus, elle frappa à nouveau un peu plus fort et tendit l'oreille. Un grommellement lui répondit immédiatement :
"Un instant, un instant, je n'ai plus vingt ans. J'arrive."
La voix était celle d'une femme, sans doute âgée, mais qui n'avait pas l'air trop éloignée. Hermione se redressa alors inconsciemment. Elle allait enfin en savoir plus !
Finalement la porte s'ouvrit sur une vieille dame, un peu replète, aux cheveux argentés et au regard pétillant :
"Oh ! Bonjour mademoiselle. Je pensais que c'était Andrew qui venait me livrer mes courses. Que puis-je pour vous, ma jolie ?
- Bonjour Madame, je suis désolée de vous déranger. Je voulais savoir... Est-ce vous qui avez vu l'accident de voiture, il y a quelques mois ?
- Si c'est moi ? Bien sûr ! Personne d'autre n'habite dans les parages. Pourquoi me demandez-vous cela ?
- Il s'agit de mes parents, je n'ai appris ce qu'il s'est passé que très récemment, je n'étais pas joignable lorsque c'est arrivé.
- Oh, ma chère, je suis désolée pour vous. Tenez, entrez, je vous en prie.
- Ca ne vous dérange pas ?
- Du tout, du tout. Si je peux vous aider, c'est bien naturel.
- Merci, madame.
- Je vous en prie, appelez-moi Rosie."
Avec un sourire, elle guida Hermione dans la maison. Celle-ci était simple, une entrée qui donnait sur un salon, la porte de la cuisine, sur la droite était ouverte, et un couloir s'enfonçait devant elle, sans doute vers les chambres. Aux murs étaient installés des photos, certaines blanchies par les années, d'autres plus récentes. Leurs couleurs paraissaient presque criardes dans cet endroit où le poids des années se faisait sentir partout.
Elles s'installèrent autour d'une lourde table en bois sombre et Rosie posa d'autorité une boisson fraiche devant Hermione. La sècheresse de l'extérieur lui avait donné soif et elle l'accepta avec reconnaissance.
"J'imagine que vous avez déjà tout raconté à la police, mais pouvez-vous me dire ce qu'il s'est passé ?
- Je ne sais pas si cela vous sera très utile. Il n'y a pas beaucoup de monde qui passe sur cette route, mais ce jour-là, j'étais dans le jardin à étendre du linge. Lorsque j'ai entendu les crissements des pneus, j'ai relevé la tête et immédiatement après, j'ai entendu un énorme bruit. De choc. Je me suis précipitée bien sûr, mais vous savez, avec ma hanche qui me fait si mal, je n'ai plus mon agilité d'antan. Lorsque je suis arrivée, la voiture était sur le toit, et plus rien ne bougeait. Je suis revenue appeler les secours, mais c'était trop tard, comme vous pouvez l'imaginer. Ça a été un vrai choc pour moi, je n'en ai pas dormi pendant trois jours.
- Je comprends. Mais vous me dites que vous avez entendu le bruit, mais vous ne l'avez pas vu.
- Pas réellement non, mais je suis arrivée quelques secondes après. Pourquoi ?
- Je ne sais pas. Le journal parlait d'un témoin oculaire.
- Oui, c'était moi. J'étais présente et j'ai presque tout vu.
- Il y a souvent des accidents dans les environs ?
- Non, ça fait plus de soixante ans que je vis ici, et c'est la première fois que j'en vois un. La route est toute droite, vous l'avez vue en arrivant, il n'y a aucun obstacle, ni aucun danger. Je me demande ce qui a bien pu se passer.
- La police a dit que mon père s'était endormi, vous n'y croyez pas ? Demanda Hermione en reprenant espoir.
- Si, bien sûr que si ! C'est la seule explication logique. Même si elle me parait étrange. Lorsqu'on s'endort, la voiture quitte sa trajectoire et ralentit progressivement. Il n'y a rien sur les bas-côtés, alors il aurait simplement dû quitter la route et s'arrêter en dehors de la piste.
- Vous avez raison ! Ils n'auraient pas dû finir sur le toit.
- Mais comme vous l'avez dit, Hermione, je n'étais pas là pour le voir.
- Et vous avez une idée de ce qui a pu arriver ?
- Peut-être qu'il a été surpris par un animal certainement, qui aurait traversé la route et aura fait une embardée, je ne sais pas. Déclara Rosie après quelques secondes de réflexion.
- Oui, vous avez peut-être raison." Répondit Hermione.
Hermione se releva et commença à s'éloigner, un peu plus déprimée à chaque pas. La vieille dame, bien qu'elle n'ait pas réellement vu l'accident, était sûre d'elle et n'importe quelle personne dotée d'un minimum de bon sens aurait été d'accord avec elle. L'esprit rationnel d'Hermione la poussait à la croire, mais quelque chose, une petite voix intérieure, ne voulait pas s'avouer vaincue. La coïncidence état trop forte, le destin trop cruel.
En regardant distraitement les photos sur le buffet, Hermione fronça les sourcils. Il y en avait plusieurs, visiblement prises à différentes époques, et la jeune femme pouvait voir, presque comme un reportage, deux enfants grandir. D'abord nourrissons, ils grandissaient progressivement, les situations changeaient, photos de vacances, de classe, ou ici même, dans cette maison, mais il était évident que c'était toujours les mêmes personnes.
"Ce sont mes petits-enfants, Dean et Matthew. Ils vivent à Sydney avec leurs parents, je ne les vois pas souvent mais ils m'envoient régulièrement des photos. Ce n'est pas pareil, mais je m'en contente.
- C'est dommage. Pourquoi ne viennent-ils pas plus souvent ?
- Ma fille et mon gendre préfèrent voyager, souvent à l'étranger, plutôt que de venir ici. Il n'y a pas grand-chose à faire dans les environs, et les petits s'ennuient vite.
- Ils sont mignons.
- C'est vrai. Mais ils peuvent être assez... remuants, si vous voyez ce que je veux dire." Répondit Rosie avec un demi-sourire.
Soudain, la réalisation frappa Hermione. Bien sûr ! Dean et Matthew ! Les deux gamins insupportables dans l'avion qu'elle avait pris pour venir d'Angleterre ! Les deux terreurs qui l'avaient empêché de fermer l'œil. C'était incroyable. Elle regarda un peu plus attentivement les photos, et plus aucun doute n'était permis, c'était bien eux. Qu'est-ce que Rosie avait dit à leur sujet ? Remuant était un admirable euphémisme aux yeux d'Hermione.
Mais alors qu'elle se tournait vers Rosie pour lui faire part de sa découverte, elle aperçut le regard que la vieille dame portait à ces photographies. Tant d'amour, de bienveillance et de douceur que cela lui donna un coup dans l'estomac. Cette vieille femme, qui vivait isolée là, aimait ces enfants inconditionnellement. Elle était consciente de leurs défauts, mais elle passait outre et ne voyait que le bon en eux. Hermione ne put s'empêcher de penser à sa propre mère, qui ne pourrait jamais porter un tel regard sur ces petits enfants.
Elle ne les connaitrait jamais, ne les serrerait jamais dans ses bras, ne pleurerait jamais de joie en apprenant leur naissance, ne les gâterait jamais comme ses propres grands-parents l'avaient gâtée. Toutes ces petites choses, les détails d'une relation aimante, jamais sa mère ne les connaitrait. Ni ses futurs enfants.
Le cœur d'Hermione se serra lorsqu'elle repensa à certaines conversations qu'elle avait eues avec sa mère. Pour plaisanter, elles parlaient du futur de la jeune sorcière, de ses enfants, elles s'amusaient à imaginer le futur, ce que sa mère ferait avec eux. Jean se projetait si facilement que cela faisait rire Hermione. Elle était lucide et savait que la frontière qui séparait les moldus et les sorciers se dresserait entre elle et ses petits-enfants, mais elle ne voulait pas en tenir compte. Elle refusait de se laisser rebuter par ce fossé, et Hermione savait qu'elle serait capable d'y faire face. Mais ces beaux rêves s'étaient brutalement arrêtés au milieu d'une route australienne.
Hermione avait fait des choix, dès le début de son adolescence en allant à Poudlard et en faisant tout pour s'intégrer à cette nouvelle vie. Elle en avait un peu délaissé ses origines moldue, et s'était progressivement éloignée de ses parents. Bien sûr, elle les aimait toujours, vivait encore chez eux pendant les vacances, mais les choses n'étaient plus les mêmes. Il n'y avait plus ce quotidien rassurant et confortable. Elle n'aurait pas su le dater précisément, mais déjà, aux alentours de sa troisième ou quatrième année, elle ne rentrait plus chez elle pendant les vacances, mais elle retournait chez ses parents. La différence était subtile, mais elle marquait déjà le début de ce fatal éloignement.
Rosie, bien loin de se douter de ce qu'il se passait dans l'esprit d'Hermione avait suivi un fil de pensées bien différent :
"Et maintenant, jeune fille, que comptez-vous faire ?
- Je crois que j'aimerais rester encore un peu ici. Peut-être m'installer en Australie pendant quelques temps.
- Vraiment ? Pourquoi feriez-vous cela ? Demanda Rosie, franchement surprise. Vous ne voulez pas rentrer en Angleterre ? Toute votre vie est là-bas, pourtant.
- C'est vrai mais... j'en ai envie. J'ai besoin de vivre ce qu'ils ont vécu. C'est assez difficile à expliquer, mais en arrivant trop tard, je n'ai pas pu partager cette expérience à leurs côtés. Je veux faire ce qu'ils ont fait, vivre ce qu'ils ont vécu. Vous voyez ?
- Je comprends. Mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Retournons nous asseoir, voulez-vous ? Mes vieilles jambes ne me permettent plus de tenir debout aussi longtemps que je le voudrais." Dit Rosie en souriant. Hermione retourna à la table, sous l'œil bienveillant de la vieille dame.
"Vous savez, lorsque Christopher, mon défunt mari, est mort il y a vingt ans, je n'avais plus le goût à rien. Je ne voulais pas le quitter, même symboliquement. Je ne voulais pas quitter la maison où nous avions vécu les plus belles années de notre vie, où il avait ses habitudes, où j'avais tous mes souvenirs. Je ne voulais rien changer, il fallait que tout reste exactement comme il l'avait connu. Et savez-vous ce que je pense ?
- Je ne sais pas.
- Que ça a été la plus grande erreur de ma vie. J'ai fait exactement l'inverse de ce qu'il fallait. Ou plutôt de ce qu'il aurait voulu.
- Je ne comprends pas pourquoi vous me dites cela. Je ne veux pas jeter aux oubliettes tout ce qui me fait penser à eux.
- Ce n'est pas ce que j'ai dit. Il n'aurait pas voulu que je m'en terre vivante dans un mausolée en sa mémoire. Et je suis certaine que vos parents aussi. Vous êtes jeune, vous avez la vie devant vous et vos parents ne vous ont certainement pas élevée dans l'idée que vous viviez pour eux. Ils voulaient vous voir vous élancer dans la vie et voler de vos propres ailes, faire de belles et grandes choses. Pas vous terrer au fin fond de l'Australie jusqu'à la fin de vos jours. N'est-ce pas ?
- Je ne parlais pas de rester pour toujours mais...
- Tatata... Plus longtemps vous resterez, plus dur sera le départ. Vous avez certainement des tas de choses qui vous attendent là-bas, des amis, un petit ami sûrement, jolie comme vous êtes... Une carrière professionnelle, peu importe, mais tous vos liens vous ramènent là-bas. Ne faites pas la même erreur que moi. Ne vous entêtez pas, faites quelque chose d'utile, quelque chose dont vos parents seraient fiers."
A ces mots, Hermione frémit. Que savait-elle de ses parents ? De ce qu'elle avait vécu ? Du drame qui l'avait touchée ? Elle ne savait rien, en rien leur histoire n'était comparable, et pourtant elle se permettait de lui donner des conseils ! Ses parents auraient été fiers de ce qu'elle était devenue, elle en était certaine. Elle avait participé à une guerre, s'était battue contre l'injustice et pour ses idées, bon sang ! Elle avait perdu des êtres chers, qui étaient morts sous ses yeux, elle avait souffert, physiquement, mais n'avait jamais abandonné. Elle avait fait tous les sacrifices possibles, et pourtant, c'était encore insuffisant. Rosie était en train de lui dire qu'il fallait qu'elle fasse encore plus, qu'elle aille encore plus loin, qu'elle abandonne ses parents à l'oubli, sur une petite route australienne, perdue dans le désert.
Impossible ! Elle ne pouvait pas faire cela. Elle ne pouvait pas leur faire cela. Elle sentait la colère monter en elle, ennemie invisible qu'elle avait tenté de réprimé ces derniers jours sous la tristesse. Mais elle la sentait là, tapie et en attente de la moindre inattention de sa part pour prendre le dessus. Cette perfide conseillère qui lui soufflait les mots les plus durs qui soient à l'adresse de Rosie. Elle avait envie de déverser sur elle toutes les horreurs qu'elle avait vécue et qu'elle s'était empêché d'exprimer. Lui crier tout ce qu'elle pensait de ses conseils stupides. Lui montrer les marques que ces combats précédents avaient laissées sur son corps et dans son âme.
Cette fureur incontrôlable montait en elle, comme une vague irrésistible et menaçant de la submerger. Elle se sentait suffoquer, le battement sourd de son sang résonnait à ses oreilles, l'empêchant d'entendre ce que Rosie disait. Elle la voyait s'approcher d'elle, en parlant. Son visage exprimait une profonde inquiétude, ses lèvres bougeaient. Elle ne voyait plus que ses lèvres, plus rien autour d'elle n'existaient, hormis ses lèvres qui s'agitaient. Elles étaient mues par une force invisible, absurde.
Elles bougeaient, et Hermione voulait les arrêter. Elles devaient s'immobiliser.
A tout prix !
Ce chapitre est maintenant terminé, j'espère qu'il vous a plu.
N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé dans la petite case blanche en dessous (ou en MP pour les plus timides).
Le prochain chapitre sera aussi le dernier, et sortira mercredi 13 mai, en espérant qu'il soit moins coriace que celui-ci.
A bientôt !
