« -Diego, fils…réveille-toi ! »

Quelqu'un le secouait. Il ouvrit les yeux en gémissant, ressentant une douleur dans la nuque. Le son du piano le fit comprendre qu'il était à moitié affalé dessus. Il s'est endormi ?

« -Fils, tout va bien ? »

Il se redressa en passant une main derrière sa tête puis leva ses yeux vers son père, qui le regardait d'un air inquiet. Il portait son peignoir, signe qu'il venait de se lever, le soleil traversant déjà les vitres du salon. Derrière lui, son fidèle serviteur muet affichait une mine déconfite.

« -Que s'est-il passé ? Marmonna Diego en regardant autour de lui.

Il n'y avait qu'Alejandro et Bernardo à ses côtés, personne d'autre.

-Nous t'avons retrouvé inconscient ici, l'informa son père, tu as donc passé ta nuit ici…

-Un homme est venu, se souvint Diego.

-Un homme ? T'a-t-il fait du mal, mon fils ? S'enquit son père, veux-tu un médecin ? »

Diego secoua la tête.

« -Non, ça va, ça va…c'est juste que… …Il n'a rien volé ? »

Son père fronça les sourcils et répondit :

« -A vrai dire, fils, quand je t'ai vu ainsi, la première chose auquelle j'ai pensé c'est que tu étais endormi, rien ne pourrait indiquer qu'un étranger était ici hier soir. »

Diego s'apprêta à protester puis se retint, se rappelant alors de l'étrange échange qu'il avait pu avoir avec ce « El Cazador ». Son père ne le croyait pas sans doute et si Diego insistait trop, Zorro pourrait se dévoiler un peu trop à ses yeux. Le chasseur était à la poursuite d'un renard…Ce qui était certain, c'était qu'El Cazador savait que Diego était l'animal dont il cherchait. La question était qui était ce chasseur ?

« -Je pense que j'ai dû m'endormir, finalement, j'ai dû rêver la fatigue m'a rattrapé…Soupira Diego sur un ton d'excuse, je vais aller me changer, père… »

Il n'avait pas besoin d'en parler à son père, Zorro allait lui-même enquêter sur ce mystérieux bandit.

« -Voilà une étrange nuit que tu as passé fils, commenta le vieil homme, tâche de faire attention la prochaine fois.

-Bien évidemment. »

Oui, il sera plus prudent à l'avenir, il devrait faire plus attention à ce qui l'entoure. Depuis que le magistrat Perez avait pris sa fonction, Zorro relâchait prise. Cette nuit, il en avait fait la malheureuse expérience de sa négligence.

Diego se leva grimaçant en notant les courbatures qui commençaient à avoir, suivi de Bernardo qui clopinait derrière lui, avec des yeux interrogateurs.

Le jeune don était troublé, ce bandit masqué avait eu un comportement très étrange, qu'il n'avait jamais vu parmi tous ces adversaires. Il n'avait aucune intention malveillante pour l'instant, si ce n'était qu'il avait été obsédé à ce que Diego chante. Il ne l'avait pas tué alors qu'il aurait pu le faire, Diego avait été dans un position de vulnérabilité et pourtant, il n'avait pas été blessé, ni tuer, fort heureusement. D'un coté, le jeune homme était rassuré du fait qu'il soit encore en vie, mais de l'autre, un frisson d'horreur parcourut son échine lorsqu'il se mit à penser que El Cazador savait pour Zorro, bien qu'il ne l'ait pas dit explicitement.

"-Il reviendra, pensa-t-il intérieurement.

Quelque chose lui disait qu'il le rencontrerait bientôt.

.

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Enrique buvait tranquillement un verre de vin dans la taverne, plutôt satisfait de sa nuit passée. Lorsqu'il s'était réveillé ce matin, il ne s'était jamais senti aussi détendu et heureux. Il s'était même permis de féliciter le sergent Garcia qui a sans doute dû s'étouffer en manger son petit-déjeuner, quand Enrique lui a dit qu'il avait un peu maigri. La raison de ce petit bonheur était qu'il avait été très content du coup qu'il avait joué au jeune de la Vega et il était impatient de savoir quelle sera sa réaction aujourd'hui Le commandant avait espéré que Diego vienne le voir pour déposer une plainte, mais ce matin, il n'avait vu pas ce dandy dans le pueblo. Ce qui le confortait encore plus dans ses soupçons concernant Zorro. Il était ravi, Diego tombait dans son piège et se laissait démasquer sans le savoir. Cependant, il savait que cela n'était pas une preuve pour l'accuser, mais le militaire se doutait bien qu'il serait difficile pour lui de prouver à tout le monde que ce don oisif était le renard.

Pourtant, ce petit jeu commençait à lui plaire, il avait apprécié dominer Diego, il avait apprécié l'entendre chanter et il songeait même à renouveler l'expérience.

Alors qu'il s'imaginait déjà ce soir, Diego de la Vega entra dans la taverne accompagnée de son fidèle serviteur muet, Bernardo. Enrique fronça les sourcils, car le jeune notable n'avait pas l'air perturbé, ni troublé. A croire qu'il ne s'était rien passé, il avait pensé que Diego chercherait ne serait-ce un signe de son alter-ego, mais ce n'était pas le cas. Ou alors, il le cachait très bien.

Le militaire continua à l'observer discrètement, jouant avec son verre de vin, d'un air détaché. Quelque temps après, le magistrat Perez rejoint Diego à sa table.

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Le jeune de la Vega avait bien vu Monastario, seul à une table. Ce dernier ne lui avait même jeté un regard, ni un bonjour, par rapport aux autres clients de la taverne, ce qui ne l'étonnait pas. Il n'avait jamais été en bon termes avec lui et il pouvait déjà le rayer de la liste des personnes susceptibles d'être El Cazador. Il voyait très mal le commandant l'obliger à chanter et d'ailleurs, cette vision lui faisait froid dans le dos. Il était certain que si Monastario avait décidé de s'en prendre à lui, il ne serait pas indemne à l'heure qu'il est.

"-Ah ! Cher Don Diego, s'écria la voix de Vicente Perez.

Le jeune don tourna la tête vers celui qui s'asseyait à sa table. Le magistrat lui esquissa un sourire chaleureux, comme à son habitude.

-Buenas tardes, Señor magistrat, fit-il avec un mouvement de la tête.

-Votre père n'est pas avec vous, aujourd'hui ?

-Il a des obligations au ranch et je suis venu de me détendre, expliqua Diego.

- Je vois que vous avez toujours de bonnes habitudes, s'esclaffa Perez, il va falloir penser à faire de même, cher ami, c'est tout de même vous qui allez hériter des terres de votre père.

-Pour l'instant, rien ne presse, dit Diego doucement.

Cela a toujours été un sujet central beaucoup de monde quand on venait lui parler, mais le jeune don savait quoi répondre, sans trop s'avancer dans l'avenir tout en protégeant l'identité de son renard. Zorro ne pouvait disparaître entièrement et Diego devait donc s'effacer, quitte à se faire passer pour ce qu'il n'est pas chez les autres.

Curieusement, le magistrat Perez ne semblait pas penser que cela était un problème pour l'unique héritier des terres de la Vega, il avait l'air d'admirer Diego plus qu'autre chose et Alejandro avait d'ailleurs exprimé sa surprise à son fils, quand Perez lui avait proposé de travailler pour lui, en tant qu'assistant. Diego, cependant, avait refusé bien poliment, prétextant, au grand désarroi de son père, qu'il préférait écrire des poèmes, des musiques ou bien un futur livre sur la mode vestimentaire espagnole. Il avait été touché que le magistrat lui propose mais si Zorro devait apparaître, cette fonction lui serait un frein de plus et une complication en plus, pour lui. Déjà qu'il avait profondément du mal à concilier son rôle de fils et son rôle de renard, il ne voulait surtout pas ajouter un troisième.

Après avoir échangé quelques mots avec le magistrat, Diego réalisa qu'il était temps de partir, il avait envie de voir de monter Tornado et c'était la bonne heure pour le chevaucher sans être gêné par les rondes quotidiennes des soldats. Il s'excusa auprès de Perez et quitta la taverne suivie par Bernardo. Au moment où il montait dans la voiture, la voix du commandant l'interpella. Il soupira intérieurement, en se demandant ce que Monastario avait prévu lui dire encore une fois.

« -De la Vega, toujours aussi…pompeux, à ce que je vois, se moqua le militaire en se plaçant devant lui ignorant totalement le salut poli de Diego.

-Et vous, commandant, toujours aussi cynique, malgré votre séjour en prison, il me semble que la nourriture y était très bonne non ? Dit Diego avec un sourire sur le même ton.

Le renard qui était en lui, ronronna de satisfaction quand il remarqua la face du militaire qui vira au rouge.

« -Un jour, de la Vega, vous le regretterez….ou devrais-je dire, Señor Zorro.

-Toujours obstiné, hein ? Lâcha Diego dans un soupir affligé.

-Je le prouverai et vous serez pendu, siffla l'autre.

-Si vous n'avez rien d'autres à dire que des menaces, commandant, veuillez m'excuser. »

Diego savait que ce sera difficile pour Monastario de prouver qu'il est Zorro sans l'attraper, pour l'instant, il n'avait pas eu à se montrer, donc ne craignait rien. Le magistrat empêchait le vil commandant de commettre des injustices, ce qui facilitait la tâche de Zorro.

Au moment où il grimpa dans sa voiture, Diego crut alors déceler dans le regard du militaire une étincelle inhabituelle, comme s'il avait découvert quelque chose. Mais, il se reprit rapidement, il n'avait laissé aucun indice à Monastario sur Zorro, il avait toujours nié. Il avait peut-être rêvé.

Enrique regarda la voiture du jeune de la Vega s'éloigner. Il avait été incapable de le provoquer, il n'avait perçu aucune frayeur et aucune inquiétude, à croire que Diego était indifférent de la venue d'El Cazador la nuit précédente. Cela avait beaucoup troublé le militaire qui aurait aimé que Diego vienne rapporter cette intrusion.

Puis, il comprit alors pourquoi : Diego était Zorro, et El Cazador avait défié Zorro. C'était donc un jeu entre Zorro et El Cazador.

Le militaire rejoint son bureau dans la caserne et s'y enferma, ravi de ce nouveau jeu. Ce soir allait encore être palpitante.