Lorsque El Cazador arriva à la nuit tombée à l'hacienda de la Vega, il fut surpris de constater que rien n'avait été installé pour protéger un peu mieux l'habitation, car après tout, il était facile pour un homme comme lui de s'introduire chez eux. Puis, il se rappela que la présence de Zorro dans la région avait dissuadé beaucoup de bandits à déserter, ce qui justifiait la diminution de la criminalité et l'absence quasi-nulle de groupes de bandits. D'ailleurs, cela frustrait Enrique qui n'avait aucune affaire palpitante, à part Zorro, à se mettre sous la dent pour apaiser son cœur impulsif de soldat. Mais le commandant avait imaginé que Diego en aurait parlé à son père de la soirée d'hier ne serait-ce que pour renforcer la sécurité, mais rien, visiblement.

El Cazador avait attendu le soir avec impatience, il était pressé de causer le trouble dans l'esprit de Diego, même si pour l'instant, ce dernier n'avait rien manifesté.

C'est ainsi qu'il s'introduit pour la deuxième fois chez les de La Vega. Cette fois, il n'allait pas chercher à épier le père et le fils, qui dînaient dans le salon, il monta directement dans la chambre de Diego, ne croisant fort heureusement personne sur son chemin. Il connaissait la maison et donc se faufila furtivement jusqu'à la pièce tant convoitée.

Pour son plus grand bonheur, la chambre de Diego était éclairée et, bien heureusement, il n'y avait personne. Il put pendant quelques minutes admirer la pièce. Ce n'était pas la première fois qu'il y entrait, il se rappelait d'avoir déjà foulé le sol de cette chambre de fils à papa alors qu'il tentait d'attraper Don Alejandro. Il secoua sa tête pour éviter de penser à ces souvenirs honteux qu'il avait du mal à accepter depuis sa mise à l'arrêt et se concentra surtout sur ce qu'il pouvait en apprendre sur Diego.

Sur le bureau du jeune homme se trouvait des feuilles griffonnés. Intrigué, El Cazador saisit quelques une et forcer de constater que Diego était un poète hors pair. Toutes les pages délaissées étaient constitués de poèmes, de vers, de couplets ou de refrains, écrits par Diego. Enrique, lui-même, avait du mal à le croire, car il avait toujours pensé que le jeune homme s'était tourné vers de fausses activités pour cacher sa véritable identité. Mais les écrits présents sous ses yeux étaient une preuve concrète que le jeune de la Vega était véritablement un littéraire dans l'âme et un talentueux manipulateur de mots.

Pourtant, le chasseur de son esprit était toujours persuadé qu'il avait à faire à un renard rusé et il continua sa fouille de la chambre. Il n'y trouva pas grand-chose, à part de très beaux vêtements dans les grandes armoires de la pièce, colorés et brodés de fils d'or et d'argents. Il tomba même sur des costumes tellement luxueux, que le soldat se demanda pourquoi il n'avait jamais vu Diego les mettre.

« -Il aurait rendu jaloux plus d'un, marmonna Enrique en refermant l'armoire dont il était en train de vérifier.

Il n'avait rien dans la chambre qui pouvait faire croire qu'un hors la loi masqué habitait en ces lieux. Décidément, Diego était prévoyant et ne laissait trainer aucun indice qui pouvait l'incriminer. Alors qu'il s'apprêtait à se diriger vers la cheminée, des pas précipités dans les escaliers l'incitèrent à se cacher derrière les rideaux, préparant soigneusement son arme, au cas où il en aurait besoin.

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Diego entra dans sa chambre, très énervé. Il avait une discussion houleuse avec son père sur son avenir et comme d'habitude, les reproches sont tombés. Son paternel l'avait durement critiqué pour son inactivité et sa mise en retrait des affaires familiales. Mais le jeune renard ne pouvait pas porter un intérêt brusque à l'héritage familial sans causer des interrogations suspicieux des autres sur son comportement.

Il se jeta dans son lit et enfouit sa tête dans son oreiller, étouffant son cri de rage. Dans ces moments, il avait qu'une envie, c'était de tout dévoiler à son père, de lui montrer ses passages secrets, son costume et son talent à l'escrime pour enfin en terminer avec ces discussions interminables et les critiques durs que Diego se prenait en pleine face.

Un bruit de porte qui s'ouvrait lui fit lever la tête. Bernardo passait la tête à travers la porte, timidement. Mais Diego n'était pas d'humeurs pour échanger avec son mozo et il lança violemment un de ses oreillers.

« -Laisse-moi ! » S'exclama-t-il froidement.

A peine, le coussin eut heurté le bois de la porte, qu'elle se referma et des pas du pauvre muet s'éloignèrent de sa chambre. Diego soupira, regrettant son coup de colère envers son serviteur et ami de toujours et se promit qu'il s'excusera plus tard. Il avait toujours été impulsif et avait appris à se contrôler, mais il y avait des moments, où il se laissait aller et oubliait les véritables raisons qui l'ont poussées à devenir quelqu'un d'autre.

Dans une inspiration lasse, il se redressa et passa ses mains dans ces cheveux sombres pour se ressaisir. C'était une situation habituelle, ce sera ni la première, ni la dernière fois qu'il devra se confronter à son père qui le voyait comme un fils indigne, un pacifique indolent et un freluquet . Il s'installa à son bureau et fit l'unique chose qui le permettait de décompresser dans ce moment-là : écrire. Au début, il n'avait fait ça afin de paraître crédible auprès de son père et de ses proches pour se justifier de ses longues absences ou de son refus à se joindre à des fêtes quand Zorro devait apparaître, et au fur et à mesure du temps, il en avait pris gout et l'écriture de poèmes ou de textes le décompressait.

Cependant, lorsqu'il balaya du regard les feuilles disposées sur sa table, il fronça les sourcils. Quelqu'un les avait dérangé. Diego avait une très bonne mémoire et, dans le souci du détail, il disposait ces travaux d'une manière qu'il lui était propre, si bien que si un individu mal intentionné fouillait dans ces affaires, il le remarquerait très facilement. Seul Bernardo avait accès à sa chambre et il avait demandé à ce qu'aucun autre domestique n'y rentre sans sa permission. La plupart était très respectueux envers lui et il avait une confiance totale…Donc ce qui voulait dire qu'un individu avait pénétré dans sa chambre.

Un frisson le parcourut, il s'apprêta à se retourner quand il sentit de nouveau un métal froid posé derrière sa nuque.

« -Buenas Tardes, Diego de la Vega, lança la voix sourde d'El Cazador.

Immobile, le jeune renard se mordit les lèvres, hurlant intérieurement de colère contre lui-même. Il avait sous-estimé ce maudit chasseur, il ne pensait pas qu'il reviendrait aussi vite et en plus, avec la même méthode. Diego avait pensé que l'étrange homme masqué se manifesterait d'une autre manière. Il avait tellement connu d'ennemis dans sa vie, qu'il s'était habitué à une certaine « routine ».

-Je m'attendais pas à vous revoir aussi vite, déclara calmement Diego.

-Vous me paraissez très confiant pour quelqu'un qui a une arme collée contre lui, ricana l'autre.

-Vous ne m'avez pas tué avant, j'aurai du mal à comprendre pourquoi vous ferez quoique ce soit maintenant. »

Le silence d'El Cazador était satisfaisant pour Diego, mais d'une certaine manière, cela le rendit encore plus confus. Si le but de cet homme n'était donc pas de le tuer, alors quelles étaient les véritables raisons de ces intrusions ?

« -Que me voulez-vous, señor ? Questionna Diego une nouvelle fois, voulez vous que je vous chante une nouvelle chanson ?" Ajouta-t-il d'un ton moqueur.

-Je chasse El Zorro, répondit-il uniquement en ignorant la dernière remarque, je suis venu vous défier, señor Zorro. »

Le jeune homme devint blême, les cartes étaient posées. Maintenant, les intentions d'El Cazador étaient plus que claires. Il voulait avoir à faire à Zorro. Mais Diego n'était pas en costume et même si le bandit masqué semblait savoir sa véritable identité, il était hors de question pour lui, de se dévoiler.

« -Je crains ne pas comprendre, señor, je ne suis pas ce hors-la-loi.

-Il est inutile de nier.

-Je ne suis pas Zorro, répéta Diego dans un murmure, si vous souhaitez le défier, je suis la mauvaise personne. »

L'arme sur sa nuque se pressa un peu plus sa nuque. Diego garda un sang-froid implacable, cependant, il fallait qu'il joue le jeu, qu'il se fasse passer par ce qu'il n'était pas, afin de le persuader qu'il n'était pas Zorro.

« -J'ignore ce que vous voulez, mais je ne peux pas vous aider, je ne suis pas Zorro, je ne sais même pas tenir une épée, Señor. »

El Cazador ricana à cette réponse, il n'était pas convaincu.

« -Non seulement, vous mentez très bien, Senor Zorro, mais en plus, vous semblez oublier que j'ai votre vie entre mes mains. »

Diego déglutit, l'homme était donc persuadé et était certain de sa double identité. Pour un individu normal, il avait toujours réussi à convaincre de sa non correspondance avec Zorro, c'était facile, Bernardo était toujours son bras droit quand quelque chose tournait mal et prenait un malin plaisir à se faire passer pour Zorro afin qu'on le voit en même temps que Diego. Sauf qu'ici la situation était différente, le masqué n'était pas Zorro mais bien un inconnu malveillant et Diego ne pouvait se permettre de mettre Bernardo en danger. Il remerciait sa colère de l'avoir éloigné de sa chambre.

Celui qui avait le plus de secrets dans cette pièce n'était pas le renard, mais bien le chasseur.

Il n'avait donc pas le choix, il devait pactiser avec El Cazador pour espérer s'en sortir, c'était ensuite quitte ou double. C'était un jeu où il devait absolument bien y jouer pour survivre et garder les pièces les plus importantes.

Alors qu'il s'apprêta à contrecœur à accepter le défi, quand quelqu'un frappa à la porte de sa chambre.

« -Diego, c'est moi, fit la voix d'Alejandro, ouvre la porte, nous devons parler. »