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Lorsqu'il entendit son père, Diego pâlît. C'était la pire chose qui pourrait lui arriver en ce moment même. Il avait d'ailleurs pensé que Don Alejandro ne viendrait pas le déranger après la soirée désagréable qu'ils avaient pu passer ensemble.

« -Diego, répéta le vieil homme énervé, je t'ordonne d'ouvrir cette porte ! »

El Cazador recula, pointant toujours son arme sur Diego.

« - Allez, ouvrir, Señor Zorro, chuchota-t-il, et si jamais vous faîtes quoique ce soit, je n'hésiterai pas à tirer…et ce ne sera pas sur vous. »

Le jeune don avala difficilement sa salive, la situation était en train de lui échapper, il ne devait pas prendre ses paroles à la légère. Il se leva, tandis que son ennemi se plaça à un endroit stratégique où son père ne pouvait pas le voir mais où il pouvait facilement tirer.

Dans un soupir discret, il ouvrit la porte, dévoilant son père, le visage crispé par la colère.

« - Oui, père ? S'enquit Diego.

- J'ai réfléchi et demain matin, je t'enverrai chez le Magistrat Perez, je veux que tu reviennes sur ta décision. Ce poste pourrait t'être bénéfique au lieu de passer ton temps…Dans les livres…les poèmes…la musique…

- Père, je ne comprends pas…

Jamais Alejandro n'avait forcé son seul fils à faire un choix, surtout quand cela le concernait directement.

- Ton comportement me fait honte, Diego, je veux que tu sois quelqu'un alors autant que tu prennes ta chance, rare sont les magistrats qui te proposeront ce genre de travail, surtout pour un…inactif. Si tu ne veux rien faire pour nos terres, alors tu feras au moins quelque chose pour le village !

- Mais…père…

- Et afin que tu sois impliqué entièrement dans ton travail, tu quitteras l'hacienda et tu resteras à Los Angeles et ce, jusqu'à que je puisse voir un changement dans ton comportement !

- Quoi ? Mais…

- Cela suffit, ma décision est prise et demain, tu viendras avec moi, nous irons voir le magistrat. Si tu ne veux pas prendre ton avenir en main, c'est moi qui vais le faire. »

Sur ces mots, il laissa Diego et rejoignit sa chambre. Le jeune renard resta pendant un abasourdi devant ce soudain retournement de situation et il oublia pendant un instant, qu'un étranger était dans sa chambre.

Non seulement, il allait perdre son confort mais en plus il allait être restreint dans ces mouvements. Il referma la porte. Ses pensées étaient tournées vers ce choix qu'on lui avait imposé. Il ne réagit même pas quand El Cazador s'avança vers lui.

Enrique avait tout entendu, sur le coup, il trouvait que ce serait plutôt une bonne nouvelle pour lui, mais très étrangement, quand il vit le visage décomposé de Diego, il eut pitié de lui. Ce n'était pas la meilleure chose qui lui arrivait en ce moment.

« -Eh bien, je dois avouer que si je m'attendais à ça…Se moqua-t-il en gardant toujours son arme en main et visible.

Diego se tourna vers lui, le regard noir. Le chasseur esquissa un sourire derrière son foulard. Il aimait voir le jeune don dans cette colère, perdre ses moyens, au bord du désespoir. D'un certain coté, il était content d'avoir pu aussi assister à cette scène entre père et fils, mais d'un autre côté, il ressentit un malaise dans son cœur qui le contrariait et le dissuadait de provoquer le jeune don. Un sentiment de compassion et une envie d'aider Diego se dévoilèrent en lui.

-Qu'êtes-vous venu faire si c'est pour me harceler ? S'impatienta Diego.

-Vous êtes face à une personne possiblement dangereuse et votre seul réaction face à ça, c'est de me poser des questions ? Lança-t-il.

-Quoi ?

-A ce que je vois, la proposition…non…la décision de votre père ne vous emballe pas. »

Un silence s'installa, aucun des deux hommes auraient pu imaginer que cela allait virer vers ce genre de conversation totalement banale entre deux individus. Si le contexte était plus détendu, il est clair que Diego et Enrique auraient ri ensemble. Sauf qu'aucun des deux ne savaient qui étaient l'autre. Enrique devait faire face à ces propres interrogations concernant son point de vue vis-à-vis de Diego, quand ce dernier devait gérer le bandit masqué, son alter ego masqué et son père.

« -Je…Disons…que…Je n'apprécie pas forcément le magistrat Perez…pour travailler avec lui. » Avoua-t-il malgré. Il fixa le seul, cherchant vainement des mots pour se justifier.

-Comment cela ? Je croyais que le magistrat Perez était quelqu'un de bien, persifla Enrique.

-Vous ne pouvez pas comprendre, maugréa Diego, et cela ne vous regarde pas.

-Oh que si, cela me regarde, déclara El Cazador en pointant son révolver sur l'autre homme.

Diego, instinctivement, recula, les yeux écarquillés.

-Si vous voulez me tuer, sachez que c'est le bon moment.

-Je ne vais pas vous tuer, je vais vous rendre un service, corrigea-t-il.

-Quel service ?

-Celui-ci. »

Enrique tira dans l'épaule gauche du jeune homme, lui lâchant un gémissement de douleurs. Il porta sa main à son épaule meurtrie dont le sang commençait à tâcher ces vêtements.

« -Pour…quoi….Balbutie-t-il en serrant des dents.

-Eh bien pour quelqu'un qui se montre faible face à tout le monde, vous êtes plutôt coriace. »

Le chasseur tira de nouveau, cette fois-ci dans la cuisse droite. Diego s'effondra au sol, lâchant un cri. Enrique fixa le jeune don blessé, alors que le liquide rouge s'échappait de ses deux blessures. Il rangea son arme et sortit son épée, tendant l'oreille.

Car effectivement, les deux tirs avaient alertés pratiquement toute la maisonnée et la première personne qui entra dans la chambre fut donc Alejandro de la Vega.

« -Diego, fils… »

C'est avec horreur qu'il vit alors son enfant à terre et en sang, face à un bandit masqué. Le vieil homme, qui avait distinctement reconnu des coups de feu, s'était armé d'épée et il se jeta sur El Cazador, qui para ses coups avec brillance. Il était face à une personne faible, ce n'était pas Zorro mais cela restait admirable.

« -Don Alejandro, je crains que votre fils ne meurt si vous ne faites rien. » Lança-t-il.

Cette phrase eut l'effet escompté et le père tressaillit, lâchant sa vigilance. Enrique en profita pour le pousser violemment contre une commode et s'échappa de la chambre en jetant un dernier coup d'œil à Diego. Celui-ci se battait pour garder la conscience et leurs regards se croisèrent. Le commandant perçut alors une reconnaissance. Et très curieusement, cela lui fit chaud au cœur.

El Cazador sauta du balcon intérieur pour atterrir dans le patio et éviter les domestiques qui passaient par les escaliers, puis s'enfuit par la porte principale.

"-Moi qui pensais chasser un renard, maugréa Enrique en rejoignant son cheval.

C

Z

Quand El Cazador avait tiré, Diego ne s'y attendait pas. Certes, il était pleinement sérieux quand il lui avait demandé de le tuer, mais il ne pensait pas que son adversaire allait véritablement le faire. Au moment, il reçut la première balle, il avait été confus et pris un certain temps à comprendre le geste soudain d'El Cazador, puis la deuxième balle est arrivée et il eut alors une révélation.

Le but du chasseur n'était pas de le tuer, mais de le blesser. Alors qu'il perdait son sang, l'esprit de Diego gardait une rationalité hors du commun, lui permettant d'analyser la situation. El Cazador l'avait, pour la première nuit, demandé de chanter, puis la deuxième nuit, il revient, ce qui lui permet de connaître les attentions prochaines d'Alejandro et échanger très tranquillement avec lui. Drôle de situations pour deux ennemis.

Tandis que son père entra dans sa chambre, Diego aperçut son regard inquiet et il en fut très touché, surtout quand il se jeta sur El Cazador, dans une colère manifeste, alors que l'heure qui précédait, leur relation était plus que tendue et Diego était au bord d'être rayer de l'héritage familiale.

Mais quelque chose d'autre attira son attention : la technique à l'escrime du chasseur lui était familière. Il connaissait ce jeu de jambes, ses mouvements de bras, cette fâcheuse habitude d'attaquer frontalement son opposant sans se soucier d'analyser l'autre…Oh oui, il reconnaissait cette habileté. Monastario.

Ça ne pouvait être que lui. Il avait fait l'erreur de croire que le commandant ne pouvait agir de la sorte comme il l'avait fait la veille mais la preuve était sous ses yeux. Monastario était El Cazador. Diego n'avait jamais douté de sa capacité à reconnaître les techniques individuelles de tous ces adversaires, que ce soit en Espagne ou ailleurs.

Son père fut repoussé brusquement mais il ne s'en inquiétait pas, si Monastario, El Cazador, avait eu l'intention de tuer Don Alejandro, il l'aurait fait depuis longtemps. Diego finit alors par la seule raison qui avait poussé son pire ennemi à agir de la sorte : Rester à l'hacienda avec son père loin du magistrat. Pourquoi ? Il n'en savait rien. Était-ce vraiment un service qui lui rendait ? Il n'en savait rien. Était-ce un acte de bonté ? Il n'en savait rien, bien qu'ironiquement, il lui ait tiré dessus. Cette étrange relation entre El Cazador et Zorro le laissait perplexe, il ne saisissait pas vraiment le réel but et les agissements de son pire ennemi. Mais ce qui était clair, c'est que El Cazador lui avait effectivement rendu un service.

Sur le point de fuir, El Cazador se retourna vers lui et Diego exprima toute sa reconnaissance. Comme si le temps était ralenti, il remarqua alors le regard empli de regrets des yeux bleus de celui qui était désormais le plus grand mystère que jamais Diego eut rencontré.

« -Moi qui pensais vivre tranquillement, murmura-t-il avant de perdre connaissance.