Le magistrat avait été clair. L'hacienda de la Vega n'avait jamais été aussi bien surveillée même quand l'Aigle avait séjourné quelques temps. Ce n'était pas pour déplaire à Enrique qui a pu en plus cela se défaire de Garcia, qui était resté au village, et qui en plus était encore plus proche de sa proie. Même s'il devait subir les remontrances et les colères de Don Alejandro à chaque fois qu'il était dans son champ de vision.
Cela faisait à peine trois jours que Enrique était posté avec des lanciers autour de l'hacienda et jamais il avait ressenti une excitation aussi grande. Il ignorait si c'était parce qu'il avait l'impression de piéger le renard de sa présence ou simplement parce qu'il était tout bonnement heureux d'être auprès de Diego.
Il le voyait au moins une fois par jour au patio. Le médecin n'avait pas encore autorisé Diego à sortir complètement, le jeune homme s'était donc contenté de dix minutes dans le patio. Dans ces moment-là, Enrique le regardait discrètement derrière la porte d'entrée, l'observant marcher avec difficulté au bras de Bernardo. Il avait même fini par envier le muet de cette proximité, Enrique se mit à penser plusieurs fois qu'il aurait aimé aider Diego à marcher, lui prendre le bras et lui répéter des excuses pour ce qu'il avait fait.
Ces courtes séances avaient de quoi le bouleverser dans son esprit, il n'avait pas repris El Cazador et ne savait que faire, maintenant que Diego était au courant.
Pouvait-il se permettre encore une fois de reprendre le costume ?
Après tout, il n'avait rien dévoilé à Diego, il ne lui avait rien avoué.
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Diego gémit de frustration. Au quatrième jour de sa convalescence, il n'avait jamais été aussi malheureux de ne pas sortir, de ne pas voir Tornado, de ne pas aller à Los Angeles, bref, il était enfermé comme un prisonnier, surveillé par les soldats, dirigés par Monastario. Le commandant était devenu une énigme pour lui. Il avait beau se torturer la tête, il n'arrivait pas à relier les agissements d'El Cazador et le caractère de Monastario, comme si ces deux personnes étaient différentes, mais Diego était certain que leur technique d'escrime était les mêmes, alors pourquoi il y voyait deux individus distincts?
Les lignes d'écriture du livre qu'il tenait commençaient à lui échapper et son esprit était désormais envahi par des questions autour d'El Cazador. Il avait besoin de réponses, maintenant. Savoir que le commandant était à quelques mètres de lui le frustrait encore plus, mais à chaque fois qu'il sortait dans le patio, ce dernier était introuvable. Il n'avait pas osé demander à Bernardo car il ne voulait pas parler de cette affaire avec lui. C'était entre lui et El Cazador, voire Monastario.
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Il jeta un coup d'œil à l'extérieur de sa chambre afin de vérifier que la voie était libre. L'hacienda était silencieuse. Bernardo était allé faire les courses, son père travaillait dans la bibliothèque, les soldats faisaient à cette heure-là la patrouille autour de l'hacienda et personne ne pouvait se trouver entre lui et les écuries. Diego pouvait donc sortir de sa chambre sans crainte et se dirigea rapidement vers les écuries pour seller son cheval et espérait une petite balade de quelques minutes, malgré le fait qu'un pas sur deux lui était douloureux.
Il aurait pu prendre Tornado mais avec les lanciers disposés sur les terres de son père, c'était du suicide.
Tandis qu'il apprêtait son cheval favori précipitamment, quelqu'un toussa derrière son dos. Diego sursauta et se tourna vivement vers l'individu.
« -Alors, De la Vega, on fuit ? Vous n'irez pas très loin en boitant. Et je n'ai pas souvenir que le médecin vous ait autorisé à quitter votre chambre. »
Le commandant Monastario, les bras croisés, fixait avec intérêt le jeune De la Vega. Ce dernier se mordit les lèvres, frustré d'être pris sur le fait par la dernière personne qu'il voulait croiser. Cela mettait à l'eau son projet.
« -Non, seulement vous me harcelez la nuit, mais la journée aussi ! Lança Diego avec sarcasme.
-Je ne vois pas de quoi vous parlez.
-Vous le savez très bien, El Cazador.
-Pardonnez mon ignorance, Señor Zorro. »
Ils se toisèrent pendant quelques secondes. Diego ne savait pas toujours pas quel était l'intention du commandant et sa méfiance se lisait clairement sur son visage. Ce fut Enrique qui rompit ce duel de regard.
« -Vous ne devriez pas aller à l'encontre du médecin, De la Vega, dit-il d'un ton plus posé.
Diego arqua un sourcil, surpris de ce conseil. Monastario était…inquiet pour lui ? Visiblement, Enrique perçut son expression de surprise.
« - Le magistrat veut vous protéger, se justifia-t-il, s'il se passe quoique ce soit avec vous, ce sera de ma faute.
-Je trouve que c'est une bonne idée, dit Diego malicieusement.
-Que… »
Le jeune don enfourcha alors sa monture qu'il avait fini de préparer. Et il s'élança dans la cour, effleurant le commandant qui dut reculer vivement pour éviter de l'animal. Diego lui fit un signe de la main avant de passer la grille ouverte et de s'éloigner de l'hacienda.
Enrique grogna mais il n'avait pas dit son dernier mot.
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Diego s'était arrêté au bord d'un petit ruisseau pour se rafraichir et faire boire son cheval. Il n'avait jamais été aussi heureux que de faire faux bond au commandant Monastario.
Quand il descendit de sa monture et posa son pied à terre, un gémissement de douleur s'échappa de ses lèvres. La douleur à sa cuisse était devenue lancinante, il s'était surestimé. Mais le mal était fait, et peu importe ce qu'il ressentait, il devait en profiter.
Le bruit de sabots d'un cavalier en approche le fit soupirer. Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir que le commandant Monastario l'avait suivi. Son cheval habituel étant plus lent que Tornado, il n'avait pu réussir à échapper au soldat, qui n'avait pas perdu une minute pour lui courir après.
« -Est-ce que vous allez m'arrêter, Commandante ? Ironisa Diego quand l'autre s'approcha de lui avec un air agacé.
-Croyez-moi, De la Vega, j'aurai pris un plaisir de le faire, rétorqua Enrique, je dois vous ramener maintenant. »
Il saisit le bras du jeune don, qui s'en défit violemment.
« -Hors de question, protesta Diego fortement, à l'heure actuelle, je suis un citoyen libre.
-Un citoyen blessé à qui le médecin lui a ordonné de rester dans sa chambre.
-A qui la faute ! » S'exclama Diego furieux en reculant.
Enrique se figea, puis serra les poings. Ce jeu entre eux commençait à le troubler. La colère de Diego le toucha profondément. Il était définitivement coupable de cette situation. Il avait l'impression d'en perdre le contrôle.
Il s'apprêta à répondre mais il remarqua alors que Diego portait une main à son épaule gauche, une expression asthénique sur son visage.
« -De la Vega ? »
Diego leva les yeux vers lui et tenta de se reprendre, mais il lâcha un gémissement.
« -Nous devrions rentrer, l'incita le soldat doucement.
-Non, ça va aller, si vous avez tellement peur pour moi, restez à mes côtés, après tout, vous ne faîtes juste votre devoir. »
Il n'avait nullement envie de retrouver sa chambre, de se sentir enfermé et surveillé de tous les côtés. S'il devait subir la présence de Monastario pour respirer et profiter d'une promenade, il devait s'en contenter. Après tout, c'était mieux que de se retrouver avec le magistrat Perez dans un bureau.
« -Je n'ai…pas…peur pour vous, marmonna Enrique.
-Peu importe. »
Diego massa son épaule qui lui faisait souffrir et s'assit au bord du ruisseau. Le soldat comprit qu'il aura du mal à convaincre le jeune don de retourner à l'hacienda et s'assit auprès de lui. Il n'avait nullement l'intention de le laisser seul, en sachant que tout a commencé par sa faute. Curieusement, l'envie de prouver à tous que Diego était Zorro disparut peu à peu, laissant place à un sentiment nouveau qu'il ne pouvait définir. Plus rien d'autre ne comptait que cet instant. Se retrouver auprès de sa proie le rendait heureux.
Alors qu'ils profitaient de ce moment calme en harmonie avec la nature, Enrique nota que Diego faisait de son mieux pour cacher sa douleur, gardant un air serein et paisible. Sa culpabilité s'agrandit encore plus.
« - Je suis désolé, déclara Enrique.
Le jeune De La Vega frémit, ne s'attendant pas du tout à des mots d'excuses de la part de son pire ennemi.
« -Pardon ? S'interloqua Diego bouche bée.
-C'est de ma faute, et j'en suis navré.
-Commandant…que…
-Allons, De la Vega, ne me faites pas répéter.
-Ce sont des aveux ?
-Possible.
-Pourquoi ? » Clama-t-il.
Le regard que Diego lui lançait exprimait sa confusion et Enrique se détourna. Lui-même ne comprenait pas. Comment en-est-il arrivé à là ? Comment une chasse a –t-elle dérivé de cette manière ? Qu'est ce qui se passait ?
« -Je l'ignore. » Souffla Enrique.
Le renard avait atteint le cœur de pierre du chasseur.
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[WARNING : le contenu suivant n'est pas du Disney, fuyez avant qu'il ne soit trop tard Ps : ça reste soft hein]
Un silence pesant s'installa. Diego ne savait quoi penser du comportement étrange de Monastario, mais ses blessures l'empêchèrent de réfléchir longuement à cela et se laissa emporter par son instinct naturel.
« -Venez, commandante. » Ordonna Diego en saisissant le bras du soldat pour le tirer.
Ce dernier voulut l'en empêcher mais le jeune homme avait l'air tellement persuasif qu'il finit par le suivre.
Ils longèrent le ruisseau laissant les chevaux brouter l'herbe tranquillement et ils s'enfoncèrent dans une clairière où un étang s'y trouvait.
Très naturellement, Diego défit sa veste et ses chaussures.
« -Qu'est-ce que vous faîtes, De la Vega ? S'écria Enrique
-Je vais me baigner, commandante, déclara Diego innocemment alors qu'il commençait à enlever sa chemise laissant dévoiler sa poitrine saillante.
Enrique porta sa main à ses yeux en se demandant quelle mouche l'avait piqué et quand il baissa main, Diego, le dos tourné vers lui, était complètement nu, au bord de l'eau, prêt à s'y plonger. Sa peau semblait brillait au soleil, et ses formes à la limite de la perfection n'échappèrent pas aux yeux examinateurs du soldat. Il déglutit devant la vision qui s'offrait à lui.
Contre sa volonté, un rougissement s'empara de la face d'Enrique, qui dut se détourner les yeux pour éviter de regarder trop long ce corps autrefois protégé par des vêtements de luxe. Il se rendait compte alors qu'il était en train d'admirer un Diego démuni de tous tissus.
« - Déshabillez-vous, commandante, lança celui-ci en se tournant vers lui.
Il cligna des yeux quand il vit qu'Enrique n'osait pas le regarder. Il émit un rire amusé.
« - Je pensais que vous avez déjà vu des hommes nus pendant votre carrière, dit-il.
-Je…Ce n'est…Bien sûr que j'en ai déjà vu, c'est juste que… »
Il chercha ses mots.
« -C'est juste que…vous êtes blessés !» Dit-il en pointant les deux bandages que Diego avait, évitant de regarder soigneusement son entrejambe.
« -Ne vous en faites pas, de toutes manières, cela devait être refait aujourd'hui. »
Il ne laissa pas le temps au soldat de répliquer et se glissa dans l'eau de l'étang.
« -Elle est bonne, commandante, n'ayez crainte ! » Signala Diego en se plaçant au milieu de l'aire aquatique.
Devant cette situation qu'il n'avait pas prévu, Enrique soupira. Non pas qu'il n'avait jamais fait ça, au contraire, cela ne le gênait pas de se retrouver nu avec d'autres hommes. Pendant sa formation militaire, il avait été obligé et la pudeur n'existait pas dans ce milieu.
Mais la situation actuelle le troublait.
Il reporta son attention sur Diego qui se détendait dans l'étang, l'attendant. Enrique avait chaud et il transpirait brusquement, il ne savait pas si c'était dû à l'homme qui se baignait ou bien à la chaleur du soleil. Voulant à tout prix se rafraichir et cédant à la proposition, de Diego, il se déshabilla et se répéta mentalement qu'il avait connu pire que ça. Après tout, ce n'était qu'une simple baignade.
Il se retrouva alors nu et comme Diego, il plongea dans l'étang. Elle était agréablement bonne, détendant alors ses muscles tendus et le rafraichissant entièrement, la chaleur disparut et il dut admettre que Diego avait eu raison. Cela faisait du bien.
« - Vous voyez, ce n'était pas compliqué, lança une voix derrière son épaule.
Il pivota vers Diego qui lui souriait. Ses cheveux étaient mouillés, bouclant ses mèches autrefois bien rangées dans sa chevelure.
-Il est vrai, approuva Enrique à mi-voix.
-Vous êtes beaucoup…plus sympathique que je le pensais, commandante, quel dommage que vous ayez mauvais caractère.
-Et vous, De la Vega, vous êtes moins prétentieux que vous le paraissez.
-Aie, touché. Fit Diego en tirant la langue.
-Je ne vous imaginais pas…ainsi, du moins, avoua Enrique.
-Personne ne m'imagine ainsi, cela fait partie du personnage, je suppose.
-Du personnage ?
-Oui et bien, je…. »
Diego s'interrompit lâchant un cri de douleur et il arrêta subitement de nager. Enrique, inquiet, s'approcha de lui et le rattrapa vivement avant que sa tête ne disparaisse sous l'eau.
« -Diego ! S'exclama le soldat en le tirant de toutes ses forces vers la berge
-ça va, gémit le jeune don en se relavant une fois sur la terre ferme, je crois que j'ai juste eu une crampe à ma jambe.
-Quoi ? Tout ça pour une crampe ? S'écria Enrique en haletant suite à l'effort qu'il avait fourni, j'ai cru que vous alliez vous noyez, De la Vega ! »
Leurs yeux se croisèrent alors et devant l'absurdité de la scène, ils finirent par éclater de rire.
« -Au moins, je suis rassuré, vous êtes ici pour veiller sur moi et pas pour me tuer. »
Le soldat ne dit rien, lui-même n'était plus vraiment de ce qu'il voulait vraiment faire. Il se leva et alla chercher les vêtements.
« -Nous devrions rentrer, De la Vega, fit-il en jetant les affaires de Diego à ses côtés.
-Vous m'avez appelé Diego tout à l'heure, nota le don.
-Ma langue a fourché, maugréa Enrique tout en s'habillant ignorant l'eau qui imprégnait son uniforme, j'ai paniqué.
-Eh bien, cela ne me gêne pas si vous recommencez à m'appeler ainsi. »
Diego se leva et s'apprêta à s'habiller de même, mais son épaule de plus en plus douloureuse l'empêcha de faire le moindre geste. Son épaule avait atteint sa limite de mouvement. Il avala difficilement sa salive quand il n'arrivait même pas à enfiler le moindre de ses vêtements.
« -Commandante, est-ce-que vous pourriez m'aider à m'habiller. »
Ce dernier qui terminait de boutonner sa veste sombre s'immobilisa.
« -Que se passe-t-il ? S'enquit-il.
-Je n'arrive plus à bouger mon bras, mon épaule vient de me lâcher je pense…se désola Diego.
-Je vous avais prévenu. Cela vous apprendra.
-Je ne pourrais pas rentrer ainsi…
-Pourquoi pas ?
-Pardon ?
-Je plaisante, soupira Enrique s'approchant de Diego, je vais vous aider.
-Merci, bien commandante, mon père vous en sera reconnaissant, ironisa-t-il.
Le soldat dut prendre sur lui pour cacher son embarras. La nudité de Diego l'affectait beaucoup plus qu'il ne l'imaginait et quand il se retrouva à quelques centimètres de la peau de Diego, il ressentit une dureté dans son propre caleçon et encore plus quand il s'abaissait pour aider Diego à enfiler ses sous-vêtements et son pantalon.
Il tenta de se concentrer sur les bandages de Diego.
« -Heureusement, qu'aucune de vos blessures ne se soient ouvertes.
-Effectivement, je suppose que le Docteur Avila va tout de même tuer, lorsqu'il va apprendre que mon épaule m'a abandonné. »
Enrique souffla de satisfaction intérieurement quand Diego eut mis entièrement les vêtements, cachant son intimité de la vue du soldat, cause de son embarras. C'est du moins, ce qu'il croyait, car même lorsqu'il passa le bras invalide de Diego dans sa chemise, effleurant involontairement la peau trempée, Enrique ressentit un frisson agréable. Cette attirance soudaine le rendait fou, son cœur battait trop fortement contre sa poitrine. Une chaleur s'empara de tout son corps, que même une simple baignade ne pourrait faire disparaître.
« -Commandante ? S'enquit Diego.
-Je suis désolé, De la Vega, mais vous me rendez fou. »
Il n'eut pas le temps de comprendre ce qui se passe, que le jeune renard se retrouva contre un arbre avec un commandant qui caressait son corps dont la peau était encore à l'air libre. Diego s'affola et tenta de repousser le soldat qui semblait avoir perdu l'esprit. Mais avec un bras, il avait déjà perdu le combat.
« -Commandante ! Arrêtez !
-Taisez-vous, De la Vega. » Gronda Enrique.
Enrique l'embrassa sauvagement et s'attaqua ensuite au cou du jeune don, qui lâcha un cri de stupeur. Cela réveilla la conscience de l'agresseur qui recula vivement, en se rendant compte de ce qu'il faisait.
« -Je…suis désolé…bredouilla-t-il confus, je...De la Vega, je vous en conjure je ne voulais pas… »
La détresse se lisait dans les yeux d'Enrique et Diego baissa les yeux, soulagé que cela ne soit pas aller plus loin.
« -N'en parlons plus, commandante, rentrons. »
